Le Roi en jaune () est un recueil de nouvelles de l'écrivain américain Robert W. Chambers, publié en 1895.
Le recueil tire son nom d'une pièce de théâtre fictive du même titre, leitmotiv énigmatique qui parcourt les quatre nouvelles fantastiques et d'horreur composant la première partie de l'ouvrage.. À une exception près, les récits suivants relèvent du roman d'amour, genre littéraire dans lequel Chambers se spécialise au cours de sa carrière.. En tant qu'œuvre de jeunesse, Le Roi en jaune se singularise au sein de la production de l'écrivain.
Intrigues Les quatre premières nouvelles présentent en leitmotiv trois éléments spécifiques : une pièce de théâtre maudite en deux actes, Le Roi en jaune ; un être surnaturel, entité obscure et maléfique connue sous le nom de ; enfin, un symbole inquiétant appelé le . Ces récits baignent dans une atmosphère oppressante et sont axés autour de personnages qui sont ou bien des artistes ou bien des dilettantes.
Le Restaurateur de réputations
Le Restaurateur de réputations () se déroule dans un New York futuriste (à l'époque de la publication), durant les années 1920 ; l'évolution historique imaginée par Chambers, très différente des faits connus du lecteur moderne, renforce l'effet de décalage et d'impression d'étrangeté.
À la suite d'une chute de cheval et de la lecture de la pièce interdite Le Roi en jaune, Hildred Castaigne est désormais affligé par une maladie mentale. Il ambitionne de devenir l'héritier du « dernier roi de la dynastie impériale d'Amérique » grâce à l'aide de M. Wilde, un étrange personnage autoproclamé « restaurateur de réputations ». Le contexte d'anticipation de la nouvelle, à savoir la ville de New York en 1925 (trente ans dans le futur à compter de la date de publication du récit), provient peut-être de l'esprit dérangé de Castaigne, ce personnage constituant un exemple type de narrateur non fiable..
Le Masque Le Masque () se déroule dans le Paris fin de siècle.
Boris Yvrain, sculpteur d'origine franco-russe, expérimente dans son meublé parisien les propriétés d'un mystérieux liquide capable de transformer les êtres vivants en statues de marbre. Il vit par ailleurs une vie de bohème avec sa compagne Geneviève et ses amis américains Jack Scott et Alec, narrateur et rival malheureux en amour du sculpteur. Celui-ci a d'étranges rêves après avoir lu le livre Le Roi Jaune et se réveille pour apprendre que Geneviève s'est immergée dans le liquide et que Boris s'est suicidé. Il se rend sur scène et découvre que la transformation en marbre n'est que temporaire, et que Geneviève est encore en vie..
Le Signe jaune Le Signe jaune () se passe à New York à la fin du .
Artiste new-yorkais, Jack Scott est troublé par l'apparence d'un veilleur de nuit œuvrant dans une église voisine. Tessie Reardon, modèle du peintre, est elle-même sujette à des cauchemars où apparaît le répugnant personnage. Scott apprend avec satisfaction la vente prochaine de l'église mais un soir, en longeant le sanctuaire, il n'en entend pas moins une question lancinante posée par le veilleur de nuit : « Avez-vous trouvé le Signe jaune ? ». Jack et Tessie sont tués par l'étrange veilleur, qui se révèle être un cadavre en décomposition..
La Cour du Dragon
Dans La Cour du Dragon (), la lecture du Roi Jaune mène le narrateur a avoir des hallucinations..
La Demoiselle d'Ys La Demoiselle d'Ys (). Un Américain perdu en France rencontre une mystérieuse Jeanne. Les deux tombent amoureux, mais il se fait mordre par une vipère, et, quand il se réveille, Jeanne a disparu, et il ne reste que sa tombe, indiquant qu'elle est décédée en 1573..
Le Paradis du prophète
Le Paradis du prophète ().
La Rue des Quatre-Vents
La Rue des Quatre-Vents ().
La Rue du premier obus
La Rue du premier obus ().
