Le château de Groussay est une demeure de prestige française située à Montfort-l'Amaury, comprenant un parc à fabriques. Construit en 1815, il a été totalement transformé par Charles de Beistegui après 1945.

Description vignette|redresse|gauche| Vue du château de Groussay, avant 1938 (carte postale). Le château de Groussay a été construit en 1815, au début de la Restauration, pour Henriette Adélaïde du Bouchet de Sourches, duchesse de Charost (morte en 1835), fille de madame de Tourzel, dernière gouvernante des enfants du roi Louis XVI et de Marie-Antoinette.

Il est totalement transformé par Charles de Beistegui, qui l'acquiert en 1938, à l'aube de la Seconde Guerre mondiale. L'édifice n'étant pas protégé au titre des monuments historiques, il a toute liberté pour le modifier à sa guise ; c'est ainsi qu'il le prolonge de deux ailes, d'un théâtre et d'une salle de bal dite « salle hollandaise » et crée une œuvre esthétique originale, très inspirée par le néo-classicisme et les folies propres au siècle, et jouant sur des trompes-l'œil.

Beistegui commanda à Alexandre Serebriakoff, dont il lança la carrière de peintre d'intérieurs luxueux, deux séries d'aquarelles, l'une consacrée aux aménagements de son domaine de Groussay, l'autre au célèbre bal organisé au palais Labia en 1951 : les deux séries sont réunies en 1956 sous la forme de deux albumsUne des séries datée 1956 et représentant le théâtre figure à la vente du 1 juin 2025 à Versailles organisée par la maison Osenat — cf. La Gazette Drouot, 30 mai 2025, ..

Intérieur Certains éléments de la décoration intérieure choisis par Beistegui ont été conservés : on en retrouve dans le théâtre — qui est inauguré en 1957 avec la représentation de L'Impromptu, de Marcel Achard, joué par la troupe de la Comédie-Française avec Annie Girardot et Jean-Claude Brialy —, et dans les pièces suivantes : la « galerie des tapisseries inspirées de Goya », le grand salon, le salon russe, la salle de billard, la galerie hollandaise, le grand salon hollandais et la salle à manger.

La bibliothèque, sur deux niveaux, comporte deux escaliers en colimaçon ; Beistegui fit supprimer un plafond et deux chambres pour lui donner plus de hauteur ; un cliché de cette pièce montre le trumeau de la cheminée surmonté d'un tableau, possiblement La Mascarade nuptiale de José Conrado Roza (1778) qui a été acquis en 1985 pour le musée du Nouveau Monde de La Rochelle où il est depuis exposéReproduction en couleurs dans Fonds Régional d'Acquisition des Musées - Région Poitou-Charentes 1982-1988, ..

Plusieurs chaises en acajou ornées du monogramme doré de Beistegui sont conservées dans le vestibule du château.

Fabriques Groussay est célèbre pour ses fabriques, inspirées des parcs du et des jardins dits « anglo-chinois », et élevées du temps de Charles de Beistegui, entre 1950 et 1970.

On les doit à deux artistes : l'architecte et décorateur d'origine cubaine Emilio Terry, imprégné de culture classique, et au peintre d'intérieur Alexandre Serebriakoff - le neveu d'Alexandre Benois, qui réalisa les costumes et décors des fameux ballets russes de Serge Diaghilev - qui se spécialisa dans les portraits d'intérieurs ou conversations pieces. Les vases en céramique du parc sont quant à eux de Jean Luneau.

Les fabriques sont :

la Tente Tartare (1960) ; le Temple du Labyrinthe (1967) ; le Pont Palladien (1960) ; la Pyramide (1968) ; le Temple d'Amour (1949) ; la Pagode Chinoise (1963) ; la Colonne Observatoire (1962).

Autres particularités vignette|redresse=1.3|Restitution du premier jardin du château de Groussay ( siècle). Les écuries datent de la création du premier château. Le parc couvre .

Avant sa transformation dans les années 1950-1960, le premier jardin dont le tracé remonte sans doute au siècle, était d'abord régulier, avec un parterre qui donnait sur une grande pièce d'eau rectangle, au centre de laquelle se trouvait une île, dans un dispositif semblable à celui du parterre et de l'étang du château de Clagny.

