L'Harmonie de Harnes est un orchestre d'harmonie français sis à Harnes dans le Pas-de-Calais. Elle est le résultat de la fusion, en 1925, de deux ensembles musicaux harnésiens, « La Jeune France » et la « Fanfare ouvrière », en une seule formation, l’« Harmonie ouvrière de Harnes », devenue « Harmonie municipale de Harnes » en 1993.
Elle se compose de 55 musiciens qui se produisent lors de deux concerts annuels traditionnels : le concert de gala au printemps et le concert de Noël en l'église Saint-Martin de Harnes. Elle travaille en collaboration avec l'école municipale de musique et participe aux défilés et commémorations patriotiques qui ponctuent la vie locale.
Depuis les concours nationaux de musique d'Alençon (Orne) et de Doullens (Somme), elle est classée en division supérieure section.
L'Harmonie de Harnes a participé en direct, en , à l'émission télévisée de Michel Drucker, Tenue de Soirée, à la parade inaugurale de Lille 3000 en , à l'opération « En fanfare aux Tuileries » au Louvre en et a donné le concert inaugural du Louvre-Lens en .
La Société musicale de la commune de Harnes Cadre économique et social vignette|redresse|P.F. Dewatine, fondateur de La Jeune France.
En 1861, Harnes n’est encore qu’un village de environ. L’industrie houillère n’a pas encore pris son essor et la majorité de la population est composée de cultivateurs et d’ouvriers liniers qui se déplacent l’été en Beauce pour la moisson et travaillent l’hiver pour l’industrie sucrièrePierre-Yves Malbezin, « Harmonie de Harnes : 150 ans d'existence », La Gazette harnésienne. Magazine d'information de la ville de Harnes, no 258, juin 2012, p. 9 à 12 et 28.. La même année, Pierre-François Dewatine, alors âgé d’une trentaine d’années, crée une chorale qui regroupe quelques Harnésiens intéressés par la musique ; il a passé quatorze années de service à la musique du régiment d’infanterie et possède toutes les qualités requises pour former une société musicale.
C’est à son domicile que les répétitions ont lieu : il habite alors au de la Grand’Rue, une petite maison proche de la ferme « César Sauvage » (actuellement médiathèque municipale). Il est marié à Thérèse Herberger, d’origine allemande, et leur fils, Constantin, vient de naître.
En quelques années, Pierre-François Dewatine apprend le solfège aux membres de sa chorale. Il décide alors de créer une véritable société musicale. Les statuts sont élaborés en 1863, elle portera le nom de « Société musicale de la commune de Harnes ». Elle est reconnue officiellement, par arrêté préfectoral, le . C’est à la Mairie qu’ont lieu à cette époque les répétitions.
Tout premiers statuts Ces statuts primitifs surprennent par la rigueur toute militaire des conditions d’admission, de l’organisation interne, du fonctionnement des sanctions et même des exclusions. « Article 12 : La désobéissance aux ordres des chefs sera punie d’une amende de 10 centimes et en cas de récidive de 20 centimes ». « Article 13 : L’insubordination sera punie d’une amende de 10 francs. Si elle se prolonge, le Conseil pourra prononcer l’exclusion et l’amende de sortie de 10 francs ». « Article 14 : Chaque membre sera muni de cahiers qu’il rendra propres et sera tenu de jouer ou de chanter la partie qui lui sera désignée ». « Article 18 : Les chefs se réservent à chaque sortie le droit de faire l’inspection des instruments pour s’assurer de leur bonne tenue. Tout musicien dont l’instrument serait reconnu en mauvais état serait passible d’une amende de 20 centimes dont la somme pourrait être augmentée selon l’état de gravité ». « Article 20 : Le jour d’une sortie, tout musicien qui ne serait pas à l’heure au lieu d’appel indiqué serait passible d’une amende de 20 centimes … ». « Article 24 : Si un musicien par mauvaise volonté s’abstenait de jouer ou jouait d’une manière inconvenante, il serait puni d’une amende de 1 franc ». « Article 28 : Pour trois manquements de suite aux réunions sans permission, le Conseil aura le droit de prononcer l’exclusion et l’amende de 10 francs de droit de sortie ». « Article 29 : En cas d’absence urgente, tout membre devra en prévenir un des chefs et si le chef ne reconnaît pas le motif bien fondé, il devra le soumettre au Conseil qui sera juge sans appel ».
