Liu Xiaobo (), né le à Changchun et mort en prison le à Shenyang, est un écrivain, professeur d'université et militant des droits de l'homme de l'ère des réformes de la Chine.

Lors des manifestations de la place Tian'anmen les 3 et , il assure une médiation entre les étudiants et l’armée, demandant aux premiers de quitter la place et aux seconds de ne pas attaquer. Il est ensuite emprisonné une première fois de 1989 à 1991.

Président du Centre chinois indépendant (PEN) de 2003 à 2007, il est placé en détention le , en réponse à sa participation à la Charte 08, un manifeste critiquant le régime autoritaire chinois. Il est formellement arrêté le sous le chef de suspicion d’« incitation à la subversion du pouvoir de l’État Benjamin Kang Lim, China's top dissident arrested for subversion », Reuters, 24 juin 2009.« 刘晓波因涉嫌煽动颠覆国家政权罪被依法逮捕 » (« Liu Xiaobo Formally Arrested on 'Suspicion of Inciting Subversion of State Power' Charges »), China Review News, 24 juin 2009. » selon la China Review News. Après plus d'un an de détention, la Police armée du peuple l'accuse officiellement le et transmet son dossier aux procureurs. Le , Liu Xiaobo est condamné à onze ans de prison pour subversion, ce qui provoque de nombreuses réactions internationales, Le Nouvel Observateur, 25 décembre 2009.

Le , le prix Nobel de la paix lui est attribué pour ses « efforts durables et non violents en faveur des droits de l’homme en Chine.. » Il est le premier citoyen chinois à se voir attribuer un prix Nobel alors qu'il réside en Chine. Liu Xiaobo est la troisième personne à gagner un prix Nobel alors qu'il est en détention après Carl von Ossietzky (1935) et Aung San Suu Kyi (1991)Wachter, Paul (18 November 2010). "Liu Xiaobo Isn't the First Nobel Laureate Barred From Accepting His Prize". AOL News, la deuxième personne (la première étant Ossietzky) à se voir refuser d'envoyer un représentant recevoir le prix en son nom et le dernier prix Nobel de la paix en prison..

Le , on annonce qu'il a bénéficié d'une mesure de libération conditionnelle pour raison médicale et qu'il a été transféré dans un établissement de l'université médicale de Chine pour y être traité du cancer du foie, en phase terminale, par une équipe de spécialistes. La Fondation Dui Hua précise qu'il n'est pas libre et continue de purger sa peine dans un lieu autre que la prison elle-même. Human Rights Watch demande que Liu Xiaobo puisse choisir librement son centre médical pour recevoir un traitement adéquat.

Il meurt le des suites de sa maladie. Il est le deuxième lauréat du prix Nobel de la paix à mourir privé de liberté après le journaliste Carl von Ossietzky, alors qu'il était détenu par les nazis .

Jeunesse et études

Liu Xiaobo est né en 1955 à Changchun, dans la province de Jilin, . Son père est professeur de l'Jean-Philippe Béja, Introduction, in La philosophie du porc et autres essais, .

Lors de la grande famine pendant les années 1958 à 1961, liée au Grand Bond en avant, Liu Xiaobo et sa famille ont souffert de la faim. Entre 1969 et 1973, période de la révolution culturelle, il connait l'exil en Mongolie-Intérieure avec sa famille. Les écoles étant fermées, il lit ce qu'il peut trouver. En , diplômé de l'enseignement secondaire, il est envoyé dans le village de Sangang, comté de Nong'an. Puis en 1974, dans le cadre du mouvement d'envoi des zhiqing à la campagne il doit partir travailler dans une ferme de la province de JilinLiu Xiaobo Encyclopédie Universalis. Peu après la mort de Mao Zedong, pendant un an, en 1976-1977, il travaille comme peintre en bâtiment pour la Changchun construction Company. Liu déclare être reconnaissant à la révolution culturelle car elle lui a donné la liberté de faire ce qu'il voulait et permis d'échapper momentanément à des études dont le seul objet est l'assujettissement de l'individu. Sa lecture des œuvres de Marx en 40 volumes l'incite à se pencher sur les grands philosophes occidentaux Geremie Barmé, Confession, Redemption, and Death:Liu Xiaobo and the Protest Movement of 1989, http://www.chinaheritagequarterly, 34 p. : ..

