vignette|Un thangka tibétain du représentant Guhyasamaja Akshobhyavajra ; la Cour de la dynastie Ming a rassemblé divers articles qui provenaient du Tibet en tribut (comme des thangkas)Information Office of the State Council of the People's Republic of China, Testimony of History (China Intercontinental Press, 2002), 73., et en retour accordait aux porteurs de tributs tibétains des cadeauxWang Jiawei & Nyima Gyaincain, The Historical Status of China's Tibet (China Intercontinental Press, 1997), 39–41..
La nature exacte des relations sino-tibétaines pendant la Dynastie Ming (1368–1644) de Chine est incertaine. L'analyse de ces rapports n'est pas facilitée par les conflits politiques modernes et l'application du concept de la souveraineté westphalienneConcept de l'État-nation souverain reposant sur la territorialité et l'absence de rôle pour les agents extérieurs dans les structures intérieures du pays. à une époque où ce concept n'existait pas encore. Certains historiens modernes habitant et travaillant en République populaire de Chine affirment que la Dynastie Ming jouissait d'une souveraineté incontestée sur le Tibet, en se fondant sur la distribution par la Cour des Ming de divers titres aux dirigeants tibétains, l'acceptation complète par les Tibétains de ces titres, et un processus de renouvellement pour les successeurs de ces titres qui a impliqué de se rendre dans la capitale des Ming. Les historiens de la RPC prétendent aussi que le Tibet fait partie intégrante de la Chine depuis le , et donc de l'Empire Ming. Mais la plupart des historiens hors de la RPC, par exemple Turrell V. Wylie, Melvin C. Goldstein, et Helmut Hoffman, disent que la relation était celle de la suzeraineté, que les titres Ming étaient seulement nominaux, que le Tibet restait une région indépendante hors du contrôle Ming, et qu'il a simplement payé un tribut jusqu'au règne de Jiajing (1521–1566), qui mit fin aux relations avec le Tibet.
Certains historiens notent que les dirigeants tibétains durant la dynastie Ming se sont engagés fréquemment dans la guerre civile et ont dirigé leur propre diplomatie étrangère avec les états avoisinants comme le Népal. Certains lettrés soulignent l'aspect commercial de la relation entre les Ming et les Tibétains, notant que la Dynastie Ming manquait de chevaux pour la guerre expliquant l'importance du commerce de cheval avec le Tibet. D'autres prétendent que la signification de nature religieuse de la relation de la Cour des Ming avec les lamas tibétains est sous-estimée dans l'érudition moderne. Dans l'espoir de ranimer la relation particulière du précédent dirigeant Mongol Kubilai Khan (r. 1260–1294) et de son supérieur spirituel Drogön Chögyal Phagpa (1235–1280) de l'école Sakyapa du bouddhisme tibétain, l'Empereur Ming chinois Yongle (r. 1402–1424) a fait un effort concerté pour construire une alliance séculière et religieuse avec Deshin Shekpa (1384–1415), le Karmapa de l'école tibétaine Karma Kagyu. Cependant, les tentatives de Yongle restèrent infructueuses.
Les Ming ont lancé des interventions armées sporadiques au Tibet au , mais n'ont pas eu de garnison ni de troupes permanentes là-bas. De temps en temps, les Tibétains ont utilisé aussi la résistance armée contre les incursions Ming. L'empereur Wanli (r. 1572–1620) a fait des tentatives pour rétablir des relations sino-tibétaines après l'alliance tibéto-mongole inauguré en 1578, qui a affecté la politique étrangère subséquente de la dynastie Qing (1644–1912) de la Chine dans leur soutien au dalaï-lama de l'école des Gelugpa. Vers la fin du , le Mongols furent les protecteurs armés du dalaï-lama, après avoir augmenté leur présence dans la région de l'Amdo. L'apogée en fut la conquête du Tibet de 1637–1642 par Güshi Khan (1582–1655).
Arrière-plan historique Empire mongol vignette|Les chasses de Kubilai Khan, par le peintre de cour Liu Guandao, c. 1280 vignette|Drogön Chögyal Phagpa, l’un des cinq fondateurs de la tradition Sakya fut nommé vice-roi du Tibet par Kubilai Khan.
