thumb|Schéma simpliste de la transmission linéaire de l'information dans la communication (paradigme mécaniste).
Les sciences de l'information et de la communication (SIC) forment un champ de recherches universitaires, connu sous ce nom en France, Belgique, Suisse, Algérie et au Maroc. Quant au Québec, on s'y réfère aux études en « Communication » ou « Science de l'information ».
Les SIC sont créées en France au cours du , en écho aux interdisciplines américaines préexistantes media studies, communication studies et information science, ainsi qu'à la allemande. Cette nouvelle discipline se fonde sans que les chercheurs qui y participent ne partagent un paradigme commun. Du fait de la multiplication des référents théoriques, elle se constitue en « inter-discipline », ce qui interroge sur sa légitimité disciplinaire auprès des disciplines plus anciennes qui nourrissent ses travaux. C'est ainsi que les SIC empruntent largement aux sciences humaines sans ignorer pour autant les sciences de l'ingénieur : l'informatique, la cybernétique, les théories du signal (etc.), trouvent un écho dans les recherches relatives à l'information ; les recherches sur la communication organisationnelle (institution, organisation, entreprise...) recoupent en partie les recherches en gestion ; les sciences de la documentation (documentation, bibliologie, bibliothéconomie…) et des métiers du livre se rapprochent de l'information et des sciences de l'éducation ; les sciences de la communication font appel à la sociologie, à la psychologie, à l'anthropologie, à l'histoire, à la sémiologie, à la philosophie (etc.) et engendrent de nouvelles recherches spécifiques aux SIC. Naissent ainsi de nouveaux courants tels que l’épistémologie des SIC, l’histoire des SIC., la didactique des SIC, l'anthropo-sémiotique et l'anthropologie de la communication.
Le marque un tournant dans la discipline dans la mesure où les chercheurs en SIC soutiennent désormais une thèse dans cette discipline, quand leurs prédécesseurs avaient rejoint les SIC après un cursus doctoral dans une autre discipline. Cette évolution contribue à une structuration plus forte de son organisation et au renforcement du corpus théorique issu de l'histoire des SIC. La reconnaissance de la discipline dépasse le monde strictement universitaire, comme en témoigne l'intérêt des médias pour les chercheurs qui analysent la société contemporaine au prisme des SIC.
Historique
Le champ de connaissance a émergé après la Seconde Guerre, sans que l'histoire des sciences de la communication et de l'information se confondent entièrement« La science de l'information, ou le poids de l'histoire » (2006). Article de H. Fondin dans Les enjeux de l'information et de la communication. Revue en ligne. Disponible sur .
L'histoire des sciences de l'information s'enracine dans l'évolution des techniques documentaires et le développement de l'informatique.
À partir des années 1970–1980, l’entrée croissante des femmes dans la recherche concernant le comportement informationnel contribue à un tournant épistémologique : la focale se déplace des systèmes d’information vers l’expérience située des usagers. Selon une étude récente, les chercheuses comme Brenda Dervin ou Carol Kuhlthau sont parmi les premières à défendre une approche centrée sur l’individu, son contexte social, et ses besoins informationnels réels, plutôt que sur les performances techniques des dispositifs d’information. Elles contribuent à l’émergence du modèle dit de «sense-making», et à l’introduction de la dimension subjective et affective dans l’analyse de la recherche d’information. Ces travaux ont conduit à une redéfinition des objets et des méthodes du champ des SIC, vers l’étude des pratiques informationnelles quotidiennes, des circulations informelles, des inégalités sociales d’accès à l’information, et de la pluralité des sources marquant un élargissement du cadre théorique des SIC.
Le versant communicationnel des SIC s'est constitué par la diffusion d'un discours utopique sur la communication (Norbert Wiener, Harold Innis, Marshall Mac LuhanAnciens messagers, nouveaux médias : l'héritage d'Innis et de McLuhan, une exposition de musée virtuelle à Bibliothèque et Archives Canada) ou critique (, Armand Mattelart), ainsi que par l'usage grandissant de techniques de sondage d'opinion (George Gallup, Jean Stoetzel).
En France, dans les années 1970, le projet scientifique concerne également la schématologie, la publicité et l'édition ; à partir des années 1990, il inclut de nombreuses recherches concernant les technologies de l'information et de la communication, l'Internet et les nouveaux médias, les communications organisationnelleshttps://www.cne-evaluation.fr/WCNE_pdf/INFO_COM.pdf.
L'absence de nom collectif rend ardue la visibilité de la discipline : on parle de "communicologie"Robert Estivals, 1983, pp. 39-60. « La communicologie », Schéma et schématisation, n° 19 (« Les sciences de l'information et de la communication »). au début des années 1980 ; on tente la "médiologie" au début des années 1990 ; on essaie la « médialogie » depuis peu... Mais, dans les médias, les « communicologues » sont souvent étiquetés en référence à des disciplines plus anciennes et sont assimilés aux « sociologues », « philosophes », « politologues », voire « historiens », ce qui laisse dans le flou l'existence d'une discipline universitaire spécifique. Depuis les années 2000, cette assimilation s'estompe progressivement, sauf quand il s'agit de nouveaux courants de la discipline comme celui de l' "anthropologie de la communication" dont les chercheurs sont associés aux « anthropologues ».
Le positionnement des sciences de l'information et de la communication est également intéressant pour cette question.
Institutionnalisation, organisation, rayonnement
L'institutionnalisation des Sciences de l'information et de la communication française s'effectue en 1975 par la création de la « section » du Conseil national des universités. Un premier état des lieux de la discipline, analysé, domaine par domaine, est, en effet, effectué par le Comité national d'évaluation en 1992-1993. En 2009, une « Commission interdisciplinaire » (CID 42) intitulée "Sciences de la communication" fonctionne au sein du CNRS. Ces instances revêtent une importance réelle en matière d'évaluation, de recrutement et de carrière.
