vignette|Déplacés palestiniens retournant dans le nord de la bande de Gaza, après en avoir été évacués de force par les bombardements israéliens, le . thumb|Le camp de Kitgum pour déplacés internes dans le nord de l'Ouganda (après 1996). Le terme « déplacés internes » désigne des personnes contraintes de fuir leur lieu de vie d’origine, mais demeurant dans leur État d'origine. Elles sont aussi appelées « personnes déplacées dans leur propre pays » (en anglais, internally displaced persons, IDP). Cette définition implique d'une part, une notion de coercition, et d'autre part, le fait que les populations touchées ne franchissent pas les frontières reconnues par la communauté internationale.

En 2016, sur de personnes déplacées dans le monde (record historique), étaient des déplacés internes (contre de réfugiés et de demandeurs d'asile)..

En 2024, selon l'UNHCR, le monde compte environ de personnes déplacées de force, dont sont des déplacés internes, principalement en raison de conflits. Le Soudan (), la république démocratique du Congo ( à ), la Syrie () et la Birmanie () figurent parmi les pays les plus touchés.

Définition

Selon les Principes directeurs de l’Organisation des Nations unies relatifs au déplacement de personnes à l’intérieur de leur propre pays : Les déplacés internes sont des personnes ou des groupes de personnes qui ont été forcés ou contraints de fuir ou de quitter leur foyer ou leur lieu de résidence habituel, notamment en raison d’un conflit armé, de situations de violence généralisée, de violations des droits de l’Homme ou de catastrophes naturelles ou provoquées par l’Homme ou pour en éviter les effets, et qui n’ont pas franchi les frontières internationalement reconnues d’un État . Cette définition reflète deux critères fondamentaux du déplacement interne : d’une part, le fait que le mouvement de population est involontaire, et d'autre part, que ce mouvement se produit à l’intérieur des frontières nationales.

Ainsi les déplacés internes se distinguent des réfugiés, qui en franchissant les frontières ne se trouvent donc plus sous la protection de leur pays d’origine. Les déplacés internes demeurent des citoyens de leur pays, et l'État reste juridiquement responsable de leur protection et de leur bien-être.

Fondements culturels du phénomène migratoire

Même s’il s'agit de déplacements justifiés par des contraintes, le déplacement des personnes à l’intérieur de leur pays implique aussi une analyse rationnelle des caractéristiques des territoires de départ et des destinations potentielles, ainsi que les représentations qu'en ont les intéressés.

Selon la théorie du processus d’attraction-répulsion, élaborée par R.D. Mackenzie dans les années 1920 et appuyée entre autres par D. Bogue en 1961, chaque pays, ville ou région est dotée d’une charge attractive ou répulsive qui conditionne les flux migratoires d’entrée ou de sortie. Cette charge dépendrait des perceptions et des valeurs culturelles construites socialement et partagées au sein de groupes sociaux, de cultures nationales ou de civilisationsHornby, W., et Jones, M., 1993 An Introduction to Population Geography. Cambridge, Cambridge University Press..

Les causes

L’une des principales sources de complexité du sujet des déplacements internes est la multiplicité des causes du déplacement forcé, parmi lesquellesÖzden, M., : Conséquences des conflits armés sur les populations civiles : destruction, pillage, exactions des forces d'occupation... Par exemple : exode de 1940 en France. Troubles internes : corruption endémique, instabilité de l'autorité de l'État et des forces de maintien de l'ordre en particulier, les violations des droits de l’HommeBogumil Terminski, Environmentally-Induced Displacement. Theoretical Frameworks and Current Challenges, Université de Liège, 2012. Transferts forcés de population : les évictions et réinstallations forcées du fait d'une intention explicite, comme les déplacements de populations pour motifs ethniques ou raciaux, l'installation de colons dans une zone où des populations chassées vivaient auparavant. Exemples : Colonisation israélienne en Cisjordanie, Déportation des peuples en URSS. Catastrophes environnementales naturelles ou d'origine anthropique : ouragans, séismes, inondations, conséquences écologiques et sociales de certains grands projets de développement tels que la construction de barrages ou d’oléoducs, ou encore la prospection et l'extraction minières. Exemples : séismes de 2023 en Turquie, ouragan Katrina en Nouvelle-Orléans, barrage des Trois-Gorges. D’après le Haut-Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés, il y a en moyenne de migrants climatiques chaque année depuis 2008.

Population

La majorité des personnes déplacées le sont au sein de pays en développement dont l'autorité de l'État est détournée, affaiblie ou remise en cause, dont les services de statistiques démographiques peuvent ne pas être établis ou partiels, et dont les gouvernements peuvent de surcroît chercher à minimiser ou étouffer le phénomène. Cela rend les statistiques exactes très difficiles à constituer : Lors du déplacement forcé, les individus sont chassés de leur foyer et peuvent se retrouver privés des nécessités de base : sécurité, logement, eau et nourriture, moyens de subsistance, soutien de leur communauté. C’est pourquoi les déplacés internes fuient autant les combats, les attaques ou les violations de tout type, que leurs conséquences économiques et sociales.

Statistiques globales Année 2011 Une diminution du nombre total de déplacés internes a été constatée en 2011. Mais sur les 15 dernières années, la courbe montre globalement une hausse. Pendant la fin des années 1990, le nombre de déplacés internes dans le monde n’a pas excédé les personnes, contrairement aux années suivantes, où leur nombre n’a cessé de s’accroître, jusqu'à atteindre le pic en 2010.

