Jean-Gabriel Cohn-Bendit, dit Gabriel Cohn-Bendit (ou « Gaby Cohn-Bendit ») (), est un professeur et militant français (qui avait également reçu la nationalité du Burkina Faso) de l'éducation alternative connu en particulier pour la fondation du lycée expérimental de Saint-Nazaire ..

Il a fréquenté les milieux anarchistes., puis les cercles de l'extrême gauche, ensuite de l'ultra-gauche dans les années 1960 et 1970. Il adhère quelque temps au Parti socialiste puis aux Verts.

Il est le frère aîné de Daniel Cohn-Bendit.

Biographie Origines familiales Gabriel Cohn-Bendit est le fils d'Eric Cohn-Bendit (1902-1959), avocat à Berlin, et de Herta David (1908-1963), tous deux issus de familles juives ashkénazes. Peu après l'avènement de Hitler à la chancellerie (), Erich (ou Eric) étant menacé d'arrestation comme militant du Secours Rouge, ils quittent l'Allemagne et se réfugient à Paris (). Jusqu'à la guerre, ils vivent dans le arrondissement, dans un groupe de réfugiés qui inclut notamment Walter Benjamin et Hannah Arendt, mais aussi Max Ophüls, de sorte que Gabriel est figurant dans son film Werther (1938)Nous sommes en marche, photographies hors texte et page 58..

Gabriel Cohn-Bendit a acquis la nationalité françaiseÉtant né en France de parents étrangers nés à l'étranger, Gabriel Cohn-Bendit a pu devenir Français, soit le jour de ses 21 ans, ayant résidé habituellement en France depuis l'âge de 16 ans (article 44 de l'ordonnance du 19 octobre 1945) et n'ayant pas refusé cette nationalité (article 45) ; soit avant sa majorité par « déclaration » de son père ou de son substitut légal (articles 1 de la loi du 26 juin 1889 et 52 de l'ordonnance de 1945)., bien plus tôt que son frère Daniel, né en 1945, qui avait opté pour la nationalité allemande en 1959 avant d'obtenir la nationalité française en 2015.

Enfance et adolescence Durant la guerre, ses parents sont réfugiés dans la région de Montauban ; sa mère est économe de la colonie pour enfants juifs de la Maison des enfants de Moissac. En 1943-1944, à la suite de l'occupation de la zone Sud par l'armée allemande, il vit dans la clandestinité dans une famille de résistants, sous une fausse identité de réfugié belge. Après la Libération, ses parents deviennent responsables de la colonie de Cailly-sur-Eure (« colonie Juliette »). En 1947, il revient à Paris, où se trouve sa grand-mère paternelleClara Bendit, épouse d'Alex Cohn. Erich Cohn prend le nom de « Cohn-Bendit » vers 1930, quand il devient avocat. Clara meurt après son fils et sa belle-fille., pour entrer en Sixième. Ses parents rentrent à Paris en 1948, mais son père repart exercer son métier d'avocat en Allemagne en 1951Ou 1952. Pour une vue plus détaillée sur les vicissitudes de la famille, voir la notice consacrée à Daniel..

Il fait ses études secondaires au lycée Buffon, dans la même classe que Laurent Terzieff, Philippe Robrieux, Alain Lancelot et Jean-François BurgelinCf. photographie de la classe de Seconde dans Nous sommes en marche, hors-texte..

Les études et l'engagement politique Après le baccalauréat, puis une année de propédeutique, il fait des études de philosophie. Influencé par Jean-Paul Sartre, il adhère au Parti communiste français comme membre de la section des étudiants de philosophie. Conséquence de l'attitude stalinienne des dirigeants français en 1956, il le quitte pour rejoindre un groupe trotskiste, puis se rapproche du mouvement de Cornelius Castoriadis, Socialisme ou barbarie.

Professeur et militant à Saint-Nazaire En 1959, son épouse ayant obtenu un emploi à Saint-Nazaire, il y est lui-même surveillant pour terminer une licence d'allemandNous sommes en marche, page 121. Le livre n'explique pas le passage des études de philosophie à celles d'allemand., puis passe le CAPES d'allemand et est nommé professeur au lycée.

