L'Église apostolique arménienne (en , Hayastaneayc Arakelakan Yekeqeci) est une Église chrétienne autocéphaleRèglement de l'Église arménienne. C'est une des Églises des trois conciles qui sont parfois dites « Églises orthodoxes orientales ».
Elle revendique son titre d'« apostolique » en faisant remonter ses origines aux apôtres Jude Thaddée et Barthélemy. Devenue religion officielle du royaume d'Arménie avec la conversion du roi Tiridate IV par saint Grégoire l'Illuminateur, elle développe son particularisme du , qui voit sa christologie se stabiliser selon la doctrine miaphysite.
Le « Patriarche suprême et Catholicos de tous les Arméniens » qui réside à Etchmiadzin près d'Erevan bénéficie d'une primauté d'honneur parmi les différents hiérarques ; le titulaire actuel est Garéguine II depuis le .
Nom L'Église apostolique arménienne est aussi connue sous d'autres noms : Sainte Église universelle apostolique orthodoxe arménienne Église orthodoxe arménienne Église arménienne orthodoxe orientale Petit dictionnaire de l'Orient chrétien (Tables chronologiques), Brepols, Turnhout, 1991, p. 478 Église grégorienne arménienne Église apostolique arménienne grégorienne Église d'ArménieJoseph Longton, Fils d'Abraham. Panorama des communautés juives, chrétiennes et musulmanes (§ Arméniens), Brepols, Turnhout, 1987, p. 42
Histoire La légende d'Abgar
Diverses légendes ou traditions lient les origines de l'Église arménienne aux apôtres Jude et Barthélemy, lui valant le qualificatif d'« apostolique ». La légende de la guérison d'Abgar V grâce au Mandylion en est un exemple, ce souverain étant considéré comme arménien par l'Église arménienne. La tradition affirme en effet que Jude, également appelé Thaddée, fut envoyé évangéliser l'Arménie par Abgar, vu comme l'oncle du roi d'Arménie Sanatrouk. Les détails varient largement, mais dans toutes les versions, Thaddée convertit Sandoukht, la fille du roi. Dans certaines versions, Sanatrouk se convertit également avant d'apostasier ; selon d'autres, il ne se convertit jamais et fut au contraire hostile au christianisme. Dans tous les cas, il soumit Thaddée et Sandoukht au martyre. L'apôtre Thaddée aurait été exécuté dans la ville de Makou vers 45Albert Khazinedjian, 40 ans au service de l’Église arménienne apostolique: Compendium"", éd. L'Harmattan, Paris, 2009, .. D'autres versions font également arriver l'apôtre Barthélemy en Arménie à l'époque de l'exécution de Thaddée, où il connut également le martyre dans les années 60. Quoi qu'il en soit de l'authenticité de ces traditions, le christianisme a probablement été introduit assez tôt en Arménie, étant donné que des persécutions contre les chrétiens sont rapportées pour les années 110, 230 et 287 par Eusèbe de Césarée et Tertullien.
Conversion du roi Tiridate thumb|Baptême de Tiridate IV.
Le royaume d'Arménie fut le premier État à adopter le christianisme lorsque saint Grégoire l'Illuminateur convertit le roi Tiridate IV et les membres de sa courAcademic American Encyclopedia, Grolier Incorporated, 72., un événement traditionnellement placé en 301 mais probablement plus tardif, au plus tard en 314. Tiridate était devenu roi en 298, notamment grâce au soutien de l'empereur romain Dioclétien, initiateur de la principale persécution des chrétiens. En 301, des vierges consacrées chrétiennes fuyant la persécution de Dioclétien arrivent en Arménie sous la conduite de Gayané ; le roi les fait arrêter et convoite l'une d'entre elles, Hripsimé, mais devant le refus de cette dernière, la soumet au martyre, ainsi que tout son groupe. La tradition assure alors que Tiridate serait tombé malade (selon la légende, Tiridate aurait alors été transformé en sanglier) ; sa sœur Khosrovanouch aurait ensuite entendu en rêve qu'il fallait mettre fin aux persécutions des chrétiens. Mis au courant, Tiridate aurait fait libérer Grégoire, qui l'aurait guéri et converti. L'histoire est vraisemblablement différente : après la fin du règne de Dioclétien en 305, Grégoire, un Arménien éduqué et ordonné prêtre à Césarée de Cappadoce, retourne prêcher en Arménie et affronte Tiridate, qui le fait jeter dans une fosse (à l'emplacement de l'actuel monastère de Khor Virap). Toutefois, l'impression laissée par Grégoire sur Tiridate ainsi que l'intervention de la sœur du roi mènent à la libération du prisonnier et au repentir royal. En 314, après avoir été oint évêque à Césarée, Grégoire baptise le roi, sa cour et ses sujets, faisant de l'Arménie une nation chrétienne..
