vignette|upright|Une Curta type .

La Curta est une petite calculatrice mécanique produite entre 1948 et 1970 par l’entreprise Contina au Liechtenstein. Elle est composée d'un corps cylindrique et d'une petite manivelle la faisant ressembler à un moulin à poivre ou à café.

Cette toute petite machine permet d'effectuer très rapidement les quatre opérations arithmétiques de base et, après apprentissage, d'autres opérations comme les racines carrées. Les calculatrices électroniques l'ont reléguée au rayon des pièces de collection.

Histoire

Conception

La Curta fut imaginée, conçue et dessinée par Curt HerzstarkLa Curta, la perfection mécanique de poche, Le Temps, 31 juillet 2024 à partir de 1937. Alors commercial au sein de l’usine de machine à calculer de son père, il détecta le besoin d'une machine à calculer portable An Interview with Curt Hertstark, par E. Tomash, université du Minnesota, 10-11 septembre 1987. Il n'existait pas à l'époque de machine portable capable de réaliser les quatre opérations arithmétiques de base. Ce manque incita Herzstark à s'atteler à la conception d'une machine portable au format suffisamment réduit pour tenir dans une main. Il dessina et fabriqua quelques prototypes non complètement fonctionnels pendant cette période. Sur le point de déposer ses premiers brevets en 1938, la conception de la machine s'arrêta lors de l’invasion de l'Autriche par les troupes allemandes. L'usine familiale fut réquisitionnée pour construire des appareils de mesure et autres équipements pour l’armée allemande, stoppant toute production de machine à calculer Curt Herzstark and a remarkable machine., par Nick J Booth, 27 janvier 2015.

Après quelques années de vie précaire, du fait de l'origine juive de son père, Herzstark fut arrêté par les Allemands en 1943 et déporté au camp de Buchenwald. Lors de son emprisonnement, grâce à ses travaux antérieurs, il lui fut demandé de reprendre le travail sur sa machine. Il n'y produisit rien d'autre que des plans. Herzstark survécut à Buchenwald et conserva ses plans lors de sa libération Curt Herzstark et la machine à calculer Curta., par Marc Pellacoeur, 2020.

En 1945, à la suite de sa libération, trois prototypes furent produits à Apolda, près de Weimar, par les usines Rheinmetall alors contactées par Herzstark. Malheureusement, pour éviter une probable nouvelle déportation en URSS, il dut fuir l'Allemagne de l’Est. Il voyagea vers l’Autriche puis au Liechtenstein où il se mit à la recherche d'investisseurs pour l’aider à industrialiser la production de sa machine. Le prince François-Joseph II de Liechtenstein, soucieux alors d'améliorer les relations commerciales de son pays, fut convaincu du concept et finança une entreprise basée à Mauren et dédiée à la construction de la Curta en 1946. Herzstark prit alors le rôle directeur technique de Contina AG (rachetée par Hilti en 1966)Le grand livre de la Curta page 4, par Christophe Mery et Jean Bigot, 2008. En 1947 débuta la production industrialisée et la vente de la Curta.

Industrialisation

Initialement appelée Liliput, en 1948 la machine prit le nom de Curta.

Trois ans plus tard, la production progressa à environ construits par mois Graphe des productions.

Cependant, la mauvaise gestion commerciale et financière de l'entreprise conduisit Herzstark à quitter son poste en 1951, en conservant pour lui la jouissance des brevets. Il ne retravailla par la suite plus jamais pour Contina An Interview with Curt Herzstark, par E. Tomash, page 56. Cette séparation de son créateur n’empêcha pas la création d'un second modèle, d'une plus grande capacité.

Ainsi en 1954, la Curta type 2 commença à être produite et commercialisée en parallèle de la première Curta, finalement renommée Curta type 1. La production atteignit environ 500 Curta par mois, tous exemplaires confondus, à partir de 1955 The development of Curta I production quantities in the first few years, par Hansjörg Nipp, juin 2021.

