La seconde guerre des Boers (en ; en ), généralement désignée comme la guerre des Boers ou encore la guerre d'Afrique du Sud (en dehors de l'Afrique du Sud), la seconde guerre anglo-boer (chez de nombreux Sud-Africains) et en afrikaans ou (deuxième guerre de Libération), désigne le second conflit intervenu en Afrique du Sud du au , entre les Britanniques et les habitants des deux principales républiques boers indépendantes. Elle fait suite à la première guerre des Boers.
À la fin de ce deuxième conflit, les deux républiques boers, l'État libre d'Orange et la république sud-africaine du Transvaal, perdent leur indépendance et sont intégrées à l'Empire britannique. Cependant, d'importantes concessions sont accordées aux deux républiques.
Les Boers sont les descendants des premiers colons d'origines néerlandaise, allemande et française, arrivés en Afrique du Sud aux . Le terme de Boer (paysan ou fermier en néerlandais), qui désigne principalement les habitants des républiques boers, laisse, au , la place à celui d'Afrikaner pour désigner l'ensemble de cette nation blanche d'Afrique du Sud.
Causes de la seconde guerre des Boers Des gisements d'or sont progressivement découverts dans les montagnes à l'est du Transvaal, à Pilgrim's Rest (1873), Lydenburg (1873) et dans les environs de Barberton (à partir de 1881), qui attirent rapidement divers aventuriers originaires des .
Les Britanniques tentent une première fois de s'approprier le Transvaal lors de la première guerre des Boers, mais y renoncent à la suite du désastre de Majuba.
En 1887, des prospecteurs découvrent le plus important gisement d'or au monde, situé dans le (« barrière de l'eau blanche »), une arête montagneuse qui s'étend de 100 kilomètres à l'est jusqu'à 50 kilomètres au sud de Prétoria. aux perspectives de profit que tous envisageaient à la suite d'une telle découverte, le président du Transvaal Paul Kruger fait cette remarque prémonitoire :
180px|vignette|gauche|alt=Photo en médaillon de Paul Kruger entouré de drapeaux, surmonté d'une aigle et comportant la devise eendragt maakt magt.|Paul Kruger.
Avec ces découvertes majeures d'or au Transvaal, des milliers de colons britanniques arrivent de la colonie du Cap.. Johannesburg devint une ville champignon pratiquement du jour au lendemain, au fur et à mesure de l'installation des uitlanders (mot néerlandais signifiant étranger, désignant les Britanniques venant s'installer dans le Transvaal), près des mines. Les uitlanders dépassent rapidement en nombre les Boers sur , bien que restant une minorité dans le Transvaal lui-même. Les Boers, agacés par la présence des uitlanders, leur refusent le droit de vote et taxent lourdement l'industrie aurifère. , les uitlanders exercent une pression sur les autorités britanniques, en vue d'obtenir le renversement du gouvernement boer. , Cecil Rhodes appuie une tentative de coup d'État par une action militaire (le raid Jameson) qui échoue à la suite de la bataille de Doornkop.
. Les Britanniques interviennent alors pour éviter une guerre civile et en profitent pour placer les territoires boers sous leur autorité. L'échec de cette tentative de gagner des droits pour les citoyens britanniques est utilisé pour justifier une opération militaire majeure à partir du Cap, d'autant que le chemin de fer envisagé par Rhodes entre Le Cap et Le Caire doit nécessairement traverser le territoire des Boers. Plusieurs autres dirigeants coloniaux britanniques se prononcent en faveur de l'annexion des républiques boers. On retrouve parmi ces dirigeants le gouverneur de la colonie du Cap, Sir Alfred Milner, le ministre des Colonies Joseph Chamberlain et les dirigeants d'associations de prospecteurs (les ) tels qu'Alfred Beit, Barney Barnato et . Mais Kruger est au courant du et mobilise ses kommandos. Rhodes décide alors de mettre fin à son projet mais Jameson le maintient malgré le désaccord de son commandant et est encerclé le à Krugersdorp. Sûrs que les Boers seraient rapidement vaincus, tentèrent de précipiter la guerre.
