René Benjamin, né le à Paris et mort le à la clinique Saint-Gatien de Tours (Indre-et-Loire), est un écrivain, journaliste et conférencier français.

Prix Goncourt en 1915 pour son roman Gaspard qu'il écrit à l'hôpital de Tours où il séjourne durant plusieurs mois, il est reçu à l'académie Goncourt en 1938. Ami de Maurras et de Léon Daudet, partisan de l'Action française, il soutient le maréchal Pétain pendant l'Occupation allemande et est considéré comme l'un des idéologues du régime de Vichy.

Biographie Les parents de René Benjamin sont parisiens l’un et l’autre ; sa famille paternelle l'est depuis plusieurs générations. Son père, Ernest Benjamin (1854-1901), fondé de pouvoir d’une maison de vente de draps, est membre et secrétaire général de la Société des gens de lettres, où il est devenu l’ami d’Octave Mirbeau et de François Coppée. Il est lui-même un homme de lettres publié : on lui doit notamment le recueil Veillées poétiques (Alphonse Lemerre, 1882), le roman La Sainte (Paul Ollendorff, 1887), Singularité (Lemerre, 1892), la fantaisie en vers Le Montreur de marionnettes (Lemerre, 1893), Cœur malade (Lemerre, 1896) et Pour la sauver (Lemerre, 1900), ainsi que le feuilleton Le Poète Michel (journal Le Soleil, 1889)Catalogue de la vente « René Benjamin, le Balzacien du 20e siècle », Rouillac, Savonnières, 6 octobre 2026, lot n°1. Sa mère, Berthe Hüe, est musicienne, fille du graveur Ernest HüeCatalogue de la vente « René Benjamin, le Balzacien du 20e siècle », Rouillac, Savonnières, 6 octobre 2026, lot n°4. Ernest Benjamin meurt alors que son fils aîné atteint sa seizième année, le 10 avril 1901 à Paris ; ses obsèques ont lieu au cimetière Montmartre le 13 avril (éloge funèbre d'Albert Cim). René, jusqu'alors au collège Rollin de l'avenue Trudaine à Paris, entre au lycée Henri-IV où il obtient plusieurs prix au Concours général. Il continue ses études de lettres à la Sorbonne et, à 21 ans, effectue son année de service militaire obligatoire.

Dès l'adolescence, il donne des signes d'une vocation littéraire et théâtrale précoce : entre 1896 et 1897, il compose et illustre un journal manuscrit intitulé « Le Figaro », puis, sous le pseudonyme de « Japout », il rédige la revue manuscrite Moi, la revue de Japout (1905-1906) et une série de saynètes jouées en famille ou entre amis.

Premières œuvres En 1908, René Benjamin se lance dans le journalisme. Il est quelque temps rédacteur au Gil Blas et signe des chroniques dans L’Écho de Paris. Le premier livre qu’il publie, Madame Bonheur, est édité à compte d’auteur par Bernard Grasset en 1909. En 1911, il fait jouer Le Pacha, à l'Odéon. C'est à partir de ses observations qu'il écrit La Farce de la Sorbonne (1911), Les Justices de paix ou les vingt façons de juger dans Paris (1913), L’Hôtel des Ventes, sous-titré Paris, sa faune et ses mœurs (1914), enfin Le Palais et ses gens de justice qui paraît seulement en 1919.

La Première Guerre mondiale Benjamin participe à la campagne de Louvain et d'Argonne. Il est gravement blessé dès le début de la Première Guerre mondiale, en , près de Verdun. Transféré à l'hôpital auxiliaire de Saumur le 5 septembre 1914, il y fait la connaissance de l'infirmière bénévole Elisabeth Lecoy. Après plusieurs mois d'hôpital, à Tours, il est versé dans les services auxiliaires où il sert comme convoyeur aux armées sur tous les fronts successivement. Il participe par ailleurs, au titre de conférencier, aux campagnes du comité « L'Effort de la France ». La guerre est à l’origine de plusieurs de ses œuvres, en premier lieu de Gaspard, publié en 1915 par Arthème Fayard. Ce roman reçoit le prix Goncourt 1915 à l'initiative de Lucien Descaves. Le personnage de Gaspard lui aurait été inspiré par un poilu blessé, nommé Colson, rencontré à l'hôpital de SaumurCatalogue de la vente « René Benjamin, le Balzacien du 20e siècle », Rouillac, Savonnières, 6 octobre 2026, lot n°7. La genèse et la réception du roman sont richement documentées : René Benjamin tient pendant la guerre onze carnets de notes (août 1914-1916) et échange plus de 420 lettres avec Elisabeth Lecoy, sa fiancée puis son épouse, entre 1914 et 1918. À sa parution, Gaspard suscite un abondant courrier — félicitations d'écrivains et de journalistes (Pierre Loti, Georges Sorel, la poétesse Marie Noël, etc.), mais aussi quelques réserves, tel ce combattant reprochant en 1916 à l'auteur de donner une image déformée de la réalité militaire.

