Le Sénat de la République romaine est, entre le début du et l'instauration du principat en 30 av. J.-C., l'assemblée composée des représentants des grandes familles de rang sénatorial qui joue aux côtés des magistrats tels que les consuls un rôle religieux, législatif, financier et de politique extérieure important.

Les pouvoirs du Sénat évoluent tout au long de la République. Bien que bénéficiant d'un très grand prestige, au début du , peu après la fuite des derniers Tarquins, le Sénat est politiquement assez faible alors que les magistrats supérieurs, héritiers du pouvoir royal, cumulent tous les pouvoirs. La transition entre le régime monarchique et le régime républicain est progressive et ne se fait pas brutalement dès la chute du dernier roi de Rome. Il faut attendre plusieurs générations avant que le Sénat soit capable d’affirmer son pouvoir sur les magistrats. C'est vers le milieu de la République, entre les , que le Sénat atteint l'apogée de son pouvoir républicain. Ce dernier commence ensuite à décliner avec les réformes des Gracques puis durant la longue période de guerre civile qui marque la fin de la République et débouche sur l'instauration d'un nouveau type de régime politique, le principat. Le Sénat ne disparaît pas mais perd une grande partie de ses prérogatives au profit de l'empereur.

Rôle religieux et prestigieux Signification religieuse Le Sénat peut être considéré autant comme une institution religieuse qu'une institution politique, étant donné qu'il ne dispose en théorie que de pouvoirs limités et qu'il doit respecter diverses restrictions religieuses. Par exemple, avant chaque réunion, un sacrifice aux dieux est fait et les auspices sont pris afin de déterminer si le Sénat a la faveur des dieux pour ce jour. Ces réunions ne peuvent avoir lieu que dans un espace consacré (templum) tel que la Curie Hostilia sur le Comitium ou dans des temples. Chaque jour du nouvel an, le Sénat se réunit dans le temple de Jupiter capitolin et toutes les réunions sur la guerre ont lieu dans le temple de Bellone, situé à l'extérieur des limites du pomœrium.

Une institution prestigieuse Le Sénat républicain hérite du Sénat de l'époque royale un prestige considérable. Il est le gardien des traditions ancestrales. Pour Cicéron, le Sénat est « le tuteur, le défenseur et le protecteur de la RépubliqueCicéron, Pro Sestio, 117. » et assure la permanence de la tradition. Le Sénat dispose d'un grand contrôle sur la vie quotidienne étant donné qu'il gère le trésor public, l'administration de la ville et les détails de la politique étrangère.

L'importance du Sénat dans la société romaine peut être évaluée par la place qu'il occupe dans le symbole de l'autorité de l'État romain, illustrée par la devise SPQR (Senatus Populusque Romanus, soit littéralement « le Sénat et le Peuple de Rome »). Ainsi, du point de vue des nations étrangères, le prestige du Sénat éclipse les autres magistrats et Rome apparaît comme une « république sénatoriale ». En 280 av. J.-C., Cinéas, ambassadeur de Pyrrhus, décrit le Sénat comme une « assemblée de rois »Plutarque, Vie de Pyrrhus, XIX.. Selon l'historien grec PolybePolybe, Histoires, VI, 13, 8-10., il est la branche prédominante du gouvernement romain. Un avis que partage Cicéron qui note que le Sénat est un corps continu et indépendant, contrairement aux autres magistrats qui ne disposent que d'un mandat limité dans le temps, à une année pour la majorité. Lauctoritas du Sénat dérive de son indépendance et tous les pouvoirs du Sénat proviennent de cette auctoritas. Selon Cicéron, la nature indépendante du Sénat lui permet d'être à l'origine des procédures de remplacement des consuls.

