La protection sociale aux États-Unis, qui englobe plusieurs programmes dont la sécurité sociale, couvre 85 % de la population américaineAndré Kaspi, Les États-Unis d'aujourd’hui, Paris, Plon, 1999, 183. Même si les droits sociaux ne sont pas inscrits dans la Constitution des États-Unis, le gouvernement de cette nation applique, depuis le et la création de l'État-providence () plusieurs programmes afin d’aider les personnes en difficulté. En 2000, 180 millions d’AméricainsA. Kaspi, F. Durpaire, H. Harter, A. Lherm, La civilisation américaine, Paris, PUF, 2004, 112 (pour une population totale d'environ 300 millions) bénéficiaient de la Sécurité sociale.

Le système de répartition des aides sociales est pluraliste et décentralisé : l’État fédéral donne une enveloppe fixe prélevée sur le budget fédéral des États-Unis aux cinquante États fédérés. La protection sociale dépend de la situation de l'individu : l'assurance maladie n'était pas obligatoire jusqu'en 2013. Les programmes Medicare et Medicaid, créés par le président Lyndon Johnson dans le cadre de la « guerre contre la pauvreté », sont le premier poste du budget fédéral avec 23 % de celui-ci en 2011 et sont utilisés par les plus démunis. Les actifs passent en général par des assurances privées (). Toutefois, même pour les assurés, le coût des soins de santé demeure très élevé, et serait selon une étude récente l'une des causes les plus importantes de faillites personnelles Medical Bankruptcy in the United States, 2007: Results of a National Study - Am. J. Med., par David U. Himmelstein, MD, Deborah Thorne, PhD, Elizabeth Warren, JD, Steffie Woolhandler, MD, MPH .

L’organisation fédérale des États-Unis entraîne des différences géographiques quant aux dépenses et aux redistributions sociales. Le pays est aussi le seul de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) à ne pas verser des allocations familiales. Enfin, selon l'idée libérale dominante, la meilleure assurance sociale reste le plein emploi : les divers gouvernements qui se succèdent cherchent avant tout à maintenir la croissance économique et à faire baisser le chômage.

D'après le Pew Research Center, 55 % des américains ont perçu des aides sociales gouvernementales d'au moins un des six principaux programmes fédéraux au cours de leur vie A Third of Americans Have Benefited From Multiple Entitlement Programs - Pew Research Center, 2 janvier 2013.

Histoire Chronologie 1933 : Federal Emergency Relief Administration contre le chômage, dans le cadre du New Deal. 1935 : Social Security Act : différentes aides sont créées : assurance-vieillesse, assurance-chômage, Aid to Dependent Children (ADC). 1938 () : Fair Labor Standards Act améliorant les conditions de travail. 1963 : EP (Equal Pay) : salaire égal pour les hommes et les femmes. 1964 : le président Lyndon Johnson déclare « la guerre contre la pauvreté » lors de son discours sur l'état de l'Union. 1964 () : loi sur l’égalité des chances (Economic Opportunity Act). 1964 () : loi sur les bons alimentaires (Food Stamp Act). 1965 () : lancement des programmes Medicare et Medicaid. 1974 : Loi ERISA (Employee Retirement Income Security Act). 1981 : une cinquantaine de programmes sociaux sont supprimés par l’administration ReaganA. Kaspi, F. Durpaire, H. Harter, A. Lherm, La civilisation américaine, Paris, PUF, 2004, 109. 1984 : (ou Drug Price Competition and Patent Term Restoration Act) favorisant les médicaments génériques. 1988 : Family Support Act, l'un des premiers programmes conditionnels. 1993-1994 : Projet Clinton de réforme de la santé (échec de l’assurance maladie universelle). 1996 : Personal Responsibility and Work Opportunity Act et Health Insurance Portability and Accountability Act. 1997 : Introduction du , un crédit d'impôt destiné à accorder un allégement fiscal aux familles à revenu moyen et moyen supérieur selon le nombre d'enfants. 2010 : Barack Obama promulgue deux lois réformant l'assurance santé, le Patient Protection and Affordable Care Act et le de , assurant une protection sociale à des dizaines de millions d'Américains qui en sont dépourvus. Les assurances privées ne peuvent plus lâcher leurs clients pour des raisons de coûts ou médicales, l'assurance devenant en retour obligatoire.

Évolution de la protection sociale américaine, des origines à l'an 2000 Traditionnellement, l'aide aux pauvres était l'affaire de sociétés caritatives ou des collectivités locales. Les immigrants fraîchement débarqués faisaient appel à leurs compatriotes pour les aider à commencer une nouvelle vie. À la fin du et au début du , plusieurs États européens instaurèrent des systèmes d'assistance publique, fondés sur un système d'assurances sociales obligatoires, et non de charité privée.

Toutefois, le mouvement fut lent à s'installer aux États-Unis, la rapidité de l'industrialisation et la grande disponibilité des terres arables semblant confirmer la conviction que toute personne disposée à travailler pouvait trouver un emploi.

La Grande Dépression, qui commença en 1929 fit voler cette conviction en éclats. Pour la première fois dans l'histoire, un nombre considérable d'américains se trouvèrent au chômage à cause de la faillite généralisée des entreprises et des banques. La moitié des personnes âgées vit alors dans la misère..

Le président Herbert Hoover était convaincu que si le gouvernement n'intervenait pas, le monde des affaires serait capable de redresser l'économie (« La prospérité est au coin de la rue », affirmait-il). Pour porter secours aux nécessiteux, il fit confiance aux collectivités locales et aux gouvernements des États, mais ces derniers ne disposaient pas de fonds suffisants. Pour la plupart des américains de l'époque, Hoover n'avait pas su combattre la crise, aussi élurent-ils, en 1932, Franklin Roosevelt à la présidence.

