L'histoire de la Ligurie concerne les évènements historiques relatifs à la Ligurie, région de l'Italie septentrionale.

La Préhistoire et les premiers habitats humains

Les témoignages de la présence de l'homme en Ligurie datent de la Préhistoire. À proximité du port de Nice, le site de Terra Amata a livré des indices d'occupations datant d'environ . La stratigraphie a montré plusieurs périodes d'implantation avec des galets taillés, des outils et des animaux consommés dont des sangliers, des tortues, des rhinocéros de Merck, des éléphants méridionaux, des aurochs et divers oiseaux. Près de Loano, des traces de l'homme de Néandertal ont été trouvées. Dans les grottes de Toirano, près de Savone, et des Balzi Rossi, près de Vintimille, des indices de présence datant du Paléolithique supérieur sont visibles. La grotte des Arene Candide, a livré un nombre important de dépôts funéraires de la fin du Paléolithique (Gravettien et Épigravettien). Dans les grottes situées le long du torrent Pennavarie, dans la vallée du même nom en territoire ingauno, ont été trouvés des restes humains datant de av. J.-C.

À partir de av. J.-C (Néolithique) il existe des traces indiquant la présence de Ligures sur un territoire très vaste, correspondant à la plus grande partie de l'Italie septentrionale.

Les Ligures dans les témoignages des auteurs anciens

vignette|300px|Carte de la Ligurie antique.

Les Ligures sont cités pour la première fois dans un fragment d'Hésiode rapporté par Strabon dans la géographie (VII 3, 7), comme la plus ancienne population de l'occident : « Éthiopiens, Ligures et Scythes éleveurs de chevaux ». D'autres auteurs (Diodore de Sicile, Virgile, Tite-Live et Cicéron) rapportent comment les Ligures encore au vivent dans des conditions primitives et nous livrent l'image d'un peuple féroce et à moitié sauvage, dont les guerriers suscitent la peur par leur seule apparence. Dans le même temps, la solidarité et l'honnêteté de la population agricole et pastorale, pas encore hiérarchisée en classe, sont soulignés. Les femmes sont confrontées aux mêmes difficultés que les hommes dans une terre rocailleuse, aride, au relief accidenté et recouvert d'arbres. Tous les anciens auteurs n'expriment pas des commentaires aussi élogieux, par exemple Caton l'Ancien définit les Ligures comme ignorants et menteurs, une nation qui a perdu la mémoire de ses origines. Tous ces éléments nous font comprendre comment les Ligures, peuple ancien très présent dans une grande partie de la Méditerranée occidentale, sont conquis, non sans difficulté, par les Romains.

Communément, on estime que les anciens Ligures habitaient la côte méditerranéenne, de la Siagne à l'Arno (c'est ce que Polybe nous transmet) poussant leur présence jusqu'à la côte méditerranéenne espagnole à l'Ouest et au Tibre au Sud-Est, colonisant les principales îles comme la Corse, la Sardaigne et la Sicile. Il pourrait s'agir d'une population d'environ , réparties en différentes tribus dont il existe de nombreux objets en céramique.

La géographie de Strabon, du livre 2, chapitre 5, section 28 :

Cette zone correspond à l'actuelle région de la Ligurie en Italie ainsi qu'au département des Alpes Maritimes dont la majeure partie est également située dans la zone géographique italienne.

L'écrivain, naturaliste et philosophe romain Pline l'Ancien écrit dans son livre L'Histoire Naturelle livre III chapitre 7 sur les Ligures et la Ligurie :

Tout comme Strabon, Pline l'Ancien situe la Ligurie entre les fleuves du Var et de la Magra. Il cite également les peuples ligures vivant de l'autre côté des rives du Var et des Alpes. Il écrit dans son livre L'Histoire Naturelle livre III chapitre 6 :

Il n'y a donc aucun témoignage archéologique ou texte ancien qui affirme la présence des Ligures dans le sud de la Gaule excepté dans l'Ouest des Alpes-Maritimes, car l'Est de ce département est dans la zone géographique italienne. On note que Pline l'Ancien cite les peuples ligures entre le fleuve Argenteus et le Var, qui correspond à la partie occidentale des Alpes-Maritimes. Le sud de la Gaule était donc peuplé de Celtes avant les invasions germaniques des Francs à la fin de l'Empire romain. Alors que la Ligurie était peuplée de population italique, les Ligures.

