Rodolphe-Théophile Bosshard est un peintre, dessinateur, graveur et écrivain suisse né le à Morges et mort le à Chardonne..
Connu en particulier pour ses nus féminins, et également pour ses paysages, il est actif à Paris pendant l'entre-deux-guerres.
Biographie
Figure majeure de la peinture suisse de la première moitié du , Rodolphe-Théophile Bosshard voit le jour le à Morges, entre Lausanne et Genève.. C'est là que sa mère Hélène, Neuchâteloise de souche française, avait rejoint sa propre mère qui y dirigeait une pension pour jeunes filles. Son père Ernst, issu d'une famille d’horlogers zurichois installés en Allemagne, était mort quelques mois avant la naissance du peintre en Pologne où il était employé dans une usine de textiles.
Enfance et formation Bosshard, appelé Touli par ses proches, grandit ainsi au bord du Lac Léman avec ses deux sœurs et son frère. Il sera profondément marqué par
Comme son frère Ernest, Rodolphe-Théophile fréquente le collège de Morges dès 1899, puis il va au Gymnase classique de Lausanne, où il passera son baccalauréat en 1907. Féru de musique, il se plaît à des improvisations au piano avec un réel talent et s’essaye même au violoncelle. La musique et la peinture l'accompagneront d'ailleurs toute sa vie. Ainsi, au gymnase, son portrait de Beethoven, à la craie, fait sensation et restera longtemps au tableau. Le compositeur Bernard Reichel, son cousin, racontera plus tard qu'il partageait souvent l'atelier parisien de Bosshard. Alors que Reichel y composait, son cousin peignait, et parfois Bosshard se mettait au piano et improvisait des valses viennoises..
Mais c'est la peinture qui va accaparer le jeune artiste, ce qui inquiète sa famille. Eugène Burnand, ami de la famille, dira ainsi à la mère du futur artiste : Le jeune homme passe outre les craintes de son entourage. En 1907, son baccalauréat en poche, Rodolphe-Théophile, véritable admirateur de Ferdinand Hodler et d'Eugène Carrière, entre aux Beaux-Arts de Genève. Là enseignent Eugène Gilliard., son mentor qui le marquera fortement, Pierre Pignolat, Eugène Martin. et David Estoppey. Il se fait des amis, dont le peintre Gustave Buchet, dont il réalisera un portrait par la suite, le musicien et compositeur Frank Martin, les frères Jean et Paul Budry. Après deux ans, Bosshard quitte les Beaux-Arts.
Paternité et premières expositions en Suisse En 1910, dans la maison familiale, il rencontre Ingeborg Schammer, une jeune Allemande, qui deviendra sa femme. La rencontre d'Ingeborg l'ouvre aux musées allemands qu'il visitera avec elle et où il découvre l’expressionnisme (à Munich notamment). De cette période datent des œuvres telles sa fameuse Ville folle (1910), Ingeborg Schammer ou cet autoportrait Portrait de l’artiste (tous deux de 1912), marqués par ce mouvement en pleine éclosion dans l’Europe du Nord, à l’instar du fauvisme en France.
C'est aussi en 1910 que Bosshard voyage avec son ami Gustave Buchet, à Paris, où il passe de longues heures au musée du Louvre, puis à Londres. Le de Zurich est le premier collectionneur qui s'intéresse à ses œuvres durant cette période.
L'année 1914 est décisive pour la carrière et la vie privée de Bosshard : il obtient une bourse fédérale, se marie avec Ingeborg, et devient père de Manon, leur premier enfant. Il reçoit des commandes de tableaux . Mais c’est aussi le début de la Première Guerre mondiale ; mobilisé il y ronge son frein avant d'être libéré quelques mois plus tard.
En 1915, le peintre s'installe avec sa famille au-dessus de Morges, à Montricher, au pied du Jura suisse. C'est la période de toiles colorées (Maternité rose, 1915) et de paysages (dont Chemin dans les champs, Montricher, 1915), où l’on a pu reconnaître l'influence de Paul Cézanne. Un collectionneur important, le , s’intéresse à Bosshard à cette époque. Pierre Monay., jeune peintre d'origine française vivant à Morges aussi, rejoint Rodolphe-Théophile en tant qu'« élève-pensionnaire ».