À cette époque, Saint-Nazaire et Nantes sont marquées par le souvenir des grèves qui ont eu lieu en 1955 et qui ont été l'objet d'un numéro de Socialisme ou BarbarieNuméro 18, cité par Gabriel Cohn-Bendit dans son livre..

Il s'intègre à ce nouveau milieu en entrant en contact avec des militants de gauche locaux : les syndicalistes d'orientation anarchiste (Paul Malnoë de l'Union locale CGT-FO, Alexandre Hébert de l'Union départementale), les militants des GSED, les membres du mouvement des Auberges de jeunesse. En 1962, il fait un bref passage au PSU. Un peu plus tard aura lieu la rencontre avec les paysans travailleurs (Bernard Lambert), notamment à travers la lutte pour la préservation des marais salants de Guérande.

En 1962-1963, il fait son service militaire.

Sur le plan pédagogique, il est dans la mouvance du mouvement Freinet et participe à la Fédération des groupes d'études et de recherches institutionnelles (FGERI) de Félix Guattari, participant à sa revue Recherches. Au sein du SNES, il appartient à la tendance École émancipée.

En 1968, un événement notable est la venue de Daniel Cohn-Bendit à Saint-Nazaire (vers le ) et la tenue de meetings de discussion avec des ouvriers des chantiers navals.

Les années 1970 De 1973 à 1975, il est responsable national d'École émancipée, mais à la fin de cette période, durant laquelle il a été confronté à des affrontements entre trotskistes et non-trotskistes, il quitte la tendance, ainsi que le SNESNous sommes en marche, page 194., restant depuis lors non syndiqué.

Il participe aux luttes à propos du Larzac (il est poursuivi et condamné pour renvoi de ses papiers militaires).

En 1977, il lance une campagne (notamment par une pétition) pour obtenir la levée de l'arrêté d'expulsion de son frère (du ) ; la levée est décidée seulement le .

Les expériences éducatives des années 1980-1990 En 1981, après l'élection de François Mitterrand, il lance l'idée d'un « établissement marginal », idée pour laquelle il réussit à obtenir le soutien d'Alain Savary, ministre de l'Éducation nationale ; c'est ainsi qu'en , est ouvert le lycée expérimental de Saint-Nazaire. Il y enseigne jusqu'en 1987, laissant l'expérience se poursuivre sans luiNous sommes en marche, page 213.. En 1987-1988, il travaille comme professeur d'allemand au lycée français de Ouagadougou, avec un « contrat local »Page 214. Il ne touche que son traitement de certifié (en fin de carrière), sans aucune indemnité d'expatriation..

Ne pouvant s'installer au Burkina Faso, il revient en France et obtient un détachement « aux missions d'éducation nouvelles » ; il fonde alors le Groupement des retraités éducateurs sans frontièresCf. site de l'association, toujours existante (qui est devenu le Groupement d'Éducateurs sans Frontières ou GREF), dont il est secrétaire général. L'association organise le transport et l'hébergement de retraités de l'Éducation nationale qui travaillent un certain temps dans des pays du Sud, ne touchant que leur pension. En , il demande la nationalité burkinabè et l'obtient l'année suivante« Gaby à Ouaga en Burkinabé », site du REPTA, 2010..

En 1996, il atteint l'âge de la retraite.

Engagé dans de multiples activités associatives, souvent présenté comme un « infatigable militant de l'éducation alternativeMyriam et Philippe Merlant, « Le second souffle des écoles alternatives », Place publique, septembre-octobre 2000.Gilles Raillard, « Gabriel Cohn-Bendit, penser l’Éducation nationale autrement », NousVousIls, 4 septembre 2003. », se présentant lui-même comme un libéral-libertaire, il participe en 2001 à l'éphémère Conseil national de l'innovation avant de créer en 2003 le « Réseau éducation pour tous en AfriqueHistorique du REPTA » (REPTA).

Parcours intellectuel et politique Son parcours intellectuel se caractérise par diverses évolutions que Gabriel Cohn-Bendit décrit ainsi dans un article du journal Libération :

En 2006, Gabriel Cohn-Bendit se rapproche de l'écologiste Noël Mamère. Pourtant, en mai de la même année, il se prononce en faveur de la « candidature à la candidature » [présidentielle] de Ségolène Royal, contre « Sarkosy »Gabriel Cohn Bendit , « Les éléphants barrissent, la caravane « Royal » passe... », 9 mai 2006, en ironisant sur les CNE et les CDD : Il n'épargne pas non plus Arlette Laguiller et Olivier Besancenot dont il décrie le goût du secret et l'angélisme alors qu'ils se disent héritiers de Trotsky, « qui ne fut que le précurseur de Staline ».