La Rue Notre-Dame des Champs
La Rue Notre-Dame des Champs ().
Rue barrée
Rue barrée ().
La pièce Le Roi en jaune
La pièce imaginaire Le Roi en jaune est composée de deux actes et d'au moins trois personnages : Cassilda, Camilla et le Roi en jaune..
Le recueil de nouvelles de Chambers présente des extraits de la pièce mythique, en préambule du livre mais aussi de certaines des nouvelles. Par exemple, le recueil présente dans son exergue la Chanson de Cassilda, réputée être extraite de la scène 2 du premier acte de la pièce.:
L'introduction de la nouvelle Le Masque nous présente en exergue un autre extrait de la scène 2 du premier acte :
L'ensemble des extraits présentés proviennent du premier acte. Dans les nouvelles, il est précisé que si le premier acte paraît assez anodin, la lecture du second acte conduit le lecteur vers la folie, du fait de révélations « insupportables ». “La banalité et l'innocence même du premier acte n'étaient là que pour permettre au coup de tomber ensuite avec un effet d'autant plus terrible.” Le simple fait d'entrapercevoir même la première page du second acte piège le lecteur : « Si je n'avais pas entrevu le début du second acte, je n'aurais jamais terminé le livre (…) » (Le Restaurateur de réputations).
De fait, Chambers ne fournit que de vagues allusions au sujet du contenu global de la pièce ; ainsi dans cet extrait du Restaurateur de réputations :
Un passage similaire apparaît dans Le Signe jaune, nouvelle dans laquelle les deux protagonistes finissent par lire Le Roi en jaune :
Genèse Sources d'inspiration gauche|vignette|Ambrose Bierce. droite|vignette|Le Masque de la mort rouge d'Edgar Allan Poe, illustration de Harry Clarke (1919). Les noms Carcosa, Hali et Hastur sont empruntés à Ambrose Bierce, plus particulièrement à ses nouvelles Un habitant de Carcosa et Haita le berger. Rien ne semble indiquer que Chambers ait été inspiré par ces textes, au-delà de l'emprunt des mots.. Ainsi, dans Haita le berger Hastur est un dieu des bergers, alors que dans Le Restaurateur de réputations, ce nom désigne implicitement un lieu, cité en même temps que les Hyades et AldébaranChambers, Robert W., The Yellow Sign and Other Stories, S. T. Joshi, editor; c. 2000, Chaosium, Inc.; p. xiv..
D'autres influences sont possibles. Par exemple, on peut remarquer que le synopsis de la nouvelle Le Masque de la mort rouge d'Edgar Allan Poe rappelle beaucoup des passages de la pièce mythique de Chambers : un bal masqué est donné par des aristocrates décadents qui se sont isolés du monde extérieur afin de se protéger d'une terrible épidémie, la Mort rouge. À minuit un étranger apparaît, vêtu d'un linceul sanglant, déguisé à la manière d'une victime de la Mort rouge. Alors que les convives outragés tentent de s'emparer de l'étranger afin de le démasquer, ils ne trouvent qu'un linceul vide et un masque ; alors, un par un, ils meurent, terrassés par l'épidémiePoe, E.A., The Masque of the Red Death 1850 WORKS, .. Dans les deux récits, les couleurs ont une importance fondamentale, anxiogène, l'ambiance de fête dissimule mal une terreur extrême et enfin, les deux étrangers sont des messagers surnaturels, porteurs de mort et de déréliction.
D'autres textes, notamment ceux des auteurs symbolistes, ont pu avoir une influence sur le recueil de Chambers. La nouvelle Le Roi au masque d'or. de Marcel Schwob, écrivain ami d'Oscar Wilde, fut publiée en 1893, très peu de temps après le séjour parisien de Chambers (qui était venu étudier la peinture à l'académie Jullian de 1886 à 1892). Dans son récit, Schwob emploie l'expression « masque blême », que Chambers reprendra en évoquant un étrange « » dans Le Roi en jaune.