Pouvoirs et compétences du Sénat

En théorie, le Sénat ne dispose que de peu de pouvoirs. Sous la République, une grande partie de son pouvoir dans les faits trouve sa source dans son auctoritas patrum tandis que les pouvoirs des consuls et des préteurs sont basés sur limperium. Alors que limperium accorde à un individu le pouvoir de donner des ordres, en pratique lauctoritas découle de l'estime et du prestige du Sénat et se base sur les coutumes, la dignité et le prestige des sénateursCicéron, De la République, II . (mos maiorum ou « coutume des ancêtres »). Comme le Sénat est la seule institution politique à être éternelle et continue, contrairement au consulat qui expire au terme d’un mandat annuel, il acquiert la dignité des traditions antiques. Selon Cicéron, seul le Sénat est considéré comme ayant un lignage non brisé, remontant jusqu'à la fondation de Rome. Le Sénat agit comme un « conseil de l’État » que les magistrats supérieurs doivent consulter, quelle que soit la nature de l'affaire concernée.

Rôle financier

Le Sénat joue un rôle prépondérant dans la gestion des finances romaines (ærarii dispensatio). En effet, le Sénat contrôle la répartition des terres du domaine public (ager publicus), les sources de revenus, comme les impôts, et les dépenses puisqu'il est le seul à pouvoir autoriser que de l’argent public soit puisé au trésor. De fait, tous les magistrats destinés à manipuler de l'argent durant leur mission, les censeurs pour l'entretien de bâtiments publics ou les questeurs et proquesteurs dans les provinces, doivent rendre des comptes au Sénat.

Politique étrangère Affaires diplomatiques Le Sénat romain intervient régulièrement dans les affaires quotidiennes concernant la politique étrangèrePolybe, Histoires, VI.. Il reçoit les ambassades et les délégations de nations étrangères ou des provinces sous domination romaine. C'est également le Sénat romain qui ratifie la législation mise en place par les promagistrats.

À l'inverse, c'est le Sénat qui décide l'envoi d'ambassade romaine à l'extérieur et qui constitue des commissions spéciales pour organiser l'intégration de nouveaux territoires avec la rédaction et l'application de règlements spécifiques. Toutefois, durant le , l'organisation des provinces passe davantage entre les mains de promagistrats grâce à des lois votées au préalable, mais ces promagistrats doivent toujours demander la ratification de leurs décisions par le Sénat.

Compétences en temps de guerre La déclaration d'une guerre et sa conclusion par un traité sont placées sous la souveraineté du peuple. Le rôle du Sénat dans les conflits armés se limite théoriquement à celui de conseiller, mais dans les faits, il finit par superviser ces conflits. Les consuls, qui disposent d'un pouvoir essentiellement militaire, commandent directement les armées et le Sénat s'occupe de la stratégie globale. Il donne son accord pour procéder aux levées, l'armée romaine n'étant pas permanente sous la République, et gère la répartition des troupes d'une année sur l'autre.

Jusqu'en 202 av. J.-C., un dictateur est nommé dans les cas d'extrême urgence militaire. C'est le Sénat qui autorise les consuls à recourir à la dictature. Après 202, la dictature tombe en désuétude et le Sénat répond aux situations urgentes en votant un senatus consultum ultimum, un « décret ultime du Sénat ». Après ce vote, le gouvernement civil est suspendu et la loi martiale, ou quelque chose d'analogue, est proclamée, déclarant videant consules ne res publica detrimenti capiat, c'est-à-dire « que les consuls veillent à ce que la République ne subisse aucun dommage ». En effet, ces derniers sont provisoirement investis de pouvoirs dictatoriaux.

Administration civile Le Sénat gère également l’administration civile au sein de la ville. Il s’occupe de juger les cas individuels de crimes politiques, telle que la trahison, et, peu à peu, les tribunaux sénatoriaux se substituent à la justice comitiale, c'est-à-dire rendue par le peuple réuni en comices.

Les sénateurs interviennent également pour arbitrer les conflits financiers ou agraires en Italie en envoyant un préteur sur place et pour enquêter sur d'éventuelles exactions commises par les promagistrats dans les provinces dont ils ont la charge.

