Pietro di Cristoforo Vannucci, dit le Pérugin (il Perugino), né vers 1448 à Città della Pieve, près de Pérouse dans les États pontificaux et mort en 1523 à Fontignano (frazione de Pérouse), est un peintre italien de la Renaissance appartenant à l'école ombrienne, qui est l'un des maîtres de Raphaël. Il peint surtout des tableaux religieux, multipliant madones élégantes et anges mélancoliques.
Biographie vignette|Plaque commémorative sur sa maison natale à Città della Pieve.
Enfance et formation Né entre 1445 et 1452 dans la petite ville de Città della Pieve en Ombrie, non loin de Pérouse, il est le fils de Cristoforo di Pietro Vannucci et de Lucia di Giacomo di Nunzio Betti. Le surnom de l'artiste « Pérugin » s'explique vraisemblablement par le fait que Pérouse, dont dépendait le village de Castel della Pieve, était plus renommée. Son père le fait entrer en apprentissage chez un peintre de modeste renommée qui l'initie aux techniques de la fresque et du dessin. Ses premières expériences artistiques en Ombrie se sont probablement déroulées dans des ateliers locaux, comme ceux de Bartolomeo Caporali et de Fiorenzo di Lorenzo..
Le Pérugin se forme en étudiant les œuvres de Piero della Francesca et de Verrocchio, dont il est probablement l'élève à Florence à la fin des années 1460 et au début des années 1470., en compagnie de Léonard de Vinci. Il y découvre la manière flamande du paysage et le portrait naturaliste.. Pietro Vannucci est mentionné pour la première fois comme peintre, en Ombrie, dans un registre fiscal de 1469. En , son nom apparaît dans le « Livre rouge » de la Guilde de Saint-Luc à Florence, avec le titre de « peintre » indépendant, laisse supposer qu'il était installé dans la ville, probablement depuis 1470 . .
Débuts Parmi ses œuvres de jeunesse on distingue les Scènes de la vie de saint Bernard (1473), L'Adoration des mages (1476) et différentes Vierges dispersées dans de nombreux musées d'Europe attribuées auparavant à Verrocchio.
Il travaille à Rome à partir de 1478. Entre 1480 et 1482, il contribue aux fresques de la chapelle Sixtine avec d'autres grands maîtres de l'époque. Le Pérugin y peint trois scènes, dont deux en collaboration avec Pinturicchio (le Baptême du Christ et Moïse voyageant en Égypte) et la Remise des clefs à saint Pierre.
Maturité Lorsque sa réputation est établie, son activité devient débordante. Il ouvre deux ateliers – l'un à Pérouse, l'autre à Florence – pour faire face aux nombreuses commandes qui lui sont confiées. À ce moment son œuvre atteint la plus grande maturité, avec de larges compositions intégrées dans de vastes espaces ouverts. Ses productions se multiplient, mais perdent parfois en qualité, lorsqu’il n’a plus le temps d’en assurer en partie la réalisation. Il demeure, malgré tout, le meilleur peintre de l'Italie de son temps comme le note Agostino Chigi, en 1500 : .
vignette|upright|Le Mariage de la Vierge, entre 1500 et 1504. Musée des Beaux-Arts de Caen. Il se marie en 1494 avec Chiara Fancelli, fille d’un architecte ; le visage de son épouse lui servira de modèle pour certaines reproductions de la Vierge..
Entre 1494 et 1495 il réalise une Pietà et la fresque de la Crucifixion de l’église Santa Maria Maddalena dei Pazzi.
Entre fin 1495 et 1496, sur commande des décemvirs de Pérouse, il réalise pour la chapelle du Palazzo pubblico, un retable (actuellement dissocié, une partie étant conservée à Pérouse, l'autre au Vatican, représentant la Vierge avec sur ses genoux l'Enfant-Jésus, entourés de saint Laurent, saint Ludovic de Toulouse, puis saint Herculan et saint Constant, protecteurs de la ville.
