Basiliscus ou Basilisque (en latin Flavius Basiliscus Augustus), mort en 477, est brièvement empereur byzantin de 475 à 476 quand une révolte force l'empereur Zénon à quitter Constantinople. La date de sa naissance est inconnue.

Basiliscus est le frère de Vérine, femme de l'empereur qui meurt en 474. Ses relations avec l'empereur lui permettent de poursuivre une carrière militaire, qui, après des premiers succès mineurs, se termine en 468, après qu'il a mené l'invasion byzantine contre l'Afrique vandale. Cette expédition, d'une ampleur rare pour l'époque, mène à une défaite décisive qui fragilise fortement l'Empire romain, tant en Orient qu'en Occident.

Néanmoins, Basiliscus souffre d'une disgrâce modérée grâce à ses relations familiales. Quand meurt quelques mois après son accession au trône, Basiliscus s'impose comme le principal opposant à l'empereur Zénon dans un complot dont fait partie Vérine. Il peut prendre le pouvoir en 475 dans un contexte où Zénon, qui souffre de ses origines isauriennes, est impopulaire et doit fuir sur ses terres natales depuis lesquelles il mène une résistance opiniâtre. Rapidement, Basiliscus est confronté aux limites de son pouvoir alors que ses principaux soutiens se montrent fragiles, notamment Vérine qui se détourne rapidement de lui. Basiliscus s'aliène l'Église et le peuple de Constantinople en promouvant la position christologique monophysite, en opposition à l’orthodoxie chalcédonienne largement acceptée dans la capitale. De plus, sa politique de protection de son pouvoir par la distribution de rôles clés à des hommes proches de lui dresse contre lui les personnages importants de la cour. Ainsi, quand Zénon tente de reprendre son empire, il ne rencontre pratiquement aucune opposition et entre triomphalement dans Constantinople en capturant et tuant Basiliscus et sa famille.

Le règne de Basiliscus, qui intervient alors que l'Empire d'Occident vit ses derniers instants, est la première et la seule occurrence d'un coup d'État réussi, au moins temporairement, dans l'histoire de l'Empire romain d'Orient avant les troubles du .

Origines et début de carrière vignette|Carte de l'Empire romain, partagé entre une partie occidentale (en rouge) et une partie orientale (en violet).|alt=Carte des deux parties de l'Empire romain. Probablement originaire des Balkans., Basiliscus est le frère de Vérine, épouse de . Il a été soutenu que Basiliscus est l’oncle d'Odoacre. Ce lien est basé sur l'interprétation d'un fragment du patriarche (209.1), qui stipule qu'Odoacre et Armatus, le neveu de Basiliscus, sont frères. Néanmoins, des historiens comme Hugh Elton ou Wolfram Brandes s'opposent à cette théorie.. On sait que Basiliscus a une femme, Zenonis, et au moins un fils dont le nom a survécu, Marcus, qui semble avoir eu des frères.. L'origine de Zénonis est très mal connue et des historiens lui ont attribué une confession monophysite qui aurait influencé la religion de Basiliscus. Surtout, la proximité entre son nom et celui de Zénon pourrait indiquer une parenté qui aurait renforcé la légitimité de Basiliscus au moment de revendiquer le pouvoir. Basiliscus est aussi apparenté à l'empereur d'Occident Julius Nepos en tant qu'oncle de sa femme.

En 457, c'est Léon qui prend la tête de l'Empire byzantin, à la suite de la mort de Marcien. Il est choisi par Aspar, l'influent (maître des milices) qui règne en maître sur la cour byzantine et cela malgré ses origines gothiques et hunniques. Au même moment, Basiliscus sert comme officier sous les ordres de Léon, avant d'être fait consul d'Orient en 465, aux côtés de Flavius Hermenericus pour l'Occident. Vers 464 et jusqu'en 467-468, il détient aussi le rang de magister militum pour la Thrace, remportant plusieurs succès contre les Huns et les Goths.

