d'Anjou, dit le Barbu, né en 1040 ou 1041, mort en 1096 ou 1097Loiseau de Grandmaison donne les dates de 14 octobre 1006 - 14 novembre 1060, Vie de Geoffroy Martel. Loiseau de Grandmaison. Société archéologique du Vendômois, 2004., est comte du Gâtinais de 1056 à 1068, d'Anjou et de Tours de 1060 à 1068. Il était le fils aîné du comte de Gâtinais des Rorgonides, et d'Ermengarde d'Anjou, de la famille des Ingelgeriens. En unissant ces deux très puissantes familles, leur descendance sera à l'origine directe, quelques générations plus tard, de la maison Plantagenêt.

Biographie Il succède à son père vers 1045, partageant ensuite avec son frère cadet , en 1060, les biens de dit Geoffroy Martel, son oncle maternelIl obtient l'Anjou et la Touraine, tandis que son frère reçoit la Saintonge et la seigneurie de Vihiers (de Grandmaison)..

Très rapidement, Geoffroy le Barbu se brouille avec le clergé, envahit l'abbaye de Marmoutier et s'oppose à l'archevêque de Tours à propos de l'élection de l'évêque du Mans. Il perd d'ailleurs le contrôle du Maine, occupé par Guillaume le Conquérant. En 1067, Geoffroy est excommunié par un synode présidé par le légat pontifical Étienne.

Pendant ce temps, son frère Foulques, chassé par , duc d'Aquitaine qui lui avait pris la Saintonge en 1062, ne peut se contenter de sa seigneurie de Vihiers et prend la tête de l'opposition baronniale. Il s'empare de Saumur le .

Lorsque Foulques le Réchin gagne à sa cause quelques-uns des plus puissants vassaux de Geoffroy le Barbu, son frère, excommunié, est abandonné par le clergé. Sûr du concours de ses alliés, il marche sur Angers le mercredi-saint et, grâce à la trahison de Geoffroy de Preuilly, de , de Giraud de Montreuil et du prévôt d'Angers, nommé Robert, s'empare de la personne du comte Geoffroy et le jette en prison. La punition des traîtres ne se fait pas attendre. Foulques le Réchin ne peut ou ne veut pas préserver ses affidés de la vengeance populaire. Le lendemain jeudi-saint, une émeute terrible soulève la ville : Renaud de Château-Gontier, Geoffroy de Preuilly, Giraud de Montreuil, sont massacrés ; le prévôt, appréhendé à son tour, a bientôt après un sort semblable.

Après une courte réconciliation, les deux frères se brouillent à nouveau, et l'armée de est battue par les hommes de sur le champ de bataille de Brissac-Quincé au mois d'. est emprisonnéProbablement à Chinon ou à différents lieux fortifiés de la maison comtale d'Anjou. pendant plus de vingt ans, au cours desquels il devient fou, et ni le roi de France, ni le comte de Blois ne réussissent à convaincre de le libérer.

Historiographie légendaire de Touraine

Il existe un très grand nombre d'historiographies légendaires, où les personnages ont été recomposés à des fins édifiantes, réinventés pour susciter de multiples correspondances par delà le temps et l'espace. Les gesta consulum andegavensium, sur lesquelles se sont basés nombre d'historiens, contiennent de nombreuses erreurs de datation (par exemple, la bataille de Montcontour le y est confondue avec la bataille de Chef-Boutonne en ).

Les historiographes tourangeaux, dont il est bon de rappeler que les ancêtres, incapables de construire un espace politique solide sur un prestigieux territoire diocésain, sont passés sous la coupe d'une puissante maison angevine évinçant et repoussant sa rivale blèsoise, supposaient que et son frère étaient venus au jour de part et d'autre de l'an 1040. Les jeunes chevaliers sont héritiers de la maison d'Anjou. L'aîné Geoffroy reçoit par tradition le cœur du domaine, à charge pour le cadet Foulques de guerroyer pour accroître sa part. Ils sont frères, amis de la même bande.

