thumb|400px|Carte de l'Europe à la veille du conflit de 1914 montrant la mécanique des alliances militaires mettant face à face Triplice et Triple-Entente, transformant ainsi l'Europe en poudrière.

La Triplice (de l'italien triplice « triple »), également appelée Triple-Alliance (ou Triple Alliance), est le nom donné à une entente conclue entre l'Empire allemand, la double monarchie austro-hongroise et le royaume d'Italie de 1882 à 1915.

Ces alliés, en particulier lors de la Grande Guerre, s'opposent à ceux de la Triple-Entente (République française, Royaume-Uni et Empire russe).

Les prémices vignette|Le congrès de Berlin en 1878.

De l'Entente des trois empereurs à la Duplice (1871-1879)

En 1871, l'Entente des trois empereurs (premier système bismarckien) fut une alliance informelle conclue entre l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et la Russie. Pour Bismarck, l'objectif premier de cette alliance était d'isoler diplomatiquement une France animée d'un désir de revanche dû à la perte de l'Alsace-Lorraine lors de la guerre de 1870. Néanmoins, elle finit par disparaître à la suite du désaveu russe lors de la crise franco-allemande de 1875 et les luttes d'influence entre Vienne et Saint-Pétersbourg dans les Balkans, consécutives à l'affaiblissement de l'Empire ottoman (Question d'Orient).

En 1878, lors du congrès de Berlin, le chancelier allemand se posa en médiateur dans la fixation des sphères d'influence au bénéfice de l'Autriche-Hongrie et la Russie dans les Balkans, alors toujours nominalement sous souveraineté ottomane. Par cette occasion, la Principauté, puis, à partir de 1882, royaume de Serbie devint diplomatiquement et commercialement dépendant de l'Autriche-Hongrie tandis que la Principauté de Bulgarie, bien que vassale de l'Empire ottoman, devait aligner sa politique sur celle de la Russie. Dans le même temps, le Chancelier se déclara en faveur d'une action française en Tunisie dans le but d'inciter la France à se détourner de l'Alsace-Lorraine pour réorienter son énergie sur le plan colonial.

Non content de se positionner en arbitre de l'Europe, Bismarck œuvra également à se rapprocher de l'Autriche-Hongrie en vue de constituer une solide alliance qui servirait de base à un second système bismarckien. Ainsi, en 1879, l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie conclurent un traité garantissant une assistance militaire mutuelle en cas d'une agression de la Russie ainsi qu'une neutralité réciproque en cas d'une agression d'un autre pays européen (sous-entendu la France, avec laquelle l'Autriche-Hongrie dut alors rompre toute relation diplomatique amicale). La Duplice était née.

De la Duplice à la Triplice (1879-1882) Ce traité fut très avantageux pour les deux partenaires : l'Allemagne vit sa position centrale au centre du continent européen se consolider tandis que l'Autriche-Hongrie bénéficia également du soutien allemand pour augmenter son poids dans le bras de fer qu'elle joue avec la Russie dans les Balkans. Dès lors, assurés du soutien austro-hongrois et de la neutralité russe (Traité des trois empereurs, 1881-1884), les Allemands n'étaient plus menacés par une France alors impliquée dans la conquête française de la Tunisie et n'eurent plus à craindre la menace d'une guerre sur plusieurs fronts.

En 1881, les Français imposèrent donc leur protectorat sur la Tunisie, au grand dam de l'Italie qui avait également des visées sur ce territoire. Dès lors, selon le dilemme de sécurité, se sentant menacée par l'Empire colonial français en pleine expansion, cet événement incita alors Rome à demander son intégration dans l'alliance germano-autrichienne, et ce malgré les différends qui l'opposaient à l'Autriche-Hongrie pour des raisons territoriales. La Triplice ou Triple Alliance fut conclue le .

La Triplice face à la menace française (1882-1890) thumb|right|Otto von Bismarck.

L'association de la Roumanie (1883) Contrevenant aux volontés de la population roumaine désireuse de récupérer la Transylvanie austro-hongroise (peuplée d'une importante minorité roumaine), le roi de Roumanie Carol I° associa secrètement son pays par un traité signé le . Issu de la maison de Hohenzollern-Sigmaringen, le roi souhaitait rester proche de ses origines germaniques tout en œuvrant à la modernisation de son pays.

