La sinisation du Tibet est, selon les milieux exilés tibétains et des observateurs occidentaux, la transformation de la société tibétaine de la région autonome du Tibet, du Kham et de l'Amdo sur la base de normes chinoises, au moyen de l'assimilation culturelle, la migration, et la politique de réforme et d'adoption de l'économie de marché. C'est un processus marqué principalement par la venue en masse de population de l'ethnie HanSinisation du Tibet, par Astrid Fossier, sur le site de l'Institut de ressources pour la paix, Association financée par la Fondation Charles Léopold Mayer pour le progrès de l'homme (FPH) au Tibet et par une politique active du gouvernement central de la république populaire de Chine Interview with Tashi Wangdi, David Shankbone, Wikinews, November 14, 2007. visant à intégrer le Tibet dans la République chinoise et à juguler les ambitions d'indépendance de certains Tibétains Burbu, Dawa (2001) China's Tibet Policy, Routledge, , Tseten Samdup(1993) Chinese population - Threat to Tibetan identity..
Selon le gouvernement chinois, la modernisation et le développement de la région autonome du Tibet (au sens de Tibet ou Xizang)Région autonome du Tibet, définition de la région autonome du Tibet sur le site de l'université Laval : expliquent l'arrivée d'ouvriers HanPour Pierre Picquart, beaucoup de médias occidentaux ne connaissent pas bien la Chine et le Tibet Interview de Pierre Picquart par Xinhua 25/03/2008. Cela résulte d'une ignorance de l'histoire du Tibet (…), a expliqué Pierre Picquart, qui préfère personnellement « les termes du progrès, de la tolérance et de la construction économique, sociale et culturelle ».. Selon Robert Marquand, le Tibet étant considéré par les Chinois comme faisant partie de leur pays depuis des milliers d'années, ces derniers estiment avoir le droit de s'y établir Robert Marquand, 'Seeking truth from facts' in Tibet, The Christian Science Monitor, August 30, 2004 : ..
Contexte historique
Le Tibet, qui échappait au contrôle de la Chine depuis 1912, fait l'objet en 1950 d'une intervention militaire de la république populaire de Chine ; les représentants à Pékin du dalaï-lama doivent signer un accord en 17 points qui reconnaît le bien-fondé de la du Tibet et prévoit le maintien d'une autonomie régionale et du gouvernement tibétain. En 1959, le soulèvement tibétain, écrasé par l'armée chinoise, entraîne la fuite du dalaï-lama, la dissolution du gouvernement tibétain, et la formation six ans plus tard de la Région autonome du Tibet. Le bilan humain de la répression politique au Tibet ne fait l'objet d'aucun consensus : en 1984, l'Administration centrale tibétaine (gouvernement en exil du dalaï-lama) parle de 1,2 million de morts causés depuis 1951 Tseten Samdup, Chinese Population - Threat to Identity, 1993 : .Compte rendu de l'audition du mardi 17 octobre 2000, Audition du professeur Samdhong Rinpoche, président du Parlement tibétain en exil.. Le journaliste et écrivain britannique Patrick French estime pour sa part que si le nombre de morts tibétains a été aussi élevé dans le Ganzou, le Sichuan er le Qinghaï que dans le Tibet central au début des années 1960, on peut avancer avec un certain degré de probabilité qu'environ Tibétains seraient Patrick French, Tibet, Tibet, une histoire personnelle d'un pays perdu, traduit de l'anglais par William Oliver Desmond, Albin Michel, 2005, , 84, 326 et 327..
Aspects démographiques thumb|Le « Tibet historique » est présent dans différentes régions chinoises dont la Région autonome du Tibet Migration des Han
Les chiffres Pour le Tibet des trois provinces Selon le gouvernement tibétain en exil, depuis la fin des années 1990 il y aurait davantage de non-Tibétains que de Tibétains dans le Tibet des trois provinces (Ü-Tsang, Amdo et Kham). Il estime le chiffre de la population en 2003, à 6 millions de Tibétains ethniques et 7,5 de non-Tibétains.
