Georges Mandel, de son nom de naissance Louis Rothschild, né le à Chatou (Seine-et-Oise) et assassiné le en forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne), est un journaliste et homme politique de l’entre-deux-guerres, ainsi qu'un résistant français.

Jeune journaliste, collaborateur de Georges Clemenceau à L'Homme libre, il le suit sur les chemins de la politique en devenant un de ses attachés de cabinet en 1908, puis son chef de cabinet à la présidence du Conseil en .

Une longue carrière politique lui est ouverte dans le camp conservateur après la Grande Guerre. Son assassinat, en dans la France occupée, a longtemps été interprété comme une action de représailles commise par la Milice française après l'exécution, par la Résistance, du ministre de l'Information Philippe Henriot. Selon l'historien François Delpla, cet assassinat aurait été commandité par Hitler lui-même, qui aurait repéré Mandel dès les années 1930 comme l'un des opposants les plus résolus à l'Allemagne nazie.

Biographie Jeunesse vignette|gauche|redresse|Georges Mandel en 1919, alors âgé de 34 ans. Né Louis Georges Rothschild à Chatou en 1885, d’Edmond Rothschild, tailleur, et d'Henriette Mandel., surnommée « Hermine »d'une famille juive originaire d’Alsace et ayant choisi de rester française après l’annexion consécutive à la défaite de 1870., il reçoit son éducation à Paris dans la pension Springer, rue de la Tour-d'Auvergne..

Au cours de sa bar-mitzvah à 13 ans à la synagogue de la Victoire à Paris, il évoque l'Alsace opprimée à reconquérir. Il est élève au lycée Condorcet ..

Il s’engage très jeune en faveur d'Alfred Dreyfus et se lance dans le journalisme à . Soucieux d'éviter d'être confondu à la famille de banquiers du même nom à laquelle il n'appartient pas et qui comportait dans ses rangs un Louis de Rothschild et son propre oncle maternel, Louis Mandel, il choisit de signer ses articles de journal du pseudonyme de « Georges Mandel », adoptant à la fois le nom de sa mère et un prénom différent de son état civil. Il entre à à L'Aurore, le journal de Georges Clemenceau qui a fait paraître l’article « J'accuse…! » d’Émile Zola, en 1898. Il suit ensuite son patron dans ses différents journaux.

Quand, en 1906, Clemenceau accède à la présidence du Conseil, Mandel saisit l’occasion de participer à l’action gouvernementale, ce qu’il réalise pleinement en 1908, malgré les propos peu amènes que Clemenceau aurait prononcés à son endroit (« Il n'a pas d'idées mais il est prêt à les défendre jusqu'à la mort. » ou « Quand c’est moi qui pète, c’est lui qui pue....).

Première Guerre mondiale (1914-1918) Au début de la Première Guerre mondiale, physiquement inapte, il est réformé. Restant à L'Homme libre, il suit Clemenceau à Bordeaux en septembre, puis revient à Paris en décembre, L'Homme libre ayant été rebaptisé L'Homme enchaîné à cause de la censure. Toujours fidèle serviteur de Clemenceau, il devient son chef de cabinet en .

Député et ministre (années 1920-1930) vignette|gauche|redresse|Plaque de son nom sur un banc de l'hémicycle de l'Assemblée nationale (palais Bourbon). Après ses échecs comme candidat radical aux législatives de 1910 à Levallois (Seine) et à celles de 1914 à Castellane (Basses-Alpes), Georges Mandel se présente à Lesparre, dans le Médoc, qu'il ne connaît pas.. Il est finalement élu en novembre 1919 député modéré de Gironde à l’occasion de la vague Bleu horizon de droite. Il défend en 1920 le projet de rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Vatican. Cette prise de position lui vaut des quolibets antisémites de députés de gauche mais aussi de Jules Uhry ou Pierre Valude. qui reprennent des rumeurs l’accusant d’être un Rothschild. Au début des années 1920, il est ponctuellement mentionné parmi les petits « boîtiers » de la Chambre des députés, détenant les boîtes de bulletins de quelques collègues lors des scrutins publicsAurélien Laparro, Quand les députés ne votaient pas eux-mêmes, 1876-1958 : entre absents, présents, boîtiers et votes de groupe, Paris, Hémisphères éditions, 2025, ..

Il est également élu président du conseil général de la Gironde. en et maire de Soulac en .

Lors d'une grève des postiers à Nice (Jean Baylot était secrétaire général du Syndicat national des agents des PTT), il fait venir des postiers de Paris pour briser la grève.

vignette|gauche|redresse|Georges Mandel en 1932. Il perd son mandat en 1924 face au Cartel des gauches, mais, après ce premier déboire, il est réélu continûment sous l'étiquette « indépendant » aux élections de 1928, de 1932 et de 1936 jusqu’à 1940.

En 1932, il se porte à la présidence du groupe Indépendant de la chambre des députés. Puis il s’affirme comme ministre des Postes, Télégraphes et Téléphones (PTT) entre 1934 et 1936 : il y fait supprimer la publicité sur les ondes d'État, fait installer le premier studio de télévision au ministère et inaugure l'Air Bleu, la première ligne postale aérienne.

vignette|Plaque commémorative 103 rue de Grenelle, alors siège du ministère des PTT, de là où en 1935 furent diffusés les premiers programmes réguliers de la télévision française. Il réforme avec une remarquable fermeté l’administration des PTT, autant du point de vue de sa gestion administrative que sous l’angle de son adaptation technique. C’est sous son égide que la première émission officielle de télévision française est diffusée le .