En 1916 naît André, le second enfant du couple Bosshard. Le peintre présente des œuvres à Lausanne, au Salon des artistes romands, ainsi qu'à la galerie dirigée par Paul Vallotton et à la galerie Marsauche. Une série de ses toiles sera exposée aussi dans une exposition collective au Kunsthaus de Zurich.. En 1917, la famille s’installe à Lausanne, où elle vivra dans des conditions précaires. En 1918, le peintre contracte la grippe espagnole qui l'affecte lourdement . À l'époque, ses œuvres sont présentées lors de plusieurs expositions collectives en Suisse alémanique et romande.
Tournant parisien et reconnaissance des critiques d'art Rodolphe-Théophile Bosshard, tourmenté, se sentant à l’étroit en Suisse, part pour Paris en 1920. Pendant quatre années exaltantes il restera dans cette ville où convergent tant d’autres artistes étrangers. Si la précarité le poursuit dans des locaux inconfortables à Montparnasse, boulevard Raspail et rue Edgar-Quinet, il travaille beaucoup. Il rencontre la reconnaissance et par les liens qu’il noue avec des artistes tels que Marc Chagall, André Derain, Charles Despiau, Charles Dufresne, Jean Lurçat, Gino Severini et Ossip Zadkine. Il retrouve également des amis suisses : les écrivains Blaise Cendrars et Charles-Albert Cingria, le peintre Charles Clément et les frères Budry.
Bosshard ne passe pas non plus inaperçu des grands noms de la critique culturelle, dont les Jean-Louis Vaudoyer, Florent Fels, Edmond Jaloux, André Salmon, Guenne ou Raymond Escholier. Cette notoriété lui vaudra d’exposer dans la capitale au-delà de ses quatre années parisiennes : en 1925, avec Marc Chagall et Pablo Picasso chez Pierre Chareau-Jeanne Bucher, ou à la galerie Zak avec Amedeo Modigliani. Jusqu’en 1937, on le retrouve aux Salon des indépendants et aux Tuileries. Le musée d'Art moderne de Paris acquiert plusieurs de ses toilesparismuseescollections.paris.fr...
Le peintre n’évolue pas dans cet univers sans en subir les influences : celle, sensible, du cubisme (Escales, 1922), ou du Corbusier et de ses amis (Paysage à Marly, 1923). Mais Bosshard reste lui-même dans des œuvres qui restent marquantes, tels ses grands nus dans des paysages d’arbres ou de rochers (Nu, lac et arbres, 1922 ; Nu au viaduc, 1924). D'ailleurs le viaduc., le grand nu, Léda et le double nu seront autant de thèmes récurrents dans les œuvres de l'artiste.
Retour en Suisse En 1924, enrichi et stimulé par son aventure parisienne, Bosshard regagne la Suisse où l’attend sa famille. Aux Posses, dans un chalet situé au-dessus de Gryon, dans les Alpes vaudoises, il retrouve la montagne, lieu chéri et sujet de choix. Là, quelque peu conforté par un contrat avec un marchand de tableaux, un certain Bertrand, il continue sur sa lancée parisienne. Mais en 1925, c'est la chute du franc français et avec lui, la fin du contrat avec Bertrand. À cette époque, Bosshard travaille énormément : pas moins de 200 toiles au catalogue de Madeleine Bariatinsky.. Dont de nombreux paysages de montagne. C'est en 1925 encore que paraît, à Paris, une suite de lithographies de l'artiste pour Le Crépuscule des Nymphes, du poète et romancier Pierre Louÿs.
Un ami de la famille, le banquier René Hentsch, propose un autre arrangement à Bosshard, assorti de la mise à disposition d’une maison à Riex, où malgré des difficultés matérielles, le peintre pourra travailler. Il s'y installe en 1926. Après l’austérité grandiose des Alpes, Bosshard retrouve ainsi la douceur et la lumière de son lac, ce Léman sur lequel il a tant vogué adolescent. Etonnante demeure que cet ancien moulin de Riex, où, à partir de 1927, se presseront, au fil des ans, ses amis, parisiens et suisses et des voisins. Outre des peintres, on y verra, à travers les années des artistes tels André Gide, Paul Claudel, Igor Markevitch ou encore Jean Cocteau, venu y lire de ses œuvres.