En 2009, à la suite du score élevé de la liste Europe Écologie menée par Daniel Cohn-Bendit aux élections européennes, Gabriel Cohn-Bendit crée l'association « Les Amis d’Europe Écologie » dont il devient le président. Cette structure qui se veut « biodégradable » dit vouloir permettre au débat de se poursuivre le temps que se restructure le réseau constitué autour du rassemblement Europe Écologie (avec lequel elle n'a aucun lien officiel) pendant la campagne.

Le , il annonce qu'il va voter pour François Hollande dès le premier tour de la présidentielle et appelle les écologistes à suivre son exempleGabriel Cohn-Bendit votera Hollande, Le Figaro, 26 mars 2012.. Il avait voté Noël Mamère en 2002 et Ségolène Royal en 2007. En 2015, il déclare : « Pour moi, Hollande, c'est fini », après la décision du président de mettre en place la déchéance de nationalité pour les bi-nationaux terroristes. Il affirme également qu'il votera pour Alain Juppé au second tour de la primaire présidentielle de la droite et du centre de 2016, et peut-être pour Nathalie Kosciusko-Morizet au premier tour« Gaby Cohn-Bendit : "Pour moi, Hollande, c'est fini" », liberation.fr, 30 décembre 2016..

Il meurt à Toulouse le Saint-Nazaire. Gaby Cohn-Bendit, « père » du lycée expé, frère de Dany, est décédé.

Actions dans le système éducatif Le lycée expérimental de Saint-Nazaire

En , alors que François Mitterrand est président de la République depuis peu, Gabriel Cohn-Bendit interpelle le ministre de l'Éducation nationale Alain Savary en publiant dans Libération une lettre ouverte au « camarade Ministre ». Cet appel aboutit en 1982 à la création de quatre établissements qui reçoivent carte blanche pour tenter de trouver des réponses à l'échec scolaire.Parmi ceux-ci, Gabriel Cohn-Bendit participe à la fondation du lycée expérimental de Saint-Nazaire dont le fonctionnement est basé sur des principes de collégialité et de cogestionSaint-Nazaire : l'expérience reconnue à la marge, Le Monde de l'Éducation, mars 2007. Il y enseigne jusqu'en 1987 comme professeur d'allemand.

Action en faveur des collèges expérimentaux

En , Gabriel Cohn-Bendit rédige une « lettre ouverte » à Jack Lang, nouveau ministre de l'ÉducationLa lettre ouverte de 2000. En 2001, il est nommé par Jack Lang au Conseil national de l'innovation pour la réussite scolaire (CNIRS), qui permet la création d'une quinzaine de collèges et lycées expérimentaux dont 4 ouverts à tous publics. La mission du CNIRS sera revue lorsque Luc Ferry devient ministre après le changement de gouvernement en 2002 ; il en démissionne alors, entraînant avec lui 17 des 31 membres qui composent le conseilCommuniqué du Ministère de l'Éducation après la démission de 17 membres du CNIRS - 2 décembre 2002 .

En , il lance un nouvel appel à la création de collèges expérimentaux, avec l'accord de Xavier Darcos, ministre de l'ÉducationGabriel Cohn-Bendit lance un appel à la création de collèges expérimentaux Le Café pédagogique - Expresso du 20 septembre 2007, qui affiche en quelques jours près de 200 adhésions d'enseignants.

Un comité de pilotage est constituéPremière réunion avec le ministère sur les collèges expérimentaux le 11 octobre, Le Café pédagogique, Expresso du 28 septembre 2007., qui désigne en les établissements concernés par ces projets pédagogiques innovants« Six établissements pour les collèges Cohn-Bendit », Le Café pédagogique, Expresso du 6 février 2008. ; mais soutenu uniquement dans l'académie de Créteil, puis réduit en nombre de postes à pourvoir début , le projet est en passe d'être abandonné« Gabriel Cohn-Bendit : Les raisons d'un échec », interview le 5 mars 2008 dans le Café pédagogique..