Francis Carco, nom de plume de François Marie Alexandre Carcopino-Tusoli, né le à Nouméa (Nouvelle-Calédonie) et mort le dans le (Seine), est un écrivain, poète, journaliste et parolier français..
Connu également sous le pseudonyme de Jean d'Aiguières, il est le cousin de l'historien et homme politique Jérôme Carcopino.
Biographie
Jeunesse Carco passe ses cinq premières années en Nouvelle-Calédonie, où son père travaille comme Inspecteur des domaines de l'État. Chaque jour, il voit passer, sous les fenêtres de la maison familiale de la rue de la République, les bagnards enchaînés en partance pour l'île de Nou. Il restera marqué toute sa vie par ces images qui lui donneront le Goût du Malheur. Son père est nommé en Métropole.
Il réside alors avec sa famille à Châtillon-sur-Seine.. Confronté à l'autoritarisme et à la violence paternelle, il se réfugie dans la poésie, où s'exprime sa révolte intérieure.
En 1901, la famille s’installe au de l'avenue de la République, à Villefranche-de-Rouergue, puis, au gré des mutations du père, à Rodez de à au du boulevard de la République. Il y rencontre l'artiste Eugène Viala, le poète Roger Frène, découvre la peinture et publie ses premières proses dans le journal Le Cri de la terre du même Viala. Il fait de fréquents séjours chez sa grand-mère au de la rue du Lycée, à Nice. Il fait un séjour à Agen en , où il est surveillant durant quatre mois avant de se faire renvoyer par le proviseur, ayant été surpris laissant sans surveillance les élèves dont il avait la charge. Il retourne à Rodez, puis réside à Lyon et Grenoble, des villes dont il parcourt et observe les bas-fonds. Au cours de ces séjours, il rencontre les jeunes poètes qui fonderont avec lui, dès , l'École fantaisiste : Robert de la Vaissière, qui est son collègue au lycée d'Agen, Jean Pellerin, Léon Vérane, Tristan Derème, entre autres.
Paris : le peintre des rues obscures Carco s'installe à Paris en . Il commence à fréquenter Montmartre. Un bon de consommation en poche, qu'il a découpé dans une revue, il se rend au cabaret Au Lapin Agile, où il croise notamment Pierre Mac Orlan, Maurice Garçon et Roland Dorgelès. Après avoir poussé avec succès la « goualante » (chantant des chansons des « bat d'Af ») à l'invitation du père Frédé, maître des lieux, il est immédiatement accueilli à la grande table où se réunissent les bohèmes de ce temps. Il est aussi l'ami de Guillaume Apollinaire, Max Jacob, Maurice Utrillo, Gen Paul, Amedeo Modigliani, Jules Pascin, Paul Gordeaux et Marcel Leprin. Il assure également la critique artistique dans les revues L'Homme libre et Gil Blas et publie en son premier recueil de poèmes : Instinct. Sentant qu'il risque sa perte dans ce , il rejoint Nice où sa grand-mère lui
Il publie alors son deuxième recueil de poèmes : La Bohême et mon cœur, en 1912. Début 1913, Carco retourne à Paris. Il s'installe au du quai aux Fleurs. Il rencontre Katherine Mansfield, compagne de John Middleton Murry, journaliste londonien. originaire de Nouvelle-Zélande, elle quitte quelques mois le domicile conjugal et il entame avec elle une relation troublante, inaboutie, un , comme il le disait lui-même, qui le marquera jusqu’à la fin de ses jours. Il lui prête son appartement pendant qu'il effectue son service militaire à Gray, près de Besançon. Il dira que Mansfield, dans les lettres qu'elle lui adressera alors de Paris, lui a donné toute l'inspiration et les descriptions de Paris qu'il utilisera lorsqu'il publiera Les Innocents en 1916. L'année suivante, elle fait de lui un portrait sinistre à travers le narrateur cynique et désabusé Raoul Duquette dans sa nouvelle Je ne parle pas français..
