vignette|L'Amour fraternel (1851), peinture de William Bouguereau.
La fraternité (parfois appelée amitié fraternelle) est, au sens populaire du terme, l'expression du lien affectif et moral qui unit une fratrie (frères et sœurs).
Par extension, cette notion désigne un lien de solidarité et d'amitié à d'autres niveaux : on peut parler de fraternité à l'échelon d'un groupe telle la fraternité au sein d'une association qui unit ceux qui luttent pour la même cause, la fraternité d'armes qui unit des combattants, ou encore les fraternités scoute, franc-maçonne, monacale, sportive…
Au sens le plus large, la fraternité universelle fait résonner l'idée que tous les êtres humains sont frères et devraient se comporter comme tels, les uns vis-à-vis des autres. C'est le sens de la devise de la République française « Liberté, Égalité, Fraternité ». La fraternité est un état d'unité, entre plusieurs personnes. C'est un sentiment qui dépasse l'égo, qui rassemble plusieurs « moi » pour faire un « nous ». Cet ensemble porte à son fondement le respect de la personne humaine, le « moi », c'est donc un ensemble de personnes assemblées, de volontés personnelles combinées en un mouvement. Chaque personne peut vivre la valeur de la fraternité par l'exercice d'obligations morales envers autrui. « L'individu pour le groupe » est la cause, le terreau, qui permet comme conséquence « le groupe pour l'individu »..
Étymologie
Le nom « fraternité » tire son origine du latin « frater » (du lat. fraternitatem, de fraternus, fraternel, dérivé de frater, frèreCf. https://www.littre.org/definition/fraternité.). Le Gaffiot traduit fraternitas comme le lien de parenté entre frères. Par extension, la notion de fraternité désigne un lien entre les membres d'une même famille puis d'un ensemble d'humains.
La fraternité familiale constitue un sens dérivé, elle correspond au sentiment qui peut accompagner ce lien et comporte lorsqu'elle est culturellement valorisée, une dimension affective. Son contraire renvoie aux notions de désunion, de discorde, d'isolement, d'individualisme, associées à des comportements allant de la simple ignorance à l'inimitié.
La fraternité, dans son sens restrictif, ne concernant que les frères, un équivalent féminin a été créé : sororité, nom bâti à partir du terme latin soror, qui signifie sœur ou cousine.
Dans l'Histoire En France vignette|Allégorie de la Liberté, de l'Égalité et de la Fraternité, 1793 (musée de la Révolution française).
Dans le triptyque républicain français, la fraternité ne s'est pas imposée en une fois, mais progressivement...
La fraternité, comme idéal, est un terme clé de la Révolution française : « Salut et fraternité » est le salut des citoyens pendant la période révolutionnaire« La fraternité » sur le site Laïcité Aujourd'hui.. Il sous-tend l'esprit de la Fête de la Fédération du , au cours de laquelle La Fayette y fait référence lorsqu'il prête serment : « Nous jurons de (…) demeurer unis à tous les Français par les liens indissolubles de la fraternité »« 14 juillet 1790 La Fête de la Fédération », herodote.net.. La Constitution de 1791 n'y fait allusion que pour justifier l'institution de fêtes nationales ( Constitution du 3 septembre 1791, Titre I). Les autres textes majeurs comme la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, la Constitution de l'an I (1793), ou la Charte de 1830 ne consacrent pas explicitement ce principe. Jacques Guilhaumou rappelle la devise imputée par les thermidoriens aux partisans de la Terreur : « la fraternité ou la mort », selon l'adage Marcel David, Fraternité et révolution française, 1987, 350 p. ; cette fraternisation peut être pratiquée par un « ensemble de moyens en vue d'établir ou de resserrer les liens d'une étroite union ».
