200px|right|thumb|Statue de Notre-Dame de Fátima.

Les secrets de Fátima sont trois révélations, ou visions, qui auraient été adressées en 1917 par la Vierge Marie à Lúcia dos Santos et à ses cousins Jacinta et Francisco Marto dans la petite ville de Fátima au Portugal. Le terme des trois secrets de Fátima est régulièrement utilisé, mais il s'agit en fait des trois parties d'une unique révélation (ou vision) en date du , révélation que la Vierge Marie aurait demandé de ne pas divulguer immédiatement. La Vierge Marie telle qu'elle serait apparue est généralement désignée sous le nom de Notre-Dame de Fátima.

En juillet-août 1941, rédigeant son troisième Mémoire sur les apparitions, Lúcia dos Santos (devenue sœur Lucie) précise, pour la première fois, que ce secret comprend trois éléments différents : . Les deux premiers secrets sont officiellement publiés en 1941, le troisième n'est révélé qu'en l'an 2000 par le pape Jean-Paul II.

Le dernier secret est celui qui a fait couler le plus d'encre, aussi bien avant sa révélation, qu'après. Si l’Église catholique ne voit dans ce message qu'une référence à des événements passés (au moment de la révélation en l'an 2000), cet avis est contesté. Une longue explication théologique a été donnée par le cardinal Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Son texte donne les critères de discernement d'une vision pour l’Église, ainsi que l'interprétation des éléments de cette vision dans la foi chrétienne. Cependant, plusieurs voix contestent tant l'interprétation du message que son contenu. La contestation se fait, suivant les personnes, sur l'authenticité du message (le message publié ne serait pas celui rédigé par sœur Lucie), sur son contenu (une partie du message aurait été cachée), ou son interprétation (la vision ferait référence à des événements futurs et non passés).

Le mystère sur ces visions gardées secrètes durant des décennies (près d'un siècle pour la dernière), ainsi que la crainte de révélations apocalyptiques ont amené de nombreuses publications, et même des films, basés sur ces révélations et leurs contenus, ou sur des contenus supposés.

Le secret D'après Lúcia dos Santos, ces secrets ont été confiés par la Vierge Marie lors de l'apparition à Fátima le . Toujours d'après Lucie, la seule survivante des trois enfants à avoir communiqué le contenu de ces , c'est la Vierge Marie elle-même qui aurait demandé de garder secrètes ces révélations privées durant un temps. (comme l'a évoqué le pape Jean-Paul II lors de l'audience du ). Le est constitué de trois parties : deux visions et un message vocal donné par la Vierge. C'est pourquoi il est communément évoqué les et en particulier le car celui-ci, révélé tardivement, a entraîné de nombreux débats avant et après sa divulgation..

Révélation des secrets thumb|Les trois enfants de Fatima (de gauche à droite : Lucie, Francisco et Jacintha). D'après le Cardinal Bertone, après les apparitions de la Vierge, les enfants gardent tout en mémoire, et Lucie, dernier témoin survivant, n’accepte de communiquer le contenu de ces secrets qu'après en avoir reçu l'ordre de son évêque (de Leiria), ..

Dans son Troisième Mémoire du adressé à l'évêque de Leiria-Fatima, sœur Lucie relate le premier secret. Dans son quatrième mémoire daté du , Lucie reprend la première révélation et y ajoute la seconde révélation.. La troisième partie du est écrite sur l'ordre le à Tui. Elle est rédigée sur une lettre à part, puis mise dans une enveloppe scellée, sur laquelle sœur Lucie écrit que cette lettre .En l'an 2000, quand le cardinal Bertone a demandé à Lucie : , sœur Lucie a répondu : .. La lettre est remise à l'évêque de Leiria-Fatima de l'époque. Lucie indique que seul le patriarche de Lisbonne ou l'évêque de Leiria sont autorisés à l'ouvrir après cette date. L'enveloppe scellée est d'abord gardée par l'évêque de Leiria. Puis, pour mieux conserver le , l'enveloppe est remise le aux Archives du Vatican. L'évêque de Leiria prévient sœur Lucie de ce transfert du document..

