La Géorgie (en géorgien : , prononcé ) est un pays sur la côte est de la mer Noire dans le Caucase, situé à la fois en Europe de l'Est et en Asie de l'Ouest... Elle est considérée comme faisant culturellement, historiquement et politiquement parlant partie de l'Europe.Parlement européen, Resolution 2014/2717(RSP), 17 juillet 2014 : « pursuant to Article 49 of the Treaty on European Union, Georgia, Moldova and Ukraine – like any other European state – have a European perspective and may apply to become members of the Union provided that they adhere to the principles of democracy, respect fundamental freedoms and human and minority rights and ensure the rule of law… »Grande Encyclopédie soviétique, , volume , Moscou, 1952, .. Le pays est membre du Conseil de l'Europe, de l'OSCE, d'Eurocontrol, de la Coopération économique de la mer Noire et des GUAM. Elle espère devenir un jour membre de l'OTAN et de l'Union européenne, avec laquelle un accord d'association est conclu en 2014.. À la suite de l'invasion russe de l'Ukraine, la Géorgie dépose officiellement sa candidature à l'Union européenne le , reconnue officiellement le ..
L'histoire de la Géorgie remonte aux royaumes antiques de Colchide et d'Ibérie, qui furent ensuite unifiés. La Géorgie est l'une des premières nations à avoir adopté le christianisme comme religion officielle, au début du .. ; lors de la séparation des Églises d'Orient et d'Occident, elle choisit de demeurer orthodoxe. Elle connaît son âge d'or au , sous le règne de . Confrontée tour à tour aux Romains devenus Byzantins, aux Perses, aux Mongols et aux OttomansPierre Razoux, Histoire de la Géorgie, la Clé du Caucase, Paris, Perrin, 2009, l.1 à 3., la Géorgie est annexée au début du par l'Empire russe sous le tzar , mais retrouve son indépendance de 1918 à 1921. Elle est ensuite annexée par la Russie soviétique en tant que république socialiste soviétique de Géorgie au sein de l'Union soviétique.
À la faveur de la dislocation de l'URSS, l'indépendance de la Géorgie est une nouvelle fois restaurée en 1991 mais les difficultés économiques s'aggravent et les conflits post-soviétiques lui font perdre une partie de son territoire après les combats des années 1990 : si l'Adjarie redevient totalement géorgienne en 2004, en revanche l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud proclament unilatéralement leur indépendance avec le soutien direct de la Russie. La révolution des Roses, en 2004, pacifique, et l'alternance démocratique, en 2012, non moins pacifique, conduisent le pays sur le chemin de la démocratie. .
Le pays couvre un territoire de dont , soit environ 18 %, échappent à l'administration géorgienne depuis la deuxième guerre d'Ossétie du Sud en 2008. La Géorgie possède des frontières avec la Russie au nord, l'Arménie et la Turquie au sud, et l'Azerbaïdjan au sud-est. La population est de d'habitants selon le recensement de novembre 2014.
Étymologie Les Géorgiens nomment leur terre, la Géorgie, Sakartvelo, se nomment eux-mêmes Kartvelebi () et appellent leur langue, le géorgien, kartuli ().
Plusieurs théories existent quant à l'origine de cette appellation : l'origine étymologique de Sakartvelo (littéralement : le pays des Géorgiens) viendrait le plus probablement de sa khartv-elo qui signifie « le pays des hommes originaires de Khaldi » (Khartvli, en vieux géorgien), c'est-à-dire la Chaldée, située en MésopotamiePierre Razoux, Histoire de la Géorgie, la Clé du Caucase, Paris, Perrin, 2009 ( à 18). ; ce terme pourrait aussi venir de l'ancêtre mythique des Géorgiens, Karthlos, qui est considéré comme le père de la Géorgie, à l'origine du royaume de Kartlie-Ibérie ; une autre hypothèse avance que ces mots sont dérivés du mot (kart, en français : endroit fortifiéAujourd'hui, ce mot est utilisé sous la forme et veut dire enclos.).