Époque romaine vignette|300px|Les régions italienne à l'époque de l'Italie romaine.

Avec la première guerre punique () les Ligures se divisent entre les alliés de Carthage et les alliés de Rome. Lorsque les Romains conquièrent le territoire avec l'aide de leurs alliés Genuates, ils lui donnent le nom de Ligurie, correspondant à la IX Regio de l'Empire romain, laquelle s'étend des Alpes-Maritimes aux Alpes cottiennes, au Pô, au Trebbia et à la Magra. Cette région est plus réduite que celle occupée par les Ligures à l'époque préhistorique. C'est probablement dans cette province que l'ethnos ligure le plus pur résiste, alors que dans la Lunigiana et dans les régions transalpines, la population se mélange avec d'autres tribus. En effet Hécatée de Milet au nous rapporte que Monaco et Marseille sont des cités ligures et les Elisici, peuple installé entre le Rhône et les Pyrénées sont un mélange de Ligures et d'Ibères. Au Dante, prenant en compte surtout l'aspect dialectal de la langue, parle de la Ligurie comme une région située entre le Trophée d'Auguste, Lerici et la ligne de partage des eaux entre les Alpes et les Apennins. Le concept d'une région étendue de la Siagne à l'Arno est aussi repris par Jacopo Bracelli, chancelier de la république de Gênes en 1419 dans sa « Descrizione della Riviera ».

En -180 les Romains, afin de disposer de la Ligurie pour leur conquête de la Gaule, déportent Ligures Apuanes, irréductibles rebelles, dans la région voisine samnite entre Avellino et Bénévent.

Haut Moyen Âge

Le Haut Moyen Âge est un moment important pour Gênes et sa région. En effet, à l'exception de l'épisode des Lombards de Rothari, la partie de la région protégée par les Apennins reste à l'abri des invasions et elle est réduite à l'étroite bande côtière. Elle doit, pour ainsi dire, « se tourner » vers la mer, ceci scellera son avenir. Le gouvernement byzantin est remplacé par trois marches, Alérame, Arduin et Obertenghi, qui doivent notamment surveiller le nord de la mer Tyrrhénienne parce qu'est apparu dans l'intervalle un problème majeur pour le christianisme post-carolingien : les Maures islamiques.

L'ascension de Gênes vignette|300px|République de Gênes.

Les contacts avec les Maures, le plus souvent violents, sont, pour Gênes et la Ligurie, riches de conséquences. Bien sûr, tout d'abord ils s'accompagnent de sang et de larmes pour la population, victime répétée des raids et abandonnée en première ligne. Mais avec les Arabes, une nouvelle et extraordinaire dimension culturelle arrive, faite de connaissances, de techniques et d'expériences de la navigation et du commerce, de contacts commerciaux avec le reste de la Méditerranée qui devient rapidement trop petit. Cela propulse, en moins d'un siècle, Gênes de ville périphérique d'un empire en crise au centre de l'histoire du christianisme en expansion. Les croisades ont permis à Gênes de tenir un rôle maritime de premier plan au cours des siècles suivants.

La république de San Giorgio

Les Génois, décisifs lors de la conquête de la Jérusalem (Præpotens Genuensium Praesidium), conquièrent des colonies et des marchés et ils engrangent des richesses extraordinaires. Après les victoires de Meloria sur Pise et de la Curzola sur Venise, la mer Noire devient un « lac » génois, la croix de San Giorgio domine la Méditerranée et la banque de San Giorgio assure la gestion d'actifs supérieurs à celles des plus importantes dynasties d'Europe qui font appel à elle pour le crédit et leur appui.