Tout au long de sa période de fabrication, différentes pièces esthétiques furent remaniées (forme des boîtes, de la manivelle, couleur des futs et des curseurs, inscriptions diverses). En revanche la mécanique interne ne fut que très peu retouchée.

Déclin

La production et la commercialisation de ces machines s'arrêta au début des années 1970, supplantées, comme pour toutes les autres machines à calculer mécaniques, par les calculatrices électroniques.

Elle reste depuis un objet de collection et de valeur, prisée des connaisseurs de par son histoire et sa compacité inégalée pour une machine purement mécanique.

Description

La Curta est un machine portative prenant la forme d'un cylindre de de hauteur (type 1) ou de hauteur (type 2) pour de diamètre (type 1) ou (type 2). Ce cylindre est composé d'un fût dans lequel se trouve le mécanisme principal, ainsi que d'une couronne rotative, dénommée chariot. Le bas du fût et le chariot sont ornés d'une bande striée assurant une bonne prise en main. Ce cylindre est surmonté d'une manivelle de commande.

L'extérieur est réalisé en aluminium anodisé, lui conférant sa couleur noire.

Elle se range dans une boite cylindrique noire qui a la particularité de se fermer dans le sens anti-horaire, permettant de caler la manivelle en position de repos.

Le fut

Le fut comporte une série de curseurs nommée "enregistreur". Il s'agit du dispositif d'entrée des nombres. Chaque curseur permet de saisir un chiffre de 0 à 9 en faisant glisser le curseur du haut vers le bas. Une petite fenêtre en haut de chaque curseur permet de visualiser la valeur actuellement positionnée. L'ensemble de ces fenêtres est regroupé sous le vocable "viseur de pose". Aujourd'hui, l’ensemble serait simplement appelé registre de saisie.

Au bas de ces curseurs se trouvent des petits repères se déplaçant manuellement dans une glissière présente sur la circonférence complète de la base. Destinés à marquer différentes positions comme une virgule décimale ou des séparateurs de milliers, leur usage est libre et n'intervient pas dans le mécanisme de calcul.

Dos aux curseurs de saisies se trouve un autre curseur, dit levier d'inversion, pouvant prendre deux positions et permettant de potentiellement inverser le décompte du nombre de tours de manivelle.

Enfin, deux flèches verticales permettent de visualiser la position actuelle du chariot.

Le chariot

Le chariot est la pièce présente au sommet du cylindre. Sorte de couvercle, il comporte deux afficheurs à son sommet sur le diamètre extérieur : le totalisateur sur fond noir, et le compteur de tours sur fond blanc. Au sommet se trouve également une bague permettant la remise à zéro de ces deux afficheurs ainsi que la manivelle permettant d'actionner l’ensemble. Cette bague se déploie par rotation et se replie, suivant les modèles, en appuyant sur un petit bouton de maintien localisé près de l'axe.

Ce chariot se manipule en le soulevant jusqu'en butée haute puis en le faisant pivoter. Il se remet en place de lui-même lorsque sa rotation correspond à l'un des emplacements indiquées par la flèche du fût de l’enregistreur. Chaque position possible correspond à un chiffre indiqué sous le totalisateur. La rotation est partielle : l'angle de rotation maximal correspond à la taille du compteur de tour. Des butées sécurisent cette rotation.

Il est également nécessaire de soulever le chariot pour manœuvrer la bague de remise à zéro. Il est possible de ne réinitialiser qu'un seul des afficheurs en n'effectuant qu'une rotation partielle. Le sens de rotation n’a pas d'importance. Il est également possible de ne réinitialiser que quelques chiffres, mais cette opération n'est pas décrite dans le mode d'emploi, en plus de n'avoir qu'une utilité toute relative. À la fin de la manœuvre, la bague doit se situer entre les deux afficheurs (deux emplacements possibles). Le chariot retombera alors de lui-même, confirmant la bonne position de repos de cette bague.

