Marie Maugeret, née le au Lude (Sarthe) et morte le dans le Archives de Paris, état-civil numérisé du , acte de décès de l'année 1928. La femme de lettres meurt à son domicile situé rue de Rennes., institutrice puis journaliste et imprimeuse française, est la fondatrice de la Société des féministes chrétiennes (1896), première association féministe catholique en France, qui s'exprime dans son journal Le Féminisme chrétien (1896-1907).

Au tournant du , elle est la principale journaliste chrétienne en France à militer activement pour le droit de vote des femmes.

Biographie Élevée au couvent des Ursulines de Tours, Marie Maugeret est institutrice dans la Sarthe jusqu'en 1885, qu’elle quitte (La Ferté-Bernard) pour Paris. En 1896, elle annonce le lancement du Féminisme chrétien. dans sa revue L'Écho littéraire de France. : « Nous croyons que le moment est venu de reconnaître que l’ancien ordre des choses, respectable en lui-même et quand il répondait aux besoins et aux mœurs du temps, n’est plus en rapport avec les besoins et les mœurs de notre époque, et qu’il faut, non pas le détruire, mais le modifier pour l’y adapter, comme on modifie un vêtement selon le développement du corps qu’il doit couvrir ».. Son but est clair : elle souhaite Discours de Mlle Maugeret, Le Féminisme chrétien et l'Écho littéraire de France, , , . Cité in Anne Cova, Au service de l'Église, de la famille et de la patrie. Femmes catholiques et maternité sous la , Paris, L'Harmattan, 2000, ..

Marie Maugeret définit le féminisme comme « Discours de Mlle Maugeret », Le Féminisme chrétien et l'Écho littéraire de France, , , . Cité in Anne Cova, Au service de l'Église, de la famille et de la patrie. Femmes catholiques et maternité sous la , Paris, L'Harmattan, 2000, . ». Elle écrit : ..

Concrètement, ses revendications de féministe chrétienne sont la liberté de travail pour les femmes (y compris la nuit) et l'égalité de salaire, l'abolition du régime légal de la communauté des biens dans le mariage, la recherche de paternité, et, après 1898, le droit de voteLaurence Klejman et Florence Rochefort, L'Égalité en marche : le féminisme sous la Troisième République, Paris, Presses de la Fondation Nationale des sciences politiques, Des Femmes-Antoinette Fouque, 1989, ..

Au mois d'avril, en compagnie de Marie Duclos, rédactrice-en-chef du Féminisme chrétien, Maugeret est invitée au Congrès féministe international, où malgré quelques incidents, elle est bien reçue.. Elle fait partie de la délégation française conviée au Congrès féministe international de Bruxelles, en , organisé par la Ligue belge du droit des femmes de Marie Popelin. Il assure aussi quelque temps l'impression du journal féministe de Marguerite Durand, La Fronde, dont la postérité sera grande dans le mouvement féministe. En effet, La Fronde se distingue notamment par le fait d’être dirigé, rédigé, administré et composé exclusivement par des femmes. Cela est rendu possible par l’École d’imprimerie pour jeunes filles, située au Montmartre, que Maugeret a fondée quelques années plus tôt et qui assure l’impression de plusieurs revues.. Les liens semblent chaleureux, d’après la maigre correspondance disponible, et dans le troisième numéro du nouveau journal, Maugeret signe une longue tribune..

Lutte pour le droit de vote des femmes À l'occasion de l'affaire Dreyfus, le Féminisme chrétien se sépare de beaucoup de mouvements féministes.. Tandis que La Fronde prend parti pour Dreyfus, Marie Maugeret, antidreyfusarde et antisémite., fonde « L'Union nationaliste des femmes françaises » (1898)Anne Cova, Au service de l'Église, de la famille et de la patrie. Femmes catholiques et maternité sous la , Paris, L'Harmattan, 2000... Au même moment, elle se rallie franchement à la question du suffragisme : puisque la France va mal, il faut que les femmes votent pour rétablir l'ordre. Elle écrit : .. Il se trouve justement que les élections législatives de 1898 ont été un succès pour les antidreyfusards : le suffrage universel pourrait, habilement guidé, mener à la rédemption nationale. Mais le suffrage universel ne pourra être adopté à l'échelle nationale qu'avec l'adhésion des catholiques, qui sont encore les plus nombreux, et que Maugeret s'attèle alors à convaincre.