L'ensemble (château et ses décors, parc, fabriques) a été classé au titre des monuments historiques par arrêté du .Jean-Louis Gaillemin, « Groussay, classé monument historique », dans Connaissance des arts, , décembre 1996, ..

Citations Jean Cocteau, cité dans la plaquette de présentation de la « vente de l'entier mobilier garnissant le château de Groussay » par Sotheby's du 28 au 31 mai 1999.. Éveline Schlumberger, « Adieux à Charles de Beistegui », in: Connaissances des arts, , avril 1970, ..

« Charles de Beistegui a voulu restituer en son château de Groussay l'atmosphère d'une « galerie » Louis XIII : grands tableaux accrochés directement sur les tapisseries du , cheminée monumentale, plafond à solives, sol de tomettes cloisonné de lames de parquet ; il n'y a ici nulle volonté de reconstitution mais une tentative originale pour fondre des éléments anciens et modernes dans l'harmonie précise et caractérisée conçue par le décorateur. »« Les douze plus belles réalisations de l'après-guerre », dans Réalités-Femina-Illustration, , novembre 1957, , avec vue photographique partielle (arch. pers.).

Historique

vignette|gauche|120px|Armoiries des Béthune-Chârost. vignette|Duchesse d'Angoulême Madame Royale, 1786.

Henriette Adélaïde du Bouchet de Sourches de Tourzel, duchesse de Charost, veuve et héritière du maire de Paris, Armand Joseph de Béthune, duc de Chârost, fait construire le château en 1815.

Elle est la fille de Louise Élisabeth Félicité Armande Anne Marie Jeanne Joséphine de Croÿ d'Havré, dite Louise Élisabeth de Croÿ, duchesse de Tourzel, gouvernante des enfants royaux, et de Louis François du Bouchet de Sourches, marquis de Tourzel, grand prévôt de France.

La construction est pratiquement terminée en 1823.

Ayant accompagné la famille royale lors de la tentative de fuite, emprisonnée mais ayant échappé à l'échafaud, la mère d'Henriette, de retour de Londres, vient s'installer à Groussay, où elle reçoit la fille de Louis XVI, la duchesse d'Angoulême. Quelques mois plus tard, en 1832, elle meurt au château à l'âge de 82 ans.

de Chârost meurt en 1837 et est inhumée au cimetière de Montfort-l'Amaury. Elle avait fait construire l'orangerie, qui abrita les collections d'arbustes méditerranéens.

En 1843, la comtesse Julie de Pahlen acquiert le domaine après la mort de son mari, Pierre Antonin Perry, survenue la même année. Elle y reçoit l'empereur et l'impératrice. En 1873, elle vend à Henriette Dufour d'Hargeville, épouse du prince Soltikoff.

En 1938, Charles de Beistegui (1895-1970), de nationalité mexicaine et espagnole et esthète inspiré, rachète Groussay ; il est le neveu du grand collectionneur mexicain et généreux mécène des musées et institutions culturelles françaises Carlos de Beistegui.

Il crée au château Marion Vignal, « Vanity Flair », Vanity Fair n°27, septembre 2015, pages 138-147 et 206-207..

Souvenir de soupers « en petit comité » à Groussay :

À la mort de Charles, en 1970, son neveu Juan de Beistegui, dit « Johnny », en hérite et s'efforce de le préserver pendant trente ans, mais en 1999 l'édifice est vendu au producteur de télévision Jean-Louis Remilleux et son contenu, sauf certains éléments décoratifs, est finalement dispersé en lots décrits dans un catalogue de quatre volumes lors des premières enchères publiques organisées en France par Sotheby's, à l'occasion d'une vacation de quatre jours, un événement dans le marché de l'art.

Le , la propriété est revendue. pour 25 millions d'euros5 décembre 2022 Cour d'appel de Paris RG n° 21/03150, site de la Cour de Cassation (Paris). à Rubis International, dont le gérant est l'homme d'affaires ouzbek Rustam Madumarov, âgé à l'époque de 36 ansRUBIS INTERNATIONAL (PARIS 17) Chiffre d'affaires, résultat, bilans sur SOCIETE.COM - 520369224, consulté le 21 octobre 2015..