Le , le père Pierre-Paul Philippe, commissaire du Saint-Office, porte au pape Jean XXIII l'enveloppe contenant le troisième secret de Fatima. Mais le pape lit le texte et, , choisit de ne pas le publier. Paul VI, le , lit le contenu de la lettre (avec le substitut, Angelo Dell'Acqua), puis renvoie l'enveloppe aux Archives du Vatican, décidant lui aussi de ne pas publier le texte.

Après la tentative d'assassinat de Jean-Paul II du , le pape Jean-Paul II demande l'enveloppe contenant la troisième partie du secret. Le cardinal Franjo Šeper, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, remet le Le , soit un mois avant, le pape Jean-Paul II avait fait prononcer du monde au Cœur immaculé de Marie dans la basilique Sainte-Marie-Majeure. Il rééditera cette consécration en 1982 et en 1984. deux enveloppes : l'une blanche, avec le texte original de sœur Lucie en langue portugaise, et l'autre de couleur orange, avec la traduction du texte en langue italienne. Le suivant, les deux enveloppes sont remises aux Archives du Saint-Office.

En , Lucie confirme au cardinal Bertone que la lettre et le texte du sont bien ceux qu'elle a rédigés en et que ce texte est . Le , le Vatican publie officiellement la troisième et dernière partie du secret, livrant sa traduction ainsi qu'une copie de la lettre originale rédigée par sœur Lucie et un effectué par le cardinal Joseph Ratzinger, dans le but ..

Les trois parties

Première partie thumb|Représentation de l'enfer dans l'Hortus deliciarum de Herrade de Landsberg (autour de 1180). La première partie, rédigée en , est une vision de l'enfer.

Deuxième partie Cette partie, rédigée en , concerne une révélation privée faite oralement par la Vierge aux trois enfants. Ce secret concerne la Russie et la consécration de la Russie au Cœur immaculé de Marie, ainsi que la dévotion des premiers samedis.

Troisième partie La troisième partie, rédigée en , se présente comme une vision allégorique, susceptible de diverses interprétations. Jean-Paul II s'y est référé explicitement après l'attentat dont il a été victime sur la place Saint-Pierre.

Interprétation du secret par l’Église catholique Définition théologique des « révélations privées » thumb|Le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi en 2000. Le Catéchisme de l'Église catholique affirme : Catéchisme de l'Église catholique .. Ainsi, pour l’Église, écrit le cardinal Joseph Ratzinger dans un communiqué officiel de l'Église catholique, , permettant de comprendre et de mieux vivre l'Évangile à l'heure actuelle. Ainsi, pour le cardinal si cette ne doit pas être négligée, il n'est nullement obligatoire d'y recourir..

Ratzinger précise que le . Ce type de message est crédible uniquement s'il renvoie qui est Jésus-Christ. Il ajoute que dans les révélations privées reconnues par l'Église (et donc aussi dans celle de Fatima) leur but est de nous aider à comprendre les signes des temps et à trouver pour eux la juste réponse dans la foi. Il ajoute : Interpréter les signes des temps à la lumière de la foi signifie .

Toujours selon le cardinal, . Ainsi, pour l’Église, les visions sont un condensé qui, en règle générale, ne peuvent être déchiffrées qu'a posteriori. C'est pourquoi les éléments visuels de la vision n'ont pas un sens historique concret : c'est la vision dans son ensemble qui compte, et celle-ci ne peut être comprise qu'après coup.

Interprétation des premiers secrets thumb|Le Cardinal Bertone en 2007. D'après le cardinal Bertone, les deux premiers secrets, dévoilés depuis longtemps, ne posent pas de problème d'interprétation et .

Si, d'après le cardinal Ratzinger, les enfants ont fait l'expérience d'une vision de l'enfer pendant Il fait ici référence à la première vision, donc le ., le but de cette vision était de leur permettre de (ou les aider à) . La dévotion au Cœur immaculé de Marie (dont il est question à la fin du second secret), est pour le cardinal de Marie où le à Dieu devient le centre transformant de l’existence chrétienne. Il ajoute : ce cœur, parvenu à une parfaite unité intérieure, .