Mais maturité et vieillesse engendrent jalousie, et le Réchin rejoint la révolte des vassaux ralliés à la contestation religieuse qui accable , le jeune comte d'Anjou et de Touraine. Les déboires de Geoffroy renforcent la hargne de Foulques et il ne cesse de se révolter et d'attiser vengeances et guerres furieuses. perd ses meilleurs chevaliers et servants partis en renfort de l'équipée maritime et guerrière de Guillaume le Conquérant vers l'Angleterre. Après avoir capturé son frère, le fait enfermer à Loches et rétablit par tous les moyens en sa possession le fief entier de la maison d'Anjou, sans respect ni pour ses vassaux en révolte ni pour les partisans fidèles à son frère. Au bout de quelques années d'emprisonnement, Foulques le Réchin ne peut qu'arracher à son frère la donation de sa part au profit des héritiers de Foulques, et non pour celui-ci que maudit de sa prison. L'abdication ne concerne que la descendance de le Réchin, contre promesse d'un meilleur traitement de et des siens.

Aussi, par prudence, Foulques le Réchin maintient enfermé. Foulques devient un suzerain et un chef de guerre comblé, dédaignant même les timides injonctions du roi de France . Vers 1095, la troisième et jeune épouse de Foulques le Réchin, Bertrade, préfère la compagnie du roi et fugue vers Paris. Philippe, auréolé des vertus de la royauté, a séduit, puis pris l'initiative d'enlever sa belle par une douce nuit. En 1096, le vieux n'a pu faire rattraper les amants mais triomphe pourtant en recevant une rose d'or du pape venu prêcher la croisade.

Lorsque l'ambitieuse Bertrade, qui n'a pu devenir reine de France, revient à sa cour après neuf ans, le vieux Foulques le Réchin, affaibli et maladif, accepte son retour, mais investit d'une partie des pouvoirs un fils du premier lit, Martel. Geoffroy, qui s'était déjà révolté contre son père, connaissait l'origine de son pouvoir légitime par l'abdication de Loches. Devenu politiquement majeur, il fait libérer son oncle Geoffroy le Barbu, devenu un personnage tantôt absent tantôt surexcité. Mais redevenue pieuse après avoir reçu la leçon de saint Yves de Chartres, Bertrade, inquiète du destin de son jeune fils Foulques, rallie un fort parti chrétien pour évincer ou éliminer .

La basse besogne est commise lors du siège du château de Candé où trouve la mort (1106) et, lorsque Foulques le Réchin agonise en 1109, il sait que sa femme Bertrade qui l'a humilié publiquement triomphe. Sous ses yeux ivres de vengeance, la belle et pieuse épouse n'a plus qu'à prendre le gouvernement de ses domaines. Bertrade fait épouser à son fils la fille unique de Hélie, comte du Maine.

L'historiographie légendaire, avec parfois des dates fort divergentes, a sans doute été construite en parallèle de l'histoire de Plantagenêt, petit-fils de , qui spolie son propre frère aîné Geoffroy, épouse une femme répudiée Aliénor d'Aquitaine, connaît l'apogée de son empire éclaté et pressent par une sourde angoisse et des cauchemars la ruine prochaine de son œuvre, précipitée par l'hostilité religieuse et la rivalité sournoise de ses quatre fils. C'est un mythe de déchéance, où les plus cruels et les plus couards gouvernent, les forts, les nobles et courageux qui vont au combat sont broyés entre eux-mêmes, ou s'ils survivent, par l'injustice. Et finalement, petit à petit, le domaine acquis par les combats, source de joies et souffrances collectivement partagées d'un groupe valeureux, s'évanouit, disparaît au profit d'un roi capétien, séducteur, enjôleur ou thaumaturge qui redonne surtout du lustre au pèlerinage saint Martin fierté des Tourangeaux.