La propriété passe ensuite dans les mains de Gulnora Karimova, fille du dictateur ouzbek ; ses biens sont cependant saisis en 2015 après son inculpation pour blanchiment de détournement de fonds publics, et le château remis en vente, avec obligation faite aux postulants de proposer une valorisation artistique ou culturelle du site.. En , un propriétaire s'est porté acquéreur via une SCI78 Actu, 24 février 2021. : il s'agit de la famille Garèse, également acquéreur de l'académie de la Grande ChaumièreLe Monde, 4 juin 2025..

Un lieu de tournage de films En 1969, peu de temps avant la mort de Charles de Beistegui, un premier tournage eut lieu au château : Le Bal du comte d'Orgel de Marc Allégret d'après le roman de Raymond Radiguet : Jean-Claude Brialy en parle dans la série documentaire Le Bal du siècle réalisée en 2006 par Xavier Lefèbvre et produite par Jean-Louis Remilleux, alors propriétaire du châteauLe Bal du Siècle, extrait, de Xavier Lefebvre..

Comme dans beaucoup de châteaux, de nombreuses scènes de films, téléfilms et documentaires ont été tournées à Groussay, entre autres : Valmont de Miloš Forman en 1988 ; deux documentaires de Patrick Mimouni : Don Carlos de Beistegui en 1989 et À Groussay, en 1998 ; Les Parisiens de Claude Lelouch en 2004 ; Ne le dis à personne de Guillaume Canet en 2006 ; L'Homme au ventre de plomb et L'énigme des Blancs Manteaux (série Les Aventures de Nicolas Le Floch) d’Edwin Baily en 2008 ; La Maison du chat-qui-pelote d’après Balzac (série Au siècle de Maupassant. Contes et nouvelles du ) de Jean-Daniel Verhaeghe en 2008… (voir filmographie)

Groussay est par ailleurs décrit dans le Guide des lieux cultes du cinéma en FranceMarc Lemonier, Guide des lieux cultes du cinéma en France, Horay, 2005..

Lors de sa vente en 1999 au producteur de télévision Jean-Louis Remilleux et jusqu'à sa revente en 2010, le château fut quelquefois transformé en une sorte de studio de télévision (la bibliothèque et le théâtre en avaient déjà les dimensions, avec de grandes hauteurs, et des facilités d'éclairage et de déplacement de matériel) où ont été enregistrées un certain nombre d'émissions télévisuelles, dont celle, hebdomadaire, de Frédéric Mitterrand, Plaisir de France (2001-2004).

Entre 2013 et 2020, le parc est le lieu de tournage de l'émission de M6 Le Meilleur Pâtissier à une dizaine d'occasions.

Groussay est devenu une référence pour les sociétés de production cinématographique, télévisuelle, musicales et maisons de couture représentant le chic à la française.

De nombreuses maisons d'édition de livres d'art internationales et françaises ont sélectionné ce lieu pour leur magazine.

Depuis , le château, accompagné de l'association patrimoine aventure, a ouvert les portes du domaine au public. Les visites du château sont commentées. Les jardins ont retrouvé un éclat et les différentes naissances animalières animent régulièrement la vie du domaine. En 2017, le magazine AD a publié, dans son recueil des 50 lieux à voir une fois dans sa vie, le château de Groussay. En 2017, le château accueille pour les Journées du patrimoine son salon des Métiers d'arts pour œuvrer à la mise en valeur de ces métiers, qui ont fait l'histoire de France. Le château s'est aussi donné pour objectif de valoriser les arts, en accueillant des artistes à demeure.

En 2015, le théâtre de verdure, situé dans la continuité du jardin d'agrément, accueille pour la première fois depuis très longtemps une pièce : Le Journal d'une femme de chambre d'Octave Mirbeau (1900), interprétée par Isabelle Mentré.

Le petit théâtre intérieur accueille en soirées privées d'autres pièces ou des événements culturels comme : Les lectures de Madame Royale interprétées par Isabelle Mentré (2016), Maître Rumiko Manako avec une féerie de l'art floral Japonais Ikebana (2016), Un fil à la patte (2017) et le Bourgeois Gentilhomme (2017 - voir reportage par Ma Plume 2.0) par la Troupe du Crâne.

En 2017, le château ouvre pour la première fois de son histoire ses portes à une école de théâtre pour organiser la représentation de fin d'année des élèves.

Défilés de mode