vignette|Numérisation d'une page des Manuscrits économico-philosophiques de 1844 de Karl Marx.|322x322px Les Manuscrits de 1844 (ou Manuscrits économico-philosophiques de 1844 ou encore Manuscrits de Paris) sont l'un des textes les plus célèbres de Karl Marx. Les Manuscrits sont écrits lors de son séjour parisien en 1844. Marx y aborde des thèmes depuis lors devenus des problèmes classiques de la philosophie, comme celui de l'aliénation. Marx pratique également la philosophie sous la nouvelle forme d'une critique de l'économie politique. Historique Les Manuscrits ont été rédigés par Karl Marx lors de son séjour à Paris en 1844. Ils étaient destinés à son usage personnel comme mise au clair de sa pensée et non à la publication. Les manuscrits sont, à cet effet, un condensé de la pensée de Marx telle qu'elle était en 1844. Il y en a trois, qui ont été collectés à partir de supports séparés.
La postérité de ces manuscrits, grande, contribue à ancrer les questionnements liés à l'aliénation sociale par le travail dans le monde des idées occidentalesEmmanuel Renault, Lire les Manuscrits de 1844, PUF, "Actuel Marx", 2008 .
Thèmes Homme comme marchandise
Le capital est l’ouvrier vidé de sa substance humaine. La particularité de ce capital humain est qu'il est vivant : s'il ne travaille pas, il n'est plus utile dans le cadre de la production. Ainsi, . Marx ajoute que .
Le travail de l'homme est source de richesse, mais pas de la sienne. Le travail est secondaire dans la production en ce sens que ce qui importe c’est la somme des intérêts, le total des profits. L’ouvrier devient le mercenaire d’un maître d’industrie.
Le processus de production conduit à l'aliénation pour le travailleur. , est . Paradoxalement, plus l'ouvrier produit de richesses, plus il devient pauvre et se déprécie : en produisant, l'homme , ce qui conduit un assèchement de l'humain dans l'être. L'aliénation de l'homme qui produit est à la mesure de ce qu'il produit, qui appauvrit son être et sa relation avec les autres. Ce mouvement est similaire, selon Marx, au rapport à Dieu : .
Capital Le capital, en tant que travail accumulé, est . Le capitaliste est celui qui possède le capital et le gouverne. Le fait qu'il détienne du capital n'est pas lié à , mais au simple fait qu'il est celui qui le détient.
Marx distingue le capital fixe du capital circulant. Il reprend là la division de Smith. Le capital circulant est détruit au cours de la production du bien.
Accumulation du capital L'économiste traite de la question de l'accumulation du capital. Elle permet l'enrichissement de la société, c'est-à-dire la croissance. L'accumulation du capital est possible . Marx reprend là Smith, qui écrit que le capital est .
L'accumulation est accentuée par la division du travail, à cause de laquelle .
Démographie économique Marx développe une première pensée de la démographie. Il aborde la question démographique à partir de notions de l'économie politique en reprenant la phrase d'Adam Smith : . Le marché du travail régulerait la natalité et le salaire. Ainsi, lorsqu'il y a du chômage (un excédent de travailleurs par rapport à la demande de travail émanant des entreprises), .
L'auteur soutient que le seul cas favorable à l'ouvrier est celui où la croissance permet à la demande de travailleurs de dépasser l'offre de travail, car . Plusieurs mécanismes viennent toutefois atténuer l'effet positif pour les travailleurs, le premier étant qu'ils augmentent leur temps de travail par cupidité, ce qui a pour effet d'.
Conditions de vie Le philosophe s'attarde sur les différences fondamentales dans l'existence menée par les travailleurs et les capitalistes. Marx écrit que . L'ouvrier, en effet, .
Même une situation de croissance économique n'est pas favorable à l'ouvrier, qui verra son niveau de vie stagner ou chuter. La division du travail, parce qu'elle exacerbe la concurrence entre les ouvriers, et avec les machines. Lorsque les grands capitalistes ruinent les petits, ces anciens capitalistes .
Dès lors qu'on postule qu'une société ne peut être dite heureuse quand la majeure partie de ses membres souffre, et que la croissance apporte la misère, et que la croissance est permise par l'économie politique, alors .
