La collégiale du Saint-Sépulcre de Caen est une ancienne collégiale fondée en 1219 dans le quartier du Vaugueux à Caen après le rattachement du duché de Normandie au domaine royal français. Un morceau de la Vraie Croix est réputé y être conservé dans une chapelle construite sur le modèle du Saint-Sépulcre de Jérusalem. Détruite en 1562 pendant les guerres de Religion, l'église est reconstruite en plusieurs campagnes tout au long du à partir d'une chapelle érigée au . Déconsacrée pendant la Révolution française, l'édifice est utilisé comme dépôt de matériel d'artillerie de 1817 au début du . Elle est promis à la démolition totale, puis partielle dans les années 1910 afin d'y construite une école. Elle est finalement rachetée par le département en 1933 afin d'en faire un dépôt d'archives qui ouvre en 1935-1936. Revendue à la ville en 1963, l'édifice est alors utilisé comme lieu de stockage des collections du musée des antiquaires de Normandie jusqu'en 1983. C'est actuellement un lieu utilisé occasionnellement par la ville pour organiser des évènements et un lieu de résidence pour une compagnie de danse. Cette ancienne église fait l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques en puis d'un classement effectif depuis le .

Situation L'ancienne église est située rue Leroy. Elle a été érigée sur bord du plateau du quartier Saint-Gilles, en face du château de Caen dont elle est séparée par le vallon du Vaugueux. L'église est accessible depuis le Vaugueux par un escalier, dit degrés du Sépulcre.

Avant la Révolution, elle faisait partie de la paroisse Saint-Gilles (dont les limites sont celles de Bourg-l'Abbesse, faubourg sous la juridiction de l'abbaye aux Dames)Carte géométrique de la paroisse Saint-Gilles de Caen, ensemble les limites des neuf paroisses qui l'environne, levée à la demande de madame de Belsunce de Castelmoron, abbesse de Sainte-Trinité (1764) ..

Elle est située depuis 1978 dans le site inscrit du centre-ville ancien de Caen..

Historique La première église Le contexte de la fondation En 1204, le duché de Normandie est rattaché au domaine royal français par . Le roi met en place une administration chargée d'ancrer le duché au royaume de France. Pour cela, il nomme des baillis qui sont chargés de superviser les vicomtes, représentants locaux du roi. Le premier bailli de Caen, Pierre du Thillay, est nommé en 1205 et reste en poste près de vingt ans. Afin de mener à bien leurs missions, les baillis sont assistés par des collaborateurs, le plus souvent recrutés localement.

À Caen, Guillaume Acarin est l'un des plus actifs. C'est un clerc au double sens du terme. Spécialisé dans l'écriture d'actes officiels, Guillaume Acarin est, comme naturellement à cette période, membre du clergé séculier. Guillaume Acarin a probablement commencé sa carrière comme scribe. On le trouve pour la première fois mentionné dans un jugement concernant l'abbaye aux Dames comme clerc écrivant à l'Échiquier de Normandie. Dans un autre document, il est présenté comme clerc de Pierre du Thillay. Il apparaît ensuite dans de nombreux jugements de l'Échiquier. Selon Léopold Delisle, Guillaume Acarin est le principal auteur des compilations de textes de l'Échiquier établis dans le premier quart du . Après le départ de Pierre du Thillay, vers 1222-1227, la position du clerc est plus importante. Sa carrière continue sous le règne de , puis de , jusqu'à son décès, survenu entre 1239 et 1245.

En fondant la collégiale du Saint-Sépulcre en 1219, Guillaume Acarin, qui précise dans l'acte de fondation qu'il , participe à l'ancrage de la Normandie au domaine royal. Cette fondation peut donc être considérée comme politique. Elle s'inscrit dans le mouvement de fondation de collégiales consécutif à ce rattachement.. La collégiale est alors le foyer des fidèles du nouveau régime. et reçoit de nombreuses donations de la part des bourgeois caennais, notamment ceux aspirant à accéder à la noblesse. Deux autres clercs de baillis sont également doyen ou chanoine. Le chanoine Barthélmy Cadoc accumule ainsi les acquisitions foncières. Ce chanoine est le neveu d'un des hommes de main de Philippe-Auguste, Lambert Cadoc.

Il est à noter toutefois que les collégiales sont rares dans le diocèse de Bayeux et en Basse-Normandie en général (contrairement à la Haute-Normandie). Guillaume Acarin choisit de fonder un établissement appartenant, comme lui, au clergé séculier. Cette fondation est suivie tout au long du par l'implantation de nombreux ordres religieux à Caen.. La fondation du couvent des Jacobins est d'ailleurs facilité par le soutien de Guillaume Acarin.

Ce lien direct entre la collégiale et la dynastie capétienne s'illustre par l' en faveur de Philippe Auguste constitué en 1226, trois ans après la mort du souverain. Les chanoines célèbrent ainsi des messes à la mémoire du roi, trois jours avant et après la date d'anniversaire de sa mort, le 14 juillet.

La fondation de la collégiale

vignette|Plan du sanctuaire du Saint-Sépulcre de Jérusalem (tombeau du Christ en E) tel qu'il existe au moment de l'arrivée des croisés.

