La controverse Dordjé Shougdèn est une dispute qui a eu lieu dans les années 1990 et au début des années 2000 autour du culte de cette divinité tantrique, culte qui fut désapprouvé publiquement par le dalai-lama. Celui demanda en outre à ses adeptes de cesser la pratique de ce culte, menaçant ceux qui refusaient de le faire d'être expulsés des monastères et de ne plus pouvoir participer aux cérémoniesKashag, Kashag's Statement Concerning Dolgyal, 31 mai 1996, Site du dalaï-lama Traduction du discours du Dalaï Lama sur France24 : . « The Dalai Lama: The devil within », Part II, aljazeera.net, 13 janvier 2009..

À la demande de plusieurs lamas tibétains pratiquant le culte de Dordjé Shougdèn, Guéshé Kelsang Gyatso, fondateur de la communauté des adeptes de Shougdèn (Shugden Supporters Community ou SSC) adressa une lettre ouverte au dalaï-lama et, déclarant ne pas avoir reçu de réponse de sa part , il lança une campagne accusant le chef du gouvernement tibétain en exil de persécution religieuse et organisa des manifestations lors de sa visite au Royaume-Uni en 1996. À la suite de ces manifestations, par une lettre du monastère de Sera datant de 1996, Guéshé Kelsang fut radié de cet établissement Smear: Geshe Kelsang Gyatso is a Self-proclaimed Geshe?, Site de newkadampatradition, .

Pour certains, cette controverse est une question d'ordre spirituel et la désapprobation du dalaï-lama une simple recommandation. Ainsi, pour l'écrivain Patrick French, le dalaï-lama a déconseillé l'adoration de Dordjé Shougdèn. Pour d'autres, il s'agit d'une manœuvre politique, d'une manifestation d'intolérance et d'une répression de la liberté religieuse de la part du quatorzième dalaï-lama.

Origines

Selon Ursula Bernis, docteur en philosophie Dorje Shugden and the Dalai Lama of Tibet, Dorje Shugden International Coalition, 1998, 122 p., p. 90 : . et pratiquante de Shougdèn, en le dalaï-lama conseilla fortement à ses disciples de ne pas pratiquer le culte de Dordjé Shougdèn. Aussitôt, le gouvernement tibétain en exil promulgua son avis le transformant en un interdit total Ursula Bernis, Exiled from Exile, Shugden Society, : .. La controverse qui concerne le culte de Dorjé Shugdén débuta en 1978 lorsque le dalaï-lama, depuis son exil indien, commença à dénoncer ce culte, pratiqué alors en Inde, en Chine, en Mongolie, au Tibet, au Népal, et en Occident. Exiled from Exile, Shugden Society (Delhi), 2 octobre 2008 : (discours du 5 mai 1996)..

En , Helmut Gassner, ancien traducteur en allemand du dalaï-lama, pratiquant de Shougdèn et directeur du monastère de Tashi Rabten en Autriche Dalai Lama, Dordjé Shougdèn, 26 mars 1999. Vested interest group up in arms against the Dalai Lama (DIIR), September 2, 1999Sylvie Zimmermann, Quelques considérations sur l'enseignement du fait religieux en Suisse romande, pp. 145-149, in Le fait religieux et son enseignement: des expériences aux modèles, actes du Colloque de troisième cycle 2005 (textes actualisés - été 2009), Université de Fribourg Suisse et Université de Neuchâtel (ss la dir. de Félix Moser, Anand Nayak, Paul J. Philibert), Saint-Paul, 2009, 366 pages, p. 249 : ., évoque en ces termes les premières mesures prises à l'encontre du culte:

Poursuivant, Helmut Gassner parle de la réaction inattendue des pratiquants du culte de Dordjé Shougdèn :

La Western Shugden Society affirme que selon le dalaï-lama, Dordjé Shougdèn serait en désaccord avec les protecteurs approuvés par le gouvernement tibétain en exil :

Dans une interview donnée à l'hebdomadaire Newsweek en , après le triple meurtre de Dharamsala, le dalaï-lama exprimait ses préoccupations à l'égard du culte de Dordjé Shougdèn en ces termes : « Ce culte détruit la liberté de pensée religieuse » Murder In A Monastery, 5 mai 1996, Newsweek

À la question de savoir s'il avait été débattu de Dordjé Shougdèn au parlement tibétain, le député tibétain, Tsultrim Tenzin, interrogé par la chaîne de télévision Al Jazeera en 2008, répondit ceci :