En 1914, il publie au Mercure de France, grâce à l'appui de Rachilde, épouse d'Alfred Valette le directeur de la revue, Jésus-la-Caille, histoire d’un proxénète homosexuel, dont il a écrit la plus grande partie lors de son exil-refuge chez sa grand-mère à Nice. Ce premier roman est applaudi par Paul Bourget. Mobilisé en à Gray en tant qu'intendant des postes (il a pour habitude d'écrire des poèmes sur les enveloppes des courriers qu'il distribue aux soldats), il rejoint, grâce à l'aide de Jean Paulhan, un corps d’aviation à Avord, près de Bourges, puis à Étampes et enfin à Longvic près de Dijon. Il aura très peu l'occasion de voler et de mettre en valeur son brevet d'aviateurBrevet . obtenu le , se blessant au genou gauche et étant assez vite démobilisé.
Il rencontre l'écrivaine Colette dans les couloirs du journal L'Éclair en 1917 : écrira-t-il à son ami Léopold Marchand. Leur amitié durera jusqu'à la mort de Colette. Ils passeront des vacances ensemble en Bretagne. Il la conseillera pour ses achats de tableaux.
D'autres livres suivront, notamment L'Homme traqué (1922) distingué, grâce au soutien de Paul Bourget, par le grand prix du roman de l'Académie française. Exprimant dans une langue forte et riche des sentiments très violents, L'Homme traqué est un des romans les plus émouvants de Carco. Viendront ensuite L’Ombre (1933), Brumes (1935) dont il dira à la fin de sa vie que ce fut son meilleur roman.
Il écrit des livres de souvenirs, notamment sur Toulet et Katherine Mansfield, Maman Petitdoigt, De Montmartre au Quartier latin, À voix basse, Nostalgie de Paris, des reportages sur le MilieuCarco est l'inventeur de l'expression qui désigne le crime organisé en France, abrégé de sa phrase ., et des biographies romancées de François Villon, Maurice Utrillo (1938) et Gérard de Nerval (1955). Sa biographie de Paul Verlaine (1948) est réussie, tant dans le portrait d'un écrivain profondément lâche, le récit de sa relation avec Arthur Rimbaud, mais aussi avec Lucien Létinois, que dans la description du monde interlope et bohème dans lequel Verlaine évolue.
Son œuvre est riche d'une centaine de titres, romans, reportages, souvenirs, recueils de poésie, mais aussi pièces de théâtre comme Mon Homme qui lancera la rue de Lappe à la Bastille. Surnommé , il réalisa certains des plus forts tirages d'édition de l'entre-deux-guerres.
Sources d'inspiration Carco définit lui-même son œuvre comme Dans ses livres transparaît l'aspiration à un ailleurs :
L'enfant battu par son père corse consacra sa vie aux minorités et en fera souvent le sujet de ses romans : Canaques, témoins de ses premières années à Nouméa, prostitués, mauvais garçons.
Vie personnelle et famille Carco réside successivement à Cormeilles-en-Vexin où il rachète le Château Vert, domaine d'Octave Mirbeau, avec les droits d'auteurs gagnés avec Mon Homme, puis revient au pied de la Butte, au rue de DouaiCARCO (Francis). Lettre autographe signée adressée à Joseph Kessel., puis au du quai d'Orsay.
En 1932, à l'occasion de conférences qu'il donne à Alexandrie, en Égypte, il fait la connaissance d'Éliane Négrin, épouse du prince égyptien du coton Nissim Aghion. Sur ce coup de foudre, il quitte sa première femme, Germaine Jarrel (ils divorcent le ), au grand dam de ses amis de la Butte, pour accueillir à ses côtés Éliane Négrin, qui laisse son mari, ses richesses et ses trois enfants en Égypte. Sans rancune, Aghion leur adressera un télégramme de félicitations lors de leur mariage le .
vignette|gauche|Carco et sa nouvelle épouse Éliane en 1936 (Studio Harcourt). En , le couple emménage à L'Isle-Adam, avant de s'exiler (Éliane Négrin étant d'origine juive), à Nice, puis en Suisse où il retrouve son ami le peintre Maurice Barraud, qui a illustré en 1919 Au coin des Rues, et se lie d'amitié avec Jean Graven, valaisan, juriste, poète à ses heures, et éminent criminologue « dans la vie publique », qui représentera la Suisse au procès de Nuremberg.
Après la guerre, il s'installe à nouveau à L'Isle-Adam.
En , Carco bénéficia de l'aide active de Paul Morand auprès de Jean Jardin pour obtenir les passeports nécessaires à son passage en Suisse.
vignette|Plaque commémorative 18 quai de Béthune (Paris). De 1948 à son décès dû à la maladie de Parkinson, Francis Carco habitera au du quai de Béthune, hôtel de Comans d'Astry, sur l'île Saint-Louis, à Paris, où une plaque commémorative lui rend hommage.