L'empire tibétain (- s.) fut une grande puissance contemporaine de la dynastie Tang (618–907) et son concurrent principal pour la domination de l’Asie centrale jusqu’à sa chuteMelvyn C. Goldstein, Snow Lion and the Dragon: China, Tibet and the Dalai Lama (Berkeley: University of California Press, 1997), 1.Denis Twitchett, "Tibet in Tang's Grand Strategy", in Warfare in Chinese History (Leiden: Koninklijke Brill, 2000), 106–179.. Les souverains tibétains de la dynastie Yarlung signent des traités de paix avec les Tang, dont un en 821 fixant les frontières entre les deux paysMichael van Walt van Praag, The Status of Tibet: History, Rights, and Prospects in International Law (Boulder: Westview Press, 1987), 1–2.. Durant la période suivante des Cinq Dynasties et Dix Royaumes (907–960), les dynasties qui se partagent la Chine éclatée ne voient plus comme une menace le Tibet où la division féodale a remplacé l'empire ; les relations entre les deux pays sont au point mortJosef Kolmas, Tibet and Imperial China: A Survey of Sino-Tibetan Relations Up to the End of the Manchu Dynasty in 1912: Occasional Paper 7 (Canberra: The Australian National University, Centre of Oriental Studies, 1967), 12–14.Van Praag, The Status of Tibet, 4.. La dynastie Song (960–1279) qui arrive ensuite a laissé peu de documents concernant les relations sino-tibétaines, ses empereurs étant surtout préoccupés par la lutte contre les Khitans de la dynastie Liao (907–1125) et les Jurchen de la dynastie Jin (1115–1234)Kolmas, Tibet and Imperial China, 14–17..
En 1207, le Mongol Genghis Khan (r. 1206–1227) conquiert le royaume tangout des Xia Occidentaux (1038–1227)Van Praag, The Status of Tibet, 5. et envoie la même année des représentants au Tibet pour établir des relations diplomatiquesHok-Lam Chan, "The Chien-wen, Yung-lo, Hung-shi, and Hsuan-te reigns", in The Cambridge History of China: Volume 7, The Ming Dynasty, 1368-1644, Part 1 (Cambridge: Cambridge University Press, 1988), 261.. Alarmés par la chute des Xia, les Tibétains se résolvent à payer le tribut. Ils cessent néanmoins à la mort de Gengis Khan, et son successeur Ögedei Khan (r. 1229–1241) décide l’invasion du TibetGoldstein, The Snow Lion and the Dragon, 2–3.. Les troupes de Qöden, petit-fils de Gengis Khan, pénètrent jusque LhassaGoldstein, The Snow Lion and the Dragon, 3.. Durant le raid, en 1240, Qöden fait venir à son camp situé dans l’actuel Gansu Sakya Pandita (1182–1251), hiérarque Sakya. Sakya Pandita manifeste sa bonne volonté en se rendant au camp mongol en 1247. le Tibet est officiellement inclus dans l’Empire mongol durant la régence de Töregene Khatun (1241–1246). Une relation protecteur - conseiller religieux est ainsi établie entre les Mongols et les Sakya, bien que l'investiture de ces derniers n’ait dans un premier temps que « peu d’impact réel », le Tibet étant très fragmenté.
Kubilai, qui a reçu en 1236 un grand apanage en Chine du Nord de son frère Ögedei Khan et sera à son tour Khagan de 1260 à 1294Rossabi, Khubilai Khan, 14–41., poursuit la politique mongole de contrôle par l'intermédiaire de potentats locaux. Il souhaite établir des contacts avec Karma Pakshi (1203–1283), hiérarque de Karma Kagyu et second Karmapa, mais ce dernier ayant rejeté son invitation, il fait venir en 1253 à sa cour Drogön Chögyal Phagpa (1235–1280), successeur et neveu de Sakya PanditaRossabi, Khubilai Khan, 40–41.George N. Patterson, "China and Tibet: Background to the Revolt", The China Quarterly, no. 1 (janvier-mars 1960): 88.Van Praag, The Status of Tibet, 6.. Une relation privilégiée s’établit entre Phagpa et Kubilai, le premier reconnaissant les qualités politiques du second et Kubilai considérant Phagpa comme son premier conseiller religieuxPatterson, "China and Tibet", 88–89.. Drogön Chögyal Phagpa est nommé régent ou vice-roi (sde srid) du Tibet divisé en treize myriarchiesTurrell V. Wylie, "The First Mongol Conquest of Tibet Reinterpreted", Harvard Journal of Asiatic Studies 37, no. 1 (juin 1997): 104..