Le meurtre de luitlander Tom Edgar en par un des membres de la police du Transvaal à la suite d'une bagarre est monté en épingle et débouche finalement sur des pétitions demandant l'intervention de la Grande-Bretagne pour protéger les Britanniques présents au Transvaal. Le président Marthinus Steyn de l'État libre d'Orange invite Alfred Milner et Kruger à une conférence à , qui débute le . Les négociations sont rapidement interrompues. Kruger déclare notamment au cours de cette conférence aux Britanniques : En , Joseph Chamberlain envoie un ultimatum exigeant la complète égalité de droits pour les citoyens britanniques résidant au Transvaal. Les conditions demandées par les Britanniques se révèlent inacceptables pour les Boers, les uitlanders étant en nombre tel au Transvaal que le droit de vote donné à ces personnes aurait menacé à terme l'existence même de la nation boer.
Le , Kruger lance son propre ultimatum avant même d'avoir reçu celui de Chamberlain. Il donne aux Britanniques pour évacuer leurs troupes des frontières du Transvaal ou la guerre leur serait déclarée en accord avec leur allié, l'État libre d'Orange.
La première phase : l'offensive des Boers ( à ) vignette|redresse=0.8|Contingent canadien défilant à Québec en 1899 avant de partir à la guerre. La guerre est déclarée le et les Boers attaquent les premiers en envahissant la colonie du Cap et la colonie du Natal entre et . À l'ouest, dans la colonie du Cap, la première confrontation intervient le à Kraaipan, remportée par les Boers sur la route de Kimberley. La première bataille au Natal se tient à Talana Hill le et se conclut par une victoire illusoire des Britanniques. Il s'ensuit quelques succès militaires des Boers contre le général Redvers Buller.
Les Britanniques, croyant mettre fin à cette guerre rapidement, se laissent surprendre par les premières attaques boers. Trop peu nombreux, trop isolés et mal commandés, ils trouvent face à eux d'excellents cavaliers qui connaissent parfaitement le terrain et font régulièrement preuve d'imagination et d'innovations tactiques. De plus, les Boers sont aidés par l'Allemagne de , qui les soutient et leur a fourni des armes. Ils assiégèrent ainsi les villes de Dundee, Ladysmith, Mafeking (défendue par des troupes sous les ordres de Robert Baden-Powell) et Kimberley.
vignette|gauche|Hôtel de ville de Ladysmith durant le siège de la ville.
Les sièges causent d'importantes pertes humaines parmi les défenseurs et les civils dans les villes de Mafeking, Ladysmith et Kimberley quand la nourriture commence à se faire rare après quelques semaines. À Mafeking, Sol Plaatje écrit :
Les villes assiégées subissent également des tirs d'artillerie nourris, rendant les rues dangereuses à traverser. À la fin du siège de Kimberley, supposant une intensification des bombardements, une annonce encourage la population à se réfugier dans les mines pour se protéger. La population panique et les gens s'engouffrent pendant 12 heures dans les mines. Les bombardements n'eurent jamais lieu, ce qui ne réduisit en rien la détresse éprouvée par les civils.
Sur le front est, après avoir mis le siège autour de Dundee puis Ladysmith, Louis Botha et Piet Joubert décident d'un raid vers le sud, qui est mené du au . Divers engagements sont menés, dont le principal fut la le . Ils capturent notamment le jeune Winston Churchill au cours d'une attaque de train le . Mais ils décident finalement de reprendre leurs positions plutôt que de continuer jusqu'à Durban. Une grave chute de cheval de Joubert précipite sa décision de retraite, le commandement du front étant désormais dévolu à Botha.
vignette|La carte politique de la région au début de la guerre : la République sud-africaine du Transvaal (vert), l'État libre d'Orange (orange), la colonie du Cap (bleu), et le Natal (rouge).