Le Michel Laurencin, Dictionnaire biographique de Touraine, éditions C.L.D, Chambray-lès-Tours, 1990, à l'église de Saché, René Benjamin épouse Elisabeth Lecoy (1890-1973) qu’il a connue comme infirmière à l’hôpital de Saumur et qui apparaît dans Gaspard sous le nom de « Mademoiselle Viette ». Leur mariage est célébré au château de Saché, qui appartient alors à son beau-père (Henri Lecoy, avoué à Saumur). Trois enfants naîtront respectivement en 1917 (Jean-Loup), 1918 et 1925, à Paris.

Séjour à Saché Jusqu’en 1921, les Benjamin passent leurs vacances à Saché. Le château est alors vendu à Maurice Suzor. René Benjamin écrit sur ce lieu où a séjourné Honoré de Balzac et qui est devenu aujourd'hui le Musée Balzac :« Se dire : il a marché là, travaillé là, dormi là. Ses yeux aimèrent ce qu'aiment les miens à présent.»René Benjamin, Vacances balzaciennes, La Revue Universelle,

Il écrit également à Henry Coutant : «Comme je suis de ceux qui croient à l'invisible, je puis vous assurer qu'à mon mariage, Balzac était invisible et présent. Je l'en ai remercié de tout mon cœur en écrivant pour lui toute ma vie.»

En 1925, il publie La Prodigieuse Vie d'Honoré de Balzac chez Plon dans la collection « Le roman des grandes existences ». Pour le journal Paris-midi, «M. René Benjamin a écrit quelques pages saisissantes sur la manière dont Balzac vécut, en une nuit d'orage, à Saché, près de Tours la terrible agonie de son Père Goriot.»Marcel Bouteron critique le livre dans Les Nouvelles littéraires et conclut : «René Benjamin m'a fait vivre quelques-unes de ces heures, à Saché, la nuit où Balzac agonisa de l'agonie du Père Goriot.»

René Benjamin et le théâtre Comme il le raconte lui-même au premier chapitre de L'Homme à la recherche de son âme, René Benjamin est, dès son enfance, attiré par le théâtre. De 1902 à 1905, entre , il fréquente assidûment la Comédie-Française (il en tient, entre 1904 et 1907, des cahiers de comptes rendus de représentations).

En 1908, sa pièce en deux actes Comprendre est jouée au théâtre Réjane avec l'acteur Gabriel Signoret, et publiée dans la revue Touche à Tout. Elle est remarquée par l'académicien Jean Richepin qui exprime une opinion plutôt positive. Il souligne la capacité de l'auteur à capter l’attention par un « dialogue naturel, spirituel sans effort ». Il note également que le premier acte « ne languit pas une minute » et que l’« observation y est fine, juste, comique sans exagération caricaturale ». Bien qu’il mentionne que le deuxième acte « n’est pas aussi fourni que le premier », il reste convaincu que l’essentiel est atteint : « l'essentiel était de remplir ces deux actes ». Il conclut avec optimisme sur l’avenir de l’auteur en affirmant qu'il « nous a fait grand plaisir, doucement, gentiment », et prédit une « jolie carrière dramatique » pour ce dernier.

