Clare Boothe Luce, née le à New York et morte le à Washington D.C., est une journaliste, dramaturge, femme politique, diplomate et figure conservatrice américaine.

Dramaturge polyvalente dans l'entre-deux-guerres, elle est connue pour sa pièce à succès Femmes (1936), qui compte un casting entièrement féminin. Elle écrit des scénarios de théâtre et de films, devenant également journaliste et reporteur de guerre. Elle est mariée au magnat de la presse Henry Luce, fondateur de Time, Life, Fortune et Sports Illustrated.

Membre du Parti républicain, elle est représentante du Connecticut entre 1943 et 1947 ; elle est d'ailleurs la première femme à représenter le Connecticut au Congrès américain. Brièvement alignée sur le libéralisme du président Franklin Roosevelt dans sa jeunesse, elle devient par la suite une fervente critique de sa politique. Fervente partisane de l'alliance anglo-américaine lors de la Seconde Guerre mondiale, elle demeure ouvertement critique sur le colonialisme britannique en IndeClare Boothe Luce, Address to the India League of America, August 9, 1943, Clare Boothe Luce Papers, Library of Congress (hereafter CBLP-LC)..

Par la suite, elle est ambassadrice des États-Unis en Italie entre 1953 et 1956 (devenant la première femme américaine à occuper un tel poste dans un pays de cette importance) puis ambassadrice au Brésil en 1959.

Conservatrice et anticommuniste, conférencière charismatique et énergique, surtout après sa conversion au catholicisme en 1946, elle fait campagne pour chaque candidat républicain à l'élection présidentielle, de Wendell Willkie à Ronald Reagan. Soutenant l'accès des jeunes filles aux études universitaires, elle a fait don d'une partie de sa fortune à un programme de bourse qui porte son nom.

Biographie Jeunesse et premier mariage vignette|gauche|upright|Clare Boothe dans les années 1920.

Elle est la deuxième enfant d'Anna Clara Schneider (également connue sous les noms d'Ann Snyder Murphy, Ann Boothe et Ann Clare Austin) et de William Franklin Boothe (également connu sous les noms de John J Murphy et Jord Murfe).. Non mariés, ses parents se séparent en 1912. Son père est un homme sophistiqué et un violoniste brillant. ; il inculque à sa fille l'amour de la littérature et de la musique mais il a des difficultés à trouver un emploi et travaille des années comme vendeur ambulant. La jeune fille passe sa jeunesse à Memphis, Nashville, Chicago, Union City (New Jersey) et New York.. Elle a un frère aîné, David Franklin Boothe.

Elle est élève à Garden City et à Tarrytown (New York), obtenant son diplôme en 1919, à l'âge de .. L'objectif initial de sa mère était d'en faire une actrice. Elle double Mary Pickford à Broadway à l'âge de et a un petit rôle dans le film de Thomas Edison The Heart of a Waif (1915).. Après une tournée en Europe avec sa mère et son beau-père, , que celle-ci épouse en 1919, Claire Boothe s'intéresse au mouvement pour le droit de vote des femmes et elle est embauchée par Alva Belmont pour travailler au National Woman's Party à Washington (district de Columbia) et Seneca Falls (New York)..

Intelligente, ambitieuse et dotée d'un physique avantageux, la jeune femme abandonne rapidement le combat féministe. Elle épouse , héritier millionnaire de l'industrie new-yorkaise de vêtements, le , à l'âge de . Ils ont une fille, Ann Clare Brokaw ( - ). À cause de l'alcoolisme du mari, le couple divorce en 1929. George Brokaw se marie ensuite à Frances Villiers Seymour. Après sa mort en 1935, Frances Brokawse se remarie à l'acteur Henry Fonda et devient la mère de Jane et Peter Fonda..

vignette|Alva Belmont et Claire Boothe en 1928. Le , elle se remarie à Henry Luce, créateur des magazines Time, Life et Fortune. Elle porte alors le nom de Clare Boothe Luce, souvent mal orthographié et qui était souvent confondu avec celui de sa contemporaine Claire Luce, une actrice de théâtre et de cinéma. Dans sa carrière littéraire, Clare Boothe Luce continue d'utiliser son nom de jeune fille.