Tiridate fait en outre de Grégoire le premier Catholicos d'Arménie. Le roi et le Catholicos font détruire les anciens centres païens et construire églises et monastères ; prêtres et évêques sont ordonnés. La tradition rapporte qu'alors qu'il méditait à Vagharchapat (l'actuelle Etchmiadzin), la capitale de l'époque, Grégoire aurait eu une vision du Christ frappant la terre d'un marteau, faisant jaillir un grand édifice surmonté d'une croix. Convaincu de la volonté divine, il fait bâtir en cet endroit et avec l'aide de Tiridate l'édifice de sa vision ; la capitale est alors renommée Etchmiadzin, « le Monogène est descendu ».
Les premiers conciles L'Église arménienne est initialement en communion avec les autres communautés chrétiennes ; son Catholicos est ainsi représenté au premier concile de Nicée et au premier concile de Constantinople. S'il ne peut assister au concile d'Éphèse de 431, le Catholicos Sahak souscrit à ses conclusions.
Pour des raisons politiques, l'Église arménienne ne participe pas au concile de Chalcédoine de 451. Des moines syriens, disciples de Sévère d'Antioche, leur firent connaître l'Hénotique de l'empereur Zénon, interprété dans un sens anti-chalcédonicienPierre Maraval, Le christianisme de Constantin à la conquête arabe,1997, p. 423.. Au premier concile de Dvin, en 506, l'Église adopte ce texte comme confession de foi. Cette décision est confirmée au second concile de Dvin, vers 552, qui rejette expressément les décisions du concile de Chalcédoine. Les tentatives d'union des échouèrent et aboutirent à la séparation avec l'Église géorgienne qui adopta, vers 608, la définition christologique de Chalcédoine.
Par ailleurs, le christianisme se renforce en Arménie par la traduction de la Bible en arménien par Mesrop Machtots. En effet, avant le , l'arménien n'étant pas écrit, la Bible et la liturgie sont rédigées en grec ; ce n'est qu'en 405 qu'à la suite de la demande du Catholicos Sahak , Mesrop Machtots achève la création de l'alphabet arménien, suivie de la traduction des textes religieux en arménien.. La Bible arménienne se différencie toutefois des Bibles des autres Églises orientales : les livres deutérocanoniques ne sont en effet traduits qu'au et ne sont lus dans les églises qu'à partir du W. St. Clair Tisdall, « Armenian Versions of the Bible », dans The International Standard Bible Encyclopedia, Ed. James Orr, Grand Rapids, 1915 ..
Monophysisme et miaphysisme
L'Église arménienne était autrefois considérée comme monophysite tant par l'Église catholique que par l'Église orthodoxe, en raison de son rejet (à la suite des Églises d'Alexandrie et d'Antioche) des décisions du concile de Chalcédoine de 451 où fut condamné le monophysisme d'Eutychès. Les liens ont été officiellement rompus avec Constantinople en 553, lorsque le second concile de Dvin a rejeté la formule dyophysite de Chalcédoine.
Pour l'Église arménienne, il s'agit cependant d'une description incorrecte de sa position, étant donné qu'elle considère également que le monophysisme selon Eutychès, condamné à Chalcédoine, est une hérésie. Rejetant la formule de Chalcédoine, elle adhère à la doctrine issue de la christologie de Cyrille d'Alexandrie, le miaphysisme.. Sa doctrine est fixée en 726 au synode de Manazkert :
Organisation thumb|Cathédrale Saint-Grégoire-l'Illuminateur d'Erevan.