Les luttes de factions en Bulgarie (1885-1887) Très rapidement, la Triplice fut confrontée aux retours des luttes d'influence entre l'Autriche-Hongrie et la Russie dans les Balkans au travers des rivalités entre les factions proautrichienne et les prorusse en Bulgarie. Ainsi, le prince Alexandre de Battenberg tenta-t-il d'unifier la Bulgarie en annexant la Roumélie orientale en 1885, entraînant l'agression serbe face au refus bulgare d'évacuer ce territoire ou d'accorder une compensation territoriale.

Cependant, victorieux, le prince de Battenberg affichait ouvertement sa volonté de se dégager de la tutelle russe en se rapprochant de la faction proautrichienne. Ainsi, les Russes orchestrèrent-ils en sous-main un coup d'État le . L'année suivante, Ferdinand de Saxe-Cobourg et Gotha devint le nouveau prince de la Bulgarie. Lors de cet épisode, respectant les engagements pris lors du congrès de Berlin de 1878 (Bulgarie sous influence russe), la Triplice (y compris l'Autriche-Hongrie) n'avait pas réagi. Néanmoins, il s'avèrera rapidement que le nouveau prince bulgare n'était rien d'autre qu'un opportuniste jouant la carte des partisans de la Russie et de l'Autriche-Hongrie pour accroître son propre pouvoir.

La Triplice, noyau dur du second système bismarckien (1887-1890) En 1885, au début de la guerre d'Abyssinie (ou première guerre italo-éthiopienne, 1885-1896), la prise par les Italiens de Massaoua, en Érythrée, avec l'assentiment du Royaume-Uni, avait contrarié les puissances continentales, notamment la France. Aussi, en réaction, les Italiens décidèrent-ils d'inciter les Allemands à réactiver leur alliance.

Ainsi, pour commencer, Bismarck proposa-t-il sa médiation dans la conclusion du traité instaurant l'Entente de la Méditerranée (1887-1896), regroupant le Royaume-Uni et l'Italie, rapidement rejoints par l'Autriche-Hongrie. Si le traité reconnaissait le statu quo en mer Méditerranée, dans les faits, l'un des objectifs principaux du traité était d'endiguer l'expansion de l'Empire russe dans les Balkans et sa volonté de contrôler les Détroits turcs (assurant ainsi l'existence de l'Empire ottoman), tout en garantissant les intérêts italiens face à la France. Bismarck de son côté profita de ce traité pour rapprocher le Royaume-Uni de la Triplice, sans pour autant y faire participer l'Empire allemand.

Parallèlement, en 1887, il proposa également deux pactes bilatéraux dans le cadre de la Triplice afin de renforcer certaines dispositions de l'Entente de la Méditerranée. Le premier pacte entre l'Italie et l'Autriche-Hongrie prévoyait que si le maintien du statu quo dans les Balkans, ou sur les côtes et îles ottomanes de la mer Égée et de la mer Adriatique, devenait impossible, et qu'alors l'Autriche-Hongrie et l'Italie étaient obligées d'intervenir par une occupation, celle-ci ne devait avoir lieu qu'après accord entre les deux puissances. Cet accord prévoyait des compensations territoriales pour les deux parties, en plus du statu quo. Ainsi, au cas où l'Autriche-Hongrie obtenait des territoires dans les Balkans, l'Italie en obtiendrait dans les Alpes. Le second pacte entre l'Italie et l'Allemagne assurait l'Italie du soutien de l'Allemagne au cas où elle serait attaquée par la France à cause de différends coloniaux en Afrique du Nord. Parallèlement, le , en remplacement du Traité des trois empereurs (1881-1884) mais en complète opposition avec les objectifs affichés par l'Entente de la Méditerranée, l'Allemagne et la Russie signèrent secrètement le Traité de réassurance (1887-1890), toujours dans le but de maintenir l'isolement diplomatique de la France. Par ce traité, la Russie garantissait sa neutralité en cas d'agression française contre l'Allemagne tandis que celle-ci garantissait sa neutralité en cas d'agression austro-hongroise et en cas d'intervention russe dans les Détroits turcs.

