Kaboul (en dari : , Kābul, , et en pachto : , Kābul, ) est la capitale et la plus grande ville d'Afghanistan. Elle est aussi la capitale de la province du même nom, située dans l'Est du pays. Selon les estimations officielles de 2023, la population de la ville serait de « Estimated Population of Afghanistan 2023-24 », Central Statistics Office..

Géographie thumb|left|Vu depuis l'aéroport international. La ville proprement dite occupe une surface d'environ à une altitude de . Les limites officielles de la ville sont fixées par le ministère de l'Urbanisme qui ne prend en compte qu'une partie de la zone habitée de fait autour du Kaboul officiel. Cela pose d'importants problèmes urbanistiques, sociaux, politiques et juridiques., mais ses limites sont très incertaines en raison d'un urbanisme périphérique mal contrôlé.

En raison de la géologie complexe de la chaîne de l'Hindou Kouch et de ses contreforts, la plaine de Kaboul traversée par le Kaboul, rivière traversant la ville, est souvent sujette à des séismes de faible et moyenne intensité.

En 2020, des crues soudaines, causées par des pluies torrentielles, dans le nord de Kaboul ont détruit plus de 500 maisons. Les premiers chiffres faisaient état de plus de 100 morts et des dizaines de blessés.

Climat Kaboul bénéficie d'un climat continental semi-aride tempéré par l'altitude.(Köppen: BSk, Trewartha: BSac). Les précipitations ont lieu essentiellement en hiver de janvier à avril tandis que les étés sont très secs. Il neige, parfois en abondance durant les mois d'hiver, et les températures nocturnes sont très basses avec des minimums moyens de en janvier (au plus froid de l'hiver, les températures atteignent couramment à ; en été, les températures diurnes sont élevées avec des maximums moyens de en juillet).

Population gauche|vignette|Vue du centre-ville. On estime la population de Kaboul à en 1900, environ habitants dans les années 1930, au recensement de 1972 (1,3 million dans la province de Kaboul), en 1978, et près de 2 millions quatre ans plus tardBernard Dupaigne, Gilles Rossignol, Le guide de l'Afghanistan, Lyon La Manufacture, 1989, .. L'augmentation spectaculaire après 1978 était le résultat d'un afflux de populations venues se mettre à l'abri des combats opposant en province les modjaheddins aux troupes du gouvernement communiste et aux forces soviétiques. La ville comporte actuellement environ 4,9 millions d'habitants « Afghanistan: largest cities and towns and statistics of their population », World Gazetteer. Consulté le 24 juin 2009..

Évolution démographique Depuis 1950, l'évolution de la population de Kaboul a été :

Histogramme de l'évolution démographique de Kaboul Composition ethnique

Kaboul reflète la diversité ethnique de l'Afghanistan. Sans que l'on puisse le vérifier par des enquêtes statistiques incontestables, il semble que le groupe ethnique le mieux représenté y soit celui des Tadjiks (40 ou 45 % de la population totale), les Hazaras (25 %), les Pachtounes (25 %), les 5-10 % restants étant d'origine diverse. On parle surtout à Kaboul le dari avec une variante particulière résultant des brassages de populations et des variantes des parlers persans : le kâbolîVoir Abdul Ghaffour Rawan Farhadi, Le persan parlé en Afghanistan : grammaire du kâboli, Paris, Klincksieck/CNRS, 1950..

Histoire thumb|Pièce à l'effigie du roi gréco-bactrien Démétrios (on lit clairement son nom en caractères grecs : ΔΗΜΗΤΡΙΟΣ). Il régna aux alentours de -200 à -180 et conquit une grande partie de l'Inde du Nord (British Museum).

Légendes de fondation On connaît au moins trois récits légendaires se rapportant à la fondation de Kaboul. Le premier se rapporte à deux tribus vivant dans des zones marécageuses qui construisirent un pont (« poul ») sur des pierres jetées dans les marais et recouvertes de paille (« kâh ») pour ne pas blesser les sabots des chevaux, d'où kâh-poul, dont dériverait Kaboul. Le second se réfère à une fantaisie calligraphique persane sur les mots goul (« fleur ») et âb (« eau »), d'où g[âb]-oul d'où viendrait Kaboul. Le troisième récit fait toujours référence à un marais où l'eau s'accumulait. Un légendaire personnage du nom de Farhâd aurait ouvert à coups de hache un passage dans les montagnes en direction de l'Est, formant ainsi les gorges du vers lesquelles les eaux se seraient écoulées, asséchant ainsi la plaine de KaboulD'après Ria Hackin et Ahmad Ali Kohzad, Légendes et coutumes afghanes, Paris, PUF, 1953 (Publications du musée Guimet. Bibliothèque de diffusion, 60)..

