Waroch, fils de Macliau (ou Weroc, Guerec), mort après 594, est à partir de 577, le chef d'un territoire situé dans la région de Vannes (actuel département du Morbihan), nommé en breton Bro Waroch (« Pays de Waroch »).
Dès 578, Waroch s'empare de la ville de Vannes, siège épiscopal, ce qui entraîne une guerre avec le roi franc Chilpéric , dont les troupes sont vaincues. En 579, Waroch attaque le pays de Rennes, sans grands résultats. En 587, il attaque le pays nantais, s'appropriant la récolte viticole de l'année. Une nouvelle attaque en 590 aboutit à une guerre contre le roi Gontran, dans laquelle Waroch est battu et se soumet (au moins pour la forme, grâce peut-être à une trahison du commandant franc Ebrachaire). Cela ne l'empêche pas d'attaquer de nouveau en 593 et de subir une contre-attaque franque en 594, au résultat mal connu. Il n'est plus mentionné par aucune chronique après cet épisode.
Waroch a laissé une trace notable dans la toponymie de la région de Vannes : le nom du Bro Waroch a longtemps persisté sous la forme francisée de « Broërec » (avec diverses variantes), terme encore utilisé à l'époque du duché de Bretagne pour désigner cette région.
Onomastique Les sources anciennes évoquant Waroch donnent différentes variantes de ce nom : notamment Weroc, Guerec. Arthur de La Borderie utilise la forme Weroc, tout en signalant la forme Waroch.
En breton, Waroch est nommé Gwereg.
« Les noms dynastiques du Bro-Werec sont Weroc, l'éponyme, Magliau, Canau ( Waroch et Macliau sont des germanisations de Grégoire de Tours) » .
Contexte historique L'histoire de Waroch et du Bro Waroch se place dans le contexte du , un siècle après la fin de l'Empire romain d'Occident (476) : entre 481 et 534, l'ancienne Gaule romaine est passée sous la domination des rois francs mérovingiens (Clovis et ses descendants), sauf la partie occidentale de la péninsule armoricaine, dominée par des chefs bretons. Durant la première moitié du , les rapports entre Francs et Bretons semblent pacifiques. Le premier conflit entre les Francs et les Bretons date de 558. Il oppose en réalité Clotaire Ier à son fils Chramn allié à un comte des Bretons dénommé Chanao ou Chonober. Selon certains historiens, Chanao serait l'oncle de Waroch.
Les guerres de Waroch contre les Francs sont grandement facilitées par les violents conflits familiaux opposant les rois mérovingiens entre eux : en effet, chez les Francs, il peut y avoir plusieurs rois simultanément. Les fils d'un roi franc (par exemple Clovis) partageant entre eux le royaume de leur père et portant tous le titre de roi. En général, il en résulte des conflits familiaux, jusqu'à ce qu'un des fils ait réussi à éliminer ses frères (par exemple, le fils de Clovis Clotaire, qui devient seul roi en 558).
Selon Bernard Merdrignac, l'intégration du pays vannetais au domaine breton du au peut s'expliquer par le dynamisme de l'expansion bretonne, mais il note que malgré les dissensions internes des dynastes mérovingiens, ces derniers ont réussi à contenir cette poussée sur la Vilaine et l'Oust, à l'exception du pays de Guérande. La prise de contrôle du comté de Vannes par les Bretons précède celle des comtés de Nantes et de Rennes, qui aura lieu seulement au .
Selon l'historien T. M. Charles-Edwards, les relations entre Bretons et Francs au VIᵉ siècle reposaient sur la reconnaissance, par les chefs bretons, d’une forme de suprématie franque. Ceux-ci sont qualifiés de comtes des Bretons dans les sources franques, mais ils ne relevaient ni de l’aristocratie mérovingienne ni de l’organisation politique des royaumes francs. Cette situation leur conférait une réelle autonomie, tout en les plaçant dans une position périphérique vis-à-vis du regnum franc.
Une personnalité célèbre joue un certain rôle dans la vie de Waroch : la reine Frédégonde, épouse puis veuve de Chilpéric , roi de Neustrie, engagée dans une guerre contre Brunehaut, épouse du roi d'Austrasie SigebertBrunehaut sera supplicée en 613 par le fils de Frédégonde, Clotaire II..