Plusieurs de ses comédies sont jouées au théâtre de l'Odéon que dirige André Antoine et au Vieux-Colombier de Jacques Copeau. La pièce Pacha y est jouée en 1911, elle est qualifiée par Jean Martet de « fine et précieuse ». Fernand Nozière exprime lui aussi une opinion élogieuse de cette pièce, notant que l'auteur « a noté minutieusement les petits ennuis de l’existence quotidienne », ce qui permet à l'œuvre de résonner avec des « moments de notre existence quotidienne ». Il admire la capacité de Benjamin à recueillir « les mots qui semblent d’une grande banalité et qui révèlent une situation, un caractère ». Nozière souligne également que, malgré le risque de « platitude » inhérent à ce type de narration, Benjamin réussit à l’éviter grâce à son « choix » expressif et à ses phrases « qui conservent toujours un accent ». L'auteur extrait ainsi une impression de « vérité » et offre une construction « logique » des actes, qualifiant le tout de « très brillant début — ou presque un début ».

Suivent Les Plaisirs du hasard (1922) avec Lucien Callamand, Romain Bouquet, Jeanne Lory et Suzanne Bing, et Il faut que chacun soit à sa place (1924) interprété notamment par André Bacqué, Jacques Copeau et Valentine Tessier. Ces œuvres bénéficient d'une large couverture médiatique. La correspondance conservée montre que Jacques Copeau, qui relit ses manuscrits, joue auprès de lui un rôle de mentor exigeant, allant jusqu'à réécrire certaines scènesCatalogue de la vente « René Benjamin, le Balzacien du 20e siècle », Rouillac, Savonnières, 6 octobre 2026, lot n°45.

Les Plaisirs du hasard laisse Edmond Sée « plutôt froid » bien que « nombre de spectateurs [...] riaient ». Pour Charles Méré : « Certaines scènes sont d'une irrésistible drôlerie et prouvent que M. René Benjamin est un puissant, un véritable auteur comique. Mais le théâtre a ses exigences. Et cette farce, si copieusement développée en quatre actes, eût gagné à être resserrée en deux. »Lucien Dubech estime également que Les Plaisirs du hasard sont « une erreur, une farce d'atelier peu digne de lui ». .

Par contre il défend Il faut que chacun soit à sa place : « Sa première pièce [Les Plaisirs du hasard] était manquée » dit-il « la seconde est admirable. Encore un pas, un peu plus d'habitude et de métier, il n'y a plus au-dessus que le chef-d'œuvre. Il faut que chacun soit à sa place n'en est pas très loin. Non, vraiment, pas très loin. » Ce n'est pas l'avis de Paul Lombard pour qui le tort de René Benjamin est de croire qu’il peut transgresser les règles du théâtre. Alors que « le théâtre exige un don particulier », Benjamin, en réunissant « trois morceaux de littérature différents », crée « un monstre », où « des ratés » défilent. Il montre une incapacité à renouveler ses personnages. Selon lui, l’œuvre se résume à « un acte de comédie, un acte de satire, un acte de bouffonnerie un peu confuse », et il conclut que Benjamin devrait « retourner à sa place » dans la littérature : « le roman, la chronique, la nouvelle ».

En 1932 est joué Paris dont le cinéaste Jean Choux tira un film (sorti en 1937) où jouèrent Renée Saint-Cyr et Harry Baur. Cette pièce est jugée par des critiques « extrêmement faible, et innocente et indigente ».

Pour sa dernière pièce Monsieur Fritz Frantz Neumann, représentée au théâtre de l'Athénée en 1934 (la pièce est également créée au Théâtre royal du Parc à Bruxelles), Robert Kemp indique : « Les intentions de M. Benjamin sont les meilleures du monde. Mais son art le trahit. »

Plusieurs autres pièces, restées manuscrites ou peu jouées, complètent ce parcours dramatique : Le Médecin malade, comédie en quatre actes (1920) ; L'École du bobard, comédie en quatre actes (1921) ; un projet intitulé La Démocratie (vers 1923) ; et Girouette, comédie en quatre actes (1935), successivement intitulée « Le Dernier Homme libre » puis « Le Bel Âge »Catalogue de la vente « René Benjamin, le Balzacien du 20e siècle », Rouillac, Savonnières, 6 octobre 2026, lot n°44.

Les satires sociales et politiques Dans le prolongement de ses premières études sur les grands aspects de la société, René Benjamin s'engage dans le combat politique de l'entre-deux-guerres. Les étapes marquantes en seront Valentine ou la folie démocratique en 1924, Aliborons et démagogues en 1927 et Les Augures de Genève en 1929.