Son argumentaire de la rédemption d'une République de plus en plus anticléricale lui permet de se rapprocher de lestablishment catholique, qu'elle va chercher à rallier à sa cause alors qu'il reste encore officiellement hostile au suffragisme. En , Maugeret et son groupe sont invitées au Congrès international des œuvres catholiques, sous le patronage du cardinal Richard, archevêque de Paris — deux ans plus tôt, on leur avait refusé l'entrée et le micro.. Elle y défend l'idée que le féminisme, libéré de ses dimensions libre-penseuses, est un principe fondamentalement évangélique.. Munie de ce sauf-conduit, elle fonde en 1901 le Cercle catholique des dames., puis les Congrès Jeanne d'Arc, qui se tiennent de 1904 à 1906 à l'Institut Catholique de Paris, et qui attirent toute la bonne société catholique. Une part croissante d'intellectuels catholiques la soutiennent : l'abbé Henri Bolo, auteur de La Femme et le clergé ; l'abbé Naudet, auteur de Pour la femme ; l'abbé Faguet, auteur de Le Féminisme ; Jules Lemaître, président de la Ligue de la Patrie Française ; Charles Turgeon, auteur de Le Féminisme français, professeur d’économie politique à Rennes (ce qui conduit Maugeret, après avoir loué son livre, à l’engager comme chroniqueur au Féminisme chrétien.) ; ainsi que Max Turmann, auteur de Initiatives féminines, professeur à l’université de Fribourg.

Il se trouve qu'au même moment, la loi sur les associations donne au gouvernement de défense républicaine de Pierre Waldeck-Rousseau des armes de contrôle très strict sur les congrégations religieuses, ce qui conduit environ et moniales en exil.. Les catholiques se vivent comme une citadelle assiégée.. Avec d'autres femmes catholiques, Maugeret participe à sa première manifestation. devant le ministère de l'Intérieur le , elle parle de « droit à l'insurrection ».. Les républicains remportent les élections législatives de 1902, alors Maugeret écrit : « l'heure est aux femmes ».. La femme doit pouvoir obtenir les droits de l'homme pour accomplir les devoirs qu'il néglige.

La crise de la Séparation des Églises et de l'État mène Maugeret à fonder la Fédération Jeanne d'Arc., qui rassemble pas moins de vingt-cinq groupes, dont la Ligue des femmes françaises et la Ligue patriotique des françaises ( revendiquées en 1906.). Dans ses statuts, la Fédération s'engage à ne pas « faire de politique », mais c'est toute la contradiction des groupes de femmes catholiques de ces années-là : ces femmes se rassemblent entre elles, hors de chez elles, pour trouver les moyens de lutter contre les politiques anticléricales du gouvernement du Bloc des gauches — seulement, elles n'appellent pas explicitement au vote. C'est en cela uniquement que Maugeret les devance, elle qui se revendique publiquement féministe.. En , au cours d'une réunion du Cercle catholique des dames, Maugeret déclare : ..

Maugeret n'en reste pas moins encore isolée. Quelques jours plus tard, à la réunion de la Fédération, devant la frilosité des participantes à reprendre le terme de féminisme, elle lance :

Le troisième Congrès Jeanne d'Arc : point de bascule Au troisième Congrès Jeanne d'Arc, en 1906, l'audience a doublé. Après deux jours consacrés à la revue des œuvres féminines, le troisième aborde franchement la question politique. Cinq intervenants, dont deux prêtres, se prononcent en faveur du droit de vote — Maugeret est la plus véhémente.. Au vote à main levée, le vote des femmes dans les questions professionnelles est adopté à l'unanimité ; dans les communes à la grande majorité ; dans les conseils généraux à la majorité ; aux élections législatives, à la majorité, avec une importante abstention. Mgr Péchenard, recteur de l'Institut catholique de Paris, se prononce lui aussi favorablement.. Dans les jours qui suivirent, L'Univers publie deux éditoriaux explicitement suffragistes.. ; la question est débattue avec vigueur dans d'autres journaux ; et le Conseil national des femmes françaises, dominé par les protestants de Sarah Monod, inscrit le droit de vote à l'ordre du jour de son assemblée générale..