Le , sa fille Ann Clare Brokaw, âgée de et étudiante à l'université Stanford, est tuée dans un accident d'automobile"Ann Brokaw Dies in Auto Collision", The New York Times, 12 janvier 1944.. À la suite de cette tragédie, elle s'intéresse à la psychothérapie et la religion. Après avoir été conseillée par le prêtre télévangéliste Fulton Sheen, elle rejoint l'Église catholique en 1946The New York Times, 17 février 1946.. Elle devient alors une fervente essayiste et conférencière afin de célébrer sa foi et est nommée Dame de l'ordre souverain de Malte. En 1949, en mémoire de sa fille, elle finance la construction d'une église catholique à Palo Alto à l'usage du campus de Stanford. La chapelle Sainte-Anne est inaugurée en 1951. Elle est vendue par le diocèse en 1998 et est devenue en 2003 l'église de la Province anglicane du Christ-Roi"A Spiritual Home Finds Salvation", Stanford Magazine, July/August, 2006. Accessed August 2, 2009. Ann Brokaw graduated cum laude from Foxcroft School in Middleburg, Virginia at the age of 17 and went to Stanford University as a way to see the western United States. While at Stanford she was a member of the Kappa Kappa Gamma sorority..

Couple avec Henry Luce Leur couple est complexe. Malgré son succès professionnel, Henry Luce manquait d'humour, faisait preuve de maladresse, et n'était pas aussi à l'aise que sa femme dans la vie sociale, ce qui lui faisait craindre d'être comparé à elle.. Les années qu'elle passe comme rédactrice en chef de Vanity Fair font par ailleurs naître chez elle un vif intérêt pour le journalisme (elle a suggéré l'idée du magazine Life à son mari avant qu'il ne soit développé en interne).. Henry Luce lui-même l'encourageait à écrire pour Life mais à mesure que la notoriété de sa femme grandissait, il restait prudent pour ne pas être accusé de népotisme.

Au début des années 1960, ils sont amis du philosophe et promoteur du LSD Gerald Heard.. Ils font une fois l'expérience de cette drogue sous sa surveillance. Bien que le LSD ne soit jamais devenu une habitude, l'ami et biographe de Clare Boothe Luce Wilfred Sheed, a affirmé que cette dernière en a au moins consommé plusieurs foisSheed, Wilfred 1982 Clare Boothe Luce. Berkley: New York, ..

Henry Luce meurt d'une crise cardiaque en 1967. Considérés comme l'un des grands « couples de pouvoir » de l'histoire américaine, ils sont restés soudés par leurs intérêts mutuels et leurs caractères complémentaires, bien que différents. Ils se sont traités avec un respect infaillible en public, notamment lorsque Henry Luce a joué le rôle d'époux de diplomate lorsque sa femme était ambassadrice en Italie. Elle ne fut jamais capable de le convertir au catholicisme (il était le fils d'un missionnaire presbytérien) mais il ne contesta pas la sincérité de sa foi, assistant souvent à la messe avec elle et la défendant quand elle était critiquée par ses confrères protestants.

Dans les premières années de son veuvage, Clare Boothe Luce se retire dans sa luxueuse maison de plage qu'elle avait fait construire à Honolulu avec son mari, mais l'ennui la gagnant, elle revient à Washington de plus en plus régulièrement, y vivant définitivement à partir de 1983.

Carrière littéraire vignette|upright|Poster du film Femmes (1939).

En 1931, elle publie Stuffed Shirts, un livre de nouvelles. Le magazine Scribner compare son travail à celui d'Evelyn Waugh dans Vile Bodies pour son humour amer. Le New York Times trouve l'ouvrage socialement superficiel mais il fait l'éloge de son élégance stylistique.. Des éléments de son livre ont été empruntés à Winesburg-en-Ohio (1919) de Sherwood Anderson ; il a par ailleurs impressionné l'écrivain français André Maurois, qui lui a demandé la permission de l'imiter.. Elle a également publié de nombreux articles dans des magazines.

