La guerre d’indépendance grecque (1821-1829), ou révolution grecque (), est le conflit à l'issue duquel les Grecs, après quatre siècles d'occupation depuis la prise de Constantinople et la chute de l'Empire romain d'Orient en 1453, et finalement soutenus par les grandes puissances (France, Royaume-Uni, Russie), réussirent à imposer leur indépendance à l'Empire ottoman.

Le , les Grecs, définis d'abord en tant que chrétiens orthodoxes, se révoltèrent contre la domination de l'Empire ottoman musulman. Cette révolte réussit et l'indépendance de fait fut proclamée lors de l'Assemblée nationale d'Épidaure le . L'opinion publique européenne était assez favorable au mouvement, à l'image des philhellènes. Cependant, aucun gouvernement ne bougea, d'abord à cause du poids politique et diplomatique de la Sainte-Alliance, et particulièrement de l'Autriche de Metternich, partisan acharné de l'ordre, de l'équilibre et du principe de légitimité instaurés par le congrès de Vienne, et fermement opposé à l'émancipation des peuples initiée par la Révolution française de 1789 qui leur avait apporté les guerres napoléoniennes de 1799-1815.

Des Grecs vivant hors de l’Empire ottoman, comme des habitants des îles Ioniennes tels que Ioánnis Kapodístrias, et des membres de l'élite grecque de Constantinople et des principautés danubiennes, les Phanariotes, apportèrent dès le début leur aide aux insurgés. L'organisation secrète de la Filikí Etería (littéralement la « société amicale »), créée originellement par des Grecs exilés à Odessa en 1814, œuvrait d'ailleurs pour mettre en commun les ressources (argent, navire, armes) des différents membres de la société grecque (armateurs, armatoles, kleftes, marins, intellectuels) dans ce but, ainsi que pour convaincre les grandes puissances européennes d'apporter leur soutien à la libération de la Grèce. Pour convaincre plus facilement les Grecs qu'il ne s'agissait pas d'une autre tentative qui allait se solder par un autre échec suivi toujours de représailles sanglantes par les Ottomans, les membres de la Filikí Etería annonçaient dès le début qu'ils avaient le soutien d'une « Autorité cachée » qui se dévoilerait le moment venu. La plupart des partisans imaginaient qu'il s'agissait là d' de Russie, mais il ne s'agissait en fait que d'une fiction pour convaincre les plus sceptiques. Pour ne pas décevoir leurs partisans, les membres de la Filikí Etería finirent par se décider à essayer de convaincre des membres de l'entourage du Tsar de remplir ce rôle, jusqu'à contacter Ioánnis Kapodístrias, chef de la diplomatie russe, qui refusa, pensant que l'heure n'était pas encore venue. C'est Alexandre Ypsilántis, aide de camp d' et général de brigade pour les russes, qui assuma ce rôle dès 1820.

Pendant deux ans, les Grecs multiplièrent les victoires. Cependant, ils commencèrent très vite à se déchirer, divisés entre « politiques » et « militaires ». Les Ottomans, comme par le passé, agirent avec brutalité pour réprimer la révolte des occupés. En , l'opinion internationale fut émue en apprenant le massacre de Chios, où les Turcs firent et , après que les Grecs de la Filikí Etería eurent tenté de rallier cette île, une des plus riches de la mer Égée, à leur cause. Paradoxalement, alors que les Turcs comptaient sur cet acte de répression violent pour calmer l'ardeur des insurgés, cette barbarie favorisa le philhellénisme au niveau international et participa à la mobilisation des grandes puissances au secours des Grecs dans les années qui suivirent. La Sublime Porte appela à l'aide son puissant vassal Méhémet Ali, officier ottoman d'origine albanaise, wali d'Égypte qui enchaîna les victoires entre 1824 et 1828, en échange de territoires cédés par l'Empire ottoman. Ainsi, pour les Grecs, les défaites et les massacres se succédèrent.

