Clément Janequin [Jannequin, Jennequin] est un compositeur, chantre et prêtre français (né à Châtellerault vers 1485 et mort à Paris entre janvier et ), connu pour les nombreuses chansons polyphoniques qu’il a composées.

Biographie Châtellerault et Luçon La famille de Janequin est originaire de Châtellerault ; elle est sans doute aisée puisque ses parents Étienne Janequin et Louise Liachère y possèdent deux maisons, trois terres et plusieurs jardins aux environs. Clément est probablement né à Châtellerault mais on n’en a pas la preuve ; il a un frère Simon, marié à Claudine Jagoys. On n'a pas de trace concrète de ses études musicales mais on peut raisonnablement supposer qu’elles ont été suivies dans une maîtrise de Châtellerault, probablement celle de l’église collégiale Notre-Dame qui disposait d’un chœur de six enfants et six adultes depuis la fin du Sauf mention contraire, les éléments biographiques sont extraits de Cazaux 2013, qui synthétise de nombreux travaux et sources, parmi lesquels Levron 1948, Lesure-Roudié 1957 et Lesure-Roudié 1963..

Sa formation a-t-elle été achevée à Châtellerault ou continuée ailleurs ? On sait qu’en août et Janequin était clerc, dans l’entourage de Lancelot du Fau, vicaire général de l’archevêque de Bordeaux et chanoine de Saintes et de BordeauxLesure 1963, .. Ce grand personnage – futur évêque de Luçon en 1515 – se l’était-il attaché en le faisant sortir de la maîtrise ? Deux actes de 1505 situent Janequin à l’abbaye de Pleine-Selve et à Saintes, en tant que clerc de Lancelot du Fau.

Le premier élément connu sur sa carrière professionnelle est un acte d’un procèsParis AN : collection Le Nain, U 2216, f. 119v-124r. qu’il soutient en contre l’évêque de Luçon, . Janequin était alors « maître des choristes » de l’église de Luçon (la cathédrale) ; il avait été accusé d’avoir eu des relations avec des « femmes impudiques » pendant la Semaine sainte. D’abord puni de jeûne, Janequin réitère sa conduite et il est cette fois appelé à comparaître devant le remplaçant de l’évêque. Il est excommunié, déchu de son emploi et mis en prison (de courts séjours dans les prisons épiscopales étaient une réalité à l'époque pour des délits mineurs, de différentes natures). Libéré trois semaines plus tard, il est à nouveau appelé à comparaître car l’évêque ne reconnaît pas à son remplaçant la capacité à juger cette cause. D’abord condamné par contumace parce qu’il est absent de Luçon, Janequin est ensuite condamné au jeûne tous les vendredis, à une amende et suspendu dans ses bénéfices ecclésiastiques. Janequin fait appel devant le Parlement de Paris ; c’est cette source qui a été redécouverte récemmentVoir Hachem 2016..

Un silence, puis Bordeaux Entre 1507 et 1525, un silence de dix-huit ans obscurcit la biographie de Janequin. Même en supposant qu’il reste à Luçon quelques années et qu’il arrive à Bordeaux en 1523 à la suite de la mort de son protecteur Lancelot du Fau, il reste un silence de dix à quinze ans...

Paradoxalement, c’est durant cette période obscure que Janequin se fait largement connaître. Sa chanson La Guerre est évidemment écrite à la suite de la bataille de Marignan (1515), et d’autres chansons (telle Or sus vous dormez trop dite aussi L’Alouette) circulent dès les années 1510. Il est présent dans les premières publications de Pierre Attaingnant à Paris dès 1528 ; celui-ci lui consacre cette année-là un volume entier contenant cinq chansons, signe d’une renommée déjà solidement établie. Une édition vénitienne publiée en 1520Chansons a troys, Venise : A. Antico et L. A. Giunta, 1520 (RISM 1520). montre que sa renommée avait déjà franchi les Alpes.