L'Église arménienne comprend quatre sièges épiscopaux éminents, deux catholicossats autocéphales et deux patriarcats secondaires : le catholicossat de tous les Arméniens ; le catholicossat de la Grande Maison de Cilicie (Antélias), avec juridiction sur les diocèses de Syrie, Liban et Chypre. ; le patriarcat de Constantinople, qui a juridiction sur la Turquie et la Crète. ; le patriarcat de Jérusalem, avec juridiction sur Israël, la Palestine et la Jordanie..
Jusqu'en 1895, il existait un troisième catholicossat, le petit catholicossat d'Aghtamar.
Le Patriarche suprême et Catholicos de tous les Arméniens qui siège à Etchmiadzin jouit d'une primauté d'honneur parmi les titulaires de ces sièges.
Relations avec les autres Églises Avec les autres Églises des trois conciles
Avec les Églises orthodoxes des sept conciles Unions éphémères avec l'Église de Constantinople au cours du . Autres tentatives infructueuses d'unions aux .
Avec l'Église catholique Union éphémère avec l'Église de Rome en 1198.
Dialogue bilatéral 1970 : déclaration commune de Paul VI et de Vasken . ; 1996 : déclaration commune de Jean-Paul II et de Karékine . : « …Ils saluent avec une satisfaction particulière le grand progrès réalisé par leurs Églises dans leur recherche commune de l’unité dans le Christ, le Verbe de Dieu fait chair. Dieu parfait dans sa divinité, homme parfait dans Son humanité, Sa divinité est liée à Son humanité dans la Personne du Fils Unique de Dieu, dans une union qui est réelle, parfaite, sans confusion, sans altération, sans division, sans aucune forme de séparation.
La réalité de cette foi commune en Jésus Christ et dans la succession même du ministère apostolique, a été parfois voilée ou ignorée. Des facteurs linguistiques, culturels et politiques ont largement contribué à l’apparition de divergences théologiques qui ont trouvé une expression dans la terminologie utilisée pour la formulation de leur doctrine. […] en vertu de la déclaration présente, les controverses et les divisions regrettables qui ont parfois découlé des façons différentes d’exprimer cette foi, ne devraient plus continuer à influer de façon négative sur la vie et sur le témoignage de l’Église d’aujourd’hui. »
1997 : déclaration commune de Jean-Paul II et d'Aram , catholicos arménien de Cilicie.. : le Catholicos des arméniens Karekin II, assiste à la Messe inaugurale du pontificat du pape François à Saint-Pierre de Rome.
Dialogue multilatéral
Oudis et Tats Le caractère national de l'Église arménienne est très fort et elle a été longtemps l'institution principale du peuple arménien. Il y a donc historiquement une quasi identité entre le peuple arménien et son Église. Deux petites communautés chrétiennes du Caucase appartiennent cependant à l'Église apostolique arménienne, les Oudis dans leur très grande majorité et une minorité des Tats. Elles sont considérées comme les héritières de l'ancienne Église albanienne.
Voir aussi
Articles connexes
Religion en Arménie Liste des catholicos de l'Église apostolique arménienne Rite arménien Église catholique arménienne Église évangélique arménienne
Bibliographie Krikor Beledian, Les Arméniens, Brepols, coll. « Fils d'Abraham », Turnhout, 1997 . Christine Chaillot, Vie et spiritualité des Églises orthodoxes orientales des traditions syriaque, arménienne, copte et éthiopienne, Le Cerf, Paris, 2011 . . Nina Garsoïan (dir.), L'Arménie et Byzance : histoire et culture, actes du colloque organisé à Paris par le Centre de recherches d'histoire et de civilisation byzantines, Publications de la Sorbonne, Paris, 1996 . Vahé Tachjian, La France en Cilicie et en Haute-Mésopotamie : aux confins de la Turquie, de la Syrie et de l'Irak (1919-1933), L'Harmattan, coll. « Hommes et Sociétés », Paris, 2004 . . . Khazinedjian Albert, L'église arménienne dans l’œcuménisme. Des suites du Concile de Chalcédoine à nos jours, 2002. . . . . .
Liens externes
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Source
Notes et références
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