vignette|upright 1.3|Hache préhistorique trouvée par Noulet avec billet autographe
Jean-Baptiste Noulet est un naturaliste et préhistorien français, né le (11 floréal an X) et mort le à Venerque, en Haute-Garonne.
Il commence par exercer la médecine mais son insatiable curiosité et son tempérament de chercheur infatigable le poussent vers les Sciences naturellesColonel Frédéric Jaubart, Histoire de Venerque, document non publié, 1939.. Il s'intéresse alors à la géologie puis surtout à la paléontologie. Ainsi devient-il en 1841 professeur d'histoire naturelle médicale à l'école préparatoire de médecine et de pharmacie (la future faculté des sciences de Toulouse), et en 1872 directeur du Musée d'histoire naturelle de Toulouse.
Il a contribué à prouver l'existence de l'homme fossile et est un des pionniers de la préhistoire en tant que discipline scientifique. Son principal mérite est d'avoir confirmé en 1851 les découvertes près d'Abbeville de Jacques Boucher de Perthes sur l'Homme préhistorique, par ses fouilles d'un gisement paléolithique à l'Infernet, situé sur la commune de Clermont-le-Fort, en Haute-Garonne. Homme de science discret, Émile Cartailhac a dit de lui : « Il aimait trop la science pour elle-même. Il avait peur de faire parler de lui. Il ne cherchait pas la lointaine renommée ! »
Il a aussi fixé d'une manière définitive l'âge des PyrénéesNécrologie - Revue des Pyrénées et de la France méridionale, 2, 681-682, 1890.. Il fut également lexicographe et critique de la langue et de la littérature occitane.
Biographie 1802 : Naissance à Venerque dans une famille aisée. Sa curiosité scientifique est insatiable, il est versé dans la botanique, la malacologie, la paléontologie, la zoologie, la mycologie. 1826 : Il est lauréat de l'École de Médecine. Il reçoit pour prix les cinq volumes de la Flore française de Lamark et De Candolle. 1830 : Il initie l'étude des mollusques terrestres et d'eau douce pyrénéensHenri Cap, "Les collections zoologiques du Muséum de Toulouse" Bull. Soc. Hist. Nat. Toulouse , 2010, 146, .. 1831 : Il est membre correspondant de l'Académie des sciences de Toulouse. 1832 : Jean-Baptiste Noulet obtient son doctorat en médecine à la faculté de Montpellier. 1834 : Publication de malacologie : Précis d'analyse de l'histoire naturelle des mollusques terrestres et fluviaux qui vivent dans le bassin sous-pyrénéenJean-Baptiste Noulet, Précis analytique de l'histoire naturelle des mollusques terrestres et fluviatiles qui vivent dans le bassin sous-pyrénéen, 1834, J. B. Paya Éditeur.. 1837 : Publication de botanique : La flore du bassin sous-pyrénéenJean-Baptiste Noulet, Flore du bassin sous-pyrénéen ou description des plantes qui croissent naturellement dans cette circonscription géologique, 1837, Paya Éditeur. Il est en accès libre intégral sur Google livres, l'original de l'université Harvard étant dédicacé de la main de Noulet à l'un de ses collègues américains.. Il en tira un abrégé, publié sous le titre de Flore analytique de Toulouse et de ses environsJean-Baptiste Noulet, Flore analytique de Toulouse et de ses environs, 1861, Delboy Éditeur.. Parallèlement, il travaille avec son ami Édouard Lartet sur la malacologie du Miocène de Sansan et s'intéresse aussi aux mammifères de ce gisement. De cette collaboration naîtra son goût pour la Préhistoire. 1838 : La ville de Toulouse créé pour lui une chaire d'agriculture au Jardin des plantes. Il coécrit avec Augustin Dassier un Traité des champignons comestibles et vénéneux qui croissent dans le bassin sous-pyrénéenJean-Baptiste Noulet et Augustin Dassier, Traité des champignons comestibles et vénéneux qui croissent dans le bassin sous-pyrénéen, 1838, Paya Éditeur. (lire en ligne). C'est vraisemblablement le premier atlas de champignons destiné au grand public. Il a été réédité récemment. 1840 : Il est nommé associé résident de l'Académie des sciences de Toulouse dans la section médecine. 