Cependant, les Russes souhaitaient de plus en plus ardemment intervenir, par solidarité orthodoxe, mais aussi parce qu'ils avaient leur propre ordre du jour géostratégique. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois puisque avait déjà tenté d'aider les Grecs sous occupation ottomane à prendre leur indépendance dans les années 1780-1792 dans ce qui est resté connu comme le projet grec. Elle rêvait notamment de reconquérir les terres prises aux Byzantins par les Ottomans et de créer un empire néo-byzantin dont aurait hérité son petit-fils Constantin, nom évoquant à la fois , qui fonda Constantinople et fit de la chrétienté la religion d'État de l'Empire romain, et , le dernier empereur de l'Empire romain d'Orient, mais ce projet se solda par un échec avec le traité de Jassy en 1792 qui mit fin à la guerre russo-turque de 1787-1792. La Russie soutenait d'abord le mouvement, mais, en raison d'une manœuvre du chancelier autrichien Metternich qui créa de fausses lettres entre les libéraux parisiens et Ypsilántis pour discréditer ce dernier auprès du Tsar, elle retira son soutien en , ce qui laissa Alexandre Ypsilántis et ses partisans en difficulté. La Russie offrait même à l’Empire ottoman le soutien de ses troupes pour écraser l'insurrection de Moldavie et Valachie. En même temps, le sultan avait obtenu du patriarche de Constantinople l'excommunication d'Ypsilántis. Le , la Sainte-Alliance publia un manifeste rappelant aux populations qu'elles devaient attendre réformes et justice de leurs souverains légitimes, et non tenter de les obtenir par les armes. Si Ypsilántis fut finalement vaincu et arrêté en , le mouvement ne s'arrêta pas. La mort d' le et l'avènement à sa place de va complètement changer la donne. Si le premier était partisan de réformes sans que la domination des Ottomans sur les Grecs fût remise en question, va très vite soutenir la cause grecque et plus généralement la situation des chrétiens orthodoxes dans l'Empire ottoman, et les tensions vont très vite monter à nouveau entre la Russie et la Turquie. Dès , lance un ultimatum à la Porte l'intimant d'appliquer à la Serbie, à la Moldavie et à la Valachie les clauses du traité de Bucarest signé en 1812. Et en , il signe avec le gouvernement ottoman la convention d'Akkerman qui accorde l'autonomie à la Moldavie et à la Valachie, donne une constitution à la Serbie et confirme le traité de 1812 sur les détroits.

Les Britanniques, quant à eux, désiraient au départ limiter l'influence russe dans la région mais finirent par s'allier avec la Russie. Une expédition navale de démonstration fut suggérée lors du traité de Londres de 1827. Une flotte conjointe russe, française et britannique rencontra et détruisit, sans l'avoir vraiment cherché, la flotte turco-égyptienne de Ibrahim Pacha, fils de Méhémet Ali, lors de la bataille de Navarin le , ce qui mit plus ou moins fin à l'intervention de Méhémet Ali dans le conflit. La France intervint par l'expédition française en Morée (Péloponnèse) en 1828. La Russie déclara la guerre aux Ottomans la même année et força l'Empire ottoman à reconnaître le nouvel état grec en amenant une armée jusqu'aux portes d'Istanbul en . Le sultan se voit alors contraint de signer la paix avec le traité d'Andrinople du qui augmentait aussi par ailleurs l'influence régionale de la Russie par la reconnaissance de sa souveraineté sur la Géorgie, une partie de l'Arménie et le delta du Danube.

Ces interventions européennes précipitèrent la création de l'État grec. Le traité de Londres, le , où se réunirent des représentants britanniques, français et russes, permit en effet l'affirmation de l'indépendance grecque que la Prusse et l'Autriche autorisèrent. La France, la Russie et le Royaume-Uni gardèrent ensuite une notable influence sur le jeune royaume.

Grèce ottomane

thumb|left|L'entrée de Mehmet II dans Constantinople.Jean-Joseph Benjamin-Constant 1876.