Il meurt le à . Il est inhumé au cimetière parisien de Bagneux.
Son frère, le poète et parolier Jean Marèze, Empoisonné au gaz pour une femme selon Hervé Mille et Jean Rigaux., et sa seconde femme, Éliane Négrin, morte en 1970, reposent à ses côtés.
Distinction Il est élu membre de l'académie Goncourt le au fauteuil de Gaston Chérau.
Décoration .
Œuvres Romans
Biographies romancées Le Roman de François Villon, Albin Michel, 1926 La Légende et la Vie d'Utrillo, 1928L'édition originale, illustrée de dix lithographies originales d'Utrillo et édité par M. Seheur en 1927, fut vendu à seulement . Gérard de Nerval, Albin Michel, 1953 Utrillo, Grasset, 1956
Chansons Le Doux Caboulot, musique de Jacques Larmanjat, chanté par Marie Dubas en 1931, Jean Sablon et Suzy Solidor en 1935 Quatre mélodies avec Henri Tomasi, dont Prière et RengaineHenri Tomasi et Francis Carco sur musique.histoire.free.fr. L'Orgue des amoureux, musique de Varel et Bailly, chanté par Édith Piaf en 1949 Chanson tendre, musique de Jacques Larmanjat, chanté par Fréhel en 1935
Souvenirs
Reportages
Poésie et Varia
Édition posthume Douze romans de Francis Carco, présentation de Jean-Jacques Bedu et Gilles Freyssinet, Robert Laffont, , 2004
Scénario 1930 : Paris la nuit (scénario)
Adaptation 1929 : Dans la rue, d'après Street Scene d'Elmer Rice, adaptation Francis Carco, théâtre de l'Apollo
Illustrateurs De nombreux peintres et illustrateurs ont été associés à ses livres : Maurice Vlaminck, Suzanne Valadon, Gen Paul, André Derain, Pierre-Eugène Clairin, Louis Legrand, Pierre Ambrogiani, Chas Laborde, Maurice Asselin ou André Dignimont, qui a notamment illustré Perversité (1924), L'Équipe (1925), Bob et Bobette s'amusent (1930) et Nostalgie de Paris (1946).
Postérité et hommages Le collège Carco, situé à Villefranche-de-Rouergue, en Aveyron. Une école située à Châtillon-sur-Seine, en Côte d'Or, porte le nom de Francis Carco. Le passage de la Goutte-d'Or dans le , a été renommé rue Francis-Carco en 1971. Il est cité dans la chanson Les Vieux Gamins (paroles de Jean Dréjac), interprétée par Serge Reggiani, et qui renvoie à l'époque où Carco fréquentait, comme tant d'artistes, de musiciens et d'écrivains, le quartier Saint-Germain-des-Prés, à Paris, dans les années 1950. Jean Ferrat a interprété une chanson en son honneur sur des paroles de Louis Aragon, sobrement intitulée Carco. En 2024, les éditions Plein Chant, rééditent La Danse des Morts comme l'a décrite François Villon, que Francis Carco, réfugié en Suisse durant la Seconde Guerre mondiale a fait paraître à Genève en 1944Notice de présentation..
Exposition Francis Carco - bohème d'artistes, du au au musée du Montparnasse à Paris.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Joseph Peyré, Francis Carco, Éditions de Pau-Pyrénées, 1923. Philippe Chabaneix, Francis Carco, Éditions Seghers, , , 1949. André Négis, Mon ami Carco, Albin Michel, 1953 (rééd. 1986). Jean-Jacques Bedu, Francis Carco au cœur de la bohème, éditions du Rocher, 2001 . Gilles Freyssinet, Le Paris de M'sieur Francis, Arcadia, 2005 . André Nolat, Romances de la rue. Notes sur quatre écrivains : Mac Orlan, Carco, Simonin, Boudard, Éditions Baudelaire, 2009. André Nolat, « La vie tourmentée de Francis Carco », dans Némésis ou les vies excessives, Saint-Denis, Publibook, 2017. André Nolat, Pour saluer Francis Carco, Paris, éditions André Nolat et Publibook, 2025. Jean Serroy (éd.), Les Poètes fantaisistes. Une anthologie, Paris, Classiques Garnier, , 2021.
Liens externes
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