Siège social vignette|Hôtel de la Musique, siège de « La Jeune France ». En 1869, alors qu’elle compte déjà une cinquantaine de membres, la société s’installe dans son nouveau siège baptisé « Hôtel de la Musique ». Un mécène, Charles Corroyez (dit « ch’tiot Charles »), maître brasseur, installé à l’emplacement actuel du jardin public de la Grand’Place, a fait construire en face de chez lui ce nouveau local.
Le Comité, composé d'André Déprez, président (futur sénateur-maire de Harnes et dont la maison est aujourd’hui devenue le musée municipal), Alcide Plateau, vice-président et Pierre-François Dewatine, chef, décide de doter la société d’un drapeau. Une souscription publique est lancée et vite couverte. Une délégation du Comité conduite par Émile Delattre (dit « de l’Hôtel ») qui devait remplir la fonction de porte-drapeau, se rend à Arras pour faire l’acquisition de cet emblème. Quelque temps plus tard, la population de Harnes assiste à l’inauguration officielle du drapeau au cours d’une cérémonie présidée par le préfet du Pas-de-Calais. Les musiciens défilent ensuite dans leur tenue : redingote et pantalon noirs, gilet et cravate blancs, chapeau haut de forme.
La musique avait alors droit de cité et formait un élément actif et populaire dans la vie de la commune.
Guerre franco-allemande de 1870 La Guerre de 1870 entrave l’essor de la jeune société : son effectif diminue et ses activités pendant la durée de l’occupation allemande sont paralysées. Le travail dans la paix, la reprise des affaires permettront l’effort de reconstitution.
Premier concours (1879) Dès 1873, sous les présidences de MM. Charles Corroyez, Céleste Cailliez, Jacques Jambart et la direction du chef Lequeux (de 1873 à 1875), la Société musicale de la ville de Harnes voit s'accroître le nombre de ses sociétaires et son renom.
En 1879, sous la direction du chef Louis Boulanger (de 1875 à 1892), la fanfare, qui a abandonné son costume pittoresque pour adopter le costume de ville et la casquette de musicien, aborde enfin son premier concours, qui a lieu à Arras. Se présentant en division, section, la Société obtient les distinctions suivantes : prix d’exécution ; prix d’honneur ascendant la classant en division section. Ce résultat suscite l'ouverture d'une souscription publique pour doter la société d’une bannière verte, brodée aux armoiries de la ville.
De la Société musicale de la ville de Harnes à La Jeune France Changement de nom Les circonstances exactes dans lesquelles la Société musicale de la ville de Harnes a changé de nom ne nous sont pas connues, non plus que les raisons qui ont présidé au choix du nouveau nom, Fanfare la Jeune France. Le seul document disponible relatif à ce changement est un arrêté préfectoral (émanant du « Bureau Militaire » ), en date du , autorisant la constitution régulière de la société musicale La Jeune France. C’est la première fois que cette dénomination apparaît dans les archives municipales. Il faut croire toutefois que la société existait déjà en 1888 puisqu'elle est mentionnée dans l’Annuaire général de la musique et des sociétés chorales et instrumentales de France de 1888 : Henry-Abel Simon, Annuaire général de la musique et des sociétés chorales et instrumentales de France, 1988, p. 382..