La différence entre ce dernier chiffre et le chiffre officiel de Han vivant en 1999 dans les zones autonomes tibétaines hors RAT s'explique par le fait que le GTE inclut dans ses comptes non seulement les préfectures autonomes du Qinghai mais la totalité de la province. Or la partie orientale celle-ci est peuplée en majorité de Han depuis des siècles (3,5 millions environ), comme le souligne le professeur Colin P. Mackerras Colin P. Mackerras, People's Republic of China: Background Paper on the Situation of the Tibetan Population, A Writenet Report by Professor Colin P. Mackerras, commissioned by United Nations High Commissioner for Refugees, Protection Information Section (DIP), février 2005, 40 p., en part. : ..
Pour la région autonome du Tibet Selon un recensement de 2000, dans les villes de la région autonome du Tibet, les Han et les Hui ont dominé l'urbanisation, cependant, ce n'est que dans les villes tibétaines principales que l'on peut soutenir, de façon plausible, que les Han sont plus nombreux, ou aussi nombreux, que les Tibétains Andrew Martin Fischer, , 2008 : .
Officiellement, fin 2005, la population de la région autonome était de 2,77 millions d'habitants, non compris les militaires en poste. Elle réunissait 26 ethnies différentes, dont 92 % de TibétainsZhang Yongnian, vice-président de la Commission pour le développement et la réforme de l'assemblée populaire du Tibet, Quelle solution politique pour le Tibet ?, Annexe I - Les entretiens de la délégation, site Bienvenue au Sénat..
Pour Lhassa En 1904, le lieutenant-colonel britannique Younghusband qui occupe la ville avec son corps expéditionnaire, estime la population de celle-ci à dont moines Emily T. Yeh, Living Together in Lhasa. Ethnic Relations, Coercive Amity, and Subaltern Cosmopolitanism..
En 1949, il y en a entre 300 et 400 résidents chinois à LhassaRoland Barraux, Histoire des Dalaï Lamas - Quatorze reflets sur le Lac des Visions, Albin Michel, 1993, réédité en 2002, Albin Michel, .. Vers 1950, la ville couvre moins de trois kilomètres carrés et ne compte pas plus de habitants Liu Jiangqiang, Preserving Lhasa's history (part one), in Chinadialogue, october 13, 2006.. Le palais du Potala et le village de Shöl en contrebas de celui-ci ne sont pas considérés comme faisant partie de la ville Emily T. Yeh, Living Together in Lhasa. Ethnic Relations, Coercive Amity, and Subaltern Cosmopolitanism : .
En 1953, au premier recensement, la zone urbaine de Lhassa compte environ , dont mendiants, en plus de moines Thomas H. Hahn, Urban Planning in Lhasa. The traditional urban fabric, contemporary practices and future visions, Presentation Given at the College of Architecture, Fanzhu University, October 21, 2008..
En 1992, la population de la ville est estimée à un peu moins de , dont Tibétains, Chinois (Han) et divers. À ce chiffre, qui ne tient compte que des résidents permanents, il convient d'ajouter entre et temporaires, dont la majorité seraient des pèlerins et des commerçants tibétains Heidi Fjeld, Commoners and Nobles. Hereditary Divisions in Tibet, Nordic Institute of Asian Studies, Copenhagen, 2005, en part. p. 18..
En 1994, selon le journal britannique The Independent, Lhassa compte , dont la majorité est constituée de migrants HanOld Tibet falls to Chinese wreckers, The Independent, 17 avril 1994..
En 2000, la zone urbanisée atteint les carrés, pour une population d'environ , dont 63 % de Tibétains, 34,5 % de Han et 2,7 % de Hui principalementEmily T. Yeh, op. cit..
En 2007, la population de Lhassa est de .
En 2008, selon l'agence Xinhua, la ville-préfecture de Lhassa a ..