Le Tibet entre donc dans l'Empire Mongol avant la proclamation de la dynastie Yuan (1271–1368). Selon Van Praag, la chute des Song du Sud en 1279 « marque la fin de la Chine indépendante » qui se retrouve alors sous le contrôle des Yuan au même titre que le Tibet, la Mongolie, une partie de la Corée, de la Sibérie et de la BirmanieVan Praag, The Status of Tibet, 6–7.. Selon Morris Rossabi, « Kubilai voulait être vu comme Khagan mongol tout autant qu'empereur de Chine. Bien que ce soit avec ce dernier pays que son destin se trouve lié dès les années 1260, il n'abandonna pas ses prétentions au Khanat universel. ». Néanmoins, « malgré ses succès en Chine et en Corée, il ne fut jamais réellement accepté comme tel. » C'est ainsi qu'il s'identifia de plus en plus à un empereur de ChineDenis Twitchett, Herbert Franke, John K. Fairbank, in The Cambridge History of China: Volume 6, Alien Regimes and Border States (Cambridge: Cambridge University Press, 1994), 454..
Fin des dominations Sakya et Yuan vignette|L'empereur Hongwu (r. 1368–1398) des Ming
En 1358, Janchub Gyaltsän (Byang chub rgyal mtshan) (1302–1364), myriarche de la lignée Phagmodru, vainc les SakyaGoldstein, The Snow Lion and the Dragon, 4. et les Yuan se voient obligés d’accepter leur hégémonie de fait sur le Tibet. En 1368, la révolte des Turbans rouges menée par des Chinois Han vient à bout des Yuan et Zhu Yuanzhang devient l’empereur Hongwu (r. 1368–1398) de la dynastie MingPatricia B. Ebrey, Cambridge Illustrated History of China (New York: Cambridge University Press, 1999), 190–191..
On ne sait pas à quel point la cour des Ming était au courant des luttes entre les lignées bouddhistes tibétaines, mais les empereurs voulaient éviter que ce pays ne devienne une menace comme sous les Tang et souhaitaient maintenir des relations avec des Tibétains influentsMorris Rossabi, "The Ming and Inner Asia," in The Cambridge History of China: Volume 8, The Ming Dynasty, 1368–1644, Part 2 (New York: Cambridge University Press, 1998), 242–243.. Hongwu ne reconnaît pourtant pas officiellement le pouvoir des Phagmodru, approchant plutôt le karmapa dont la lignée est bien implantée dans le Kham et le Sud-Est du Tibet, régions plus proches de la Chine. Il envoie des représentants au Tibet durant les hivers de 1372–1373 pour demander que les titulaires de fonctions attribuées par les Mongols renouvellent leur titre et leur allégeance. Néanmoins, Rolpe Dorje (1340–1383), karmapa, rejette son invitation à la cour de Nankin, n’envoyant que quelques disciples. Bien que les édits de Hongwu manifestent son souci de maintenir le lien bouddhiste avec le TibetRossabi, "The Ming and Inner Asia," 242., et qu'il envoie une mission en 1378–1382 à la recherche de textes bouddhistes (menée par son conseiller religieux le moine Zongluo)Elliot Sperling, "The 5th Karma-pa and some aspects of the relationship between Tibet and the Early Ming", in The History of Tibet: Volume 2, The Medieval Period: c. AD 850–1895, the Development of Buddhist Paramountcy (New York: Routledge, 2003), 475 contrairement aux souverains Mongols, il ne favorise pas le bouddhisme tibétain. La conversion à cette forme de religion est d'ailleurs interdite pendant une période au début de la dynastie ; on connaît peu de moines et encore moins de laïcs chinois pratiquants du bouddhisme tantrique avant l’époque républicaine (1912–1949)Gray Tuttle, Tibetan Buddhists in the Making of Modern China (New York: Columbia University Press, 2005), 27.. Selon Morris Rossabi, il faut attendre le règne de Yongle (r. 1402–1424) pour assister à une réelle tentative de développement des relations sino-tibétainesRossabi, "The Ming and Inner Asia," 243..
Informations provenant des Annales des Ming