Après l'échec de sa première pièce de théâtre, la comédie musicale Abide With Me (1935), elle publie Femmes (The Women). Avec une troupe de 40 actrices qui parlaient des hommes dans un langage souvent osé, la pièce devient un succès à Broadway en 1936 et, trois ans plus tard, un film hollywoodien. Vers la fin de sa vie, Clare Boothe Luce a reconnu que, pendant un demi-siècle, elle avait reçu les droits d'auteur des représentations de sa pièce partout le monde. Plus tard, dans les années 1930, elle écrit deux autres pièces plus réussies, mais qui donnent lieu à moins de représentations, étant cependant adaptées au cinéma : Kiss the Boys Goodbye et Margin for Error. La seconde était une critique de la philosophie raciste nazieLyons (1989), Clare Boothe Luce, Author and Diplomat, .. Albert Einstein et Thomas Mann ont assisté à la première, à Princeton (New Jersey), le . Otto Preminger a réalisé et joué dans la production de Broadway puis dans son adaptation à l'écran..

vignette|gauche|Le général Tchang Kaï-chek et Song Meiling reçoivent Clare Boothe Luce, en avril 1942.|upright La jeune et riche divorcée travaille au début des années 1930 chez Vogue, avant de devenir rédactrice en chef adjointe puis directrice de Vanity Fair. Elle a non seulement publié les œuvres de grands auteurs humoristes tels que Pelham Grenville Wodehouse et , mais elle a également contribué elle-même dans la même veine littéraire, en signant ou non ses écrits.

Elle s'est également investie dans le journalisme de guerre. Son livre Europe in the Spring est le résultat d'une tournée de quatre mois en Grande-Bretagne, en Belgique, aux Pays-Bas, en Italie et en France en 1939-1940, en tant que correspondante du magazine Life. Elle y décrit l'élargissement du champ de bataille qu'inaugure la Seconde Guerre mondiale, « un monde où les hommes ont décidé de mourir ensemble parce qu'ils sont incapables de trouver un moyen de vivre ensemble »..

En 1941, elle visite la Chine avec son mari et fait un compte-rendu de la situation du pays et de sa guerre avec le Japon. Son portrait du général Douglas MacArthur est en une de Life le , le lendemain de l'attaque de Pearl Harbor par les Japonais. Après l'entrée en guerre des États-Unis, elle fait une tournée d'installations militaires en Afrique, en Inde, en Chine et en Birmanie, compilant une nouvelle série de rapports pour Life. Elle publie des interviews avec le général Harold Alexander, commandant des troupes britanniques au Moyen-Orient, Tchang Kaï-chek, Jawaharlal Nehru et le général Joseph Stilwell, commandant des troupes américaines sur le théâtre Chine-Birmanie-Inde.

Son instinct d'être au bon endroit au bon moment et d'avoir facilement accès aux commandants clés fait d'elle une figure influente des deux côtés de l'Atlantique. Elle vit des raids de bombardement et d'autres dangers en Europe et en Extrême-Orient. Elle n'hésite pas à critiquer le style de vie peu ordinaire du commandant au Moyen-Orient, le général Claude Auchinleck, dans un langage qui rappelait sa carrière littéraire passée. Un projet d'article pour Life, expliquant que le général vivait loin du front égyptien dans une péniche et se moquait des pilotes de la RAF en les surnommant le « fées volantes », fut découvert par les douanes britanniques quand elle traversa Trinité en . Il causa une consternation des Britanniques et elle fait brièvement l'objet d'une assignation à résidence.. Coïncidence ou non, Claude Auchinleck est limogé quelques mois plus tard par Winston Churchill. Ses expériences variées dans tous les grands théâtres de la guerre lui ont permis l'année suivante d'intégrer le comité des affaires militaires de la Chambre des représentants des États-Unis.

Elle n'a jamais écrit d'autobiographie. Elle a légué ses archives à la bibliothèque du Congrès.

Carrière politique Représentante des États-Unis vignette|Portrait officiel de Clare Boothe Luce comme représentante du Connecticut.|upright En 1942, elle est élue sous la bannière du Parti républicain à la Chambre des représentants des États-Unis représentant le comté de Fairfield (Connecticut), le district de l'État.