La dénomination française du pays, Géorgie, n'est pas dérivée de saint Georges — saint protecteur du pays — comme cela est parfois avancéLang, David Marshall (1966), The Georgians, . Praeger Publishers. Khintibidze, Elguja (1998), The Designations of the Georgians and their Etymology, . Tbilisi State University Press ., ni non plus dérivée du grec (geōrgía), signifiant « agriculture » comme Jean Chardin l'avait affirmé dans le récit de son voyage au Caucase. Le nom est vraisemblablement dérivé de Gorj(i)], la dénomination persane des Géorgiens, qui est également la racine des mots turc et russe Gruzin. La Géorgie est nommée (Gordjestân) en persan, Gürcistan en turc, (Grouziia) en russe et (Grouzia) en hébreu. Le nom persan vient probablement de gorg (loup), qui est aussi l'origine du surnom du roi d'Ibérie Vakhtang Gorgassali (Tête de loup), car les Anciens considéraient le Gourdjistan comme la Terre des loups.
Dans l'Antiquité, les habitants de l'actuelle Géorgie étaient dénommés les Ibères, du nom du royaume dans lequel ils vivaient, l'Ibérie, sans lien apparent avec la péninsule Ibérique. Malgré le questionnement des géographes de l'Antiquité et l'hypothèse de certains savants géorgiens estimant que les Ibériens du Caucase étaient les ancêtres des Ibériens de la péninsule, le nom caucasien d'Ibérie viendrait de celui de la ville géorgienne Sper, aujourd'hui İspir en Turquie.
Les dénominations arméniennes pour Géorgien et Géorgie, respectivement Vir et Virq, viennent d'Ibérie avec la perte du « i » initial et son remplacement par le « w » ou le « v » du « b » d'Ibérie.
Histoire
De la Préhistoire à l'Antiquité vignette|droite| La patère de Marc Aurèle, un empereur romain, découverte en Géorgie.
Lors de fouilles paléontologiques effectuées à Dmanissi, dans le sud du pays, entre 1999 et 2001, des restes d'hominidés de l'espèce Homo georgicus datant d'environ d'années ont été trouvés.
vignette|gauche|redresse=1.5|Archéopolis dans l'ouest de la Géorgie. Ce serait la ville d'Ea mentionnée par Strabon et Pline, et que Procope de Césarée appelle « »..
De nombreuses civilisations, langues et religions se diffusent à travers le Caucase et le territoire géorgien qui se trouve dans une position de carrefour entre les puissances qui l'entourent. Les Scythes s'installent dans la région au , suivis par l'Empire perse (dynastie achéménide).
Le fleuve Koura est un tracé secondaire de la route de la soie, entre la mer Caspienne et la mer Noire.
Durant la seconde moitié du , le macédonien Alexandre le Grand atteint à son tour les frontières de la Géorgie actuelle, mais n'intègre pas le Caucase, trop coûteux à soumettre, à son empire.
Au , la Géorgie est divisée en deux : la Colchide occidentale, partiellement hellénisée est sous influence pontique tandis que l'Ibérie orientale est sous influence parthe (Arsacides). Alors que la Colchide devient une province romaine, puis byzantine en se christianisant, l'Ibérie s'émancipe des Parthes et se développe au point de rivaliser avec l'Arménie pour le contrôle du Caucase. La République romaine la vassalise jusqu'à l'invasion des sassanides au .
La Géorgie au Moyen Âge vignette|droite|redresse=1.2|Relief d'un sarcophage figurant le roi dans la cathédrale de Samtavissi (). La Géorgie orientale change considérablement au : durant la décennie 330, le royaume d'Ibérie se convertit au christianisme apporté par sainte Nino de Cappadoce, une nonne de Jérusalem de la famille de Georges de Lydda qui convainc le roi Mirian et son épouse d'abandonner la religion traditionnelle, formé d'un ensemble de cultes païens mêlant le mazdéisme d'origine iranienne à des traditions religieuses locales dont dérive la mythologie géorgienne. Dès lors, la culture géorgienne se développe à travers la chrétienté et atteint son apogée avec le règne de Vakhtang Gorgassali, monarque vainqueur des Perses et des Grecs.
