Weleda est une entreprise suisse qui conçoit, produit et distribue des produits cosmétiques ainsi que des préparations présentées comme « pharmaceutiques » et « diététiques ». Ses produits sont élaborés selon les croyances de la médecine anthroposophique, une pratique de soins non fondée sur les faits, définie par l'occultiste autrichien Rudolf Steiner, sa disciple, la médecin hollandaise Ita Wegman, ainsi que le pharmacien et chimiste autrichien Oskar Schmiedel (1887–1959). Des études ont conclu à l'inefficacité thérapeutique de certains de ses produits, voire à la dangerosité de l'un, l'Iscalor.

Les principaux actionnaires de Weleda sont la Société anthroposophique universelle et la . Son siège est situé à Arlesheim, une commune du canton de Bâle-Campagne, dans le Nord du pays. Présent à l'international, le groupe Weleda est composé de 23 sociétés (totalisant environ dans le monde).

Histoire Origines vignette|upright|Rudolf Steiner en 1905. vignette|Entrée du jardin des plantes médicinales de Wetzgau (Schwäbisch Gmünd, Allemagne). vignette|Centre d'expérience Weleda à Schwäbisch Gmünd (Allemagne).

Dès les années 1910, plusieurs médecins et pharmaciens européens entrent en relation avec le mouvement anthroposophique et assistent aux cours et conférences de Rudolf Steiner. C’est dans ce cadre que la médecine anthroposophique va émerger. Avec cette pratique, on va assister à l’élaboration de médicaments spécifiques dans le cadre de plusieurs structures pharmaceutiques. Les débuts des laboratoires Weleda sont assez complexes, car ils sont le fruit de l’évolution de plusieurs autres entreprises, dans le contexte d’une importante crise économique et financière majeure dans l’Allemagne de l’après-guerre.

En Suisse, l'entreprise Futurum AG - Ökonomische Gesellschaft zur internationalen Förderung wirtschaftlicher und geistiger Werte (« Futurum AG – Société économique pour la promotion internationale des valeurs économiques et spirituelles »)., sise à Arlesheim, fonctionna entre le (date de sa fondation) et 1924. Elle ne fut supprimée du registre du commerce qu'en 1927. En 1927, Weleda profitera en Allemagne de la montée d'un mouvement de médecins alternatifs et spirituels »)..

L’idée de départ était de créer une structure financière capable de soutenir des initiatives économiques émanant de l'école de pensée anthroposophique.. Ita Wegman et Rudolf Steiner en étaient les principaux responsables. Futurum AG devait notamment contribuer à l'élaboration de produits pharmaceutiques pour la clinique qu'Ita Wegman venait d’ouvrir. La seconde entreprise à l’origine des laboratoires Weleda est Der kommende Tag AG (« Le jour à venir »), ou Komtag en abrégé, fondée le . Son modèle était assez proche de celui de sa consœur suisse. Rudolf Steiner en était également le premier responsable. Basé à Stuttgart et à Schwäbisch Gmünd en Allemagne, le projet était aussi de diffuser « les valeurs économiques et spirituelles ». La fabrication de produits pharmaceutiques constituait l’un des axes de travail de ce projet. D’ailleurs, le (« Institut Clinique-Thérapeutique ») de Stuttgart, dirigé par le médecin Otto Palmer, était affilié à l’entreprise.