En 1525, on retrouve Janequin établi à Bordeaux, comme prêtre. Il se dit au service de Jean de Foix (archevêque), archevêque de Bordeaux, au moins jusqu’en 1528. Il n’est tenu là à aucune charge musicale et bénéficie de plusieurs revenus ecclésiastiques : l’office de préposé aux messes anniversaires du diocèse de Bordeaux jusqu’en 1529, la cure de Saint-Michel-de-Rieufret de 1526 à 1528, chanoine de Saint-Émilion de 1525 à 1528 ou 1529. Rien qui l’occupe beaucoup, puisque ces bénéfices sont en général confiés à un vicaire en échange d'une partie des revenus. Le cumul de ses revenus est alors estimé à 350 lt (livres tournois) par an. On peut supposer que cette absence de toute contrainte et la proximité de son protecteur lui laissent du temps pour composer assidûment.

Vers 1530, sans doute en raison du décès de Jean de Foix en 1529, Janequin semble s’être placé cette fois sous la protection de Bernard de Lahet, avocat du roi à l’Amirauté de Guyenne puis au Parlement de Bordeaux, amateur de musique. Il retrouve d’autres bénéfices, tels un diaconat à Garrosse et la cure de Saint-Jean-Baptiste de Mézos, localités des Landes. Qu’il soit brièvement maître des enfants de la cathédrale d'Auch, en 1531, montre qu’il n’avait pas abandonné son savoir-faire maîtrisien. Mais il quitte alors le Bordelais et la Gascogne, où il a résidé entre six ou huit ans (1523 ? – 1531).

Angers De 1533 à 1537, Janequin est à Angers où, à partir de 1534, il occupe la charge de maître des enfants de chœur (maître de chapelle) de la cathédrale. Son frère Simon réside dans cette ville. Apparemment protégé par Jean Olivier, évêque d’Angers et poète en contact avec les cercles littéraires proche de Clément Marot, il reçoit aussi deux bénéfices qui dépendent du chapitre de la cathédrale : une cure à Brossay – échangée en 1533 contre une cure à Avrillé - et une chapellenie de la cathédrale.

Durant cette période, il est en contact avec François de Gondi, seigneur des Raffoux, de qui Janequin sera parrain de deux filles en 1533 et 1537. Son séjour à Angers prend fin en 1537 et il est remplacé par Loys Henry à la tête de la maîtrise de la cathédrale.

De cette époque date la fameuse chanson Du beau tétin, écrite sur un poème érotique de Clément Marot (publié en 1535) et mise en musique à 4 parties vocales par Janequin (publication en 1536 par Pierre Attaingnant, in Second livre contenant XXV chansons nouvelles..., : « Blaison du beau tétin »).

Un silence encore, puis Paris La période 1538-1548, encore, n’est pas documentée. Il est localisé en 1548 à Angers, où on le dit « étudiant », donc occupé à acquérir quelques grades universitaires (ceux-ci lui permettraient de prétendre à des bénéfices ecclésiastiques plus rémunérateurs que ceux dont il dispose déjà). En il figure également sur un acte en tant que curé d'Unverre en Eure-et-Loir.

Il se retrouve en 1549 à Paris, installé rue de la Sorbonne. Son activité n’y est pas bien connue même si on le suppose s’activant dans l’entourage du cardinal Jean III de Lorraine, de François de Guise ou d'autres notables fréquentant la cour.

En 1555, il réside rue neuve Saint-Sulpice et signe un acte comme « chantre ordinaire de la Chapelle du roi », occupation qui était sans doute honorifique dans la mesure où il avait déjà 70 ans environ – il n’apparaît pas pour autant dans les rôles de la Chapelle.

Il meurt à Paris entre janvier et , après avoir rédigé un testament où il se dit « compositeur ordinaire en musique pour le roi », là encore un titre qui se rapporte plus à une dignité qu’à un emploi réel. Peut-être ces charges de chantre de la Chapelle et de compositeur pour le roi lui procuraient-elles ses seuls moyens de subsistance.

Janequin et François Un musicien aussi célèbre que Janequin n’a pas pu rester ignoré de la cour du roi de France, et aurait pu solliciter un emploi en sa Chambre ou en sa Chapelle. Plusieurs indices montrent qu’un poste à la cour aurait pu être envisagé. En été 1530, la cour de François passe à Bordeaux, où Janequin aurait pu le rencontrer (il avait composé une chanson en l’honneur du retour de captivité de ses deux fils après la paix des Dames). Janequin compose également, au début des années 1530, trois chansons sur des poèmes du roi, textes également mis en musique par Claudin de Sermisy, qui est depuis 1525 environ sous-maître de la Chapelle du roi. Veut-il attirer l’attention du roi en voulant faire aussi bien que Sermisy ? C’est aussi en 1533 qu’il publie son seul recueil de motets. La réorganisation de la Chapelle royale au début des années 1530 lui a peut-être semblé être l’occasion de solliciter un poste de sous-maître, auquel ses compositions, sa célébrité et ses précédents emplois à la tête d’une maîtrise pouvaient le mener.