Le , événement qui reste fixé par le tableau qu'en fit Jean-Jacques Champin et que conserve le Musée Carnavalet, eut lieu à l'Arc de Triomphe de Paris une « Fête de la Fraternité » pour célébrer l'instauration du suffrage universel. Adopté sur proposition de Jean-Baptiste Belley (un des premiers députés noirs, représentant de Saint-Domingue), le terme de « fraternité » apparaît pour la première fois dans les textes en à l'article IV du préambule de cette constitution : « Elle (la République française) a pour principe : la liberté, l'égalité et la fraternité. » Dans l'article VIII du préambule de cette même constitution, la fraternité fonde le droit socialJacques Le Goff, Liberté, égalité, oui, mais fraternité ?, Lethielleux, . : « Elle (la République) doit, par une assistance fraternelle, assurer l'existence des citoyens nécessiteux, soit en leur procurant du travail dans les limites de ses ressources, soit en donnant, à défaut de la famille, des secours à ceux qui sont hors d'état de travailler ».
Sous l'Occupation, Fraternité est le titre d'un journal clandestin de la Résistance française.
Le terme de fraternité est consacré dans les Constitutions de 1946 et de 1958, où il apparaît dans la devise de la France « Liberté, Égalité, Fraternité » (article 2).
Dans l'Italie du
En Europe, la société féodale cède peu à peu (entre les et ), la place à d'autres relations sociales. Une nouvelle classe sociale, les commerçants, émerge en parallèle de l'urbanisation. et du retour de l'or et l'utilisation de l'argent.. De là, naquit le mouvement communal, i.e. la création des communes libres, dont certaines se dotent de chartes de liberté. : .. Les communes d'Italie sont parmi les premières en Europe : ..
Dans ce contexte apparaît un jeune homme, Giovanni Bernardone, qui « créera effectivement la fraternité », d'après Eloi Leclerc : « Ce que la commune des marchands n'a pas réussi à faire, à cause du règne de l'argent, il va le réaliser en suivant un chemin de pauvreté. Il créera effectivement la fraternité. Une fraternité ouverte à tous. […] Ce sera le secret du succès rapide et immense de la fraternité franciscaine primitive. ».
Cambodge, au temps du Kampuchéa démocratique
La révolution khmère rougeSur cairn.info., d'inspiration maoiste et nationaliste., prend le pouvoir le dans la capitale cambodgienne, Phnom Penh. Son dirigeant, Pol Pot (de son vrai nom Saloth Sâr.), étend à tout le pays l'idéologie du Parti communiste kampuchéen. Le vocabulaire est utilisé lui aussi et vient radicalement bouleverser la langue khmère.
Pol Pot et le Comité central (appelé ., littéralement « Organisation suprême ») imposent que les anciens mots utilisés au sein de la famille et de la société cambodgiennes soient éradiqués. Dans cette novlangue, qui vise à tordre les interactions familiales et sociales traditionnelles au profit des idées révolutionnaires du régime, tous les Cambodgiens doivent désormais ne s'appeler que par les termes et . Ainsi, Pol Pot deviendra le . et sa belle-sœur, Ieng Thirith, deviendra en quelque sorte la sœur ., dévoyant par là complètement les idéaux égalitaires à l'origine de cette révolution qui aboutit à près de deux millions de morts, soit le quart de la population, et un double génocide..
Notion parfois oubliée
Frédéric Lenoir considère que Frédéric Lenoir, La guérison du monde, ..
En Droit Déclaration universelle des droits de l'homme
La notion de fraternité est citée dans l'article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme. qui dispose que :
Constitution française
Le deuxième alinéa du Préambule de la Constitution du 4 octobre 1958 dispose que :
Le quatrième alinéa de l'article 2 de la Constitution du 4 octobre 1958 dispose que :
L'article 72-3 de la Constitution du 4 octobre 1958 dispose que :
Principe à valeur constitutionnelle
À la faveur de deux questions prioritaires de constitutionnalité, le Conseil constitutionnel, statuant en matière de délit d'aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irrégulier d'un étranger, consacre la constitutionnalité du principe de fraternité.. Le Conseil constitutionnel a fait découler dudit principe la liberté d'aider autrui dans un but humanitaire sans considération de la régularité du séjour..
