Les Boranas sont des habitants de la Corne de l'Afrique, présents au sud de l'Éthiopie, par exemple dans la zone Borena éthiopienne, au nord du Kenya et en Somalie. S'ils participent à la vaste identité oromo et à l'évolution des langues couchitiques, entre les hauts plateaux abyssins et les hautes plaines continentales d'Afrique orientale, ils s'en distinguent néanmoins fortement, ce qui explique des conflits anciens James Stuart Olson, « Boran », in The Peoples of Africa: An Ethnohistorical Dictionary, Greenwood Publishing Group, 1996, .

Ethnonymie, esquisse ethno-linguistique ancienne Selon les sources et le contexte, on observe des variations autour de cet ethnonyme : Booran, Boraan, Borana, Boranas, Borani, Boran, Borans, Borena, Waso Borana, sans que l'on sache si elles désignent précisément le même objetSource RAMEAU, BnF hormis "Boraan" cité par l'Université de Cambridge, département linguistique. . Une interprétation populaire respectant l'amuïssement de la voyelle a finale indique qu'il s'agit d'un ami, d'une personne amicale et gentilleAperçu ethnologique mentionnant le legs traditionnel. La tradition admet qu'un Homme méchant ou mauvais ne peut plus être borana.

Les travaux d'Antoine d'Abbadie, nommé Abba-Dia, ont porté sur les . Une coutume ancienne veut que le mari, père de famille et l'épouse mère ne soient dénommés par son statut paternel et maternel relatif à leur premier né. Ainsi "Dadi abba Dada" signifie Dadi père de Dada. Cette situation antique affirme implicitement un droit d'aînesse et une supériorité de la génération en croissance et porteuse d'avenir. La naissance du nouveau-né impose une quarantaine protectrice, soit 40 jours de réclusion du nouveau-né. Les problèmes du prépuce sensibles aux poussières sont réglées par la circoncision rituelle. Au statut intime en son abri ou publiquement effacé de l'épouse, répond le grand pouvoir (apparent) du chef de famille. Toutefois les mœurs féminines, largement héritières des religions animistes ou naturistes, sont beaucoup plus libres. L'adoption est légale. Les lamentations sont la règle au cours des funérailles.

Les Boranas possèdent une sorte de représentant légal, président ou chef d'honneur pendant 8 à 10 ans. La guerre est une affaire techniques, laissé à des hommes de métier. Justice et religion ressortent de différents conseils, chapeautés par un grand prêtre. Un chef de famille respecté peut devenir chef de village ou de groupe, chargé parfois de la perception de tribut d'accueil. Il existe une branche réputée descendre des Boronas, les Gallas. Chez eux se trouvaient des sorciers guérisseurs, s'occupant de la pluie et du beau temps; des maladies physiques ou mentales, de la chasse aux maléfices, des objets perdus, des relations devenues complexes entre passé, présent et avenir au prise avec les sociétés modernes environnantes. Ce serait peut-être le mot kallo (magicien) désignant ces sorciers guérisseurs, surchargés de tâches souvent insolubles, qui aurait donné leur dénomination générique aux Gallas, . Vouloir distinguer abusivement par ce biais est trompeur, car la vieille religion chrétienne abyssine admettait les esprits d'anciens magiciens de souche humaine, responsables de transes shamaniques, dénommés zâr.

. Comme le précise Jules Borelli, si une très faible fraction d'Oromo est devenue musulmane ou s'adonne à la culture, la population est demeurée animiste ou "naturiste" en français des explorateurs de la Belle Epoque, maintenant les cultes et offrandes de respect envers les êtres de la nature, en particulier les arbres sacrés, de la douce touffe d'herbe à la peau de mouton sacrifié. Ces éleveurs aux cheveux longs ne cultivaient pas la terre, ils pratiquaient la divination dans les entrailles de animaux sacrifiés. Quelques néophytes sont initiés "prêtres" sous le nom de Gedjos au terme des pèlerinages vers divers sites sacrés, notamment pour y retrouver l'Abba Mouda, un "père ondoiement" qui opère une sorte de baptême-confirmation à base d'une pluie de salive ou encore d'eau spécifique régurgité en la circonstance par la bouche. Le dieu suprême Waaqa protège Hommes et troupeaux, d'abord par les herbes et plantes grâce au soleil et à la pluie tombée boqa et nourri d'espoir et de confiance, en pensant aux promesses des pâtures et des récoltes, amenée par la céleste pluie future ou robha

Langue vignette|gauche|Femmes borana accompagnant une caravane. Ces populations descendantes des éleveurs parlent le borana, une variation de l'oromo, une langue couchitique « Oromo, Borana-Arsi-Guji », Ethnologue, SIL . de la Corne de l'Afrique.

Cette langue couchitique du sud de l'Ethiopie a été écrite simplement en écriture alphabétique latine par des missionnaires protestants au tournant du . La transmission efficace, du moins auprès des volontaires qui le souhaitaient, s'est effectuée auprès d'une minorité de lettrés. Dès la fin des années 1970, le gouvernement révolutionnaire d'Ethiopie, soucieux d'éducation populaire, a voulu instruire de force les populations de camarades éleveurs du Sidamo jugées totalement ignorantes en instituant des classes d'écriture en amharique. Cette rééducation autoritaire, orchestrée par des lycéens ou étudiants mal formés, ne maîtrisant d'ailleurs pas tous l'alphasyllabaire éthiopien officiel ou le truffant de variantes, a été un fiasco.

