Un muscat de Beaumes-de-Venise est un vin français d'appellation d'origine contrôlée produit sur les communes de Beaumes-de-Venise et d'Aubignan, dans le département de Vaucluse en région Provence-Alpes-Côte d'Azur. C'est l'une des deux appellations fournissant du vin doux naturel (VDN) du vignoble de la vallée du Rhône, avec le rasteau.
Ce vin doux naturel, unique dans la vallée du Rhône car élaboré exclusivement à base de muscats à petits grains, implanté sur le terroir du massif des Dentelles de Montmirail et qui a honoré la table de la papauté d'Avignon au , a pourtant failli disparaître et n'a retrouvé tout son lustre que dans la seconde moitié du . C'est à son propos que l'œnologue Charles QuittansonCharles Quittanson, ingénieur IAA et œnologue de formation, fut nommé dès 1949 inspecteur divisionnaire de la répression des frandes par le baron Leroy de Boiseaumarié, alors président de l'INAO. Son mandat fini, il devint recteur de l'Union française des œnologues. a noté dans son ouvrage L'Élite des vins de France, en 1969 : « Le muscat de Beaumes-de-Venise a une vieille renommée mais il a été entièrement sauvé par l'Institut national des appellations d'origine puisque sa production au plus bas était nulle. Rien n'aurait pu être fait s'il n'y avait pas eu la conjonction de sols favorables à la culture du muscat petits grains, d'un climat propice et de vignerons particulièrement courageux ».
Cette appellation ne doit pas être confondue avec le beaumes-de-venise, qui est un vin rouge. En outre, leurs aires d'appellation ne sont pas les mêmes. Si l'appellation autorise la production de vins blancs, rosés, ou rouges, c'est la production de blancs qui domine, avec plus de 90 % du total ces dernières années, la production de rouge étant quant à elle anecdotique, représentant généralement entre 1 et 2 % du total.
Histoire Préhistoire et Antiquité Dominant le village de Beaumes-de-Venise, l'oppidum de Courrens, qui a laissé aujourd'hui la place à un vignoble, est daté du Chalcolithique et a été occupé jusqu'à l'époque romaine. Il a livré de nombreux fragments de poterie dont de la pseudo-ionienne, indiquant des contacts entre Méminiens et Grecs de Massilia, et de la céramique sigillée d'origine gallo-romaine.
Lors des fouilles de la chapelle Saint-Hilaire dominant ce site, il a été mis au jour, outre des représentations de Jupiter et de Mercure, un bas-relief représentant une scène de foulageGallia, T. XVIII, fasc. 2, 1960.. Cette sculpture a été exhumée dans le transept sud de la chapelle et montre les membres inférieurs de trois personnages dans une cuve, celui du centre brandissant une grappe de raisin. Au-dessus de cette scène se trouvent des phallus dont un est ailé.
Au , l'écrivain et naturaliste romain Pline l'Ancien a consacré le livre XIV de son encyclopédie l'Histoire naturelle aux différentes espèces de vignes et de vins connus des anciens. Parmi celles-ci, il mentionne l’existence d'une variété au jus très sucré qui peut être considérée comme un lointain ancêtre du raisin muscat :
Moyen Âge vignette|Au pied des Dentelles de Montmirail, entourée par les vignes, l'église Notre-Dame d'Aubune. En dépit des informations de l'abbé Allègre dans sa monographie de Beaumes-de-VeniseAbbé Allègre, op. cit.. affirmant que le muscat de ce terroir « faisait déjà au les délices de la Cour pontificale d'Avignon », Bailly conteste cette information. Des muscadières de raisins noirs ont pourtant existé tardivement puisque, lors du départ de Benoît XIII, le vignoble pontifical fut vendu par la Révérende Chambre Apostolique d'Avignon en 1403J.P. Saltarelli, Bulletin de la société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze, T. 129, 2007, p. 78.. Le premier cadastre du Comtat Venaissin, dressé en 1414, en donne d'ailleurs la contenance : ceps, avec comme référence le Ms. , f° 538, de la Bibliothèque Municipale d'Avignon..
