Les Ménines (en Le mot espagnol : menina est d'origine non pas castillane mais portugaise et s'apparente aux mots français mignot et mignon. Il désigne initialement les jeunes filles, les suivantes : cf. Ciberduvidas da língua portuguesa) ou La Famille de Philippe IV, est le portrait le plus célèbre de Diego Vélasquez, peint en 1656. Le tableau est exposé au musée du Prado, Numéro de catalogue : P01174. à Madrid. La composition complexe et énigmatique de la toile interroge le lien entre la réalité et l’illusion et crée une relation incertaine entre celui qui regarde la toile et les personnages qui y sont dépeints. Cette complexité a été la source de nombreuses analyses qui font de cette toile l'une des plus commentées de l'histoire de la peinture occidentale.

Ce tableau représente des personnages dans une très grande pièce du palais du roi Philippe IV. La jeune infante Marguerite-Thérèse est au centre du groupe, entourée de demoiselles d'honneur, d'un chaperon, d'un garde du corps, d'une naine, d'un enfant italien et d'un chien.

Derrière eux, sur la gauche, Vélasquez se représente lui-même en train de peindre, regardant au-delà la peinture, comme s'il regardait directement l'observateur de la toile Madlyn Millner Kahr, « Velázquez and Las Meninas », in The Art Bulletin, vol. 57, 2, juin 1975, .. Un miroir à l'arrière plan réfléchit les images du roi Philippe IV et de la reine Marie-Anne, parents de l'infante, en train d'être peints par Vélasquez (ou peut être, selon certains universitaires, réfléchissant le tableau que peint Vélasquez représentant le couple royal). Par le jeu de miroir, le roi et la reine semblent être placés hors de la peinture, à l'endroit même où un observateur se placerait pour voir celle-ci.

Au fond, le chambellan José Nieto apparaît à contre-jour, comme une silhouette, sur une courte volée de marches, tenant d'une main un rideau qui s'ouvre sur un incertain mur ou espace vide.

La peinture Les Ménines est reconnue comme l'une des toiles les plus importantes de la peinture occidentale. Le peintre baroque Luca Giordano a dit de cette peinture qu'elle représente la « théologie de la peinture » tandis que Thomas Lawrence la qualifia de « philosophie de l'art ».

Les peintres du en Espagne ne bénéficiaient que très rarement d'un statut social élevé. La peinture y était considérée comme une technique et non comme un artSira Dambe, « Enslaved sovereign: aesthetics of power in Foucault, Velázquez and Ovid » in Journal of Literari Studies, décembre 2006.. Vélasquez est l'exception qui confirme la règle. Entré au service de Philippe IV en tant que peintre officiel du roi en 1623, il devient le curateur de la collection de peinture du souverain à partir des années 1640. Il semble avoir bénéficié d'un degré de liberté relativement inhabituel à ce poste. Il supervise la décoration intérieure du palais et est responsable de l'achat de tableaux pour le compte du roi d'Espagne. À partir des années 1650 Vélasquez est réputé en Espagne comme un fin connaisseur des arts. Le gros de la collection du musée du Prado, dont des Titien, des Raphaël et des Rubens, a été acquise et regroupée sous la curatelle de VélasquezAlpers (2005), .. Il gravit les échelons de la cour de Philippe IV, il est anobli et nommé grand maître des appartements du Palais (aposentador mayor de Palacio) en 1651, poste qu'il occupera jusqu'à sa mort en 1660. Le poste lui apporte une reconnaissance sociale et une aisance matérielle mais ne lui laisse que peu de temps pour la peinture. Pendant les huit dernières années de sa vie où il occupe ce poste il ne peint que peu d'œuvres, surtout des portraits de la famille royaleCarr (2006), .. Quand il peint Les Ménines en 1656-1657, il est au service du roi Philippe IV depuis 33 ans.

Généalogie royale

La première épouse du roi Philippe IV d'Espagne, Élisabeth de France, meurt en couches en 1644. De leurs neuf enfants, seuls deux ont dépassé le seuil de l'enfance : une fille, l'infante Marie-Thérèse née en 1638 et leur seul fils, l'infant Baltasar Carlos né en 1629 qui suit sa mère dans la tombe en 1646. Le roi, qui n'a plus d'héritier mâle, épouse en secondes noces en 1649 et à l'âge de 44 ans l'archiduchesse Marie-Anne d'Autriche— sa nièce auparavant promise au feu infant Baltasar Carlos —, qui en a 14. Ce mariage correspond à un souhait d'alliance entre les Habsbourg d'Espagne à leurs cousins autrichiens.

Marguerite Thérèse, née en 1651, est leur premier enfant et le seul survivant à l'époque où Les Ménines a été peinte. Ils auront par la suite quatre autres enfants dont trois meurent en bas âge. Vélasquez a peint d'autres portraits de la reine Marie-Anne et de ses enfants mais Philippe IV refusait d'être peint dans son âge mûr, faisant toutefois une exception pour Les Ménines. Philippe IV avait sa chaise attitrée dans l'atelier de Vélasquez et allait souvent le voir travailler. En dépit de l'étiquette rigide qui gouvernait la vie du palais, Vélasquez et Philippe IV semblent avoir été très proches. À la mort du peintre, le souverain espagnol écrira : « Je suis brisé » dans la marge d'un document sur le choix de son successeur John Canaday, Baroque Painters, ( éd. 1969, dans The Lives of the Painters), Norton Library, New York, 1972. Voir aussi: Kahr (1975), citant Pacheco..