Mais en 1922, Futurum AG entra dans une tourmente financière en raison d’une importante crise de liquidités. L’entreprise devait se transformer, devenant (ILAG). De son côté, la société allemande n'allait mieux, étant elle aussi au bord du gouffre en raison de l'inflation qui malmenait l’économie du pays.. Rudolf Steiner demanda aux actionnaires de Komtag de céder leurs actions à ILAG, afin que celle-ci puisse rebondir. Après l’accord de l’ensemble des partenaires, les deux entreprises fusionnent pour devenir, le , (« Les Laboratoires internationaux et d’institut thérapeutique clinique Arlesheim AG »). Il faudra attendre le pour que le Conseil d'administration de l’ILAG prenne la décision de nommer officiellement l’entreprise Weleda AG.. Mais le nom Weleda était déjà utilisé par les succursales des laboratoires situées aux Pays-Bas et au Royaume-Uni (en fait, dès le , le nom Weleda était protégé par le droit des marques).. Rudolf Steiner ne fit pas partie de la direction de l’ILAG, matrice de Weleda, laissant la gestion à Ita Wegman et à un pharmacien et chimiste autrichien, le docteur Oskar Schmiedel, qui dirigeait un laboratoire. Il conçoit en collaboration avec Ita Wegman les premiers médicaments. Dès 1913, il travaillait à la fabrication de produits cosmétiques.. Au sein de l’ILAG, Oscar Schmiedel dirigeait le département de recherche et de production. Il devient en 1924 le directeur de l’entreprise, conservant cette fonction jusqu’à sa mort, en 1959. Le médecin allemand Ludwig Noll (1872–1930), en activité à Cassel depuis 1902, joue avec eux un rôle important dans le développement de la pharmacologie d’inspiration anthroposophique. Très proche de Rudolf Steiner, il contribue à la conception de médicaments comme l’Hépatodoron (destiné à réguler l’activité hépatique perturbée), fabriqué par Weleda..

Si la Suisse allemande et l’Allemagne sont les premiers lieux d’implantation des laboratoires, l’entreprise cherche a s'étendre sur l'Europe.. En 1924 est créée une branche française (installée à Saint-Louis en Alsace), d'autres néerlandaise, britannique, autrichienne, tchécoslovaque en 1925. En 1931, une filiale se constitue aux États-Unis.

Sous le régime nazi, la branche allemande de Weleda continue de travailler, y compris pendant la Seconde Guerre mondiale, recevant d'importantes commandes des autorités... La philosophie anthroposophe se rapproche de la pensée nazie. : elle prône l'idée d'une race dite supérieure, la race aryenne.

L'entreprise Weleda fournit des médicaments naturopathiques et de la crème antigel pour des expériences de torture au camp de concentration de Dachau., non loin de Munich. Elle participe à de multiples expériences sur l'être humain, pour la plupart sur des prisonniers de guerre et dans des conditions inhumaines.

La pièce maîtresse des opérations biodynamiques de la DVA (Institut allemande de recherche sur la nutrition et l'alimentation) était la plantation considérable de Dachau, qui produisait des herbes médicinales et d'autres denrées biologiques pour les SS.. Comme à Ravensbrück, le travail sur cette plantation était réalisé par les prisonniers du camp. À partir de 1941, cette plantation fut supervisée par l'anthroposophe Franz Lippert, dirigeant du mouvement biodynamique depuis ses débuts et jardinier en chef à Weleda entre 1924 et 1940. Barbara Distel (Voir "Robert Sigel - Heilkräuterkulturen im KZ - Die Plantage in Dachau", p164), [« Les Cahiers de Dachau 4 : La médecine dans l’État nazi – Auteurs, victimes, complices »], vol. Heft 4, München, dtv, 1993, , Walter Wuttke-Groneberg, [« La plantation d'herbes médicinales dans le camp de concentration de Dachau »], Berlin, Gerhard Baader, « Medizin und Nationalsozialismus », 1980, Uwe Heyll, [« Eau, jeûne, air et lumière : l'histoire de la naturopathie en Allemagne »], Frankfurt, Campus Verlag, 2006 , Daniella Seidl, [« « Entre ciel et enfer » : le commando « Plantation » du camp de concentration de Dachau »], , München, Utz, « Dachauer Diskurse », 2007 . Anne Sudrow, [« Plantes médicinales et plantes cultivées. Le SS, l'agriculture biologique et la naturopathie au camp de concentration de Dachau. »], Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2025, , . Il mène dans ce camp des expériences sur des prisonniers vivants (qui décéderont tous) supervisées par Himmler. Peu de temps après avoir repris la charge de la plantation, il rejoignit les SS. Il publia un livre en 1942 basé sur son travail à Weleda et Dachau, et reçut en 1944 une reconnaissance spéciale et un bonus pour ce travail.

