Karim Meïssa Wade, né le à Paris, est un homme politique sénégalais.
Il est le fils du président de la République Abdoulaye Wade, qui le nomme en 2009 ministre d'État, de la Coopération et des Transports. Candidat malheureux aux élections municipales de Dakar en 2009, il est à un moment pressenti pour succéder à son père à la présidence. Il quitte le gouvernement après la défaite de celui-ci, en 2012.
En 2013, il est incarcéré pour enrichissement illicite à l'issue d'un procès controversé. Gracié en 2016 par son opposant le président Macky Sall tout en restant condamné à payer une amende, il part en exil au Qatar. Il est le candidat déclaré de son parti, le Parti démocratique sénégalais (PDS), pour les élections présidentielles de 2019 et de 2024 mais sa candidature est invalidée à chaque fois.
Biographie Dans l'ombre : Paris, Londres Né dans le , Karim Wade est le fils d'Abdoulaye Wade et de son épouse française, née Viviane Vert. Il a une sœur cadette prénommée Sindiély. À Dakar, le jeune garçon fréquente l'École franco-sénégalaise de Fann, puis le Cours Sainte-Marie de Hann Jeune Afrique, n° 2454, du 20 au 26 janvier 2008, p. 26-27. Lorsqu'il entre en classe de seconde, il devient interne dans un établissement privé français, Saint Martin de France, à Pontoise. C'est là qu'il obtient son baccalauréat, dans une filière dédiée aux sciences économiques (B). Peu de publications témoignent de cette période et Abdoulaye Wade, dans sa volumineuse autobiographieUne vie pour l'Afrique (entretiens avec Jean-Marc Kalflèche et Gilles Delafon), Michel Lafon, Neuilly-sur-Seine, 2008, 330 p. , ne fait pratiquement aucune référence à son filsÀ l'exception d'un incident ayant opposé Karim Wade à trois journalistes en 2005, Une vie pour l'Afrique, op. cit., p. 303.
À la sortie du lycée, Karim Wade entreprend des études supérieures à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, où, après une maîtrise en sciences de gestion (MSG) qu’il valide en 1991, il prépare un DESS en ingénierie financière qu'il obtient en 1995 avec un mémoire intitulé Utilités et perspectives de développement du corporate governance en France et coécrit avec sa sœur cadetteFiche du catalogue SUDOC Catalogue SUDOC . C'est aussi à la Sorbonne qu'il fait la connaissance d'une jeune Française, Karine, qu'il épouse et avec laquelle il a trois filles (3, 5 et 7 ans en 2009). Karine Wade est morte le L'hommage à Karine Wade, Jeune Afrique, 20 avril 2009.. En marge de ses études, il s'implique dans le combat politique de son père et, à Paris, il participe à des réunions à la permanence du PDS, à des manifestations, et distribue des tracts avec sa sœur, également étudiante Jeune Afrique, n° 2454, loc.cit..
Dans le cadre de son DESS, il a effectué son stage de 6 mois à Paris, à la Société de banque suisse qui lui propose dans la foulée un poste de cadre au département fusion-acquisition qu'il occupe pendant un an, avant d'être recruté à Londres par la banque d'affaires UBS Warburg, une filiale de l'UBS (en 1998 la Société de banque suisse fusionne avec l'Union de banques suisses pour former l'UBS). Ses activités se situent dans le secteur des mines, dans le conseil à plusieurs gouvernements africains, mais aussi en relation avec des sociétés multinationales telles que De Beers (diamants), Anglo American (mines) ou Texaco (pétrole).
Tournant de l'année 2000 Après s'être présenté sans succès aux élections présidentielles de 1978, 1983, 1988 et 1993, Abdoulaye Wade décide de briguer à nouveau le mandat présidentiel en 2000. Fin 1999, Karim Wade rentre à Dakar et aurait participé activement à la campagne électorale. La victoire de son père à l'élection présidentielle de 2000 fait sortir Karim de l'anonymat« Enquête sur le fils du président : la face cachée de Karim Wade », article de L'As, en ligne sur Seneweb.com ENQUETE SUR LE FILS DU PRESIDENT : La face cachée de Karim Wade et la ressemblance physique avec son père, et se penchant sur ses goûts et sa personnalité. Le fils du nouveau président retourne néanmoins à Londres où il est promu directeur associé, avec de substantiels avantages, au sein de UBS Warburg.