1841 : Titulaire de la chaire d'Histoire naturelle médicale à l'École préparatoire de médecine et de pharmacie de Toulouse. 1850 : Il est élu président de l'Académie des sciences de Toulouse. 1851 : Les découvertes qu'il réalise dans le gisement paléolithique du ravin de l'Infernet (« petit enfer » en occitan), sur la commune de Clermont-le-Fort, prouvent l'existence de l'homme fossile. 1864 : il présente à la société botanique de FranceJean-Baptiste Noulet, Sur quelques plantes fossiles de l'âge Miocène, découvertes près de Toulouse, Bull. Soc. Bot. Fr., 1864, , XXV-XXXIII. puis à l'académie des sciencesJ.-B. Noulet, DE quelques plantes fossiles de l'âge Miocène découvertes près de Toulouse., Mém. Acad. Imp. Sc. Toulouse, , T.3, 1865, ., une liste de plantes fossiles retirées de la molasse tertiaire du lit de l'Ariège entre Venerque et Grépiac 1865 : Édouard Filhol ouvre le Muséum de Toulouse au public. Les collections de Jean-Baptiste Noulet servent à inaugurer pour la première fois au monde une galerie d'archéologie préhistorique. 1871 : Il publie une note sur le polypore cinabarinJean-Baptiste Noulet, Note sur le polypore cinabarin, 1871, Impr. Douladoure.. 1872 : Il est nommé directeur du Muséum de Toulouse. Il initie des fouilles dans les grottes ariègeoises de L'HermJean-Baptiste Noulet, Étude sur la caverne de l'Herm, particulièrement au point de vue de l'âge des restes humains qui en ont été retirés, Mém. Acad. Roy. Sc. Inscrip. Bel. Let. Toulouse, 1874, , 497-516. et de Lombrives à UssatJean-Baptiste Noulet, Étude de l'Ombrive ou grande caverne d'Ussat (Ariège) et ses accessoires, 1882, Privat Éditeur.. 1879 : Il s'intéresse également à d'autres zones géographiques et publie L'âge de la pierre polie et du bronze au Cambodge, d'après les découvertes de M. MouraJean-Baptiste Noulet, L'âge de la pierre polie et du bronze au Cambodge, d'après les découvertes de M. Moura, 1877, Douladoure Impr.. Vers la fin de sa vie, il se consacre à l'étude de la langue occitane et à la publication d'un dictionnaire occitan. Il publie plusieurs essais sur l'histoire littéraire des patois du Midi de la France [autrement dit, en langue d'oc] des , .. 1890 : Décès à Venerque, où il est inhumé.
Beaucoup de ses œuvres, qu'elles concernent la préhistoire, la botanique, la malacologie, la paléontologie ou la langue occitane, sont présentes dans les bibliothèques des plus prestigieuses universités du monde comme Harvard ou Cornell.
Collection Noulet du Muséum de Toulouse Malacologie
Préhistoire
Espèces décrites Jean-Baptiste Noulet a été le découvreur de plusieurs espèces fossiles. Très souvent il ne fait que décrire précisément des fossiles découverts par d'autres comme Léonce Roux ou le pharmacien. Un certain nombre d'ouvriers coopèrent aussi avec lui. Son terrain de chasse favori est le bassin de l'Éocène supérieur de l'Agout, dans le département du Tarn.
Vertébrés Mammifères vignette|Adapis rouxi, holotype
Primates Adapis rouxi (Noulet, 1863). Dédié à Léonce Roux, le découvreurGaston Astre, Les crocodiliens fossiles des terrains tertiaires sous-Pyrénées, Bulletin de la Société d'histoire naturelle de Toulouse, Volumes 61, 1931, (52)..
Perissodactyla Lophiodon lautricense (Noulet, 1851)J.-B. Noulet, Sur une nouvelle espèce de pachyderme fossile du genre lophodion (Lophiodion lautricense), Mém. Acad. Roy. Sc. Toulouse, , T.1, 1851, .. Il s'agit d'un pachyderme tapiroïde de très grande taille. Cette espèce a duré longtemps de l'éocène moyen au supérieur. Palæotherium castrense (Noulet, 1863)J.-B. Noulet, Étude sur les fossiles du terrain éocène supérieur du bassin de l'Agout (Tarn), Mém. Acad. Imp. Sc. Toulouse, , T.1, 1863, .. Il s'agit d'un pachyderme palæothérioïde. Il se distingue des autres types principalement par la forme de son maxillaire inférieur. Cette espèce a vécu à l'éocène supérieur. Aphelotherium Rouxi (Noulet, 1863). Il s'agit d'un pachyderme anoplotherioïde de la taille d'un écureuil.