La dispute prit une dimension internationale dans les années 1990 lorsque des pratiquants tibétains de Dordjé Shougdèn demandèrent à Guéshe Kelsang Gyatso, fondateur de la NKT (Nouvelle Tradition Kadampa), de les aider. Ce dernier écrivit alors une lettre ouverte au dalaï-lama, laquelle resta sans réponse. Il créa en conséquence la Société des partisans de Shougdèn (Shugden Supporter Society ou SSC), qui organisa des manifestations et des campagnes médiatiques durant les tournées d'enseignement du dalaï-lama en Europe et aux États-Unis. La Société des partisans de Shougdèn affirme que le dalaï-lama et son gouvernement ont toujours refusé de répondre à leurs demandes de dialogue sur le sujet et que le gouvernement tibétain en exil a simplement discrédité l'opposition Mixing Religion and Politics: The Dalai Lama’s ban on Dorje Shugden Prayer Investigating the campaign against Dorje Shugden.

Selon le tibétologue Samten G. Karmay, le culte de Dordjé Shougdèn a toujours été controversé, et fait l'objet d'une interdiction en raison de sa vocation sectaire. Ce culte fut l'emblème de mouvements intégristes au sein des guélougpas au Samten G. Karmay, L'identité bönpo aujourd'hui, in Tibétains, 1959-1999, quarante ans de colonisation, Ouvrage collectif dirigé par Katia Buffetrille et Charles Ramble; 1998, Ed Autrement, coll. Monde , .

Selon l'historien Patrick French, le dalaï-lama a déconseillé l'adoration de Dordjé Shougdèn.

Selon TibetInfoNet, le dalaï-lama n'aurait fait que suggérer un référendum sur la question des expulsions qui auraient été votées à la majorité par les autorités du monastères de Sera Sowing dissent and undermining the Dalai Lama, TibetInfoNet, 21 mai 2008 : Le dalaï-lama a demandé un référendum des moines des grands monastères Gelugpa de l'Inde du sud pour déterminer si la pratique de Shugden devait avoir lieu dans ces monastères ou non. Le vote a eu lieu les 26, 27 janvier et 9 février 2008. La grande majorité a décidé que la pratique ne devait pas être autorisée dans leurs monastères : . Les autorités du monastère de Sera Mey expulsèrent 6 moines du groupe Shugden pour avoir provoqué la crise : ().

Dans un reportage d'Envoyé spécial diffusé sur France 2 le , le dalaï-lama déclare : Sur les traces du Dalaï Lama, Envoyé spécial, France2 le ..

En , le mouvement Shougdèn est qualifié de groupe anti-dalaï-lama par les services secrets indiens Alert for Chinese terror threat to Dalai Lama, Press Trust of India, ..

La controverse La Société des partisans de Shougdèn a écrit une lettre ouverte au dalaï-lama, en date du http://www.westernshugdensociety.org/en/reports/letter-to-the-dalai-lama-of-tibet/:

La lettre étant restée sans réponse, les manifestations ont recommencé. Helen Gradwell, alias Kelsang Pema, nonne bouddhiste assistante de Kelsang Gyatso et membre de la Société des partisans de Shougdèn., explique pourquoi dans un article du Philadelphia Daily News en date http://www.westernshugdensociety.org/en/press/letters-why-we-were-protesting-the-dalai-lama/:

Selon dorjeshugden.com, depuis 2008, les pratiquants de Dordjé Shougdèn en Inde se mobilisent pour établir des monastères indépendants du gouvernement tibétain afin de pouvoir pratiquer librement leur conviction religieuse, sans être soumis à l'interdiction du gouvernement tibétain The Tide has Turned – Gelugpa Tradition Revival in the East and the West, dorjeshugden.com..

En janvier 2010, Gaden Trisur Rinpoche Jetsun Lungrik Namgyal, le Ganden Tripa (Le Gandèn Tripa est le dirigeant et la plus haute autorité religieuse de l'école guélougpa) a, au terme de son mandat, quitté le monastère auquel il était affilié (Gadèn Shartsé) pour rejoindre un des monastères fondés par les pratiquants de Dordjé Shougdèn en Inde (le monastère de Shar Gandèn). Ces monastères sont indépendants du gouvernement tibétain. Avec la réincarnation officielle de Trijang Rinpoché et Dromo Guéshé Rinpoché, cela fait trois des lamas les plus influents et les plus haut placés de la tradition Guélougpa qui ont officiellement rejoint les monastères fondés par les pratiquants de Dordjé Shougdèn en Inde H.H. Gaden Trisur Rinpoche defects to the Dorje Shugden camp, dorjeshugden.com..