Biographie Origines familiales Au , l'historien Arthur de La Borderie, au vu de sources hagiographiques (notamment la Vita de saint Gildas, mort en 565) parlant d'un Waroch actif selon lui à une époque antérieure, a émis l'hypothèse qu'il a existé un premier Waroch, grand-père de celui-ci, désigné par convention comme Waroch . Mais l'historicité de Waroch n'est pas retenue dans l'historiographie moderne, alors que Waroch, fils de Macliau, est mentionné dans de nombreuses chroniques d'époque.
Le père de Waroch, Macliau, un Breton, est évêque de Vannes à partir de 550, puis est à la tête du pays de Vannes jusqu'en 577. Son successeur comme évêque, Eunius (à partir d'une date à préciser), est d'origine gallo-romaine. À ce moment, la ville de Vannes, en tant que cité épiscopale, est dirigée par l'évêque et extérieure au territoire rural dominé par Macliau (c'est une enclave relevant des rois francs).
Selon Grégoire de Tours, Macliau et son fils Jacob décèdent en 577 lors d'un combat contre leur voisin breton Theuderic. Le fils cadet de Macliau, Waroch, s’assure alors une part de son territoire. Grégoire mentionne également que Waroch dispose d'une flotte puissante et d'un trésor conséquent.
Conquête de Vannes et guerre contre Chilpéric (578) En 578, un an après la mort de son père, Waroch s'empare de Vannes et impose sa domination sur ce qui va être appelé Bro WarochArthur de La Borderie Histoire de la Bretagne, Mayenne , Joseph Floch, 1975, tome 1, 445. Pour T.M Charles-Edwards, si le contrôle de Waroch sur Vannes est réel, les sympathies de la ville semblent davantage franques que bretonnes. Le peuplement breton apparait plus marqué dans les campagnes que dans la ville.
Grégoire de Tours mentionne que le roi franc (de 561 à 584) Chilpéric intervient et lève une armée pour se porter contre Waroch : .
André Chèdeville s'interroge sur les motivations de l'intervention de Chilpéric. Il évoque comme causes l'expansionnisme propre à Waroch, mais aussi les lourdes défaites des Bretons outre-manche. Ces dernières auraient pu occasionner une pression démographique plus forte des Bretons en Bretagne continentale sous l'effet d'une émigration depuis la Grande-Bretagne. André Chèdeville souligne également que ces défaites auraient pu amener les souverains francs à reconsidérer le poids politique des Bretons et l'intérêt de maintenir des relations pacifiques avec eux.
Les Saxons du Bessin sont battus par les Bretons sur la Vilaine à Pléchâtel (actuelle Ille-et-Vilaine, à 20 km au sud de Rennes), aux environs du pont romain du Port-Neuf.
Waroch engage des négociations de paix et obtient la reconnaissance de la conquête de Vannes moyennant le versement d'un tribut annuel, qu'il garantit en donnant son fils en otage.
Puis, il envoie à Chilpéric l'évêque Eunius pour dénoncer ce traité. Ce dernier est déposé de son siège épiscopal par le roi et incarcéré Selon Grégoire de Tours ː op.cit Tome I 288-289 « Après cela Weroc oubliant sa promesse et voulant rompre le traité qu'il avait conclu , envoie Eunius , évêque de la ville Vannes , au roi Chilpéric; mais celui-ci pris de colère le fait condamner à l'exil après l'avoir gourmandé » .
Offensive dans le pays de Rennes (579) L'année suivante, Waroch envahit le pays de Rennes, avançant jusqu'à Corps-Nuds (Cornutium vicum)Arthur de La Borderie op.cit 446, à 5 km au sud-est de Rennes.
Eunius est libéré et envoyé à Angers Grégoire de Tours op.cit Tome I § XL p.304 « Eunius l'ambassadeur des Bretons dont nous avons parlé plus haut , n'ayant pas été autorisé à renter dans sa cité, il fut ordonné par le roi qu'il serait entretenu à Angers aux frais du trésor public » pour négocier un accord. Le duc franc Beppolène refuse tout accord et attaque quelques places tenues par les Bretons.