Histoire

Temps anciens Selon l'historien des Oromos Mohamed Hassen, les Boranas, comme les Barentus, sont des descendants d'un groupe oromo qui aurait quitté les montagnes de la région du Balé, peut-être au et en tout cas avant le , pour s'installer dans les plaines.

Selon le vicomte Robert Du Bourg de Bozas, ces diverses populations oromos que les Abyssins nommeront "Gallas" auraient été repoussés à l'époque médiévale par les Somalis, du moins leurs cohortes musulmanes fanatisées, ce qui aurait entrainé une vaste émigration d'un grand nombre de peuples païens éleveurs depuis les rivages maritimes vers l'occident et les montagnes. Ces divers réfugiés oromos auraient quitté l'Ogaden pour l'Ouabi, occupant ensuite le Borana puis s'imposant en partie dans les franges plus humides des montagnes d'Abyssinie après le . Des migrations vers des contrées plus méridionales ne seraient pas à exclure pour expliquer le vaste groupe linguistique des Oromos.

Ces théories migratoires légendaires ou tardives, peuvent être opposées à des zones géographiques antiques d'échanges linguistiques et commerciales, définissant sur le long terme le large groupe oromo et une multitude de sous-groupes d'appartenance sociale et à extensions géographiques variables dans le temps.

La vie pastorale et ses migrations, imposant autant de rencontres, ont laissé au gré des siècles des traditions orales riches à base de contes et d'histoires épiques, de poésie et chansons, de musique et de danse, colportant leçons morales et longs récits historiques, mais aussi une forte croyance en un principe d'unité du monde spirituelle, une structure concrète de gouvernance et d'organisation communautaire démocratique, dite Gadaa associée aux vénérables Anciens, gardiens de la culture et de la sagesse. Cette dernière organisation sociale est apte à la résolution des conflits comme à ouvrir la négociation, en mettant à l'honneur le patrimoine naturel et commun, en prenant les décisions collectives et en jalonnant l'axe du temps vécu de cérémonies culturellesThe Borana: Culture, Migration, and Resilience par Lakicha, octobre 2024.

Temps modernes Alors que le désenclavement maritime du monde se poursuit au , Gallas et Boranas semblent se confondre dans une même appartenance oromo : le terme "Gallas" s'applique à des populations de potentiels cultivateurs animistes, en voie de sédentarisation, alors que les Boranas demeurent des groupes humains épars, fidèles aux pérégrinations ou migrations saisonnières de l'élevage. L'empereur d'Abyssinie Malak-Sagad n'attaque en retour les envahisseurs Gallas-Boranas qu'en 1573. Déjà aux prises avec des troupes musulmanes ou d'autres rebelles chrétiens qui menace son pouvoir souverain, les Gallas alliés aux Boranis ou Borans ont occupé le Choa et le Gojan dès 1569. La mise au pas dure cinq années, puisque en 1577, année de la mort du patriarche lusitanien d'Abyssinie André d'Oviedo, une offensive borana réduit à néant la domination imposée. En réalité, victorieux et pacificateur en 1578, Malak-Sagad pactise et délaisse un grand nombre de fiefs tribaux, plus tard sur un territoire dénommé Gallaland. Les troubles dans les marges méridionales ne reprennent qu'en 1618, bien après la mort du souverain, empoisonné en 1595, après 35 ans de règne et la montée en puissance de Za-Selosé, ras et vice-roi de Danbya, après 1590. Plus tard, le mot "Gallas", déjà fortement péjoratif, est devenu le nom générique des Oromos et de leur territoire pour leurs ennemis. L'explorateur Alexandre Leroy indique à la fin du , lire en ligne. Sidama serait le vieux nom chrétien abyssin de la nouvelle contrée des Oromos, il sera employé, de façon neutre, par les scribes éthiopiens sans mentionner les populations autochtones.

Si les envahisseurs "Gallas" ont fait souche dans les montagnes abyssines, en particulier au sud sur les hauts plateaux tabulaires ou "ambas" au début de l'époque moderne, la situation ethnographique est complexeNotons que la fosse des Gallas est un fossé d'effondrement, parallèle à la vallée de l'Omo, qui segmente la géographie physique de l'Ethiopie, dans un axe du sud-ouest par le lac Stéphanie, le lac de la Reine Marguerite ou Abbaya, joignant plus au nord la vallée centrale du fleuve Aouache débouchant dans une vaste dépression saumâtre et endorhéique nommée Dankalie au sud de l'Erythrée: le "plateau sommali" s'étend à l'est vers les collines de Somalie et le "plateau éthiopien" à l'ouest s'étend vers le Soudan. Les populations péjorativement dites "Gallas" ou Oromos y habitent de part et d'autre de cette grande faille.. Le vicomte Robert du Bourg de Bozas distingue a minima deux "races Gallas" (sic), les Aroussi à l'est et les Sidama à l'ouest, qui entretiennent une rivalité séculaire et féroce. Les remarques relatives à leur distinction prouvent que leur sédentarisation et leur métissage diffèrent notablement.. S'il s'agit bien de populations oromos sédentarisées, l'explorateur mentionne presque une civilisation de l'habitat radicalement différente et accentue les écarts physiques : les Aroussi, attachés à la ville de Djafaro, qui vivent en majorité dans de belles montagnes boisées, sont grands, élancés, dévoilant une peau claire, si plaisante à l'explorateur, alors que les Sidama, cultivateurs et éleveurs vivant dans des montagnes humides et boisées, en villages de huttes rondes marquée par l'ancienne civilisation abyssine paraissent plus petits, râblés avec un teint mat.

Périodes contemporaines

Explorations ou convoitises européennes