On peut également ranger au chapitre des légendes ce que rapporte Al-Biruni dans son Livre de l'Inde. Le grand physicien et mathématicien écrit en effet que les Hindous avaient des rois résidant à Kaboul, des Turcs que l'on disait d'origine tibétaine. Le premier d'entre eux, Barhatakîn, aurait vécu dans une grotte et aurait été par la suite reconnu comme roi, fondateur de la dynastie des Shâhiyas de Kaboul. En revanche, lorsque Al-Biruni évoque un « roi » du nom de « Kank », on peut reconnaître le nom du grand empereur kouchan, Kanishka, que l'on évoquera plus loinAl-Biruni's India : an account of the religion, philosophy (…), trad. anglaise par Edward Sachau, London, Trübner, 1888, vol. II, ..

Des origines à l'islamisation thumb|Ivoires de Begrâm (Paris, musée Guimet). Du au , la région fait partie de l'Empire achéménide, puis elle passe sous la domination des Grecs d'AlexandreEn 1933, un trésor d'un millier de monnaies achéménides et grecques a été trouvé à proximité de Kaboul, au lieu-dit Châman-e Hauzuri (Warwick Ball, avec la collaboration de Jean-Claude Gardin, Archaeological Gazetteer of Afghanistan, Catalogue des sites archéologiques d'Afghanistan, Paris, Recherches sur les civilisations, 1982, tome I, . et de leurs descendants, Gréco-Bactriens et Indo-Grecs. La rivière Kaboul est alors connue sous le nom de Kophen ou Kophès, et la ville de Kaboul est désignée par Pline sous le nom d'Orthospanum, Ptolémée évoquant pour sa part Kabura et le pays des Kabolitae au sud des monts ParopamisusVoir la recherche comparative qu'avait amorcée Louis Vivien de Saint-Martin : Étude sur la géographie grecque et latine de l'Inde de Ptolémée, Paris, Imprimerie impériale, 1858, ..

Les empires centre-asiatiques thumb|Pièce à l'effigie du roi kouchan Kanishka (v. 127-147 ?) (British Museum). À partir du , et peut-être jusqu'au début du , Kaboul est intégrée dans l'immense empire kouchan, dont l'une des capitales, à une cinquantaine de kilomètres vers le nord, est Kapissa (aujourd'hui Begram), l'antique Alexandrie du Caucase fondée par Alexandre sans doute en -329. La découverte du « trésor de Begrâm » par Joseph Hackin dans les années 1930 montra qu'à l'époque des souverains kouchans Begram (et par conséquent Kaboul) étaient situés sur une voie majeure de communication entre l'Orient indien, la Chine et l'Occident romain, et que les interférences culturelles entre les différentes civilisations étaient nombreuses. De nombreuses pièces exposées au musée Guimet en témoignentHackin trouva notamment des ivoires de l'Inde, des bas reliefs gréco-bouddhiques, des objets en laque et des vases provenant de Chine (dynastie Han), des verres décorés fabriqués en Phénicie, des bronzes gréco-égyptiens, etc..