Fermement établi avec les montagnes dans son dos et le long des deux riviera sur ses côtés, entre Monaco et Portovenere, Gênes donne à ses territoires la forme que nous leur connaissons aujourd'hui. Ses colonies, ses contacts cosmopolites et ses routes marchandes lui donnent ses richesses.

Les évènements internationaux et de nouveaux débouchés permettent aux Génois de se rendre en delà des limites de la Méditerranée. Ils sont présents en Chine à la cour mongole, aux îles Canaries et au Cap-Vert, sur les côtes africaines ainsi qu'en Espagne, d'où le plus célèbre d'entre eux commence à chercher un nouvel itinéraire pour les Indes et revient avec la route du Nouveau Monde.

Le siècle des Génois Les relations entre Gênes et la péninsule Ibérique ont une grande tradition qui commence par la libération de Tortosa des Maures par les Génois, passe par les relations avec le Portugal d'Henri, en particulier avec la famille génoise Pessagno, et se termine par ce qui est appelé « el siglo de los genoveses », y compris le féroce conflit qui voit les Aragonais prendre le dessus sur la Méditerranée occidentale et en Sardaigne. Ce n'est donc pas par hasard si Christophe Colomb se rend en Espagne.

Et ce n'est pas une coïncidence si les Génois, plus d'un tiers d'entre eux, ont une résidence en Espagne, à Séville en particulier, et gèrent les très riches échanges provenant des nouveaux territoires que les Espagnols ont conquis. Ayant perdu la mer Noire et leurs colonies en Orient en raison des Turcs, les Génois comprennent qu'il est nécessaire de déplacer de leurs axes commerciaux et se tourner de l'Orient vers l'occident comme l'a fait Colomb, remplaçant la richesse du commerce des épices par celui de l'argent. Comme on le dit, l'argent « naissait en Amérique, brillait à Séville mais était enterré à Gênes ».

Le symbole de cette démarche a pour nom Andrea Doria, sorte de père de la patrie génoise, homme de confiance de Charles Quint, qui jouant sur cet énorme flux économique, sait donner à la République des ressources économiques et des structures politiques qui durent jusqu'à Napoléon Bonaparte.

Le déclin jusqu'à Napoléon La Ligurie, incapable de mettre en œuvre sa propre politique étrangère, s'insère dans l'orbite espagnole mais les richesses espagnoles, comme son pouvoir se réduisent, et pour l'empire ibérique, sous le joug des attaques anglaises et néerlandaises, Gênes devient de plus en plus marginal.

La tutelle se relâche, la République oligarchique se retrouve isolée et exclue des trafics importants, elle tente une expédition en Indonésie, mais l'initiative est anéantie par les Hollandais. Dans le bassin méditerranéen, la présence de barbaresques et l'incapacité de s'y opposer efficacement, la faible rentabilité du trafic par rapport à celui de l'océan, la pauvreté des marchés participent à un contexte où la présence génoise est l'ombre de ce qu'elle fut. En outre, la Ligurie doit faire face à l'appétit des Français auxquels elle est obligée de vendre la Corse, et des Piémontais, pour lesquels la région devient de plus en plus un élément vital en raison de son débouché vers la mer.

Le république de San Giorgio, incapable de se renouveler, passe mélancoliquement les dernières années de son histoire à défendre son indépendance des Savoie. Les sursauts d'orgueils comme celui de Balilla, Giovan Battista Perasso, reste sans suite. Napoléon officialise la disparition de la république qu'il transforme d'abord en république sœur, la République ligurienne (1797-1805), avant de l'annexer.

Ironie de l'histoire, la dernière des républiques maritimes italiennes disparait par celui qui aurait pu être son fils, en effet la Corse est vendue à la France quelques années avant que Bonaparte naisse, français au lieu de génois.

Avec les Savoie vers l'unité italienne