Le New Deal

thumb|Roosevelt signant le Social Security Act, le 14 août 1935.

Quelques jours après son entrée en fonctions, Roosevelt proposa au Congrès une législation de réforme et de redressement. Presque toutes les mesures demandées par Roosevelt furent votées et, bientôt, le gouvernement créait des emplois pour des centaines de milliers de personnes dans le cadre d'énormes travaux d'intérêt public : construction de barrages (Tennessee Valley Authority), entretien de routes, rénovation de bâtiments publics, électrification des campagnes, protection des zones naturelles.

La plupart de ces projets lancés pendant la crise étaient des mesures temporaires, mais l'un d'entre eux, la Sécurité sociale, prévue par le Social Security Act de 1935, est devenu une institution nationale. La loi avait été impulsée par un comité d'experts de l'entourage de Roosevelt, sous la direction d'Edwin E. Witte.

Les partisans de ce projet estimaient qu'il permettrait de soulager les enfants qui assumaient la charge de s'occuper de leurs parents et qu'il libérerait des emplois occupés jusqu'ici par les séniors. La mesure faisait donc partie du New Deal, le programme général de Roosevelt pour faire baisser le chômage. Cette assurance vieillesse était financée non par de nouveaux impôts mais sur les salaires des employés et par une contribution patronale. En 1937, deux arrêts de la Cour suprême affirment la constitutionnalité de la loiSteward Machine Company v. Davis, 301 U.S, 548 ; Helvering v. Davis, 301 U.S. 619.

Financé par les cotisations des salariés, le système garantit aux retraités une pension mensuelle modeste et aux personnes dans le besoin une indemnité de chômage, une allocation en cas d'accident du travail et d'autres prestations. Le versement des pensions peut commencer à 62 ans, mais beaucoup attendent l'âge de 65 ans pour les percevoir, car elles sont alors un peu plus élevées. Récemment, on s'est inquiété du fait que la Sécurité sociale ne disposera peut-être pas de fonds suffisants pour couvrir ses obligations au , époque qui verra la population âgée augmenter de manière considérable. Les dirigeants politiques ont proposé divers moyens de compenser le déficit attendu, mais on discute toujours d'une solution à long terme.

La Great Society

thumb|Le président Lyndon Johnson signant le Medicare Bill le 30 juillet 1965. Le président Lyndon Johnson inscrit sa politique de « Great Society » au programme de travail du Congrès en janvier 1965 : aide à l'éducation, lutte contre la maladie, sécurité sociale, rénovation urbaine, embellissement, écologie, développement des zones négligées, lutte à grande échelle contre la pauvreté, contrôle et prévention du crime et de la délinquance, disparition des derniers obstacles au droit de vote. Le Congrès vote rapidement les lois correspondant aux recommandations de Johnson (dont le Food Stamp Act et le Economic Opportunities Act). À partir de 1965, des millions de personnes âgées ont bénéficié de l'amendement Medicare à la Loi sur la Sécurité sociale.

Sous Bill Clinton, le droit aux indemnités chômage fut limité ; des programmes de formations furent lancés pour stimuler l'emploiNicole Bacharan, Faut-il avoir peur de l’Amérique ? , Paris, éditions du Seuil, 2005, , .

Assistance envers les démunis Contrairement aux idées reçues, le sort des pauvres ne laisse pas indifférent aux États-UnisA. Kaspi, F. Durpaire, H. Harter, A. Lherm, La civilisation américaine, Paris, PUF, 2004, p.106. Un sondage effectué au début des années 1990 montrait néanmoins qu’à peine un Américain sur six pensait qu’il était du ressort de l’État de réduire les inégalités socialessondage du début des années 1990, cité dans Hervé Veillard-Baron, « Des banlieues françaises aux périphéries américaines », dans Hérodote, , 2006, .

Contrairement à l'État-providence européen, le modèle américain du welfare state fonctionne davantage aux aides sociales qu'aux sécurités sociales, aides qui ne sont versées qu'aux plus nécessiteux. Les entreprises assurent parfois leurs employés. Ainsi, les Big Three (General Motors, Ford et Chrysler) assuraient directement, en 2009, (santé et retraite) 2 millions d'employés ou de retraités..

En outre, la charité privée conserve une large importance : il y a plus de associations caritatives aux États-Unis. Environ la moitié des lycéens sont inscrits dans des programmes d’intérêts généraux (appelés « community service »).

En 2009, alors que la crise s'aggravait, 28 millions de personnes recevaient des food stamps, tandis que les programmes fédéraux alimentaires visant à nourrir les élèves après l'école voyaient leur fréquentation exploserMegan Greenwell, The Last Hope for Hungry Kids, Washington Post, 30 mai 2009.

Statistiques En 2011, 46,2 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté, selon l'HumanitéÉdition du 18 septembre 2011 ; ..

En 2005, le revenu médian annuel des Américains était de . On recensait 37 millions d'Américains vivant sous le seuil de pauvreté, soit environ 12,6 % de la populationLaurent Mauriac, « 46,6 millions d'Américains dépourvus de couverture santé, soit 1,3 million de plus qu'en 2005 », dans Libération du 30 août 2006 ; .. Ce chiffre était de 22 % en 1962A. Kaspi, F. Durpaire, H. Harter, A. Lherm, La Civilisation américaine, Paris, PUF, 2004, p. 108..

Après la crise des subprimes, 31,6 millions d'Américains recevaient des bons alimentaires en (soit 10,3 % de la population), record en chiffre absolu atteint depuis la loi de 1964 (Food Stamp Act) « Welfare as We Knew It », éditorial du New York Times, 26 décembre 2008 (en ligne le 25 décembre 2008)..

Les aides sociales