C'est ce que confirme Pierre Charnay, inspecteur régional de l'INAO et grand spécialiste des vins de la vallée du Rhône, en retraçant l'histoire des différentes appellations des côtes-du-rhône. Il explique, au chapitre beaumes-de-Venise :
Période moderne Les guerres de Religion, au cours de la Renaissance, réduisirent de manière importante le vignoble. Elles furent d'autant plus violentes qu'un habitant du village fut un des chefs des religionnaires et qu'il leur donna l'un de leurs nombreux surnoms, si l'on en croit toujours l'abbé Allègre : « En 1518, la peste ravageait Avignon. Des Avignonnais, dont Maître Perrinet Parpaille qui eut un fils avec sa servante, se réfugièrent à Beaumes. Cet enfant, dès qu'il eut vingt ans, put recueillir des témoignages et prendre ainsi le nom de son père. Il joua un grand rôle dans l'histoire du protestantisme et c'est à cause de lui que les huguenots furent surnommés parpaillotsAbbé Allègre, op. cit., p. ?. ».
Il fallut attendre le pour que la production balméenne de vin muscat retrouvât sa renommée médiévale. Les conditions de commercialisation s'y prêtaient désormais. En effet, vers 1700, les premiers vins vendus en bouteilles firent leur apparition en France. Les bouchons en liège se généralisèrent et, vers 1750, apparurent les premiers tire-bouchons et les premières étiquettes vers 1756Vaucluse Luberon-Ventoux Petit futé. Département guide, Publié par Petit Futé, 2006, , , page 59.. Petit à petit, ces innovations favorisèrent la mise en marché et la connaissance des vins du terroir.
L'historien Fornéry constatait en 1741 qu'à Beaumes « On y fait du vin muscat qui est bon, les raisins y mûrissent plus qu'ailleurs et sont excellents »J.F. Fornéry, Histoire ecclésiastique et civile du Comté Venaissin et de la ville d’Avignon, Avignon, T. III, p. 450.. Quant à Jean-Joseph Expilly, il notait dans son Dictionnaire géographique des Gaules et de la France : « Excellent vin muscat »Jean-Joseph Expilly, Dictionnaire géographique des Gaules et de la France, 1762-1770, 6 vol. Reprint : Éd. de Paris, Desaint et Saillant, .. Achard, dans le Tome I de sa Description historique, géographique et topographique, à l'article Beaumes-de-Venise, écrivit en 1787 : « Les vins muscats rouges et blancs y sont délicats »C. F. Achard, Description historique, géographique et topographique des villes, bourgs, villages et hameaux de la Provence ancienne et moderne, du Comté Venaissin, de la Principauté d’Orange, du Comté de Nice, etc., T. I et II, Aix-en-Provence, 1787-1788..
Un bail entre un seigneur local et ses rentiers, daté d'avant la Révolution, spécifiait en 1781 :
Période contemporaine vignette|Quelques vieilles bouteilles de muscat de Beaumes-de-Venise, millésimes 1898 et 1903.
Dès le début du , le nom de Beaumes devint synonyme de bon Encyclopédie des gens du monde: répertoire universel des sciences, des lettres et des arts; avec des notices sur les principales familles historiques et sur les personnages célèbres, morts et vivants, Artaud de Montor, Publié par Librairie de Treuttel et Würtz, 1836. voire d'excellentDictionnaire géographique universel, par une société de géographes, 1825. muscat et est même cité dans des revues étrangères The London Magazine, John Scott & John Taylor, publié par Hunt and Clarke, 1825, page 86..
Sur place, Joseph Roumanille et Frédéric Mistral l'ont célébré dans leurs poèmes. En 1857, le premier rima dans « Lis oubreto en vers » : « Coume es amistous, lou muscat, garden-nous de nous empega« Comme il est gentil le muscat, gardons-nous de nous empéguer ! » Joseph Roumanille, « La campano mountado ». ! » En 1859, le second écrivit dans « Mireille » : « Lou bon muscat de Baume et lou ferigoulet, alor se chourlo à la gargato« Le bon muscat de Beaumes et le férigoulet, se boivent à la régalade », Frédéric Mistral, Mireio, Cant. III. ».