La situation vue par les exilés tibétains et leurs partisans L'armée populaire de libération (APL) est intervenue au Tibet le , mettant en ligne environ chinois contre les de l'armée tibétaine. Le , tibétains avaient été tués, et la petite armée tibétaine se rendit. En 1950, le gouvernement tibétain interpelle l'ONU sur l'invasion du Tibet par la Chine. Dans cette période coloniale, seul le Salvador accepta de soutenir le TibetTibet, le pays sacrifié, Claude Arpi.. Puisque l'APL avait cessé le feu et demandé une négociation pacifique plutôt que d'entrer dans Lhassa par la force, l'organisation des Nations unies renonça à traiter de la question du Tibet. L'association de la pression militaire, des rapports de bon traitement vis-à-vis de la population locale, de la libération des prisonniers ainsi que le manque de soutien international conduisirent les représentants tibétains à s’engager dans des négociations avec l'APLThomas Laird, Une histoire du Tibet : Conversations avec le Dalaï Lama, Plon, 2007, .
Dans les années 1980, le gouvernement tibétain en exil estimait que dans l'ensemble du Tibet, il y avait 7,5 millions de Chinois pour 6 millions de Tibétains , site tibet.com, Gouvernement tibétain en exil : . En 2007, le Dalaï Lama faisait part de ses craintes d'un danger que le peuple tibétain devienne une minorité dans leur propre pays, Savetibet.org, 17 octobre 2007, le Dalai Lama et parle d'un qui risquerait de faire disparaître la culture tibétaine. BBC NEWS | World | Asia-Pacific | 'Eighty killed' in Tibetan unrest.. Selon une personne native de Lhassa, actuellement en exil, il y aurait deux catégories de migrants au Tibet, les migrants par nécessité économique, et les migrants involontaires envoyés par le gouvernement chinois Migration into Tibet, freetibet.org..
Le gouvernement central de la république populaire de Chine met en œuvre une politique de migration active de Chinois au Tibet, au moyen d'aides attractives et de conditions de vie favorablesTseten Samdup, Uros Pinteric, International Status Of Tibet, Slovenian Association for Innovative Political Science, 2003, Université de Ljubljana, Slovénie.
Selon le Dalaï Lama, dans les villes tibétaines, des chinatowns (quartiers chinois) se sont développés et les Chinois sont en général plus nombreux que les Tibétains, comme à Lhassa, « les Tibétains sont environ , alors que les Chinois sont plus du double. Lhassa est devenue méconnaissable avec des buildings, et toute la vallée est urbanisée », comme dans d’autres régions à l’ouest, telles que Ngari, où il n’y avait aucun Chinois 20 ans plus tôt. Pour le dalaï-lama, il s’agit d’une agression démographique graveLe dalaï-lama : « Je suis un marxiste en robe bouddhiste »..
Points de vue autres que celui des exilés tibétains Dans son livre Fascination tibétaine : du bouddhisme, de l'Occident et de quelques mythes, le professeur Donald Sewell Lopez, Jr. décrit en ces termes la représentation que l'Occident plaquerait systématiquement sur la présence des Han au Tibet : « L'invasion du Tibet par l’Armée populaire de libération fut et reste encore présentée comme le déferlement d'une masse indifférenciée de communistes athées sur un pays pacifique voué exclusivement à des préoccupations éthérées (…). Le Tibet incarne le spirituel et l'ancien, tandis que la Chine symbolise le matériel et le moderne. Les Tibétains sont surhumains, tandis que les Chinois sont subhumains » Donald Sewell Lopez Jr, Fascination tibétaine : du bouddhisme, de l'Occident et de quelques mythes, préface de Katia Buffetrille, traduit de l'anglais par Nathalie Münter Guiu, Paris, Éditions Autrement, 2003; Donald Sewell Lopez Jr, Prisoners of Shangri-La: Tibetan Buddhism and the West, The University of Chicago Press, Chicago, 1998, en part. Introduction, p. 7; citation en anglais : « The invasion of Tibet by [China] was and still is represented as an undifferentiated mass of godless Communists overrunning a peaceful land devoted only to ethereal pursuits… Tibet embodies the spiritual and the ancient, China the material and the modern. Tibetans are superhuman, Chinese are subhuman »..