À la fin du , l'Ibérie et la Colchide s'allient, et tentent une première unification. Mais la mort du roi Vakhtang , dans les années 580 profite à la Perse qui fait de la Géorgie orientale l'une de ses provinces. Une période trouble s'ensuit, la Géorgie est divisée à maintes reprises entre les Perses, les Byzantins, les Arabes et quelques princes locaux assez puissants pour reprendre provisoirement le titre de roi… et se combattre mutuellement, ce qui finalement profite aux invasions musulmanes abassides.
À la fin du , après la période difficile des invasions abassides du , le prince de Tayk, , unifie la Géorgie orientale reçoit la couronne de « roi des Géorgiens » du « roi des rois » , représentant de la branche aînée des BagratidesSelon ..
Royaume de Géorgie
vignette|redresse|, le roi de la Géorgie unifiée (fresque du monastère de Chio-Mgvime). Au début du , le prince Bagration (descendant du premier roi des Géorgiens, ), , unifie pour la première fois de son histoire la nation géorgienne, du royaume d'Abkhazie à celui de Kakhétie, rassemblant dans un unique État tous les pays partageant la même religion et la même culture que l'Ibérie. En quelques années, réussit par ailleurs à soumettre bon nombre de ses voisins, dont l'émirat musulman de Gandja. Dans un but politique, il se sépare de la tradition pro-byzantine de ses ancêtres et s'allie avec le Califat fatimide, musulman, contre Constantinople. Pour cette raison, la première moitié du est principalement illustrée par les nombreux conflits militaires entre le Royaume de Géorgie et l'Empire byzantin.
vignette|gauche|redresse|Chrétiens jetés dans la Koura par les Mongols car ils refusaient d'abjurer leur foi (cathédrale de Samtavissi).
À la fin des années 1040, le conflit cesse et laisse place à une autre guerre, cette fois entre Géorgiens et Seldjoukides, eux aussi musulmans. Elle éclate en 1048 : les forces alliées de la Géorgie et de Constantinople triomphent d'abord de l'Empire seldjoukide à la bataille de Kapetrou, engagent une « croisade géorgienne » en raison du caractère religieux du conflit, mais battent ensuite en retraite : les Seldjoukides s'emparent du centre de l'Anatolie en 1071 (bataille de Mantzikert) et dévastent ce pays, ainsi que l'Arménie et le territoire géorgien, jusqu'à la fin du .
À peine intronisé, le jeune roi repousse les troupes de l'envahisseur, libère plusieurs régions situées entre la mer Noire et la mer Caspienne, et réalise la conquête de l'Arménie et de l'Alanie. Ses successeurs achèvent au début du la prise de contrôle du sud transcaucasien : le règne de la reine constitue l'apogée du Royaume de Géorgie.
Mais des révoltes nobiliaires éclatent, et en 1223, les Mongols tengristes, apparus aux frontières du pays, n'ont aucun mal à vaincre la monarchie géorgienne. Durant la décennie 1270, bien qu'un royaume géorgien s'instaure en Colchide, le territoire géorgien sombre dans le déclin : les Timourides, puis les Turcomans succèdent aux Mongols. Après la chute de Trébizonde en 1461, la Géorgie se divise en trois entités, dernières monarchies chrétiennes de la région.
Division
En 1478, accède au trône géorgien après une période de guerre civile et de chaos intérieur. Une dizaine d'années plus tard, en 1490, un conseil national proclame la division officielle du Royaume de Géorgie, qui laisse place à trois entités : l'Iméréthie à l'ouest, dirigée par , la Karthlie au centre, qui reste aux mains de , et la Kakhétie à l'est, qui revient au prince Alexandre . À partir de cette période, les trois royaumes deviennent vassaux des Empires perse et ottoman, puissances musulmanes : la division profite aux États vassaux de la Ciscaucasie qui se proclament indépendants, mais les Ottomans les annexent, entourant désormais la totalité de la Géorgie occidentale ; l'Iméréthie sombre à son tour dans le chaos quand la noblesse réussit (notamment grâce à la conversion de plusieurs de ces nobles à l'Islam) à gagner en puissance. En un demi-siècle, l'Abkhazie, la Svanétie, la Mingrélie et la Gourie deviennent indépendantes de facto vis-à-vis de Koutaïssi : leurs monarques n'hésitent pas à se proclamer rois à leur tour ;