Il effectue de fréquentes navettes entre Londres et Dakar, puis décide en 2002 de s'installer au Sénégal pour travailler dans l'administration de son père. Il est nommé conseiller personnel du président de la République, chargé de la mise en œuvre de grands projets, tels que le futur Aéroport international Blaise Diagne (AIBD) prévu à Diass, la restructuration des Industries chimiques du Sénégal (ICS) ou la mise en place d'une zone économique spéciale intégrée dans la capitale, devenant ainsi son homme de confiance, son expert financier, son watchdog – selon la formule d'Abdoulaye Wade lui-même.
2008 : entrée en scène internationale vignette|Karim Wade en 2008. Jusque-là chargé de dossiers plutôt techniques, Karim Wade franchit une étapePhilippe Bernard, « Promoteur des travaux de Dakar, le fils du président Wade entre en politique », Le Monde, 14 mars 2008 lorsqu'en , il est nommé président de l'Agence nationale de l'Organisation de la conférence islamique (ANOCI) avec pour mission de préparer et d'organiser le onzième sommet de l'OCI devant réunir quatre ans plus tard à Dakar les responsables de 57 pays musulmans. Pour le président Wade il s'agit d'attirer les investisseurs arabes afin de mieux prendre ses distances à l'égard de la France et des États-Unis. Sans doute voit-il aussi dans l'événement une remarquable « rampe de lancement politique »Le Monde, loc. cit. pour son fils qui négocie les contrats, voyage et devient l'interlocuteur privilégié des pays du Moyen-Orient.
Les travaux gérés par l'ANOCI prennent du retard et leur gestion suscite des questions de la part des députés qui souhaitent auditer Karim Wade. La demande de la commission des finances de l'Assemblée nationale est validée par le président de l'Assemblée, Macky Sall en . La gestion du mouvement créé en 2006, avec Abdoulaye Baldé qui était alors secrétaire général de la présidence de la République, «La Génération du Concret», suscite aussi certaines interrogations. Cette convocation déplait au président Abdoulaye Wade qui l'annule et s'en prend à Sall qui est destitué de ses fonctions l'année suivante.
Sur le terrain, les infrastructures promises ne sont pas toutes achevées à temps, mais le sommet de l'OCI a bien lieu les 13 et sans incident majeur et Karim Wade s'est trouvé sous les feux des médias : pour le seul mois de , 24 couvertures de périodiques et plus de 200 articles de presse lui avaient déjà été consacrésJeune Afrique, n° 2454, p. 25. Néanmoins, avec le recul, la gestion de l'évènement apparaît opaque et incertaine. À la fin de l'année 2008, la France a dû consentir à l'État sénégalais un prêt de 125 millions d'euros – soit l'équivalent d'une année d'aide publique au développementPh. Bernard, Le Monde, 23 mars 2009.
En 2007, l’artiste Tiken Jah Fakoly a prononcé un discours sur scène sommant le fils du Président de se justifier sur les accusations de corruption dans le cadre de la gestion de fonds publics. Le chanteur faisait part de son regret de voir Karim Wade refuser de se rendre aux convocations. Abdoulaye Wade, alors Président, l’a fait interdire d’entrée sur le territoire Sénégalais en réaction à ce discours, après lui avoir confisqué son passeport qui lui sera finalement remis.
2009 : élections à Dakar Le bilan officiel des élections régionales, municipales et rurales du indique une défaite du camp présidentiel. Karim Wade, qui est candidat à la mairie de Dakar sur la liste SOPI 2009, est battu dans son propre bureau de vote et perd la mairie d'arrondissementDeux articles du 24 mars 2009 sur Sud Online : Madior Fall, « Les Urnes ont-elles levé l'hypothèque Karim ? » www.sudonline.sn ; Abou Abel Thiam, « Enseignements de la déroute des Wade » www.sudonline.sn .