Salaire et subsistance L’économie politique et la pensée bourgeoise ne voient dans les besoins de l’ouvrier que ce qui est nécessaire à son entretien afin que la race des ouvriers ne s’éteigne pas. Il s'agit du salaire de subsistance, qui est . Marx cite alors Adam Smith, qui parle de ce salaire comme , c'est-à-dire avec une existence de bête. Le salaire est comme l’huile qui maintient les rouages en bon état ; c’est une partie des frais nécessaires du capital.
Le salaire est toujours , car les intérêts des deux classes sont antagonistes dans la répartition de la richesse. Toutefois, même lorsque le capitaliste fait des profits, l'ouvrier peut perdre. Marx en conclut que . Cela est par ailleurs et partiellement dû au fait que , c'est-à-dire que lorsqu'il y a de l'inflation, le salaire, fixe, est mécaniquement réduit ().
Forces de marché Marx étudie de près les forces de marché à l’œuvre dans un système économique. Comme Smith, il remarque que la concurrence permet de baisser les prix, et que les situations monopolistiques permettent aux capitalistes d'augmenter les prix. Dès lors, .
Le penseur voit également une opposition irréductible entre le grand capital et le petit capital : comme , ; de cette situation, car il subit de plein fouet la concurrence du grand capital. Ce dernier, en effet, : il bénéficie d'économies d'échelle.
Argent
L'ouvrier n'est pas du sort de son individualité. « L’argent est l’entremetteur entre le besoin et l’objet, entre la vie et le moyen de vivre de l’homme. Mais ce qui [sert] de médiateur pour [la] vie [sert] également de médiateur pour l’existence d’autrui. Mon prochain, c’est l’argent. » Ce que je peux payer devient ma possession.
Droit et propriété Marx cite abondamment Jean-Baptiste Say pour dire que le capital, c'est-à-dire , même s'il ne reposait sur aucune spoliation, aurait tout de même besoin du . Le capital, acquis par l'héritage ou par un autre moyen, est protégé par le droit.
Économie politique Les Manuscrits sont des écrits à charge contre l'économie politique, appellation de la forme primitive des sciences économiques au . Dans le chapitre sur , Marx s'adonne à une critique radicale de cette discipline sur la base de son déficit explicatif. En effet, . Il refuse l'existence de lois en économie.
L'effet le plus nocif de l'économie politique du temps de Marx est, selon lui, qu'elle .
Marx appelle donc à ne pas faire .
Propriété privée
La propriété privée est l'expression positive d'un vol. La propriété privée abolit progressivement ce qui auparavant était à tous. Elle est l'expression concrète de la vie humaine aliénée, et l'expression sensible de son aliénation.
Le communisme promeut ainsi .
Communisme Marx consacre une partie du troisième manuscrit à la question du communisme. Le communisme premier et est défini comme .
La propriété communiste est la négation de la propriété bourgeoise. La société communiste est ainsi une simple communauté du travail où règne l’égalité du salaire payé par le capital collectif. Le capital et le travail perdurent mais en tant qu’universalité et puissance reconnue de la communauté. « Le mouvement de l’histoire est conçu et devenu conscient dans sa totalité ; il est l’acte de genèse réel de ce communisme-là ». Cette vision nécessaire de l’histoire se retrouve à d’autres moments du texte.
Matérialisme Le communisme doit avoir une base scientifique qui sera le sensible, c'est-à-dire le matérialisme de Ludwig Feuerbach (reprise de la Critique de la philosophie du droit de Hegel). « L’émancipation et la reconquête humaine, étape nécessaire pour le développement historique de demain. Le communisme est la forme nécessaire et le principe énergique du proche avenir sans être en tant que tel le but de l’évolution humaine : la forme achevée de la société humaine. »
Notes et références
Liens externes Le texte original Manuscrits de 1844 Une conférence universitaire sur Les Manuscrits de 1844, en MP3
Articles connexes
Karl Marx Psychologie politique
Bibliographie Les Manuscrits de 1844 ont aussi été publiés sous le nom de Karl Marx, Les manuscrits économico-philosophiques de 1844, trad. Franck Fischbach, Paris, Vrin, 2007 Robert C. Tucker, Philosophie et mythe chez Karl Marx, Paris, Payot, 1963. Emmanuel Renault (dir.), Lire les Manuscrits de 1844, PUF, "Actuel Marx", 2008
Catégorie:Sociologie économique Catégorie:Sociologie politique Catégorie:Œuvre de Karl Marx Catégorie:Livre paru en 1932 Catégorie:Œuvre de philosophie politique