Mais, vers la fin du , le phylloxéra, arrivé des États-Unis dans les années 1865-70, fit ses premiers ravages à Pujaut dans le Gard. Il détruisit très rapidement la plus grande partie du vignoble vauclusien avant de s'attaquer à toutes les vignes européennes. La riposte s'organisa et l'on eut alors l'idée, vers 1878-1879, de greffer des vignes locales sur des souches américaines résistantes. Ce fut à Carpentras, la ville la plus proche du canton de Beaumes-de-Venise, et dans ses environs qu'apparurent les premiers pépiniéristes-viticulteurs spécialisés dans ce type de greffageJean-Pierre Saltarelli, Les côtes-du-ventoux. Origines et originalités d'un vignoble de la vallée du Rhône, Éd. Alain Barthélemy, Avignon, 2000, p. 43. .. Vers 1890, les vignobles purent être replantés et l’épidémie totalement enrayée au début du .
vignette|Une bouteille historique :millésimée 1943 et estampillée « appellation contrôlée ». Le apporta son lot de révolutions industrielles et techniques. Les progrès de la recherche et de nombreux investissements permirent l’avènement de l'œnologie, science du vinDe nos jours se trouve à Beaumes-de-Venise un important centre œnologique, l'Institut coopérative de la Vigne et du Vin (ICV).. La qualité de la production s'améliorant, la hiérarchisation des vignobles s'opéra peu à peu pour arriver à celle que nous connaissons aujourd’hui.
Après la Première Guerre mondiale, le moteur à explosion remplaça la machine à vapeur qui remplaçait déjà la force animale et humaine, ce qui encouragea ou permit un autre type d'agriculture, imposant une modification du paysage et des pratiques agricoles.
En France, 1935 vit la naissance des Appellations d'origine contrôlée (AOC) et c'est par le décret du que fut reconnue l'AOC muscat de Beaumes-de-Venise. Ce fut sous l’impulsion de Louis Castaud, convaincu de cette nécessité par le baron Leroy de Boiseaumarié, fondateur des AOCP. Le Roy de Boiseaumarié, op. cit.., qu'un décret de contrôle fixa les règles de production.
Le décret du concernant les appellations contrôlées « Banyuls », « Frontignan », « Maury », « Rivesaltes », « Côtes d'Agly », « Côtes de Haut-Roussillon », « Rasteau », « Muscat de Frontignan », « Muscat de Lunel », « Muscat de Beaumes-de-Venise », « Muscat de Saint-Jean-de-Minervois » dans son article 3 fixa les dates de sortie des chais de la propriété au de l'année de récolte Le décret du ..
En 1956, la même année que le classement d'une partie du vignoble balméen en AOC côtes-du-rhône, Pierre Blachon, pharmacien du village, poussa les viticulteurs à créer une cave coopérative. Celle-ci avait statutairement pour but de produire et commercialiser les productions viticoles. La première année, seulement 50 hectolitres purent être vinifiés. Cette cave devient rapidement un élément important de l’économie de la commune.
Le décret du concernant l'appellation « Muscat de Beaumes-de-Venise » limita l'appellation à l'utilisation du cépage muscat à petits grains avec, à terme, l'exclusion de tout autre Le décret du ..
En 1960, Henri Rougon devint le nouveau président de la « Cave des vignerons de Beaumes-de-Venise », poste qu'il allait occuper durant plus de vingt-cinq années. Durant cette période, le développement se poursuivit, contribuant au développement des appellations. Il incita les vignerons à augmenter leurs plantations avec deux objectifs : optimiser la qualité des vins et promouvoir les produits d’appellation d’origine contrôlée. Pierre Charnay a analysé ainsi cette situation :
Aujourd'hui, on constate un important développement de l'œnotourisme, phénomène qui n'est d'ailleurs pas du tout limité au seul secteur de Beaumes-de-Venise Œnotourisme au pays des Dentelles de Montmirail.. Plusieurs guides touristiques proposent d'ailleurs des « routes des vins » La route des vins au pays des Dentelles., certains en passant tout autour des dentelles de Montmirail, d'autres allant vers le mont Ventoux et ses vins en côtes-du-ventoux ou encore vers le Luberon et ses côtes-du-luberon.
Le cahier des charges de l'appellation a été modifié en , publié au JORF du ., puis en , publié au JORF du . et en , homologué par l'arrêté du publié au JORF du ..
Étymologie du muscat de Beaumes-de-Venise