Quant à Geoffroy dénommé finalement le Barbu, même affaibli, les conteurs le décrivent en automate de circonstance, mais toujours valeureux. Ils disaient que revêtu d'un harnois et mis à cheval, le Barbé partait à la guerre, quand on le mettait à la charrue, il labourait sans arrêt, si on lui donnait une faux, il partait faucher tout droit… Autant ne pas s'époumoner à l'appeler, le barbu fatigué s'arrêterait tout seul… et quand on l'enfermait tout seul, il pleurait.

Un perdant du jeu politique Geoffroy accède par un héritage fort bien préparé à la succession de l'oncle senior et formateur, Geoffroy Martel. Il est caput mansis, chef de maison ou comme diront plus tard les religieux caput generis, à la tête de ses gens. Ce jeune représentant de la maison d'Anjou est un des six personnages politiques incontournables du royaume de France, à côté des maisons de Flandres, de Normandie, de Blois-Champagne, de Poitiers et de Toulouse. Bon dernier hormis le prestige religieux et populaire… la maison capétienne de France.

Femme, véhicule du plaisir charnel et de capitaux, procréatrice de lignée

Cette hégémonie incontestable n'empêche un tourbillon de guerres et de rivalités intestines, choses pernicieuse et facteur d'affaiblissement. En effet, presque partout depuis trente années au sein des petites dynasties rivales d'Occident, les jeunes se révoltent contre les aînés, des guerres se mènent contre père et oncle, des fratries s'entretuent à moins d'être dispersées. Pourquoi tant de frustration, d'amertume et de rages, feint de s'étonner un moine catalan en quête de sagesse chrétienne. Le chef de maison contrôle la gent féminine, autorise les mariages et en accordant les femmes dotées, récupère les veuves qu'il garde sous son pouvoir au besoin par la force, oriente la distribution du capital tout en tirant un gain symbolique, stratégique et économique des unions.

Un tel dominant peut devenir polygame bien au-delà de la fréquentation des femmes de mauvaises vies ou des fréquentations ancillaires, et ainsi multiplier les divers profits qu'ils tirent des unions maritales une après l'autre, en accroissant son profit de dominant. Arrangements, rapts, enlèvement truqués, puis après un moment, répudiation, accusation d'inceste car le généalogiste princier, tel ceux de Foulque le Réchin, extirpe un vague lien de cousinage. Et après, le dominus refile, il recase la belle à un autre qui devient son obligé, malgré le traitement qu'il a fait subir à la nouvelle compagne. Et malheur à la femme qui commet un adultère connu sous un tel joug, elle risque la mort par le feu après le supplice du tison ou des feux-ardentsC'est le sort de la femme de Foulque Nerra, brûlée sur un bûcher..

Un homme de guerre, pauvre chien fidèle d'un tel maître, peut obtenir récompense avec une veuve dotée d'un bien important et devenir parvenu. Un vieil officier fidèle, enrichi par quelque trafic, peut acheter une jeune épouse de bonne lignée à sa convenance.

n'est-il qu'un honnête politique, refusant ces pratiques sordides. Nenni, conseillé par l'avidité de ses partisans, il a spolié des églises, recommençant un jeu qui avait coûté humiliation et auto flagellation à son grand-père Foulque Nerra, à la fois voleur et pieux. Les assemblées religieuses ont causé sa perte par une curieuse amplification imprévisible. Foulque n'a probablement rien tenté, lui qui avait été chassé sans gloire de ses terres par Guillaume d'Aquitaine, ennemi de la maison d'Anjou. Il s'est fait oublier, mais il a su apparaître en restaurateur de la bonne lignée.

Le vieux Foulque le Réchin l'avoue lui-même en 1097. Il n'a mené qu'une seule grande bataille, celle pour acquérir et l'honneur de porter la dignité comtale et le pouvoir souverain dans sa principauté, c'est-à-dire sur sa maison d'Anjou. Trente ans auparavant, le légat pontifical a déshérité son frère aîné coupable d'atteintes aux droits des églises angevines.

Pouvoir politique