En 1926, le peintre voit ses œuvres exposées à Berlin, à Paris, à New York. Et son ami Paul Budry publie une étude sur lui dans la revue parisienne Pages d’Art. C'est aussi une époque marquée par la présence de la jeune Sonia, modèle de plusieurs nus importants. Aux toiles d'architectures du vignoble de Lavaux s’ajoutent ainsi de très beaux nus (comme le Nu couché à la jaquette rouge, musée d'Art moderne de Paris). Apparaissent aussi de nombreuses natures mortes de fruits . C'est à cette époque qu'un grand collectionneur, l’avocat Alfred Loewer de la Chaux-de-Fonds, s’intéresse à la peinture de Bosshard.
En 1928, l'artiste signe deux contrats avec les galeries Zak et Bernheim, à Paris. La galerie Paul Vallotton à Lausanne expose des œuvres du peintre en juin de la même année.
La mini-Académie de Riex et des œuvres mystiques En 1929, pour un an et demi, Bosshard ouvre une mini-Académie, composée d’une dizaine d’élèves et d'admirateurs dans son atelier de Riex, dont l'artiste peintre Nanette Genoud. À cette époque, aux côtés de commandes de plusieurs portraits de la famille du collectionneur Loewer et d'illustrations (dont pour le Chant des pays du Rhône de Charles Ferdinand Ramuz, qui paraît en 1931), le thème du religieux fait son apparition dans l'univers du peintre, avec des toiles empreintes de monumentalité intitulées Calvaire, Bouddha, Sainte Cène, ou encore le fameux Socrate mourant (1930), Crucifixion (1930), ainsi que Vivekananda (1930) ). Suivra encore Le Prophète (1931), massif, impressionnant.
D’un voyage en Bretagne durant cette période, Bosshard tire Lettres de Bretagne (parues en 1930 dans la revue Aujourd’hui). Auguste Sandoz publie un petit volume consacré à l'artisteAuguste Sandoz, R-Th Bosshard, Étude critique, Editions Gallimard, coll. «Les peintres français nouveaux», 1930.. La même année, la galerie Paul Vallotton lui consacre une exposition individuelle à Lausanne.
Expositions et découverte de la lumière grecque En 1931 suivent une série d’expositions à Paris, ainsi qu'à Genève, à la galerie Moos. Aux États-Unis, plusieurs de ses toiles sont intégrées à une tournée de l’exposition Carnegie. Cette année, Bosshard est aussi appelé à Paris pour réaliser des portraits. Mais il doit rentrer après trois mois, pour raisons de santé. En 1932 paraît la première monographie importante sur le peintre, le Bosshard de Paul Budry, dans une édition de luxe et des photographies en noir et blanc, aux Éditions romanes de Lausanne.
En 1933, l'artiste part pour la Grèce, dont il découvre la magie de la lumière. Un éblouissement qu’il partage avec son frère. C'est aussi l'année d'une série d’expositions de ses toiles, aux galeries Zak, au Jeu de Paume, à Paris et au musée des Beaux-Arts de Winterthour. Sa production est marquée par le Portrait à la fourrure. Cette œuvre trouvera ainsi sa place dans de nombreuses expositions en Suisse par la suite (musée Jenisch, 1949 ; musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, 1962 ; musée Jenisch, 1970 ; galerie Paul Vallotton, 1978 ; Fondation de l'Hermitage, 1986). C'est en 1933 également que l'artiste fera la connaissance du Corbusier et de Jean Cocteau.
En 1934, le souvenir de la Grèce est encore bien présent. Notamment dans la décoration murale que le Fonds des arts plastiques de la Ville de Lausanne lui commande pour l’École supérieure communale de jeunes filles (aujourd'hui collège de Villamont) qu'on peut toujours y voir dans le cadre de visites commentées. Le thème choisi porte sur les muses, quatre grandes figures dans une tonalité ocre, hiératiques et sculpturales.. La même année, il réalise de nombreux paysages de Grèce sur des croquis rapportés de voyage, dont ce Nu couché (musée d'Art et d'Histoire de Genève).