Même si la Fanfare La Jeune France n’est pas reconnue comme municipale, elle reçoit des élus une subvention convenable et parfois même, comme à l’occasion du Festival de Musique du , un soutien moral et administratif comme l'« affaire des droits d’auteurs » en témoigne : La Jeune France » avait organisé le un Festival de Musique dans la ville ; ayant pris contact au préalable avec le représentant régional de la Société des Auteurs-Compositeurs de Musique (l’ancêtre de l’actuelle SACEM), le président de la Fanfare (André Déprez, à l’époque Sénateur) avait acquitté une somme forfaitaire de Droits d’Auteurs correspondant aux maigres ressources de la Société. Cette somme ayant été jugée insuffisante, il fut fait interdiction au Festival de se tenir : la municipalité d’alors, saisie par le Président de la Fanfare, lui apporta son total soutien et le Festival put avoir lieu sans poursuites pour la Fanfare.
Pour éviter toute déconvenue de la sorte à l’avenir, la Fanfare La Jeune France sollicite en , en plus d’une augmentation de la subvention visant à la porter de 760 à 1000 Francs, la reconnaissance du titre de fanfare municipale.
Essor La Société traverse une période d’accalmie sous les directions successives de MM. Nast (de 1892 à 1895) et Victor Huleux (de 1895 à 1897) : les musiciens vont acquérir par un travail individuel et collectif, des aptitudes musicales plus marquées.
Présidée par MM. Jambart (1889 à 1896) et Alcide Plateau (1896 à 1905) et dirigée par Florimond Hoogstoel (de 1897 à 1914), la Fanfare La Jeune France (dont les musiciens ont adopté depuis 1893 la tenue d’artilleurs de Brandebourg) peut alors donner la mesure de ses possibilités : 1897 : concours de Nogent-sur-Marne : trois premiers prix ; 1899 : concours d’Eu : trois premiers prix ; 1902 : concours de Lille : prix de lecture à vue, prix d’exécution, prix d’honneur, trois prix de direction au chef. Ces trois victoires permettent à la Société de se hisser en division, section.
Toujours sous la même direction et sous les présidences de MM. Ernest Rabouille (de 1905 à 1909) et Henri Beauvais (de 1909 à 1914), les musiciens, dans la tenue modernisée d’artilleurs de l’époque qu’ils portent depuis 1903, vont enregistrer de nouveaux succès : 1907 : concours de Pantin ; 1910 : concours de Clichy, où s’affirme leur supériorité.
Après ces résultats, la Fanfare « La Jeune France » se transforme en 1912 en harmonieL'harmonie est un ensemble musical regroupant bois, cuivres et percussions à la différence de la fanfare qui ne comprend pas les bois.. Elle compte alors une soixantaine de membres.
La Fanfare ouvrière vignette|225px|Création de la Fanfare ouvrière (1903).
Création (1903) Profitant de la nouvelle loi du qui consacre le principe de liberté d’association, une nouvelle société musicale est créée à Harnes en 1903. On ignore les circonstances qui présidèrent à cette création et ses acteurs, on sait seulement que la présidence était assurée par Alfred Poulain et la direction par Émile Dautricourt. Néanmoins, on peut affirmer que cette nouvelle association est marquée politiquement, en opposition avec l’Harmonie La Jeune France. En effet, très vite les heurts se multiplient entre cette fanfare, dont les membres portent la tenue de sapeurs pompiers, et la municipalité, plutôt conservatrice, que dirige à l’époque Anatole Bailliez.
Reconnaissance (1912) En , la victoire socialiste aux élections municipales permet à la Fanfare ouvrière d’être reconnue « municipale ». Une lettre du président Beauvais de la Fanfare ouvrière évoque sans ambages « l’indifférence dédaigneuse de la (précédente) municipalité » et rappelle que la Fanfare ouvrière avait été « traitée (jusque là) en paria ». Elle constitue le témoignage des luttes politiques dont les deux sociétés musicales furent les acteurs et les hérauts.
La vitalité de la Fanfare ouvrière municipale lui permet d’envisager sa participation à un premier concours, à Suresnes, prévu pour le , que la guerre déclenchée un mois auparavant empêche toutefois de se tenir.
Le cinquantenaire de La Jeune France Ascension vignette|redresse|225px|Cinquantenaire de « La Jeune France » (1913).