La considération de Léon pour Basiliscus augmente et l'intercession de Vérine en faveur de son frère aide la carrière militaire et politique de Basiliscus par l'obtention du consulat en 465 et probablement aussi du rang de patriceIl est aussi possible qu’il ait atteint le rang de patrice en 471-472 pour avoir aidé Léon à se débarrasser de l’influence germanique à la cour, mais il y a une référence à Basiliscus en tant que patrice plus tôt, en 468.. Les sources s'accordent à rapporter que s'il est un bon général, il se montre peu clairvoyant et facile à duper. Procope de Césarée insiste plus particulièrement sur son ambition, le disant dévoré du désir de régner.

L'expédition contre les Vandales

vignette|Le cap Bon, au nord-est de l’actuelle Tunisie, est le lieu où débarque la flotte byzantine menée par Basiliscus.|alt=Photographie satellite d'une péninsule tunisienne. vignette|Vestiges de la basilique de Philippopolis bâtie en l'honneur du succès de Basiliscus contre les Goths. Les mosaïques ont été financées par Basiliscus.|alt=Photographie des vestiges d'une église.

Vers 466, Léon tente de se débarrasser d'Aspar, et il utilise le parti des Isauriens contre lui.. Pour cela, il organise le mariage de sa fille, Aelia Ariadnè, avec Zénon, chef des Isauriens. C'est un changement d'importance dans la politique de l'Empire d'Orient, qui commence aussi à s'intéresser aux évolutions qui ont cours en Occident, où la domination romaine est en grande difficulté. Une ambassade est envoyée au roi des Vandales Genséric, pour lui intimer de ne pas s'attaquer à l'Italie. Le souverain barbare réplique en considérant que cette requête viole un traité qui aurait été conclu en 433. La guerre est ouverte et les Vandales auraient pu avoir pour objectif de s'emparer d'Alexandrie. L'Empire d'Orient envoie Basiliscus à la tête d'une expédition d'ampleur en 468. Il est sûrement élevé à la dignité de magister militum praesentalis à cette occasion. Sa flotte aurait compté jusqu'à et , dont des mercenaires. Même si les sources modernes tempèrent généralement ces données et évoquent des effectifs autour de , cela reste une expédition d'une ampleur rare pour l'époqueL'historien Warren Treadgold s'appuie sur Jean le Lydien et cite le chiffre controversé de en incluant les marins et les rameurs (.. Selon John Bagnell Bury, c'est l'inévitable Aspar qui aurait plaidé en faveur de Basiliscus, tandis que Gerard Friell et Stephen Williams y voient plutôt l'influence de l'impératrice Vérine. Dans tous les cas, Basiliscus est encore auréolé de ses succès dans les Balkans.

vignette|gauche|Buste de . Musée du Louvre.|alt=Photographie d'un buste en marbre.

Dans le même temps, Marcellinus, un général de l'Empire d'Occident, est envoyé reprendre la Sardaigne, avant de naviguer vers Carthage, où il doit rallier Basiliscus. Ce dernier fait voile directement vers la capitale des Vandales, tandis qu'Héraclius d'Édesse rassemble des forces terrestres en Égypte pour approcher de Carthage par la terre et diviser les forces vandales.. Marcellinus parvient facilement à conquérir la Sardaigne tandis qu'Héraclius reprend la forteresse de Tripolis. Basiliscus disperse de son côté la flotte vandale au large de la Sicile, ce qui laisse augurer un succès d'ampleur à venir. Néanmoins, il ne capitalise pas sur son avantage et préfère prendre le temps de rassembler ses forces près du cap Bon, à soixante kilomètres au nord-est de Carthage. Selon plusieurs historiens, Genséric profite de ce sursis pour faire des avances de paix et propose une trêve de cinq jours, qui doit lui permettre de gagner du temps. Basiliscus accepte, peut-être parce qu'Aspar a donné comme consigne d'éviter une guerre à tout prix. Selon Heather, les Romains hésitent à s'engager dans une grande bataille navale.

Pendant les négociations, Genséric rassemble une flotte de navires incendiaires et lance une attaque opportune, profitant des vents favorables. Lors de la bataille du cap Bon, la flotte romaine est prise par surprise et dévastée, perdant au moins la moitié de ses navires. Basiliscus est contraint à la fuite vers la Sicile, où il rejoint Marcellinus. Si la victoire est encore possible, ce dernier est tué, probablement sur ordre de Ricimer. De son côté, Héraclius préfère battre en retraite et Basiliscus rentre à Constantinople.