Seulement, un nombre important de femmes catholiques restent hostiles au suffragisme. Malgré les arguments de Maugeret, la Ligue patriotique des françaises et la Ligue des femmes françaises mettent en avant l'opposition personnelle du nouveau pape Pie X. À la suite d'une audience privée avec Camilla Theimer, écrivaine féministe autrichienne, un compte-rendu est envoyé à différents journaux, dont Le Temps, qui écrit : « Arrivant à la participation des femmes à la vie politique, le pape la condamne purement et simplement d’un ton très péremptoire : – Elettrici, deputatesse, o no ! Les femmes dans les Parlements, il ne manquerait plus que cela ! Les hommes seuls y font déjà bien assez de gâchis. Pas de femmes politiciennes… ».. Pendant un temps, Maugeret se montre soupçonneuse : elle qualifie ce compte-rendu de « racontars de journal »., et elle envoie elle-même une lettre au Pape pour en avoir « le cœur net ».. En pèlerinage à Rome, elle obtient une audience privée du Pape, qui lui assure qu'il lui répondra bientôt. Néanmoins, en 1909, dans l''', le compte-rendu d'une audience entre le Pape et la princesse Giustiniani de l'Union des femmes catholiques italiennes est formel : est hostile au droit de vote des femmes..

Fin de vie En 1910, âgée de soixante-six ans, Maugeret se retire des affaires. Depuis 1907 déjà, avec le décès de son amie et rédactrice-en-chef Marie Duclos, elle ne faisait plus paraître Le Féminisme chrétien. Elle reste néanmoins secrétaire générale de la fédération jusqu'à sa mort, le .. Néanmoins, au sortir de la Première Guerre mondiale, Maugeret assiste à la renaissance de l'engouement des femmes catholiques pour le droit de vote. : l'émergence du bolchévisme fait entrevoir à la droite un danger plus grand que le républicanisme ; le déportement des suffragistes vers des sujets de prédilection du parti catholique, à savoir l’alcoolisme et la dépopulation, favorisant un rapprochement des deux mouvements ; et également, l’habitude que les femmes avaient prises de vivre en l’absence des maris – absence ayant conduit même à un ajustement du Code Civil – ainsi que, sans doute, l’habitude du suffrage qui s’ancrait progressivement dans les nouvelles générations.. Dès 1919, la Chambre des députés vote l’intégralité des droits politiques à contre 95. — projet de loi rejeté par le Sénat.

Ce retournement est sans doute permis par l’acceptation définitive du suffrage par les femmes catholiques, qui furent plus d’un million à s’engager à la nouvelle Commission d’éducation sociale civique de la femme, fondée en 1919 par Jeanne Chenu. Une autre élément fut certainement déterminant : en , dans une interview accordée à Annie Christich, une journaliste suffragiste catholique, le nouveau pape Benoît XV a invité les femmes catholiques à se saisir du droit de vote comme d'une arme.. Dans un discours à la jeunesse féminine catholique la même année, le pape développe ce thème de l’élargissement des devoirs religieux féminins au domaine civique et politique.. Par conséquent, les dernières digues qui s'élevent contre Maugeret cèdent. Il faudra encore vingt-cinq ans pour que le droit de vote des femmes soit obtenu en France.

Son exemple inspire à l'étranger la naissance des premiers mouvements féministes catholiques : au Québec la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste de Marie Lacoste-Gérin-Lajoie et en Belgique le Féminisme chrétien de Belgique de Louise Van den Plas.

Bibliographie Publications de Marie Maugeret

La revue féministe dirigée par Marie Maugeret porte plusieurs noms successifs selon les absorptions et les publications conjointes : 1896 : Le Féminisme chrétien