Selon la tradition (Charles de Bourgueville, Gervais de La Rue, Frédéric Vaultier., Eugène de Beaurepaire, Arcisse de Caumont), Guillaume Acarin aurait décidé de fonder une collégiale afin de répondre au vœu qu'il a fait lors d'un pèlerinage à Jérusalem de bâtir à Caen une église suivant les plans du Saint-Sépulcre.. Toutefois aucune source écrite ne vient accréditer cette théorie. Il reste possible, sans qu'aucune texte ne le confirme, que Guillaume Acarin se soit rendu à Jérusalem avant l'appel du quatrième concile du Latran en 1215 ou qu'il ait accompagné Robert des Ablèges, premier évêque de Bayeux après le rattachement de la Normandie, lors de la participation de ce dernier à la cinquième croisade. En , Robert des Ablèges érige officiellement la collégiale et, en 1223, la fondation est confirmée par Thibaut d'Amiens, archevêque de Rouen.

En 1260, les statuts sont délivrés par l'évêque de Bayeux. Les statuts ne précisent pas le nombre de chanoines, mais celui augmente au fil du au rythme des donations, qui sont nombreuses. On compte seize chanoines en 1267. Au début du , le chapitre s'agrandit encore. Mais en 1367, le pape Urbain V fixe définitivement leur nombre : un doyen et neuf chanoines. Ces clercs séculiers tirent leur revenu de la prébende. Le premier doyen est le fondateur de l'église, Guillaume Acarin.. Le doyen nomme les chanoines en alternance avec l'évêque de Bayeux.. Le chapitre nomme également six chapelains ou vicaires. Les chanoines sont très considérés et ont le droit de préséance sur tout le clergé lors des processions.

Guillaume Acarin lègue la plupart de ses biens à la collégiale. Par actes datés de 1219 et 1224, le clerc fait donc ratifier la fondation par ses frères Robert, Richard et Jean. Très populaire, la collégiale reçoit par ailleurs de nombreuses donations tout au long du et au début du . Alors que les deux abbayes fondées par Guillaume le Conquérant et Mathilde de Flandres au (abbaye aux Hommes et abbaye aux Dames) sont alors perçues comme des lieux de pouvoir et des centres économiques, la collégiale apparait comme un établissement nouveau qui permet aux donateurs d'exprimer leur ferveur religieuse tout en affirmant leur fidélité à la dynastie capétienne. Par ailleurs, elle ne subit pas la concurrence des ordres mendiants qui ne sont fondés que plus tard dans la ville. Le roi Philippe Auguste lui-même confirme le patronage de l'église de Brouay faite par son fidèle Renaud de Saint-Valéry. En 1291, les chanoines obtiennent une bulle pontificale de les autorisant à racheter les dîmes accaparés par des seigneurs laïcs. Cela leur permet d'asseoir leurs droits sur des dîmes qui leur ont été données mais dont la jouissance est parfois contestée par les héritiers.

L'église est rapidement construite. Elle est érigée à côté d'une chapelle construite au et dédiée à sainte Anne, .. En , Guillaume Acarin obtient la propriété de la chapelle contre une rente de . La collégiale et les maisons qui l'entourent constituent une sorte d'enclave aux bord de Bourg-l'Abbesse.

vignette|alt=Extrait d'un plan datant de 1575. On y voit dessiné le quartier autour de la collégiale, avant sa destruction. Au centre, on voit l'église telle que décrite dans cet article, ainsi que la chapelle Sainte-Anne située à côté à gauche. On voit aussi dessinée la rue du Vaugueux. À gauche, le château est représenté. À droite, on voit l'abbaye aux Dames. |La chapelle Sainte-Anne et la première collégiale du Saint-Sépulcre avant sa destruction, sur le plan de François de Belleforest.

L'église est pour l'époque considérée comme une petite merveille. Nous ne possédons pas de représentation de cette première église. Toutefois, le , publié François de Belleforest en 1575, nous donne des indices. Ce plan a été réalisé à partir des informations transmises par Charles de Bourgueville qui avait fait faire par ailleurs un dessin de l'église qu'il aurait pu transmettre à Belleforest. L'église apparait de bonne taille, comparée notamment à la modeste chapelle Sainte-Anne. Son chœur, d'une longueur assez importante, afin d'accueillir les chanoines, se termine par un chevet plat, comme c'est souvent le cas à Caen au . Au-dessus de la croisée du transept, une tour semble avoir une base carrée et un sommet octogonal. L'église semble donc construite sur un modèle classique pour les églises normandes à cette époque, ce qui contrarie donc la tradition rapportant que l'église a été construite sur les plans du Sépulcre de Jérusalem. Toutefois, est également représentée sur le plan une construction circulaire à l'angle du chœur et du transept. Ce monument, qui rappelle le lieu de la sépulture du Christ, pourrait correspondre à la chapelle dite « du Monument » où un morceau de la Vraie Croix est réputé être conservé. Il existe également d'autres chapelles (Saint-Thomas, Saint-Nicolas, Sainte-Luce). Sous l'église, se situe une crypte, peut-être aménagée dans une ancienne carrière de pierre de Caen. Le chapitre s'y réunit.

Le dimanche des Rameaux, des processions partent des différentes paroisses de la ville pour venir adorer la relique de la Vraie Croix. Une autre cérémonie très fréquentée se tient le Vendredi saint. D'autres reliques sont entreposées dans l'église, comme des meubles et des vêtements ayant appartenu à Thomas Becket. L'église possède également une riche bibliothèque où sont conservés des livres communs (bibles, hagiographies, commentaires), mais également un libre de médecine rare traduit de l'arabe en latin (le de Ali ibn Abbas al-Majusi). Quelques éléments de cette bibliothèque sont encore conservés de nos jours à la bibliothèque de l'Arsenal.

La collégiale pendant la guerre de Cent ans