Enfin, le cardinal Ratzinger ajoute que dans un échange avec sœur Lucie (la dernière voyante en vie), celle-ci lui avait affirmé .

Le « troisième secret » Interprétation par la voyante thumb|Lucie dos Santos, debout à gauche de sa cousine Jacinta Marto.

Selon sœur Lucie, qui écrit au pape Jean-Paul II le , . La religieuse défend l'idée que la vision contenue dans la troisième partie du secret est . Pour elle, cette vision est la demande de la Vierge de consacrer la Russie à son Cœur Immaculé. Sœur Lucie conclut que . Dans sa lettre au pape, elle précise que ce n'est pas Dieu qui a mais qu'.

Le , le pape missionne le cardinal Bertone auprès de sœur Lucie pour discuter avec elle de l'interprétation de cette vision. Au cours de cette réunion, . À la question sur l'identité de , elle confirme sa certitude qu'il s'agit du pape, mais sans connaître son identité (qu'il s'agisse de Benoît XV, Pie XII, Paul VI, Jean-Paul II ou d'un autre)..

Interprétation par le pape

thumb|Le pape Jean-Paul II. À l'occasion de la béatification à Fatima de Francisco et Jacinta Marto, le pape Jean-Paul II fait lire une allocution qui va dans le même sens que l'interprétation de sœur Lucie. :

Dans le déroulement des événements de l'attentat dont il a été victime, le pape Jean-Paul II voit , permettant au de s'arrêter , et ainsi évitant que la mort du pape, vue par des enfants de Fatima, ne se réalise jusqu'au bout..

Pour le pape, . Mais il ajoute : .

Interprétation de l'Église catholique Pour l’Église catholique, aucun grand mystère n'est révélé dans une vision ou une révélation privée (ou dans ce secret de Fatima). Dans cette vision . L'interprétation donnée par le Vatican sur les éléments de la vision est la suivante : l'ange avec l'épée de feu à la gauche de la Mère de Dieu rappelle des images analogues de l'Apocalypse. Il représente la menace du jugement, qui plane sur le monde. Le cardinal Ratzinger souligne que la perspective d'un monde englouti dans une mer de flammes n'apparaît pas aujourd'hui comme une chose impossible, l'Homme ayant lui-même inventé des armes pouvant le mettre en œuvrePar exemple les armes atomiques. ; la vision montre ensuite la force qui s'oppose au pouvoir de destruction : la splendeur de la Mère de Dieu et l'appel à la pénitence. C'est ainsi qu'est soulignée l'importance de la liberté de l'Homme : l'avenir n'est absolument pas déterminé de manière immuable, et l'image vue par les enfants n'est pas un film d'anticipation de l'avenir auquel rien ne pourrait être changé ; la montagne et la ville à moitié en ruines symbolisent le lieu de l'histoire humaine : l'histoire comme une montée pénible vers les hauteurs, l'histoire comme lieu de la créativité et de la convivialité humaines, mais en même temps comme lieu de destructions, par lesquelles l'Homme anéantit l'œuvre de son propre travail. Sur la montagne se trouve la croix : terme et point de référence de l'histoire. Par la croix, la destruction est transformée en salut ; elle se dresse comme signe de la misère de l'histoire et comme promesse pour elle ; l'évêque vêtu de blancLe cardinal note . (le pape), d'autres évêques, des prêtres, des religieux et religieuses, et enfin des hommes et des femmes de toutes classes et toutes catégories sociales ; le pape semble précéder les autres, tremblant et souffrant à cause de toutes les horreurs qui l'entourent : les maisons à moitié détruites, mais aussi les cadavres des morts. C'est la marche de l'Église qui est ainsi décrite comme un chemin de croix, un chemin dans un temps de violence, de destruction et de persécutions. C'est toute l'histoire du qui est un siècle de violences, de deux guerres mondiales, de beaucoup de guerres locales, de souffrances et de persécutions de l'Église, de martyrs sur toute la terre et dans tous les pays ;