Le coût considérable de l'expéditionSelon Procope de Césarée, l'expédition coûte jusqu'à d'or, un nombre modéré par Jean le Lydien, qui rapporte celui de d'or et d'argent, soit d'or par conversion (). entraîne une grave crise financière qui fait sentir ses effets durant au moins trente ans et constitue la dernière tentative coordonnée de l'Empire d'Occident et de l'Empire d'Orient face aux peuples qui les assaillent. La responsabilité de Basiliscus dans ce fiasco a fait l'objet de diverses appréciations, allant du manque d'audace à la trahison. Récemment, Constantin Zuckerman a aussi mis en lumière le fait que la marine byzantine n'est composée que pour partie de véritables navires de guerre et surtout de bateaux de commerce réquisitionnés..

À son retour, Basiliscus trouve refuge dans l'église Sainte-Sophie, attendant que Vérine intercède en sa faveur et obtienne un pardon impérialCet épisode, rapporté par Procope de Césarée, pourrait être une confusion avec la tentative de Basiliscus de se réfugier à Sainte-Sophie au moment de sa déposition en 476 ().. Il pourrait avoir conservé sa dignité de magister militum praesentalis mais, dans les faits, il est mis de côté pour un temps par Léon. Il se retire à Héraclée, le long de la mer de Marmara tandis que des suspicions ont pu peser sur Aspar. Ce dernier se voit accusé de trahison en ayant entretenu des rapports avec les Vandales, visant à terme le pouvoir impérial. Des sources comme Procope de Césarée ou Théophane le Confesseur dévoilent ainsi un projet d'alliance entre Aspar et Basiliscus dans lequel ce dernier aurait accédé à la dignité impériale, ce qui demeure impossible à confirmer mais accréditerait le désir de Basiliscus de détenir le pouvoir suprême. Friell et Williams ont rejeté cette hypothèse et estiment qu'elle découle d'une recherche de bouc-émissaire. Selon Hydace de Chaves, Aspar est congédié, mais la plupart des historiens y voient une confusion avec la disgrâce de son fils, Ardabur, qui aurait effectivement fourni des renseignements aux Sassanides.

Après cet échec en Afrique, Aspar gagne en influence et son autre fils, Patricius, épouse Léontia Porphyrogénète, la fille de Léon. Cela fait de Patricius l'héritier présomptif du trône. Selon L. Whitby, cette union aurait été un leurre pour endormir la méfiance d'Aspar alors que le rejet de l'influence germanique sur la cour ne fait que croître.. Le soupçonnant de plus en plus, Léon finit par le faire assassiner en 471. Basiliscus est alors un partisan de Léon. En plus d'Aspar, Ardabur est aussi exécuté et Patricius souffre de graves blessures alors qu'il est évincé de la succession et contraint de divorcer de Léontia. C'est désormais Zénon qui a les faveurs de l'empereur et a la haute main sur la cour. Théodoric Strabon, autre officier germanique, tente de venger Aspar et marche sur Constantinople, mais il est repoussé par Basiliscus et Zénon. Peu après, il envoie plusieurs requêtes à Léon et attaque Arcadiopolis ainsi que Philippopolis, mais, manquant de ravitaillement, il se résout à la négociation. Ce succès de Basiliscus est commémoré à Philippopolis par une dédicace en son honneur, tandis qu'une église est construite sous son patronage.. Il devient ensuite le chef du Sénat de Constantinople.

Ascension au pouvoir vignette|Solidus en or représentant Basiliscus à l'avers, accompagné de son fils et coempereur Marc au revers. Tous deux tiennent la mappa, le tissu blanc qu'utilisent les Romains pour signaler le début d'une course de chars au sein d'un hippodromeCe symbole païen tend à être progressivement remplacé par l’akakia dans la symbolique byzantine mais cette évolution n'intervient qu'au siècle suivant.. Ils sont surplombés d'une croix et d'une étoile.|alt=Photographie des deux faces d'une pièce en or.