René Bérenger, né à Bourg-lès-Valence (Drôme) le et mort au château d'Alincourt (Val d'Oise) le , est un avocat, magistrat, criminaliste et homme politique français.
Biographie Famille Il est le fils d'Alphonse Bérenger, dit Bérenger de la Drôme, député et pair de France et d'Étiennette Rigaud de Lisle, fille de Louis-Michel Rigaud de l'Isle, membre du Corps législatif, et le petit-fils de Marcelin René Bérenger, député aux États généraux de 1789.
Carrière Avocat général à Lyon en 1870, il démissionne pour s'engager comme volontaire lorsque la guerre éclate. Il est décoré de la Légion d'honneur pour fait de guerreÉmile de Marcère, L'Assemblée nationale de 1871. Gouvernement de M. Thiers, Plon, 1904, . Il est ministre des Travaux publics du au dans le gouvernement Dufaure, puis sénateur inamovible. Il est le sénateur inamovible qui siégera le plus longtemps.
Bérenger succède à l'Académie des sciences morales et politiques au juriste Charles Lucas en 1890. Il œuvre à la modernisation de la politique pénale : les lois de 1885 et 1891 qui portent son nom introduisent, respectivement, la libération conditionnelle et le sursisJean-Lucien Sanchez, Les lois Bérenger (lois du 14 août 1885 et du 26 mars 1891), Criminocorpus, 2005.. Elles aggravent aussi les peines pour les récidivistes. Il était en parallèle président de la Société générale pour le patronage des libérés.
Le « Père la Pudeur » vignette|redresse|gauche|Evocation du bal des Quat'zarts par Willette. Dès 1892, il dirige également une campagne sévère pour le respect des bonnes mœurs, qui lui vaut le sobriquet de « Père la Pudeur ». Le procès qu'il suscita l'année suivante contre l'impudicité du Bal des Quat'z'Arts dégénéra en émeutes au Quartier latin. La plupart des périodiques satiriques le chargent — par exemple Le Sourire en , sous le crayon féroce d'Eugène Cadel mais aussi par Jules Radiguet dans L'Assiette au beurre, du Site cairn.info, texte d'Anne Urbain Livre "Ne les laissez pas lire !" revue de la BNF / 2020, pages 23 à 31..
Il rédige, en 1907 et 1908, plusieurs projets de loi portant sur la réglementation de la prostitution, notamment celle des mineures, et se prononce pour l'abolition de la réglementation de la prostitution, considérée comme un facteur d'acceptation d'une pratique qu'il décrit comme « le fléau des foyers ».
Les frères Offenstadt, propriétaires et dirigeants d'une société éditant des publications illustrées enfantine mais aussi d'un magazine d'humour, spécialisé dans le comique troupier, La Vie en culotte rouge, sont également la cible du « père la pudeur », qui réussit à dissuader les compagnies de chemin de fer de permettre la vente de ce journal dans les gares. Le , Georges Offenstadt, propriétaire du journal depuis janvier 1908, et Maurice Weill, l'ancien propriétaire, assignent le sénateur Bérenger devant le tribunal de la Seine en lui réclamant francs de dommages et intérêts pour le préjudice subi, ainsi qu'une indemnisation, pour Georges Offenstadt, de 5 000 francs par an et par réseau jusqu'au rétablissement de la vente du journal. Le , le tribunal déboute Maurice Weill et Georges Offenstadt. En 1910, c'est Charles Offenstadt qui poursuit le sénateur Bérenger en diffamation et lui réclame francs de dommages et intérêts. Lors de sa comparution devant la neuvième chambre correctionnelle le , le sénateur déclare explicitement renoncer à son immunité parlementaire. C'est cependant sur ce motif que le tribunal argumente pour déclarer la nullité de la citation à comparaître.
thumb|285px|La tombe de René Bérenger au cimetière de Parnes (Oise).
« Monsieur Bérenger » dans la mémoire populaire La pruderie de René Bérenger a laissé en français l'expression « Père la Pudeur », synonyme de personne excessivement prude.
On doit aux chansonniers de son temps la chanson « Monsieur Bérenger » qui décrit les effets de la pruderie du personnage dans la colonie de la Martinique. Voici les parolesTout ce qui suit reproduit le langage de l'époque à titre documentaire. de cette chanson : Défense est venue Par dernier bateau À tout petit nègre De montrer sa peau.
Refrain
Monsieur Bérenger, Tu nous emmerdes, Monsieur Bérenger, Tu nous fais chier !
Aut'fois petit nègre, Pour cacher nudité, Portait feuille coco, Et feuille de palmier.
Falloir faire venir De Paris et London, Des petites jaquettes Et des chapeaux ronds.
Refrain
Quand li petit nègre Avait bu un coup Faisait son pipi Un tit peu partout.
Maint'nant faut qu'y donne Deux sous pour pisser Dans un p'tit chalet En bambous tressés.
Refrain
Quand li petit nègre Vouloir embrasser Mignonne négresse Faut fermer volet.
Pauv' petite négresse Pour cacher nénés Faut mettre chemisette Pantalon fermé.
Refrain
À Martinique, Si vient Bérenger Li bons petits nègres Y vont li manger.
Refrain Ci-dessous le refrain (édulcoré), extrait de l'interprétation de la chanson par Les quatre barbusLes Quatre Barbus, « La Pince à linge » ; album double CD ; Rym Musique, 1997 ; distribution PolyGram ; EAN13 3259119178521.Court extrait présenté au titre du droit de citation (France : Article L122-5 du Code de la Propriété Intellectuelle)..
thumb|center|alt=Refrain de la chanson "Monsieur Bérenger"|Refrain de la chanson "Monsieur Bérenger" dit "Le Père la Pudeur".
D'après l'écrivain Armand Lanoux, dans son ouvrage Amours 1900 (1961), Un fonctionnaire de la police des mœurs était présent à toutes les représentations de la troupe du Moulin Rouge de Charles Zidler où les danseuses levaient bien haut la jambe pour le French Cancan. Son rôle se bornait à vérifier que les artistes portaient des sous-vêtements fermés (ce qui n'était pas forcément le cas avec l'habillement de l'époque). Presque inévitablement, les danseuses et le personnel de l'établissement l'avaient surnommé .
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie
. Articles connexes Ligue pour le relèvement de la moralité publique Promouvoir (association) Liens externes
L'intégrale de "Monsieur Bérenger" par les Quatre Barbus sur Youtube
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