De 1496 à 1499, il réalise, sur commande des moines bénédictins, un polyptyque pour le maître-autel de l'église Saint-Pierre à Pérouse qui fut démonté à la fin du lors de la rénovation de l'église. Le panneau central représentait l'Ascension avec les douze Apôtres, la Vierge et des anges ; au-dessus, Dieu en majesté. Sur la prédelle figuraient : l'Adoration des Mages, le Baptême du Christ, la Résurrection et deux panneaux montrant les Saints protecteurs de Pérouse. Enfin, en bas des colonnes, de part et d'autre de l'Ascension, six panneaux représentent des Saints bénédictins.
Entre 1500 et 1504 il réalise le Mariage de la Vierge et la Résurrection. C’est de ces années que date son amitié avec le jeune peintre Raphaël, qui vint auprès de lui se former à la technique picturale.
En 1502, le Pérugin reçoit une commande d'un retable pour le chapitre des Augustins de Pérouse, mais la réalisation en fut retardée jusqu’en 1512 et l’œuvre devait rester inachevée à la mort de l’artiste. Le retable a été démembré en 1683. Un fragment représentant Saint Jean l'Évangéliste et saint Augustin se trouve au musée des Augustins de Toulouse. Les autres fragments sont dispersés entre Pérouse, le Louvre, l’Alabama, Lyon et Grenoble.
Dernières œuvres Dans les dernières années de sa vie, il travaille pour les principales églises d’Ombrie et de Toscane. Isabelle d'Este lui commande en 1503 Le Combat de l'Amour et de la Chasteté (), pour son studiolo du palais ducal de Mantoue (aujourd'hui au musée du Louvre). En 1508, le pape lui confie la décoration de la voûte de la chambre de l'Incendie du Borgo () au Vatican. À partir de cette date, il travaille à Pérouse et dans ses environs, avec un appauvrissement du style et une répétition de ses compositions. Il y continue à former ses élèves aux méthodes qui lui assurèrent pendant plus de trente ans la reconnaissance de ses contemporains.
vignette|upright|Tombe de l'artiste à Fontignano.
La dernière production du Pérugin est liée aux fresques à thème religieux qu'il a réalisées dans les petites localités de l'Ombrie : La Pietà (Spello), L'Adoration des bergers (Trevi), dont la Vierge a été reproduite dans la Vierge trônant (Spello) et la Vierge à l'Enfant de l'oratoire de l'Annunziata à Fontignano, près de Pérouse, où il a réalisé ses dernières œuvres.
Le Pérugin meurt en 1523 à Fontignano (frazione de Pérouse). de la peste tandis qu'il travaillait à ses réalisations. Il est d'abord enseveli juste en dehors de la localité. Sa dépouille est conservée dans l'oratoire de l'Annunziata à Fontignano.
À Assise, dans la basilique Sainte-Marie-des-Anges construite au englobant la chapelle de la Portioncule (une petite chapelle, déjà en place au , où en 1208, saint François fonda son ordre), une nouvelle œuvre jusqu'alors inconnue a été découverte, lors des travaux de restauration de cette chapelle. Il s'agit d'une fresque représentant une Crucifixion, qui a été attribuée au Pérugin. Elle aurait été peinte en 1486, année où Pietro Vanucci est venu à Assise en août, comme l'attestent des archives.
L'entrepreneur et le rôle de l'atelier Tout au long de sa vie, le Pérugin est un travailleur infatigable et un excellent organisateur d'atelier, laissant derrière lui de nombreuses œuvres. Certains vont jusqu'à affirmer qu'il fut le premier artiste-« entrepreneur », capable de gérer simultanément deux ateliers très actifs : l'un à Florence, ouvert dès le début des années 1470, où se formèrent Raphaël, Rocco Zoppo et Bachiacca, et un autre à Pérouse, ouvert en 1501, d’où est issue toute une génération de peintres de l’école ombrienne qui ont diffusé son langage artistique. De plus, le Pérugin a réalisé de nombreuses commandes provenant d’autres villes d’Italie, telles que Lucques, Crémone, Venise, Bologne, Ferrare, Milan et Mantoue, sans oublier ses séjours importants à Rome et dans les Marches. Afin de s’assurer un travail continu, le Pérugin organise les différentes étapes de la production artistique et le recours à des assistants. L'execution des œuvres étaient généralement étalées, suspendues puis reprises à plusieurs reprises, de manière à mener de front plusieurs commandes et à ne jamais se retrouver sans travail. Le maître se réserve les parties les plus complexes, qui faisaient le prestige du tableau, tandis que certaines parties accessoires, telles que les arrière-plans et les prédelles, étaient confiées aux assistants. Le dessin de la composition incombe en revanche toujours au maître, qui crée des esquisses graphiques et des cartons préparatoires. La participation de plusieurs artistes à une même œuvre était organisée de manière à ne pas nuire à la qualité et à l'unité de celle-ci, en suivant un style unique. La répétition fréquente de sujets et de compositions n'était pas considérée à l'époque comme un manque d'inventivité ; au contraire, elle était souvent explicitement demandée par les commanditaires.