La Triplice après Bismarck (1890-1896) thumb|left|upright|Le Kaiser Guillaume II. thumb|Les archiducs austro-hongrois François-Salvator (à g.) et François-Ferdinand (à dr.) assistant aux grandes manœuvres de l'armée allemande en Allemagne du sud en 1909.

Le rapprochement franco-russe En Allemagne, l'année 1888 fut celle dite « des trois empereurs ». Guillaume mourut, suivi quelques mois plus tard par Frédéric III. Guillaume II monta alors sur le trône. Le chancelier Bismarck démissionna de ses fonctions en 1890, et le comte von Caprivi fut nommé à sa place.

Le départ de Bismarck vit le remplacement de sa Realpolitik, centrée sur l'intérêt national et la gestion diplomatique de la paix, par la Weltpolitik de Guillaume II, plus agressive sur les questions coloniales et navales ainsi que la course aux armements. Dès lors, le second système bismarckien s'effondra rapidement, à commencer par, en 1890, la non-reconduction du Traité de réassurance entre l'Allemagne et la Russie, qui entama alors un rapprochement avec la France.

L'ombre d'un rapprochement franco-italien thumb|droite|Officiers allemands à Berlin apprenant le turc en 1914. En Italie, le comte Crispi, adversaire résolu de la France, était président du Conseil et partisan d'un appui à la flotte autrichienne, au cas où la France étendrait ses colonies en Afrique du Nord. Cependant, l'Autriche était réticente, car elle considérait aussi d'un mauvais œil l'expansionnisme italien, notamment en Libye, appartenant à l'Empire ottoman. Cela aurait donné un prétexte à l'Empire russe pour intervenir encore dans les Balkans.

En janvier 1891, le gouvernement Crispi tomba, laissant la place au gouvernement du marquis di Rudini, mieux disposé à l'égard de la France. Le comte Crispi avait cependant eu le temps d'adjoindre les deux pactes de 1887 au texte initial de l'Alliance : Le pacte italo-autrichien sur les Balkans devint le fameux article 7 du traité de la Triplice. Le pacte germano-italien sur l'Afrique du Nord devint, lui, l'article 10 du traité.

Ce dernier article avait entraîné beaucoup de réticences parmi les Allemands. En effet, ils étaient contraints de déclarer la guerre à la France pour porter secours à l'Italie dans son expansion nord-africaine. Mais, face au risque d'un rapprochement franco-italien, Caprivi céda. Ainsi, la nouvelle version du traité de la Triplice fut-elle entérinée le à Berlin, garantissant le maintien du statu quo en Cyrénaïque, en Tripolitaine et en Tunisie. De plus, un article supplémentaire d'assistance économique entre les trois puissances fut ajouté, ainsi que la perspective d'y associer plus tard le Royaume-Uni.

En tentant d'éviter un rapprochement franco-italien et n'ayant plus l'habilité diplomatique de Bismarck à disposition, l'Allemagne renforça les rapprochements franco-russes successifs, qui donnèrent plus tard corps à une alliance franco-russe en 1892. L'apparition de cette alliance concrétisa les craintes de Bismarck et de Caprivi : la possibilité d'une guerre sur deux fronts.

La marche à la guerre (1896-1914) La relation italo-britannique, point faible de la Triplice La Triple Alliance fut renouvelée en 1896, sans modification.

Néanmoins, dans le cadre de la Weltpolitik, Guillaume II avait indisposé les Britanniques en appuyant les Boers (envoi d'un télégramme à Paul Kruger en 1896). Or l'apparition des fortes tensions germano-britanniques ravivèrent les craintes des Italiens. En effet, à leurs yeux, le Royaume-Uni est un pays ami car il est concurrent de la France en Afrique, notamment. Ainsi, le gouvernement Rudini exclut toute attaque contre le Royaume-Uni, malgré la victoire éthiopienne à Adoua (1896), marquant l'échec italien dans la colonisation de l'Abyssinie et la fin de la première guerre italo-éthiopienne.