En représailles, ces derniers pillent les pays rennais et nantais, s'appropriant la vendange. L'évêque de Nantes (jusqu'en 582), saint Félix, tente de s’interposer, mais en vain.
Offensive dans le pays nantais (587) En 587, Waroch attaque de nouveau le pays nantais. Grégoire de Tours rapporte qu'il dévaste les vignes de la région, s'empare des vendanges et repart avec le vin dans le pays de Vannes.
Les rois Gontran et Clotaire II lui envoient des émissaires, notamment l'évêque d'Orléans, Namatius, et l'évêque du Mans Bertrand.
Un accord est concluː Waroch, ainsi qu'un autre chef breton, Iudmaël (en latin : Vidimaclus) s'engagent à payer mille sous de dédommagement à chacun des rois. Mais Waroch « négligea tout ce qu'il avait promis dévasta les vignes des Nantais et cueillant la vendange transporta le vin dans le vannetais » . Gontran menace d’envoyer une armée, mais n’en fait rien.
Les années suivantes, Waroch multiplie les coups de mains et les raids contre les comtés francs de Rennes et de Nantes, suspendant ses actes de guérilla pour d'incessantes négociations avec ceux-ci et promettant de reconnaître l'autorité franque, mais sans jamais le faire véritablement.
Guerre contre Gontran et défaite de Waroch (590) Waroch attaque de nouveau les pays rennais et nantais en 590. Cette fois, Gontran envoie des troupes, commandées par les ducs Beppolène et Ebrachaire, qui traversent la Vilaine et avancent jusqu’à l'Oust.
La reine franque Frédégonde (545-597), veuve de Chilpéric , joue un rôle indirect dans cette campagne militaire. Hostile au duc Beppolène, elle aurait envoyé en aide à Waroch un contingent de Saxons du Bessin. Beppolène est tué après trois jours de combat dans des marécages. Ebrachaire et le gros des troupes avancent cependant vers Vannes, où se trouve Waroch. L'évêque Regalis ouvre les portes de la ville aux Francs. Waroch tente de fuir par mer, mais une tempête détruit sa flotte chargée de butin Grégoire de Tours op.cit 272 lorsqu'il eut gagné la haute mer , le vent se serait levé, les navires auraient coulés et les objets qu'il y avait entreposés auraient été perdus . Il se soumet alors à Ebrachaire, qui obtient par ailleurs un serment de fidélité au roi franc de l'évêque et des habitants du Vannetais (gallo-romains), qui supportent mal le pouvoir des Bretons. Waroch donne son neveu en otage en gage de sa soumission.
Mais au cours de la marche de retour des Francs, son fils Canao attaque l'arrière-garde de l'armée franque, au passage de la Vilaine Grégoire de Tours Op.cit 272ː Livre X § 9 « les plus robustes traversèrent le fleuve; mais les plus faibles et les pauvres qui étaient avec eux, ne purent le traverser en même temps et comme il étaient restés sur le rives du fleuve de la vilaine, Weroc oublieux de son serment et des otages qu'il avait donné, envoya Canaon, son fils avec une armée ...» . Ceux qui ne sont pas tués sont réduits en esclavage. Plusieurs d'entre eux, par la suite, seront affranchis par les cierges et les tablettes par l'épouse de Waroch. Le reste de l'armée, craignant les représailles des populations des pays qu'elle a ravagés à l'aller, rentre par l'Anjou jusqu'aux ponts de la Maine, puis met à sac la Touraine.
Les survivants se justifient auprès de Gontran en accusant Ebrachaire et le comte Willichaire d'avoir « reçu de l'argent de Weroc et fait dépérir l'armée. Pour cette cause Ebranchaire comparut devant le roi qui lui adressa beaucoup de reproches et reçut l'ordre de quitter sa présence, tandis que le comte Wiliachaire s'esquivait par la fuite »..
Pillages de 593 et guerre contre Childebert II Waroch et son fils, peut-être à l'appel de Frédégonde Grégoire de Tours op.cit Tome II Livre X § IX 271 note n°36 « la haine vouée par Frédégonde à Beppolène a déjà été signalée par l'auteur au livre VIII § XLII » saccagent de nouveau les comtés de Nantes et de Rennes vers 593. Childebert II envoie une armée.