Mais rien de tout cela ne s’est concrétisé (sauf à la fin de sa vie, sous Henri II, et encore sous une forme probablement honorifique) : les rôles de la Chapelle et de la Chambre restent muets à son égard. Ainsi, lorsque dans quelques actes du début des années 1530 il se qualifie de « chantre du roi » (appellation dont l’intitulé n’est pas habituel), sans doute a-t-il péché par anticipation...

Pour ce qu’on en connaît, la carrière de Janequin reste atypique : ses charges de maître de chapelle ont été de relativement courte durée, il n’a jamais obtenu à la cour un poste que sa célébrité aurait pu lui désigner, et sans exercer de fonctions ecclésiastiques malgré sa prêtrise il est resté sous la protection de quelques évêques tout en recueillant des bénéfices qui lui permettaient de vivre. Était-il trop préoccupé par son œuvre pour travailler à son avancement ? Avait-il un caractère difficile ? Mais cette carrière reconstituée comporte encore plus de vingt ans d’obscurité ; il est à espérer que de nouvelles découvertes viendront un jour l’éclairer d’un jour nouveau, telle celle, toute récente, de son emploi à Luçon autour de 1507.

Œuvre Clément Janequin est considéré comme un des plus grands maîtres français de la première moitié du ; sa production a dépassé 400 œuvres. Il est surtout connu pour ses chansons, au nombre de 250 environ, production considérableSur les statistiques de ses compositions et l’analyse des lieux de publication, voir Boucaut 2013. qui n’est dépassée que par celle de Pierre Certon, qui en compose 285, et loin devant Claudin de Sermisy, qui en a laissé 146.

Messes thumb|Kyrie de la messe La Bataille (Lyon : Jacques Moderne, 1532).

Missa L’aveuglé Dieu à 4 v. (dans le recueil des Missæ duodecim [« Douze messes »], Paris : Nicolas Du Chemin, 1554). Lesure 1953 . Missa La Bataille à 4 v. (dans le recueil Liber decem missarum [« Livre de dix messes »], Lyon, Jacques Moderne, 1532). RISM , Pogue 1969 . Voir aussi RISM J 458. Publiée par Henry Expert (Paris : Salabert, 1947, rééd. 1996). Publiée par Jacques Barbier (Lille, Domaine musiques, ).

Il s’agit de deux messes parodies, dans lesquelles la matière musicale de chansons profanes est reprise sur le texte liturgique, pratique commune à l’époque. Dans le cas de la seconde messe, c’est une auto-parodie, puisque cette messe paraphrase et développe les thèmes de sa propre chanson La Bataille.

Motets Sacræ cantiones seu motectæ quatuor vocumChants sacrés, ou Motets à 4 voix. Paris : Pierre Attaingnant, 1533. In-4° obl. Heartz 1969 . Cette édition, perdue, est citée en 1855Voir Becker 1855 col. 23.. Peut-être ce recueil contenait-il les motets suivants, qui sont les seuls dont on a les titres ? Congregati sunt à 4 voix, dans le recueil Liber cantus (vocum quatuor) triginta novem motetos habet... (Ferrare, J. de Buglhat, 1538, in-8° obl.). RISM 1538. C’est le seul motet connu de Janequin. Publié par François Lesure (Monaco : L. B. M. Dyer, 1950. 2°, 8 p.). Sperantis modulatio (perdu, cité d’après Chapman 1968 ). Gabriel Angelus, fragment inexploitable copié dans le manuscrit M.5 de la bibliothèque capitulaire de Trévise, vers 1559-1570. Il est cité d’après les anciens catalogues de cette bibliothèque (voir le détail sur le site de Rolf Norsen).

Psaumes et chansons spirituelles thumb|Page de titre du Premier livre contenant xxviii Pseaulmes de David (Paris : Du Chemin, 1549). Paris BnF Gallica.