En 2010, les responsables des laboratoires en SIC labellisés par le ministère décident de se rencontrer régulièrement en une "Conférence permanente des directrices et directeurs des unités de recherche en sciences de l'information et de la communication" (CPDirSIC) . Elle prend le statut d'association à but non lucratif et se donne pour objectif de permettre aux responsables d'équipes et de laboratoires d'échanger des informations sur la gestion des laboratoires, de développer et de valoriser la discipline, et de contribuer à la culture commune.. L'adhésion est volontaire. En 2018, la CPDirSIC s'élargit aux responsables d'équipes SIC intégrés dans des laboratoires pluridisciplinaires.
Les SIC existent également au travers de sociétés savantes françaises ou étrangères et de réseaux de recherches internationaux au rang desquels on trouve : la SFSIC (Société française des sciences de l’information et de la communication), l'ACC (Association canadienne de communication), l’AIÉRI (Association internationale des études et recherches sur l’information), l’ICA (International communication association), l’ECREA (European Communication Research and Education Association), l’AMIC (Asociación mexicana de Investigadores de la comunicación), les UNITWIN digital campusUNESCO (E. laboratoire on Human Trace Unitwin Complexes Systèmes Digital Campus) et les chaires universitaires UNESCO (URBICOM). Elles existent également sur le plan scientifique au travers des groupes d'études et de recherches centrés sur des problématiques particulières. Certains sont labellisés par la SFSIC comme le groupe d'études sur les communications organisationnelles (Org&Co) ou le Groupe « Industrialisation de la formation ».
Auteurs liés aux sciences de l'information et de la communication
En France, la discipline universitaire regroupe désormais plus de 700 enseignants-chercheursPascal_Froissart & Hélène_Cardy, 2006, p. 259-278. « SIC : cartographie d’une discipline ». In Stéphane Olivesi. Sciences de l’information et de la communication. Objets, savoirs, discipline. Grenoble : PUG, 288 pages. (dont près de 80 % au grade de maître de conférences), c'est-à-dire davantage que la science politique ou les sciences de l'éducation, et à peine moins que la sociologie.
Parmi les auteurs les plus fréquemment cités, on trouve (par ordre alphabétique) : Fabrice d'Almeida, Anne-Claude Ambroise-Rendu, Ghislaine Azémard, Jean-Pierre Balpe, Francis Balle, Roland Barthes, Gregory Bateson, Denis Bertrand, Ray Birdwhistell, Simone Bonnafous, Daniel Bougnoux, Sam Bourcier, Jérôme Bourdon, Jean-Jacques Boutaud, Philippe Breton, Suzanne Briet, David Buxton, Manuel Castells, Ghislaine Chartron, Marlène Coulomb-Gully, Laurent Creton, François Cusset, Bernard Darras, Daniel Dayan, Régis Debray, Christian Delporte, Umberto Eco, Robert Escarpit, Robert Estivals,Joëlle Farchy, Patrice Flichy, Georges Friedmann, Michel Foucault, Pekka Himanen, François-Bernard Huyghe, Harold Innis, Geneviève Jacquinot, Francis Jauréguiberry, Yves Jeanneret, François Jost, Elihu Katz, Derrick de Kerckhove, Bernard Lamizet, Pascal Lardellier, Harold Lasswell, Anne-Marie Laulan, Paul Lazarsfeld, Olivier Le Deuff, Cyril Lemieux, Pierre Lévy, Marc Lits, Cécile Méadel, Éric Macé, Éric Maigret, Denis Maréchal, Armand Mattelart, Marshall McLuhan, Jean Meyriat, Louise Merzeau, Bernard Miège, Pierre Mœglin, Jean-Louis Missika, Abraham Moles, Alex Mucchielli, Pierre Musso, Joanna Nowicki, Paul Otlet, Dominique Pasquier, Jacques Perriault, Serge Proulx, Rémy Rieffel, Denis Ruellan, Nathalie Sonnac, Lucien Sfez, Pierre Schaeffer, Claude Shannon, Eliseo Verón, Paul Watzlawick, Warren Weaver, Norbert Wiener, Yves Winkin, Dominique Wolton, Adeline Wrona, Manuel Zacklad... Voir :Catégorie:Chercheur en communication
Offre de formation
L'offre de formation en Sciences de l'information et de la communication s'est beaucoup étoffée ces dernières années : des seuls DUT en « Techniques de l'information et de la communication » des années 1970., on est passé aux DEUG et licences dans les années 1980 (remplacés eux-mêmes par les licences LMD en 2005), aux maîtrises et DEA ou DESS (remplacés par les masters LMD en 2005) et aux doctorats.
En France, de nombreux diplômes ressortissent à la discipline des « Sciences de l'information et de la communication » ( du CNU) : la licence en « Information et communication ». Il y en a une trentaine en France, qui préparent tant à la poursuite d'études qu'à l'entrée dans le monde du travail. En 2007, il y avait treize licences disciplinaires à offrir les trois années en formation initiale, et seize diplômes offrant la seule année de spécialisation L3 à des étudiants venant d'autres disciplines avec un Bac + 2. la licence professionnelle. Il en existe près d'une centaine, sous des appellations diverses (la mention « Activités et techniques de communication » regroupe 64 formations recensées par l'ONISEP) le bachelor universitaire de technologie (BUT, anciens DUT) en « Information – Communication » (19 formations en France, avec quatre options : « Communication d’entreprise », « Journalisme », « Métiers du livre », « Gestion de l'information et du document dans les organisations), ou « Métiers du multimédia et de l'Internet » (MMI, qui remplace le DUT « Services et réseaux de communication » [SRC] depuis 2013).