À la faveur d'une question prioritaire de constitutionnalité, le Conseil constitutionnel, statuant en matière environnementale sur le contentieux du stockage en couche géologique profonde des déchets radioactifs, consacre la constitutionnalité du principe de fraternité entre générations..
En morale
Le concept de fraternité entre les hommes est largement évoqué. La morale stoïcienne s'en fait l'écho de façon précoce.. (Maurice Denis).
Pour Charles Péguy, Charles Péguy, Jean Coste, éd. Actes Sud Labor L'Aire, coll. Babel, 1993, p. 55..
Pour Jacques Attali, Jacques, Attali, Fraternités. Une nouvelle utopie, Éd. Fayard, 1999..
En religion
Dans le christianisme, le terme de diaconie est le terme qui signifie fraternité. Il englobe la notion de témoignage car il est la charité, c'est le service du frère. Le chrétien s'ouvre sur trois dimensions : l'humanisme, c'est précisément la diaconie ou fraternité ; ine vision anthropologie épanouissante, d'inspiration judéo-chrétienne où le corps et l'esprit sont unis (en opposition à une vue matérialiste) ; une spécificité : la résurrection (à ne pas confondre avec la réincarnation), annoncée par Jésus Christ, « vainqueur de la mort », le premier ressuscité.
Ces trois dimensions font pour le chrétien l'objet d'une obligation de témoignage, c'est un devoir de baptisé : celui d'évangéliser.
Bibliographie : À quoi sert un chrétien ? par Jean-Guilhem Xerri .
Dans le christianisme Importance et fondement de la fraternité dans le christianisme
La fraternité est absolument centrale dans la doctrine chrétienne.
Le mot de frères est employé par Jésus dans les évangiles : « Quiconque fait la volonté de mon Père qui est au cieux, c'est lui mon frère, ma sœur, ma mère. » (Mt 12,50). Et peu avant sa Passion, il affirme : « Ce que vous avez fait à l'un de ces plus petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. » (Mt 25,40)Coll., Liberté, égalité, oui, mais fraternité ? Lethielleux, ..
Le terme de fraternité est employé dans la première épître de Pierre : « Tous les humains, honorez-les ; la Fraternité, aimez-la ! » (1 P 2,17). Il ajoutait face à l'imminence de la persécution : « Résistez au Diviseur (i.e. Satan), sachant que les mêmes souffrances sont supportées par votre Fraternité dans le monde. » (1 P 5,9)Coll., Liberté, égalité, oui, mais fraternité ? Lethielleux, ..
Cette notion est reprise dans l'épître aux Hébreux, où il est écrit que le Fils de Dieu est devenu notre Frère en vie humaine : « Le sanctificateur et les sanctifiés [c'est-à-dire le Christ et les êtres humains] ont tous une même origine [Dieu ]. C'est pourquoi il n'a pas honte de les appeler « frères » et de dire [en citant le Psaume 21,23] : « J'annoncerai ton nom à mes frères ; au milieu de l'Ekklèsia, je chanterai ta louange » » (He 2, 11-12)Coll., Liberté, égalité, oui, mais fraternité ? Lethielleux, ..
Renouveau par les fraternités franciscaines ()
La dynamique de fraternité universelle, lancée par François d'Assise - surnommé l« Alter Christus », premier stigmatisé - (en 1208 (ou 1209 ?) trouve son essor dans la famille franciscaine.. Celle-ci se développe dans trois directions, à travers toute la chrétienté d'alors jusqu'à nos jours : les communautés d'hommes, qu'il s'agisse des fraternités réunissant des frères mineurs ou bien des monastères ; les couvents des soeurs franciscaines, appelées Clarisses ; les fraternités de laïcs, qui réunissent ensemble depuis 1289, femmes, hommes et familles en fraternités séculières..
François d'Assise a inspiré nombre de religieux comme François de Sales ou Charles de Foucauld.
Développements dans les textes officiels ecclésiaux contemporains
La fraternité découle du commandement du Christ, comme l'a rappelé le pape François lors de la Journée mondiale de la paix du , en citant en conclusion ce passage de l'Évangile :