À la mi-décembre, au cours d'une période connue sous le nom de Semaine noire, du au , les Britanniques subissent de nombreuses pertes à Magersfontein, Stormberg et Colenso.
À Magersfontein, le commandant boer Koos de la Rey élabore un plan pour creuser des tranchées devant une colline et non pas dessus, pour à la fois tromper les Britanniques et donner à ses hommes un meilleur angle de tir. Son plan fonctionne parfaitement et ils défont les Britanniques, arrivés de nuit, qui perdent près de sur le terrain.
La deuxième phase : l'offensive britannique ( à ) vignette|gauche|Graffitis dans une ruine reconquise lors de l'offensive britannique : « » (« N'oubliez pas Majuba, les gars ») par les Boers, « » (« Pas peur, les p'tits Boers, pas peur ») par les Britanniques. Après encore une nouvelle défaite dans leur tentative de briser le siège de Ladysmith lors de la bataille de Spion Kop, les troupes britanniques, commandées par Lord Roberts, ne reprirent l'initiative qu'avec l'arrivée de renforts le . Ces hommes provenaient pour la plupart d'un régiment de soldats volontaires financé par la ville de Londres (). En effet, les échos de la guerre étaient retentissants dans la capitale britannique, où il y avait un engouement de la population, qui se sentait très concernée. Le siège de Ladysmith fut finalement levé le .
Georges de Villebois-Mareuil rejoignit les Boers au Transvaal et commanda la légion des étrangers qui participa à la guerre contre les Britanniques. Il fut nommé général par le président Paul Kruger en , mais dès le à Boshof, dans l'État libre d'Orange, le petit détachement qu'il commandait fut encerclé et exterminé par les Britanniques.
220px|vignette|Boers en campagne.
Sur le front ouest, après la levée du siège de Kimberley qui fut à l'origine de célébrations au Royaume-Uni qui débouchèrent sur des émeutes, les Britanniques parvinrent à forcer la reddition du Général Piet Cronjé et de de ses combattants après la bataille de Paardeberg le et à affaiblir le reste des troupes boers. Ils avancèrent alors au cœur des deux républiques, prenant la capitale de l'État libre d'Orange (Bloemfontein) le et la capitale du Transvaal (Prétoria) le . Johannesburg fut prise le , le commandant boer Fritz Krause ayant négocié le départ de ses troupes contre la remise intacte des mines d'or à . Le siège de Mafeking fut levé le . L'essentiel de l'armée orangiste (commandée par le général Marthinus Prinsloo) se rendit cependant vers la fin juillet, piégée aux environs de Brandriver Basin aux confins de l'État libre d'Orange, du Transvaal et du Basutoland. Christiaan de Wet parvint malgré tout à rejoindre le Transvaal avec et 400 chariots. Ils parvinrent à échapper aux de Lord Kitchener à leur poursuite au début d'août dans les environs de Prétoria en abandonnant prisonniers et chariots..
De nombreux observateurs britanniques pensaient la guerre terminée après la capture des deux capitales. Mais dès le , les Boers se réunirent en krygsraad (« conseil de guerre ») en une nouvelle capitale orangiste (Kroonstad) et Christiaan de Wet proposa une stratégie inédite de guérilla à Piet Joubert : laisser un congé aux hommes des kommandos jusqu'au . Tous ne reviendraient pas, mais bien les plus motivés, ce qui permettrait de disposer d'une force d'élite ; accroître la mobilité des armées en abandonnant les chariots ; étant donné la grande supériorité numérique des Britanniques, abandonner les batailles régulières pour des raids, ainsi qu'il en avait été pour les 180 chariots capturés à Waterval Drift le en marge de la bataille de Paardeberg.
Cette stratégie fut acceptée par les généraux boers, mais Joubert s'étonna du « congé » donné aux combattants boers : , lui répondit .. Piet Joubert mourut 10 jours plus tard et Botha prit le commandement militaire du Transvaal.