De même que sur la base, le chariot comporte une glissière contenant des petits marqueurs dont l’usage est le même que ceux du bas.

Au centre du chariot se trouve la manivelle de commande, qui tourne uniquement dans le sens horaire. Elle peut également être soulevée, permettant la sélection entre une rotation positive et une rotation négative. Lors de sa rotation, aucune autre manipulation n'est admise. Les manipulations les plus dangereuses sont bloquées, ce qui n’est pas le cas de la manipulation de l’enregistreur. On s'expose à un résultat non défini en cas de telle manipulation. La manivelle ne peut pas tourner lorsque le chariot se trouve en position haute.

Modèles

Prototypes

Différents prototypes, plus ou moins avancés, ont été construits pour prouver le principe et démontrer le bon fonctionnement de l’appareil. Le premier a été construit directement par Herzstark de façon artisanale. D'un aspect rudimentaire, il ne savait faire qu'additionner.

Après la guerre en 1945, l’entreprise Rheinmetall a produit trois prototypes en acier d'après les plans dessinés à Buchenwald. Les suivants ont été construits par Contina.

Contina a également développé un prototype tardif dit modèle 1A en 1961. Ce modèle est basé sur le modèle 1 en termes de dimension et de capacité de calcul. Fruit d'une réflexion visant à réduire les coûts de fabrication, il ne fut jamais industrialisé, mais ouvrit la voie vers des évolutions des modèles commerciaux.

Modèles commerciaux

Il existe deux modèles de Curta dont la production fut industrialisée. Le modèle historique de 1948 : type 1, et le modèle de plus grande taille de 1954 : type 2. Ces deux modèles évoluèrent par petites touches au fil du temps sans que la conception principale ne soit affectée.

+ Modèles de Curta Type 1 Type 2 Année d'introduction 1948 1954 Fin de commercialisation 1970 Production totale approximative Taille Poids Nombre de pièces 600 719 Capacité de l’enregistreur 8 chiffres 11 chiffres Capacité du totalisateur 11 chiffres 15 chiffres Capacité du compteur de tours 6 chiffres 8 chiffres Couleur noire noire puis vert de gris

Le nombre de chiffres du compteur de tour permet de déterminer le nombre de positions possibles du chariot.

Utilisation

La Curta est destinée à réaliser les quatre opérations arithmétiques usuelles de façon simple. Elle est capable de réaliser une opération d'addition et de soustraction directement, et de multiplication et division au moyen d'additions et de soustractions successives. Il s'agit d'une logique de fonctionnement classique pour l’époque. L'ensemble des méthodes décrites ci-dessous sont valables pour la plupart de ces machines, et la Curta n'introduit pas de spécificités.

D'autres opérations sont également possibles (carrés, cubes, racines, etc.) en suivant un mode opératoire spécifique, en général assez complexe.

La machine calcule dans un sous-ensemble fini de . En particulier, une fois la valeur maximale atteinte, la valeur suivante est de nouveau 0. De même, soustraire 1 à la valeur 0 donnera la valeur maximale de cet ensemble. Cette propriété est utilisée pour l'implémentation de la soustraction.

Les méthodes ci-dessous s'utilisent machine mise à zéro : chariot en position minimale, enregistreur, totalisateur et compteur remis à zéro, levier d'inversion en position haute. Il n'y a cependant aucune obligation de le faire, notamment dans le cas de calculs chaînés.

Addition

L'addition ne présente pas de difficulté particulière. On saisit une première valeur sur l’enregistreur puis on tourne la manivelle. Cela équivaut au calcul 0 + valeur. Puis on saisit une deuxième valeur sur l’enregistreur, et on tourne la manivelle à nouveau. Le résultat de cette somme s'affiche sur le totalisateur.

Il est d'usage de placer les valeurs sur les rangs les plus à droite de l’enregistreur. Ce n'est pas une obligation. La seule contrainte importante à respecter est que les rangs de chacune des valeurs saisies soient alignés lors de la rotation de la manivelle.