Il est nommé ministre d'État par son père, en , malgré ses déboires électoraux. Le , il est nommé ministre de l'Énergie par son père, en remplacement de Samuel Sarr, ancien dirigeant de la société nationale d'électricité (Sénélec) qui occupait le poste de ministre depuis trois ans.
Ministre d'État, ministre de la Coopération internationale, de l'Aménagement du territoire, des Transports aériens et des Infrastructures de 2009 à 2012, surnommé « ministre du Ciel et de la Terre », en référence au « super ministère » que son père lui a attribué, il fait l'objet d'une impopularité croissante et symbolise la dérive affairiste des années WadeTanguy Berthemet, « Karim Wade accusé d'avoir détourné 178 millions », Le Figaro, mercredi 6 août 2014, page 7..
Il figure parmi « les 100 personnalités qui feront l’Afrique en 2009 », selon l'hebdomadaire Jeune AfriqueJeune Afrique, n° 2502-2503, du 21 décembre 2008 au 3 janvier 2009, p. 43 Les 100 personnalités qui feront l'Afrique en 2009: Leaders et décideurs Continental, Politique: Jeuneafrique.com . Cette liste compte aussi bien Zine el-Abidine Ben Ali, l’ancien président Tunisien, ainsi qu’Abdelaziz Bouteflika. Karim Wade est nommé dans la section « leaders et décideurs ».
Ambitions présidentielles Même si Abdoulaye Wade, né en 1926, n'exclut pas de se représenter à l'élection de 2012 et met volontiers en avant la remarquable longévité des membres de sa famille (son propre père est décédé à 99 ansUne vie pour l'Afrique, op. cit., p. 19), les spéculations sur sa succession vont bon train au Sénégal et ailleurs. Les anciens Premiers ministres Idrissa Seck et Macky Sall ont longtemps fait figure de successeurs potentiels, mais sont tombés en disgrâce, notamment à la suite des accusations portées à l’encontre du fils du président« Comment Karim Wade a barré la route à Idrissa Seck et Macky Sall », Wal Fadjri, n° 4745, 14 janvier 2008, p. 3. L'« irrésistible ascension de Karim Wade »Sénégal : L'irrésistible ascension de Karim Wade, Nettali, les ambitions qu'on lui prête chaque jour davantage ne sont pas du goût de tous. Certains, comme le journaliste Abdou Latif Coulibaly ou l'ancien ministre et leader du PIT, Amath Dansokho, l'accusent d'affairisme, voire de détournements de fonds publics, et dès lors les procès en diffamation se sont succédé depuis quelques années. D'autres, notamment les milieux populaires, ne le jugent « pas assez sénégalais »Jeune Afrique, n° 2502-2503, loc. cit.. On lui reproche en particulier d'avoir vécu la plus grande partie de sa vie à l'étranger et de ne maîtriser aucune des langues nationales du Sénégal, tout particulièrement le wolof, parlé par la majorité de la population. « Si Karim veut être président, il doit parler le wolof », titrait à la une L'Idéal, un journal populaireL'Idéal, n° 2, du 17 au 24 janvier 2008. Selon le quotidien d'opposition Wal Fadjri, la mise en avant récente d'un second prénom Meïssa (celui de son arrière-grand-père paternelUne vie pour l'Afrique, op. cit., p. 15) viserait à renforcer son identité sénégalaise aux yeux du peuple« Karim Wade a-t-il les moyens de prendre le pouvoir ? », Wal Fadjri, n° 4745, 14 janvier 2008, p. 3. D'autres remarquent que le candidat potentiel ne ménage pas sa peine pour affirmer sa « sénégalité »« L'irrésistible ascension de Karim Wade », loc. cit., Nettali Sénégal : L'irrésistible ascension de Karim Wade - Nettali | Le quotidien exclusivement sur le Net (tenues traditionnelles, goûts musicaux affichés, dévotion musulmane…). Après le décès de sa femme d'origine française, il prend une épouse sénégalaise le « Remariage de Wade fils : Karim trouve "chaussure sénégalaise" », article du Matin, en ligne sur Rewmi, 8 janvier 2010 Remariage de Wade fils : Karim trouve "chaussure sénégalaise" .