Le nombre de personnes déplacées à l’intérieur de leur pays a atteint à la fin de l’an 2011. Cela montre une décroissance, par rapport aux de déplacés internes pendant l’an 2010. Selon l’IDMC (Internally Displaced Monitoring Centre), cette réduction , parce que certaines d’entre elles ont été considérées déplacées juste après la déclaration d’indépendance du Soudan du Sud en , pendant que d'autres personnes sont demeurées de l’autre côté de la frontière du nouveau pays, sans jamais y être comptées.

Globalement en 2011, les causes du déplacement interne ont été fondamentalement la violence criminelle exercée par des groupes armés en Afrique Subsaharienne, par des cartels de drogue en Amérique latine ou par des affrontements armés, des mouvements de soulèvement dans le monde arabe, .

Estimation des déplacés Internes par région(en millions de personnes) Région Fin 2011 Fin 2010 Variation % Afrique 9,7 11,1 -13 % Amérique 5,6 5,4 +4 % Europe et Asie Centrale 2,5 2,5 +0 % Afrique de l'Est et du Nord 4,3 3,9 +10 % Asie du Sud-est et du Sud 4,3 4,6 -7 % Total 26,4 27,5 -4 %

vignette|Camp en Afrique de l'Ouest (2021). À la fin des années 2011, l’Afrique Subsaharienne a été la région connaissant le plus grand nombre de déplacés internes avec 9,7 millions, ce qui implique une diminution, par rapport aux 11,1 millions de déplacés internes de l’année 2010 et, une ratification de cette tendance depuis l’année 2004 [pas clair]. Contrairement à l’Amérique avec 5,6 millions, qui continue à augmenter le nombre de personnes déplacées à l’intérieur des pays. Inversement, c’est la première fois que depuis les six dernières années, le Sud et Sud-est Asiatique a diminué le nombre de déplacés internes à 4,3 millions en 2011. Finalement, l’Europe et l’Asie Centrale n’ont pas eu des nouveaux déplacés internes.

Année 2016 En 2016, les déplacés internes se situent principalement en Colombie (7,4 millions), en Syrie (6,3 millions), en Irak (3,6 millions), au Soudan, au Soudan du Sud, au Nigéria, en République démocratique du Congo (2,2 millions), au Yémen (2 millions), en Afghanistan et en Ukraine (1,8 million).

Année 2024 En 2024, le monde a enregistré un nombre sans précédent de déplacés internes, estimé entre et de personnes selon les sources, contraintes de quitter leur foyer en raison de conflits, de violences ou de catastrophes naturelles.

À la fin de l’année 2024, le Soudan compte de déplacés internes, conséquence directe du conflit éclaté en . Ce chiffre représente près d’un tiers de sa population, faisant de cette situation la plus grave crise de déplacement interne jamais recensée. En république démocratique du Congo (RDC), entre et de personnes sont déplacées, principalement dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et du Tanganyika, en raison de décennies de conflits impliquant des groupes armés dans l'est du pays. La Syrie recense de déplacés internes, tandis que la Birmanie en dénombre . La région du Sahel, touchée par l’insécurité et les changements climatiques, compte quant à elle de déplacés.

Déplacement urbain 47 des 50 pays concernés par le déplacement des personnes à l’intérieur de leurs frontières subissent des migrations forcées en milieu urbain, généralement dans des conditions d’extrême pauvreté ..

La plupart de la population mondiale réside déjà dans les villes, et près d’1,5 milliard de personnes vivent dans des logements informels et précaires. Le changement climatique et les catastrophes naturelles qui l’accompagnent, l’intensification des crises alimentaires, l’augmentation du coût de la vie et la multiplication des hostilités et des urgences complexes constituent des tendances mondiales. Ils provoquent le déplacement de millions de personnes venant de milieu rural ou des villages vers de nouveaux modes de vie en milieu urbain, et mettent ainsi le déplacement urbain au premier plan des efforts humanitaires et de développement.

Le bouleversement de la vie familiale des déplacés et du tissu social des communautés originaires augmente la vulnérabilité des habitants pauvres des villes. De cette manière, l’arrivée de nouveaux déplacés internes exerce des pressions encore plus intenses sur l’approvisionnement en eau, les infrastructures d’assainissement, les équipements, les logements et les terres, tous souvent déjà insuffisants pour la population existante. La concurrence pour les ressources et les moyens de subsistance entre les personnes déplacées et les populations d’accueil en milieu urbain vient alimenter les tensions sociales et peut entraîner de nouveaux conflits.

Par ailleurs, les migrations en milieu urbain peuvent aussi entraver la capacité des villes à planifier leur avenir. La surpopulation, l’usage de l’espace et les aménagements publics qui devraient servir à l’éducation ou aux loisirs par exemple, de même que l’étalement urbain incontrôlé, symbolisent la capacité restreinte des villes et de leurs habitants de voir leurs conditions s’améliorer ou, du moins, ne pas se détériorerTibaijuka, A., S’adapter au déplacement urbain: « S’adapter au déplacement urbain », Revue Migrations Forcées, numéro 34, avril 2010, ..