Liu Xiaobo fait partie de la première génération qui accède à l'université en 1977 à l'issue de la révolution culturelle. Admis comme étudiant dans la section de Lettres de l'université de Jilin, il y fonde, avec six de ses condisciples, un cercle de poésie baptisé « Les cœurs innocents » (Chi Zi Xin). Il passe sa licence en littérature en 1982 puis est admis comme étudiant-chercheur dans la section de littérature chinoise de l'université normale de Pékin. En 1984, il passe sa maîtrise et devient enseignant dans cette même section.... Cette même année, il épouse Tao Li, avec qui il a un fils, Liu Tao, en 1985..

En 1986, année où il entame son doctorat, il publie des critiques littéraires dans plusieurs revues, scandalisant les milieux littéraires et idéologiques par ses commentaires contre les doctrines officielles et les élites en place. L'année suivante, il publie son premier livre, Critique du choix : dialogue avec Li Zehou, où il se livre à une critique du confucianisme et remet en question Li Zehou, idéologue en vue qui exerçait à l'époque une grande influence sur les jeunes intellectuels. Il rejoint pour son master l'université normale de Pékin où il enseigne. En 1988, il y soutient sa thèse de doctorat, « Esthétique et liberté humaine », laquelle, publiée, deviendra son deuxième livre., marqué par ses études de la littérature et de l'esthétique occidentales, et son appréciation particulière de Franz Kafka. Lors de son master, il écrit des poèmes et fréquente les cercles poétiques où il fait la connaissance de Liu Xia qu’il épousera en secondes noces.

Cette même année (il a ), il part pour la première fois à l'étranger, pour participer à un colloque sur le théâtre et le cinéma chinois à Oslo, colloque qu'il juge « d'un mortel ennui ». Après divers échanges de mots avec ses hôtes, il écrit à un ami qu'il s'était senti aussi isolé en Norvège qu'en Chine Linda Jaivin, A Nobel Affair: Liu Xiaobo, The Monthly. Australian politics, society & culture, December 2010 : .

En 1988 et 1989, il est professeur-chercheur invité à l'université d'Hawaï et l'université Columbia aux États-UnisLinda Jaivin, : ..

Vues politiques

Occidentalisation de la Chine En 1988, de passage à Hong Kong (à l'époque encore concession britannique), il déclare, dans une interview accordée au magazine hongkongais Liberation Monthly, que « s'il a fallu de colonisation à Hong Kong pour être ce qu'elle est, alors il faut de colonisation à la Chine pour devenir comme Hong Kong mais je ne suis pas sûr que suffiraient » pour réaliser une véritable transformation historique.Linda Jaivin, : .. Ces affirmations scandalisèrent certains membres des cercles pro-démocratieLinda Jaivin, : .. Liu Xiaobo déclare aussi que « la modernisation est synonyme d'occidentalisation totale », que « choisir de vivre signifie choisir le mode de vie occidental. La différence entre le mode de gouvernement occidental et le mode de gouvernement chinois, c'est la même que celle entre l'humain et le non humain, il n'y a pas de compromis. L'occidentalisation est le choix non pas de la nation mais de la race humaine »Interview de Liu Xiaobo dans Liberty Monthly, December 1988 : .

Le sinologue Jean-Philippe Béja replace ces propos dans leur contexte de 1988. Les 20 dernières années du règne de Mao Zedong ont plongé la Chine dans une situation dramatique, et nombre de Chinois, même au sein du Parti communiste chinois, sont en extase devant la réussite de la colonie de Hong Kong avec sa liberté et sa prospérité. La culture traditionnelle et le « féodalisme » maoïste apparaissent comme les obstacles majeurs à la modernisationLiu Xiaobo, Jean-Philippe Béja, La Philosophie du porc et autres essais, : ..