Les victimes et les enfants des victimes de l’Holocauste n'ont jamais demandé de compensation financière à Weleda. Ils ont simplement formulé les deux demandes suivantes dans une lettre au nom des : premièrement, que Weleda, en mémoire des nombreuses victimes, fasse rechercher par des historiens indépendants l'histoire de sa propre entreprise pendant la Seconde Guerre mondiale ainsi que sur sa participation à des actes de torture, d'expérimentations sur des êtres humains et son soutien au parti nazi, puis que Weleda rende les résultats de l'enquête accessibles au public. Cela n'a pas été respecté par Weleda. Deuxièmement, il est demandé que Weleda reconnaisse et condamne la livraison à la Wehrmacht ainsi qu'aux médecins (bourreaux et pratiquants d'expérimentation sur des prisonniers vivants) du camp de concentration Rascher. Weleda a finalement présenté des excuses par écrit à l'AKdH et a proposé à l'Université de Bâle, lors d'un séminaire, la possibilité d'une ouverture des archives gardées secrètes par Weleda sur ces liens et actes commis avec les troisième Reich..

Développement de l’entreprise 1950–2010 Après la guerre, l’entreprise Weleda intensifie sa présence au niveau international : Italie (1953), Nouvelle-Zélande (1955), Brésil (1959), Argentine (1965). Elle développe également ses propres jardins pour parvenir à la maîtrise complète du processus de fabrication de ses produits cosmétiques et thérapeutiques : inauguration du premier jardin cultivé chez Weleda France (Bouxwiller) (1952), création du plus grand jardin de plantes médicinales d’Europe à Wetzgau (Allemagne) (1959), mise en place d’un nouveau site de production intégrant un jardin à Huningue en Alsace (1971). De nombreux intellectuels allemands et anciens SS de l'élite nazi rejoindront l'entreprise, adhérant a la vision eugéniste de l'anthroposophie et échapperont aux condamnations internationales grâce à leur exil en Suisse allemande.

Le Néerlandais joue un rôle important dans le développement des laboratoires Weleda, à partir de 1955 quand il intègre l'entreprise. Pharmacien et historien réputé de la médecine et la culture médiévale., il devient en 1965 le directeur du département pharmaceutique des laboratoires. Il est l'un des dirigeants de la société savante suisse Schweizerische Paracelsus-Gesellschaft. (« Société Paracelse de Suisse ») ; il est membre de son conseil et son président entre 1986 et 1989. Il est également co-éditeur de Nova acta Paracelsica, la revue de la société. Ses travaux académiques (en histoire de la médecine et de la pharmacie, et en sémantique et synonymie médiévales) font qu’il est élu à l'Académie internationale d'Histoire de la Pharmacie en 1978. Deux ans après, en 1980, il sera nommé vice-président de la Société suisse d’histoire de la pharmacie. Il fut aussi membre de la Mediaeval Academy of America. Willem Frans Daems sera l'éditeur, au sein des laboratoires Weleda, de plusieurs publications : Weleda Korrespondenzblaetter fuer Aerzte (« Feuilles de correspondance Weleda pour les médecins ») ; Weleda Bulletin destiné aux branches et filiales des laboratoires Weleda afin que les cadres et les employés soient tenus informés des développements importants dans le domaine pharmaceutique.

Crise financière de 2011 et nouvel essor L’année 2011 a été une année cruciale dans l’histoire de l’entreprise : mauvaise gestion, absence d’anticipation, et situation économique internationale défavorable. Weleda connaît les premières pertes financières de son histoire : d'euros (CHF 10 millions.). Le chiffre d'affaires de est également en baisse.