Dans les années 1930, il élève la voix pour avertir des dangers de l’Allemagne nazie. Le ministre énergique opposé à tout compromis avec les États totalitaires ne change pas de ton. Il obtient, en 1935, la condamnation par la Société des Nations du rétablissement du service militaire obligatoire par Adolf Hitler, puis s’oppose à Pierre Laval sur la question de la guerre d'agression menée contre l’Éthiopie par l’Italie de Benito Mussolini.

En 1934, il assiste aux obsèques d'Edmond de Rothschild et, en 1936, il répond favorablement à l'appel du grand-rabbin de Bordeaux Joseph Cohen (1876-1976) en faveur des réfugiés.

Après la victoire du Front populaire, il critique les réformes sociales du gouvernement Blum, qui risquent selon lui d’affaiblir la productivité française face à la menace de l’Allemagne nazie en plein réarmement, où les ouvriers fournissent un travail accru.

Ministre des Colonies puis de l'Intérieur (1938-1940) vignette|Médaillon de François Cogné à l'effigie de Georges Mandel. Après la chute du Front populaire, il est nommé ministre des Colonies (avec pour directeur de cabinet André Diethelm), d' à , et s'emploie, tout en luttant contre les mouvements nationalistes au Maghreb, à préparer l'empire colonial français à un conflit qu'il sent inévitable. Cet homme de droite propose alors une alliance avec l'Union soviétique pour faire face à la menace hitlérienne, dont le danger pour la France lui paraît primordial, puis proteste contre les accords de Munich de 1938.

Il signe les « décrets Mandel » du et du , qui régissent les relations entre les Églises et l'État dans les colonies où ne s'applique pas la séparation votée en 1905 relative à la laïcité et qui s'appliquent encore aujourd'hui dans la plupart des collectivités d'Outre-Mer. Ils permettent à toutes les sensibilités religieuses de bénéficier d’une aide publique, la non-application de la loi de 1905 permettant un financement public du culte. Ces décrets créent une nouvelle catégorie de personne morale de droit public, le conseil d’administration des missions religieuses, pour gérer les biens de ces missions. Placés sous une étroite tutelle de l’État, ces conseils d’administration bénéficient d’avantages fiscaux. Ils s’appliquent en Guyane, Polynésie française, Wallis-et-Futuna, Saint-Pierre-et-Miquelon, en Nouvelle-Calédonie et à Mayotte..

Mandel, véritable homme fort de la droite, est promu en urgence ministre de l'Intérieur du gouvernement de Paul Reynaud formé le .

Il fait alors arrêter certains des principaux intellectuels favorables à l'Allemagne nazie, notamment les rédacteurs de l'hebdomadaire Je suis partout, Alain Laubreaux et Charles Lesca.

S'il fait tout pour endiguer l'esprit de débâcle qui s'abat sur la France et envisage un « réduit breton » puis un repli sur l'Afrique du Nord pour les forces françaises, il ne peut contrer l'arrivée au pouvoir du vieux maréchal Philippe Pétain, nommé président du Conseil, le , et investi des pleins pouvoirs constituants par l'Assemblée nationale le .

Mandel a une influence directe dans le choix du nouveau sous-secrétaire d'État à la Guerre, le général (à titre provisoire, nommé le ) Charles de Gaulle, pour représenter la France à Londres, conformément au vœu du Britannique Winston Churchill.

Churchill voulait un homme politique conservateur de premier plan, Paul Reynaud ou Georges Mandel, pour réaliser le projet d'une fusion d'États (idée de Jean Monnet, dans la note Union franco-britannique) et à défaut, continuer la lutte sans concession contre les nations de l'Axe.

Mandel est en partie à l'origine de la détermination du général de Gaulle, le , d'aller à Londres représenter la France libre. Cet épisode est évoqué par le Général dans ses Mémoires de guerre. C'est ainsi que dans la nuit du jeudi 13 au vendredi , à la préfecture de Tours., en pleine débâcle de la France, Mandel lui dit : Le , alors qu'il vient de transmettre le ministère de l'Intérieur à son successeur Charles Pomaret, il est arrêté en plein dîner, dans le restaurant Le Chapon Fin à Bordeaux, par deux officiers supérieurs de gendarmerie, portant un ordre d'arrestation signé de la main du maréchal Pétain au motif de . Au même moment et pour le même motif, le général Jules Bührer, officier de l'armée coloniale, ancien membre du Conseil supérieur de la guerre, et adjoint de Mandel lorsqu'il était aux Colonies, est lui aussi arrêté dans cette même ville. Le prétexte à cette arrestation (préparation d'une rébellion contre le gouvernement) est en réalité un coup monté de la part de l'extrême droite et, notamment, du sous-secrétaire d'État à la présidence du Conseil, Raphaël Alibert, qui obtient l'ordre d'arrestation de la main de Pétain et le fait transmettre au général Joseph Lafont, gouverneur militaire de la place. Ce dernier ne les fait pas conduire en prison, mais à la gendarmerie, en attendant d'autres instructions.

La nouvelle de l'arrestation de Mandel se répand en ville et le président de la République, Albert Lebrun, décide d'enquêter lui-même. Il convoque Alibert et le général Lafont. Sous la pression de Lebrun, mais aussi du président de la Chambre d'Édouard Herriot et de celui du Sénat Jules Jeanneney, Pétain fait libérer les deux hommes. Charles Pomaret, qui vient d'être mis au courant, juge cet acte arbitraire comme contraire à l'unité nécessaire à ce moment-là. Pétain reçoit le général Bührer, lequel fait part de l'indignité d'une telle arrestation, devant ses officiers et ce, malgré ses cinq étoiles ; puis il reçoit également Georges Mandel. Ce dernier déclare à Pétain qu'il le plaint d'être à la merci de son entourage, et plaint également la France de l'avoir choisi. Il exige ensuite réparation. Pétain rédige alors une lettre d'excuses, expliquant que l'arrestation était la suite d'une machination..

Massilia et procès de Riom