Bien que ces propos aient été utilisés contre lui par le gouvernement chinois, Liu indiqua en 2006 qu'il n'avait pas l'intention de les retirer..

Politique extérieure américaine En 1996, dans un article intitulé « Leçons de la Guerre froide », il affirme que « le monde libre, sous la direction des États-Unis, a lutté contre tous les régimes qui foulent aux pieds les droits de l'homme. Les guerres importantes menées par le gouvernement américain sont, d'après Liu, défendables sur le plan éthique » Barry Sautman et Yan Hairong, Do supporters of Nobel winner Liu Xiaobo really know what he stands for?, : .

Pendant l'élection présidentielle américaine de 2004, il félicita le président sortant, George Bush, de son effort de guerre en Irak et reprocha au candidat démocrate John Kerry de ne pas soutenir suffisamment les guerres américaines. Il déclara que « quelle que soit la gravité des risques encourus en abattant Saddam Hussein, l'inaction entraînerait des risques encore plus grands, comme le prouvent la seconde Guerre mondiale et le ! ». À ses yeux, « la guerre contre Saddam Hussein est juste, la décision du président Bush est la bonne »Liu Xiaobo, "" (), Independent Chinese PEN Center, Boxun, 13 October 2004.Barry Sautman and Yan Hairong, Do supporters of Nobel winner Liu Xiaobo really know what he stands for?, : .

Pour Barry Sautman et Yan Hairong, Liu Xiaobo est « un néoconservateur et néolibéral façonné au moule des États-Unis », un apologiste non pas de la paix mais des guerres engagées par les États-Unis et leurs alliés Barry Sautman, Yan Hairong, The “Right Dissident”: Liu Xiaobo and the 2010 Nobel Peace Prize, Positions: East Asia Cultures Critique, Volume 19, Number 2, Fall 2011, , abstract : ..

Système politique et économique chinois contemporain En 2008, Liu a participé à la rédaction de la charte 08. Selon Arnaud de La Grange, cette charte présente un programme en dix-neuf points, pour réclamer les droits de l'homme et démocratiser le système politique chinois actuelArnaud de La Grange, correspondant à Pékin - Le Figaro, janvier 2009.. Pour leur part, Barry Sautman et Yan Hairong écrivent que Liu Xiaobo réclame, dans la charte, l'instauration d'un système politique de type occidental en Chine et la privatisation des entreprises appartenant à l'État et celle des terres agricolesBarry Sautman and Yan Hairong, Do supporters of Nobel winner Liu Xiaobo really know what he stands for?, sur le site guardian.co.uk, 15 décembre 2010 : . Le Quotidien du Peuple indique dans un article du que la Charte 08 « s'oppose à la dictature démocratique du peuple, au socialisme et à la structure unitaire de l'État, inscrits dans la Constitution chinoise »Qui est vraiment Liu Xiaobo ?, Le Quotidien du Peuple en ligne..

Selon la femme de lettres australienne , traductrice du chinois et amie de Liu Xiaobo, ce dernier a une conception particulière de la démocratie en Chine, étant en faveur non pas du suffrage universel dans son propre pays mais d'une démocratie au mérite Linda Jaivin, A Nobel Affair: Liu Xiaobo, The Monthly. Australian politics, society & culture, December 2010 : ., critique reprise par Barry Sautman et Yan Hairong Barry Sautman, Yan Hairong, The “Right Dissident”: Liu Xiaobo and the 2010 Nobel Peace Prize, Positions: East Asia Cultures Critique, Volume 19, Number 2, Fall 2011, , abstract : ..

Militant des droits de l'homme En , il quitte son poste à la Columbia University de New York et retourne en Chine pour participer au mouvement démocratiqueUrsula Gauthier Liu Xiaobo, fidèle jusqu’au bout aux âmes mortes de Tiananmen L’Obs, 4 juin 2019.

Participation aux manifestations de la place Tian'anmen