Les premières pièces symbolistes de Maurice Maeterlinck constituent également une influence notable. La Princesse Maleine, publiée en France en 1890, et Pelléas et Mélisande (1892), ont eu un retentissement considérable auprès de la critique littéraire de l'époque. Chambers connaissait l'écrivain belge, comme le montre un passage de la nouvelle .
vignette|gauche|redresse|Salomé d'Oscar Wilde, illustration d'Aubrey Beardsley. droite|vignette|redresse|The Yellow Book, , , couverture illustrée par Aubrey Beardsley.Revue représentative des courants esthétisants de la fin de l'époque victorienne. Il est par ailleurs envisageable que la pièce d'Oscar Wilde, Salomé ait pu contribuer à l'élaboration du Roi en jaune. À l'instar de la pièce imaginaire, l'œuvre de Wilde a été tout d'abord publiée en français avant d'être traduite en anglais, puis interdite, du fait d'une réputation sulfureuse. Salomé se présente comme un drame en un acte et met en scène des personnages similaires à ceux de Chambers : une reine (Hérodias) et une princesse (Salomé) décadentes, un roi bientôt maudit (Hérode) et un prophète terrible et solennel (Iokannaan) annonciateur d'événements terriblesOscar Wilde, Salomé, Librairie de l'art indépendant ; Elkin Mathews & John Lane, Paris / Londres, .. Le style solennel et inquiétant, le drame annoncé, inévitable, un sentiment diffus de malaise et d'attente, tous ces éléments évoquent la pièce de Chambers. Au tout début de Salomé, la lune est dépeinte comme « une petite princesse qui porte un voile jaune » ; plus loin, un jeune Syrien dit : « Comme la princesse est pâle ! Jamais je ne l'ai vue si pâle ». Le jeune Syrien est bientôt nommé par Salomé : son nom est Narraboth ; il implore celle-ci de ne pas regarder Iokanaan et, finalement, du fait de la témérité de la princesse, se suicideWilde, Oscar, Salomé, , 3, 9, 16-24.. Il convient d'ajouter que c'est Marcel Schwob qui a été le correcteur de la version originale de Salomé, en français au profit de son ami Oscar Wilde.
La couleur jaune symbolisait le mouvement décadent puisque les ouvrages français associés à ce mouvement littéraire paraissaient en Angleterre sous des couvertures de cette couleur. En outre, le jaune renvoie aux choix esthétiques de la mode à la fin du , mis en avant notamment par des ouvrages tels que le Yellow BookPrice, The Mythology of Hastur, The Hastur Cycle, p. iii., une parution littéraire associée à Oscar Wilde et Aubrey Beardsley. La couleur jaune représente également la quarantaine, notamment sur les navires — une allusion à la déréliction, à la maladie, et plus particulièrement aux troubles psychiatriques. Par exemple, la célèbre nouvelle Le Papier peint jaune qui met en scène la descente d'une femme dans la folie est publiée peu de temps avant la sortie du livre de Chambers.
Insertion de Hastur et du Roi en jaune dans le mythe de Cthulhu Allusions par H. P. Lovecraft gauche|vignette|redresse|H. P. Lovecraft vignette|redresse|Celui qui chuchotait dans les ténèbres, nouvelle de H. P. Lovecraft (illustration d'Alexander Moore). Dans sa nouvelle Celephaïs (1920), Howard Phillips Lovecraft mentionne un étrange grand prêtre trônant dans un monastère isolé du plateau fictif de Leng. Dans La Quête onirique de Kadath l'inconnue (1926), le plus long texte se rattachant à son cycle du rêve, l'écrivain américain confronte l'infortuné voyageur Randolph Carter à ce terrifiant grand prêtre au visage voilé de soie jaune. L'exégète lovecraftien Robert M. Price évoque Yian, mystérieuse cité orientale dépeinte dans la nouvelle Yue Laou le Faiseur de lunes (, 1896) de Robert W. Chambers, comme source d'inspiration du plateau de LengRobert M. Price, « The Mythology of Hastur », dans ..