Critique Les contemporains de Pietro Vannucci le considérent comme le plus grand des protagonistes de ce renouveau de l'art italien à l'apogée de la Renaissance, entre les dernières décennies du . L'ampleur de ses innovations et le niveau de qualité de son art sont bien compris, à tel point qu'à la fin du , il est considéré comme le plus grand peintre d'Italie . Agostino Chigi, dans une lettre adressée à son père Mariano et datée du , décrit le Pérugin comme « le meilleur maître d’Italie », et Vasari, dans ses Vies de 1568, écrit que sa peinture « plaisait tant à son époque que beaucoup vinrent de France, d’Espagne, d’Allemagne et d’autres provinces pour l’apprendre » . Giorgio Vasari néanmoins décrit Le Pérugin comme un artiste de talent, mais incroyant et attiré par l'argent.
Après un âge d’or, son art connait une crise, méconnu et critiqué, accusé de formalisme, de répétitivité et d’hypocrisie. À l’origine de ces changements se trouvaient les échecs d’œuvres telles que Le Combat de l'Amour et de la Chasteté pour la marquise de Mantoue ou le polyptyque de l'Annunziata de Florence.
Avec les études des , sa figure retrouve une place dans l’art italien, permettant de comprendre à nouveau sa portée novatrice. Par la suite, les études scientifiques sur l’artiste connaisent des phases de stagnation, d’attention marginale et d’incompréhension. Avec l’essor des avant-gardes historiques et les révolutions de l’art contemporain, le Pérugin, en tant que représentant du goût « classique », est sous-estimé, car éloigné des canons du goût contemporain.
L’intérêt pour son art est lié à l’essor des études sur le jeune Raphaël, ou à des contributions spécifiques et sectorielles. L'exposition monographique qui lui a été consacrée par la Galerie nationale de l'Ombrie en 2004 a constitué une occasion de redécouverte..
Le musée Jacquemart-André lui a consacre une exposition : Le Pérugin, maître de Raphaël, du au ..
En 2023, à l'occasion du centenaire de la mort du peintre, des expositions et des événements se sont déroulés tout au long de l'année en Italie. La figure du Pérugin a été mise en lumière pour la première fois au cinéma, grâce au documentaire biographique « », réalisé par Giovanni Piscaglia, avec Marco Bocci, produit par Ballandi et distribué par Nexo Digital.
Style Le Pérugin est d'une nouvelle manière de peindre qui débouche sur la «». Les principales caractéristiques de ce style sont la pureté formelle, la mesure sereine des vastes compositions, le dessin bien défini et élégant, la couleur claire, riche en lumière et appliquée avec des modulations raffinées de clair-obscur, les personnages libérés de leurs traits terrestres et revêtus d’une aura « angélique et très douce »
Le Pérugin crée de grandes formes simples, avec quelques figures aux gestes retenus et à l'expression un peu rêveuse, soigneusement liées dans un calme ordonné. Dans les œuvres du Pérugin, comme dans celles du Pinturicchio, ou du jeune Raphaël qui aurait été son élève, le paysage n'est pas considéré comme un simple élément décoratif à l'arrière-plan du tableau. Un dialogue s'établit entre le paysage et les figures du premier plan, visant à inscrire celles-ci dans un vaste espace, selon des rapports harmonieux. Cette interprétation a pour effet de permettre de trouver dans le tableau un équilibre entre l'évocation du réel et la construction mentale.