La bataille de Manzikert (1071) marqua le début réel de la conquête des territoires helléniques (au sens large) par les peuples turcs. Les Seldjoukides puis les Ottomans s'avancèrent de plus en plus loin. En 1354, ces derniers prirent pied en Europe avec la conquête de Gallipoli. Les premières incursions dans la Grèce actuelle se déroulèrent à la fin du . Thessalonique fut définitivement conquise sur les Vénitiens en 1430 ; Ioannina fut prise la même année ; Constantinople tomba le ; Athènes en 1456 ; le Péloponnèse et la Béotie furent soumis par Mehmed II en 1460 ; Lesbos fut prise en 1462 ; Samos en 1475 ; Rhodes en 1522 ; les Cyclades et Chios entre 1537 et 1566 et la Crète fut conquise en 1669. L'Empire ottoman continua en parallèle à avancer vers le nord-ouest jusqu'à atteindre Vienne en 1529 et 1683.

La présence ottomane variait géographiquement en fonction de l'éloignement de la capitale et des axes de communication ainsi qu'en fonction du relief. Elle était plus forte dans les plaines que dans les montagnes ou les îles montagneuses. La loi ottomane ne reconnaissait que deux types d'hommes : les croyants (les musulmans) et les infidèles. Ces derniers n'avaient pas le droit de porter les armes et devaient donc « racheter » leur service militaire en payant une capitation : l’haraç. Ils étaient aussi soumis à diverses autres interdictions. Le système de la pédomazoma (tribut des enfants pour en faire des janissaires) avait en revanche disparu assez rapidement pour s'éteindre définitivement au début du . Il y eut un certain nombre de conversions, principalement pour des raisons économiques, forcées ou non, mais le pouvoir ottoman ne les encourageait pas, y voyant une perte potentielle de revenus. L'Empire ottoman était organisé autour du système des millets. Le millet-i Rum englobait l'intégralité des chrétiens orthodoxes dont les principaux étaient les Grecs. Le patriarche de Constantinople était à sa tête en tant que millet bashi. De fait, le sultan gouvernait les Grecs par l'intermédiaire de l'Église orthodoxe. Cela eut pour premier effet de faire naître une méfiance des populations grecques vis-à-vis de leurs ecclésiastiques, soupçonnés d'être des . En parallèle, l'Église constituait aussi le symbole et le principal noyau identitaire de la continuité de l'existence de la .

Dans la théorie, terres et hommes appartenaient à Dieu, donc à son représentant sur terre, le Calife, en l'occurrence alors le Sultan ottoman. En étaient exclus les terres religieuses, donc en Grèce les biens des monastères. Le sultan « louait » une partie des terres à la population locale, en échange d'un loyer rapidement confondu avec l’haraç. C'était un moyen de conserver leurs biens aux propriétaires d'avant la conquête quand ils s'étaient soumis. Le reste était réparti entre apanages pour les proches du Sultan (comme pour la sultane validé par exemple) et timars (sorte de fief militaire) servant à l'entretien des sipahis. Tous faisaient exploiter les terres par les paysans locaux et n'apparaissaient souvent que pour le prélèvement du loyer et des impôts. Peu à peu, ces biens fonciers se privatisèrent, dépendant de moins en moins du Sultan et de plus en plus du propriétaire qui les transformait en ce qui fut appelé tchiflik (grande propriété).

Il en fut de même pour l'administration ottomane qui se dégrada au fil du temps. Au départ, le système des beyliks, sandjaks et pachaliks était une organisation militaire de l'Empire en lien avec les timars. Ces postes de gouverneurs furent peu à peu mis aux enchères tels des offices. Les acheteurs, engagés dans la politique de la capitale, se rendaient rarement dans leur gouvernement, laissant aux soins de représentants locaux (type voïvode ou agha) de récupérer les sommes investies, via un fermage des impôts. Certains cependant voyaient dans leur gouvernement local le moyen de se constituer un « État » personnel face à un pouvoir central en déclin. De nombreuses exceptions existaient : des communautés grecques échappaient au système complètement (les agrapha, littéralement « non inscrites », des montagnes) ou partiellement soit en ayant racheté les impôts soit en ayant obtenu (comme dans les Cyclades) le droit d'avoir une administration propre répartissant les impôts.