Kaboul est ensuite incluse dans la mouvance de l'empire kouchano-sassanide au , puis celui des Huns Hephtalites aux Entre 303 et 309, le roi de Kaboul conclut une alliance avec le sassanide Hormizd II (Dani, B.A. Litvinsky, "The Kushano-Sassanian Kingdom", History of Civilizations of Central Asia, vol. III, The Crossroad of Civilizations : A.D. 250 to 750, Unesco publishing, .. Après la défaite des Hephtalites vers 563 en Transoxiane, le royaume de Kaboul sera l'une des dernières d'Asie centrale à passer sous la domination des Turcs. La dynastie des Turki-Châhis, dont le premier souverain aurait eu pour nom BarhâteginLe terme turc tegin ou tekin désigne un « chef », et pourrait se comparer au titre khân accolé à un nom arabe ou persan. selon Al-Birouni, s'installe à Kaboul du au et celle des Hindou-Shâhis leur succédera pour une courte période à partir de 843A.H. Dani, B.A. Litvinsky, M.H. Zamir Safi, « Eastern Kushans, Kidarites in Ghandara and Kashmir, and Later Hephtalites », Ibid., .. De 661 à 871, les « Kaboulshâhs », vaincus à deux reprises par les conquérants arabes, et contraints de payer tribut, parviendront cependant toujours à se débarrasser de leurs envahisseurs et à conserver leur autonomie. Dans ces combats, ils feront cause commune avec celui qui est sans doute leur parent, le « Zunbil » d'Ar-Rokhadj (l'Arachosie des Grecs, autrement dit la région de Kandahar au sens large)Sur les Turkis-Châhis, les Hindou-Châhis, et les « Zunbils » (improprement appelés parfois « Rotbil » en raison de l'erreur d'un copiste sur un point mal placé, au terme de laquelle le « ز » serait devenu « ر », et par conséquent le « ن » un « ت »), il existe divers travaux érudits sur le sujet, mais souvent contradictoires, avec de grosses zones d'ombre. Certains envisagent même que les Hindou Châhis et les Zunbils n'auraient pu faire qu'un… Voir : Gilles Rossignol, « Histoire et légendes », dans Paysages du centre de l'Afghanistan. Paysages naturels, paysages culturels, Paris, Ceredaf, 2010, ..

Depuis l'ère kouchane, le bouddhisme fleurit dans tout l'actuel Afghanistan et alentour (de nombreux vestiges de temples et de monastères en témoignent), avec une apparition de l'hindouisme peut-être au ou À une dizaine de kilomètres de Kaboul, à Khair Khâna, un vaste temple hindouiste a été mis au jour. Deux statues en marbre de Surya y ont été découvertes. Voir : Warwick Ball, ouvr. cité, . De façon plus générale : Marc Le Berre (avec la collab. de Henri Marchal), Monuments pré-islamiques de l'Hindukush central, Paris, Recherches sur les civilisations, 1987 ; Daniel Schlumberger, Bruno Dagens, Marc Le Berre, Monuments pré-islamiques d'Afghanistan, Paris, Klincksieck, 1964 (Mémoires de la Délégation archéologique française en Afghanistan, XIX)..

L'islam s'installe progressivement left|thumb|La splendeur de la cour de Mahmoud de Ghazni. En 871, Ya`qûb ben Layth as-Saffâr, fondateur de la dynastie des Saffarides (867-1003), venu du Khorassan par Balkh, Bâmiyân qu'il ravage, investit Kaboul, d'où il chasse les Hindu-Shahis qui installeront leur capitale à , l'actuel village de Hund sur la rive droite de l'Indus. L'islam s'impose dès lors progressivement aux populations des régions conquises. Le bouddhisme et l'hindouisme se maintiennent pourtant longtemps si l'on en croit le témoignage d'Ibn Hauqal, qui visite la région vers 967-968Voir : Ibn Hauqal, Configuration de la terre (Kitâb al-Surat al-'Ard), trad. J.H. Kramers et Gaston Wiet, Maisonneuve et Larose, 2001 (réimpression de l'édition de 1964).. Il confirme en effet qu'Alptegin, maître de Kaboul depuis 962 (?), impose de lourdes taxes aux habitants à la fois au titre du kharâj et de la djizîah, ce dernier impôt étant celui que paient les non musulmansVoir Joseph Toussaint Reinaud, Mémoire (…) sur l'Inde, Paris, Imprimerie nationale 1849, .. La cité, signale Ibn Hauqual, est dotée d'une puissante citadelle et elle constitue une importante étape pour les caravanes circulant entre l'Inde, la Chine et le Moyen-Orient.

Kaboul fait dès lors partie de l'empire ghaznévide naissant, auquel se substituera celui des Ghorides durant la seconde moitié du . La prospérité de la cité ne survit pas aux invasions de Gengis Khan. Comme tant d'autres, elle est ravagée en 1220-1221 par les Mongols. Elle aura du mal à s'en relever.

Vers 1333, Ibn Batoutah, après avoir franchi l'Hindou Kouch dans des conditions difficiles en raison du froid et de la neige, découvre Kaboul avec étonnement : Ibn Batoutah, Voyages d'Ibn Batoutah dans la Perse et l'Asie centrale, traduction par M. Defrémery, Paris, Thunot, 1848, . Les « Afghans » évoqués par Ibn Batoutah sont des Pachtouns..

Une lente renaissance