Rôle législatif Alors que le Sénat peut influencer la promulgation de lois, il ne fait pas officiellement ces lois. Son auctoritas patrum lui confère le pouvoir de sanctionner une loi et de valider des élections mais ce sont les assemblées populaires, qui sont considérées comme l'incarnation du peuple de Rome, qui promulguent les lois intérieures qui concernent le peuple. Le Sénat promulgue des décrets, appelés senatus consulta. Officiellement, il s'agit de « conseils » donnés aux magistrats, bien qu'en pratique, ces décrets sont souvent suivis à la lettre par ces derniers. Si un senatus consultum entre en conflit avec une loi promulguée par une assemblée populaire, la loi prévaut sur le senatus consultum. Le rôle législatif du Sénat est peu à peu diminué, notamment depuis l'apparition des premiers plébiscites qui sont assimilés aux lois des assemblées populaires depuis la promulgation de la Lex Hortensia.

Composition et recrutement du Sénat Les membres et leur nombre

Le Sénat est une assemblée qui réunit à l'origine les chefs (paterfamilias) des familles romaines (gentes) les plus influentes. Vers la fin de la monarchie, le Sénat compte au maximum trois cents membres, cent pour chacune des trois tribus romaines.

Selon la tradition, après la chute de Tarquin le Superbe, le nombre de sénateurs a diminué et dès la fondation de la République, les premiers consuls romains Lucius Junius Brutus et Publius Valerius Publicola autorisent aux familles plébéiennes les plus nobles et les plus riches l'accès au Sénat pour revenir à un nombre de trois cents sénateursMacrobe, Saturnales, 1, 12, 31.. Selon les auteurs antiques, ces plébéiens sont alors élevés au rang de patriciens mais la distinction avec les anciens sénateurs est conservée et ils sont qualifiés de patres conscripti. Les premiers conscripti ont en fait certainement intégré le Sénat quelques décennies plus tard, lorsque la plèbe est parvenue à faire reconnaître par les patriciens ses droits politiques. La distinction conscripti est importante car il apparaît que certaines attributions du Sénat ne relève que des seuls patres comme la nomination d'un interroi lorsque les consuls ne peuvent plus assurer leur mission. Cette distinction entre différents groupes de sénateurs fait du Sénat une assemblée hiérarchisée comportant divers rangs (loci).

Le nombre de trois cents sénateurs qui composent le Sénat demeure inchangé jusqu'au début du et les réformes de Sylla, mais en 123 av. J.-C., un projet de loi proposé par Caius Sempronius Gracchus a pu avoir pour objectif l'agrandissement du Sénat et son ouverture à l'ordre équestre. Un projet semblable est de nouveau proposé par Livius Drusus en 91 av. J.-C. mais cet agrandissement du Sénat ne se réalise vraiment que durant la dictature de Sylla. Ce dernier double le nombre maximal de sénateurs qui est porté à 600. Jules César agrandit encore le Sénat, principalement en y inscrivant ses propres partisans, et le nombre théorique de sénateurs atteint 900, voire 1 000, à la fin de la République. Durant son principat, Auguste réalise plusieurs épurations du Sénat mais ne parvient pas à faire redescendre le nombre de membres à 300 et fixe finalement la limite à 600.

La désignation des sénateurs Jusqu'au milieu du et la promulgation de la Lex Ovinia, la désignation des sénateurs (lectio senatus) relève des consuls, ou de leurs remplaçants extraordinaires comme les décemvirs et tribuns militaires à pouvoir consulaire. Le Sénat ne semble pas avoir eu une existence permanente ni un poids politique très important avant cette époque. Le choix des nouveaux sénateurs semble obéir à des critères arbitraires et se fait peut-être davantage par affinité avec les magistrats au pouvoir que par le mérite.