Provenance et état de la toile Selon A. HugonAlain Hugon, Philippe IV : Le Siècle de Vélasquez p.20, le tableau figura dans différents inventaires à partir de 1666 (la toile était connue sous le nom de La famille Michael Levey, Painting at Court, Weidenfeld and Nicholson, Londres, 1971, . puis La famille de Philippe IV). L'œuvre fut mentionnée par Félix da Costa (1696), et Luca Giordano (1700), ce dernier dans l'inventaire de la collection de l'Alcazar royal de Madrid ; la toile, sauvée du feu en 1734, fut accrochée dans le nouveau palais royal en 1764 ; le peintre allemand Anton Raphael Mengs en souligna l'importance. Elle acquit enfin une certaine renommée à partir de l'ouverture du musée du Prado en 1819. La première mention du nom moderne Las Meninas est de 1843 sur le catalogue du musée du Prado.

La radiographie a aussi révélé que dans un premier temps la moitié gauche du tableau n'était pas occupée par une représentation du peintre, mais occultée par un rideau rouge, d'où un jeune garçon tendait vraisemblablement un bâton de commandement à l'Infante, alors au centre du tableau. C'était donc un tableau dynastique très clair, très simple : il y avait l'héritière du trône et, au fond, la présence auratique du roi et de la reine, fondateurs de la dynastie. Pourtant, quelques années plus tard naquit l'infant Próspero, héritier mâle à qui revenait alors la succession, raison pour laquelle Vélasquez, à la demande du roi, a modifié le tableau devenu faux et s'est peint lui-même en train de peindre supposément le roi et la reine (il est d'ailleurs intéressant de constater qu'il n'existe en réalité aucun tableau commun du roi et de la reine, contrairement à ce que Vélasquez voudrait nous faire croire). Cependant, ce ne fut pas le seul autoportrait du peintre.

Un examen aux rayons infrarouges a révélé quelques traces d'anciennes corrections effectuées par Vélasquez. Sa tête, par exemple, était penchée à sa droite avant d'être repeinte penchant à gaucheLópez-Rey (1999), Vol. I, ..

Antonio Palomino a publié une description détaillée de la peinture en 1724 à laquelle l'on doit l'identification des personnages qui y sont dépeints, et qui sert de référence sur l'état originel de l'œuvreKahr (1975), .. La peinture a été découpée sur la droite et la gauche mais il n'existe pas de documentation sur les raisons ou la date de ce découpageLópez-Rey affirme que la découpe est plus importante sur la droite que la gauche. López-Rey (1999), Vol. II, .. En 1734, la toile a été endommagée par le feu qui a détruit l'Alcazar royal de Madrid et a été restaurée par le peintre de la cour Juan García de Miranda (1677–1749). La joue gauche de l'infante a été pratiquement entièrement repeinte à cette occasion pour compenser une substantielle perte de pigment. Le cadre original de la peinture a également été détruit durant cet incendieLópez-Rey (1999), vol. II, , 310.. Après son sauvetage de l'incendie, on retrouve la toile dans l'inventaire de la collection royale de 1747-1748, mais l'infante Marguerite-Thérèse est identifiée à tort comme étant sa demi-sœur Marie-Thérèse. Cette erreur est reproduite dans l'inventaire de 1772López-Rey (1999), Vol. II, ..

La peinture fait partie de la collection du musée du Prado depuis sa création en 1819. La dernière restauration date de 1984 sous la supervision du conservateur américain John Brealey. Récemment, la peinture a souffert une perte de texture et de pigment due à l'exposition de la toile au public et à la pollution, le contraste entre les pigments blancs et bleus des costumes des personnages s'est estompé.

Composition

Selon un procédé habituel à l'époque pour organiser un groupe complexe de personnages, la toile est divisée en quarts horizontalement et en septièmes verticalementClark (1960), .. Vélasquez y présente 9 personnages, 11 si l'on compte la réflexion du miroir, et pourtant ils n'occupent que la moitié inférieure de la toileWhite (1969), .. À cette division de la surface de la toile s'ajoute une division par sept de la profondeur ajoutant à la complexité de la composition. Comme dans un décor de théâtre, les sept divisions de profondeur sont placées à intervalles irréguliers. La première division est composée par la toile et le chevalet sur la gauche et, sur la droite, le chien et le jeune garçon qui le réveille. La seconde division est composée de l'infante, de ses deux demoiselles d'honneur ainsi que de la naine. La troisième zone en profondeur contient Vélasquez peignant, ainsi que la chaperonne et le garde. La quatrième zone contient le mur du fond et les tableaux accrochés, la cinquième zone est celle où se tient Nieto. La sixième zone est derrière Nieto et la dernière dans le miroir. Cette dernière zone peut être vue à la fois comme derrière le miroir mais également comme devant la scène représentée créant une zone où se tiennent à la fois le roi et la reine réfléchis mais également l'observateur de la toile.

Selon López-Rey, la peinture a trois points focaux : l'infante Margarita, l'autoportrait de Vélasquez et les images réfléchies dans le miroir. En 1960, l'historien Kenneth Clark soutint que le succès de la composition est avant tout le résultat d'une maîtrise précise du jeu d'ombre et de lumière :

La profondeur et la dimension sont rendues par l'usage de la perspective avec un seul point de fuite, par la superposition des figures contenues dans les différents plans de découpage dans la profondeur, et comme remarqué par Clark par l'usage de teinte et de jeux de lumière. Ces éléments de composition interviennent de nombreuses façons dans la toile. Il y a tout d'abord la lumière naturelle dans la pièce principale et celle au-delà derrière la porte. L'espace pictural de la pièce est éclairé par ces deux sources : des fins rayons de la porte ouverte et une lumière plus vive de la fenêtre sur la droite. Le philosophe et critique Michel Foucault observe que la lumière de la fenêtre sur la droite éclaire à la fois l'avant plan de la scène représentée mais également l'endroit non représenté où devraient se situer le roi, la reine et l'observateur de la toileFoucault (1966), ..