Conséquences de l'interdiction du culte de Dordjé Shougdèn Dans les communautés tibétaines Selon le journaliste marxiste Daryl McLure, Libertarian Marxist offers model to prophet the Left, , 28 avril 2014, en 1998, deux ans après que le dalaï-lama eut décrit Dordjé Shugden comme « maléfique » et ordonné aux monastères de répertorier les noms des bouddhistes désobéissants qui continuaient à le vénérer, un avocat des droits de l'homme, PK Dey, réunit 300 témoignages de Tibétains en exil en Inde ayant été soit menacés, soit attaqués pour ne pas s'être conformés aux ordres du dalaï-lama , Is the Dalai Lama a "religious dictator"? by Brendan O'Neill, 2008-05-20, retrieved 2008-12-04 :

En particulier, l'interdiction a eu les conséquences suivantes (c.f. "People & Power - The Dalai Lama: The devil within", Aljazeera) : Moines et nonnes n'ont pas le droit de pratiquer le culte de Dordjé Shougdèn http://www.westernshugdensociety.org/reports/untouchables-shocking-posters-in-monastery/. À moins de se conformer à l'interdiction, les moines et nonnes sont expulsés de leur monastère. Des milliers de pratiquants tibétains laïcs de Dordjé Shougdèn sont forcés d'abandonner leur pratique sous peine de perdre le soutien de leur gouvernement et sont victimes d'humiliations et d'intimidations publiques. Ceux qui refusent d'abandonner leur pratique perdent leur travail, leurs enfants sont expulsés des écoles et des documents de voyage ne leur sont pas délivrés par le gouvernement tibétain. Des statues ont été brisées, des temples détruits, des livres brûlés, des maisons de pratiquants attaquées et des menaces de mort proférées. Les pratiquants de Dordjé Shougdèn se voient interdire l'accès aux centres de soins http://wisdombuddhadorjeshugden.blogspot.com/2008/11/dorje-shugden-practitioners-denied.html.

Dans un article paru en , http://dorjeshugdenblog.wordpress.com/2008/10/04/reasoning-from-madness-the-dalai-lamas-campaign-against-human-rights/ dit :

La chaine de télévision Al Jazeera a envoyé des journalistes en Inde pour enquêter sur l'interdiction et les persécutions. Selon son reportage du http://www.shugdensociety.info/Bernis0EN.html :

La chaine de télévision youtube TibetanPublicTalk liée à Dordjé Shougdèn a diffusé ce qu'elle présente comme des témoignages de Tibétains victimes des discriminations. Par exemple, Chozom affirme https://www.youtube.com/watch?feature=share&v=78o-1s9hDos&app=desktop :

Le , le parlement tibétain en exil a proclamé une résolution http://tibetexpress.net/news/tibetan-parliament-issues-resolution-against-dorjee-shugden/ contre la communauté des pratiquants de Shougdèn. Cette résolution stipule que :

Dans le reste du monde Les centres bouddhistes occidentaux liés au dalaï-lama ont également signé des déclarations promettant de ne pas s'engager dans la pratique de Dordjé Shougdèn ni d'accepter dans leurs centres des pratiquants du culte de Dordjé Shougdèn. Dans le manuel de la Fondation pour la préservation de la tradition du Mahayana (FPMT), Lama Zopa Rinpoché déclare :

Ceci s'étend également à l'ordination. Sur le site internet du IMI/FPMT, les étudiants envisageant l'ordination ne doivent « PAS être des pratiquants de Shougdèn ».. Lama Zopa dit ceci en parlant de lui et de son enseignant Lama Yeshe, le fondateur du FPMT.:

Dans une lettre où Yeshe Sangye, un pratiquant senior de la FPMT, rompt un silence de 20 ans, il explique comment le soutien de la FPMT pour la « cause politique » de la lutte contre la pratique de Dorjé Shougdèn est dommageable et source de problème, non seulement pour les pratiquants de Dorjé Shugdèn, mais également pour les étudiants de la FPMT eux-mêmes..

Assignation en justice du dalaï-lama rejetée par la justice indienne