Artiodactyla Chœropotamus lautricensis (Noulet, 1870)J.-B. Noulet, Du chéropotame de Lautrec, espèce nouvelle des grès à Palæotheriums du bassin de l'Agout (Tarn), Mém. Acad. Sc. Toulouse, , T.2, 1870, ..
Reptiles Carettochelyidae Allaeochelys parayrei (Noulet, 1867)J.-B. Noulet, Nouveau genre de tortues fossiles proposé sous le nom d'allæochelys, Mém. Acad. Imp. Sc. Toulouse, , T.4, 1866, ..
Crocodylidae Crocodylus rouxi (Noulet, 1859). Dédié à Léonce Roux le découvreurNoulet. — L. Roux, Crocodilus Rouxi, Géol. du bassin de l'Agout, 1859, p. 23.. Il s'agit d'un tout petit crocodile.
Invertébrés Mollusque gastéropode Helix intricata et Helix personnati. Bulimus Rouxi. 3 espèces de Planorbis. 4 espèces de Limnae. Melania albigensis. 2 espèces de Melanopsis. Cyclostoma castrense. Paludina soricinensis. Bithynia brugueriensis. Nerita lautricensis.
Mollusque acéphale Unio Rouxi. 2 espèces de Sphærium.
Noulet et les débuts de la Préhistoire Sa renommée dans l'histoire des sciences repose essentiellement sur ses découvertes dans le gisement paléolithique du ravin de l'Infernet sur la commune de Clermont-le-Fort. Celles-ci prouvent de façon certaine l'existence de l'homme fossile. Elles confirment les idées de Boucher de PerthesJacques Boucher de Perthes, Antiquités celtiques et antédiluviennes, Treuttel et Wurtz, 1847., fort critiquées par le milieu conservateur de l'époque. Noulet est pénalisé par le fait que l'Académie des sciences de Toulouse ne publie ses travaux qu'en 1860J.-B. Noulet, Sur un dépôt alluvien, renfermant des restes d'animaux éteints, mêlés à des cailloux façonnés de la main de l'homme, découvert à Clermont près de Toulouse (Haute-Garonne), Mémoires de l'académie impériale des sciences, Inscriptions et Belles lettres de Toulouse, 1860, , T. IV, -284., alors qu'il les a présentés en 1853. Cette lenteur fait qu'il n'a jamais atteint la notoriété qu'il aurait dû avoir. Il prouve notamment que l'homme était contemporain d'animaux aujourd'hui disparus car dans le ravin de l'Infernet il trouve deux défenses de mammouth, des restes de rhinocéros laineux, d'espèces fossiles de bovidés, de cheval et de chat des cavernes. L'homme y côtoyait aussi des animaux vivant aujourd'hui dans d'autres contrées, comme le renne ou le rhinocéros, preuve que le climat n'était pas le même. Nous savons aujourd'hui que les outils trouvés appartiennent à la culture du Châtelperronien qui est une entité culturelle comprenant le sud-ouest de la France et le nord de l'EspagneMarc Groenen, Pour une histoire de la préhistoire, Ed. Jérôme Millon, 1994, ..
Cependant ni Noulet ni Boucher de Perthes ne sont les inventeurs de l'homme fossile. Car une vingtaine d'années auparavant Paul Tournal, un pharmacien narbonnais, en fait le premier la preuve de son existence. Il en émet une prudente hypothèse dès 1828Paul Tournal, Note sur la caverne de Bize près Narbonne, Annal. Sc. Natur., 1828, 15, . à la suite des fouilles qu'il mène dans les cavernes de Bize dans le département de l'Aude. Puis il est conforté dans ses arguments peu de temps après et de façon indépendante, par les découvertes dans le département du Gard du médecin Jules de ChristolJules de Christol, Notice sur les ossements humains fossiles des cavernes du département du Gard, 1829, Martel Imprimeur, présenté à l'Académie des Sciences le 29 juin 1829.. Leurs propositions sont rapidement appuyées par Pierre Toussaint Marcel de Serres de Mesplès un savant reconnu à l'époqueMarcel de Serres, Sur les ossements humains mêlés, dans les cavernes à ossements humains de Bize, département de l'Aude, à des débris de mammifères terrestres d'espèces perdues, 1829, Annal. Mines V., sér. 2, p. 507-514..