Le Championnat de France de rugby à XIII, appelé « Super XIII » depuis 2024, est la compétition annuelle qui désigne le club champion de France de rugby à XIII. Organisé par la Fédération française de rugby à XIII, il constitue l’échelon le plus élevé des compétitions nationales, réunissant chaque saison les meilleures équipes françaises. Créé en 1934, quelques mois après l’introduction officielle du rugby à XIII en France par Jean Galia et les « Pionniers », il est l’un des plus anciens championnats professionnels de rugby à XIII au monde.
Le championnat se déroule traditionnellement selon un format en deux phases : une saison régulière en matchs aller-retour, puis une phase finale à élimination directe qui couronne le champion de France. Le vainqueur reçoit le bouclier Max-Rousié, trophée créé en 1960 en mémoire de la grande figure du XIII français. Depuis les années 2010, le nombre de clubs engagés varie entre neuf et onze, localisés majoritairement en région Occitanie, où le rugby à XIII conserve ses principaux bastions (Aude, Pyrénées-Orientales, Haute-Garonne, Tarn, Lot-et-Garonne, Vaucluse).
Au fil de son histoire, la compétition a été dominée par de grandes équipes comme l’AS Carcassonne XIII, le XIII Catalan, le RC Marseille, l'US Lyon-Villeurbanne, le RC Roanne, l'Albi R.L. (ancien RC Albi), le Villeneuve R.L. (ancien SA puis US Villeneuve), ou plus récemment le XIII Limouxin et le FC Lézignan. Elle a contribué à l’essor et à la structuration du rugby à XIII en France, malgré une interdiction totale sous le régime de Vichy (1941-1944) qui a marqué durablement son développement.
Dans le paysage international, le Championnat de France occupe une place complémentaire aux grandes compétitions professionnelles que sont la National Rugby League (« NRL ») en Australie et la Super League en Europe. La spécificité française réside dans la présence de deux clubs intégrés au système britannique : les Dragons Catalans, membres de la Super League depuis 2006, et le Toulouse Olympique XIII, qui y fait son retour à partir de la saison 2026 après plusieurs années passées en Championship. Ces deux formations constituent aujourd’hui les vitrines du rugby à XIII français au plus haut niveau, tandis que le championnat national — rebaptisé « Super XIII » — conserve un rôle essentiel dans la formation des joueurs, la structuration des clubs et la diffusion du XIII sur le territoire.
Histoire
1934-1939 - Fondation et essor avant-guerre Palmarès (1935-1940) 1934-1935 : SA Villeneuvois 1935-1936 : XIII Catalan 1936-1937 : Bordeaux XIII 1937-1938 : RC Albigeois 1938-1939 : RC Roanne 1939-1940 : XIII Catalan Le Championnat de France de rugby à XIII est créé en 1934, quelques mois après la tournée des « Pionniers » menée par Jean Galia en Angleterre qui introduit officiellement la discipline en France. L’essor du nouveau code est accéléré par la venue en France d’une sélection du Yorkshire (joueurs d’Halifax et de Leeds) qui dispute plusieurs rencontres à Villeneuve-sur-Lot, Lyon, Pau, Bordeaux et Paris, suscitant un vif engouement. Dans ce contexte, les premiers clubs voient le jour : à Lyon-Villeurbanne, sous l’impulsion de Maurice Tardy ; à Roanne, grâce à Charles Petit et Henri Dechavanne ; bientôt renforcés par l’annonce de l’arrivée de la vedette du XV Max Rousié, considéré comme l’un des plus grands talents de sa génération.
Dès , plusieurs créations sont officialisées : un club à Villeneuve-sur-Lot, le Paris XIII le , le Bordeaux XIII avec Raoul Bonamy, et le Pau XIII sous l’impulsion de François Récaborde. Devant la profusion de nouvelles équipes composées de transfuges du XV, Jean Galia organise d’abord une Coupe de France, avant d’envisager, face au développement du nombre de clubs, la mise en place d’un véritable championnat national. thumb|Le Villeneuvois Max Rousié est l'une des grandes vedettes de ce lancement de Championnat de France. Les dirigeants treizistes tentent d’abord de trouver un terrain d’entente avec les instances du rugby à XV, mais ces dernières s’y opposent farouchement au nom de l’amateurisme. La fédération de XV obtient même du Ministère de la Guerre que toutes les compétitions militaires soient réservées à ses seuls licenciés, interdisant ainsi l’accès au rugby à XIII au sein de l’armée française à partir de . Cette hostilité institutionnelle n’empêche pas la presse de souligner le succès populaire de la première édition du championnat, regrettant que le rugby français n’ait pas choisi, comme le football, d’associer en une même fédération les formes amateur et professionnelle.
Malgré ces obstacles, le lancement du championnat est officialisé en avec dix clubs participants, dont le XIII Catalan de Perpignan, composé en grande partie de joueurs sanctionnés par la fédération de XV. La première édition adopte le modèle du championnat de France de football, avec un classement final qui sacre directement le premier comme champion national, sans phase finale. Le S.A. Villeneuvois devient ainsi le premier vainqueur de l’histoire de la compétition. Dès 1936, des finales disputées à Talence (près de Bordeaux) remplacent ce système, lançant une tradition durable dans l’organisation du championnat.
Au fil des saisons, plusieurs clubs se partagent les titres. En 1936, le XIII Catalan s’impose en finale contre le Bordeaux XIII (25-14), avant que ces deux formations ne se retrouvent en 1937, cette fois au bénéfice des Bordelais (23-10). En 1938, le RC Albigeois l’emporte de justesse contre le S.A. Villeneuvois (8-5), avant que le RC Roanne ne s’impose l’année suivante, 9-0, face au même adversaire. L’édition 1939-1940, marquée par l’entrée en guerre et amputée de nombreux joueurs mobilisés, voit la victoire du XIII Catalan, vainqueur en finale du Pau XIII (20-16), décrochant ainsi son deuxième titre. thumb|Jean Dauger, grand espoir du XV de l'Aviron bayonnais, rejoint en 1937 le RC Roanne. Le succès de la compétition attire rapidement de nouveaux clubs issus du rugby à XV. Le RC Narbonne, le CA Brive et l’AS Carcassonne choisissent de rejoindre le rugby à XIII, renforçant son prestige. On assiste également à la création du Toulouse Olympique XIII et à l’arrivée du SU Cavaillon, qui marque l’implantation du XIII dans le sud-est. De nombreuses tentatives de création de clubs voient le jour dans des villes comme Périgueux, Pau ou Dax, témoignant de l’enthousiasme qui entoure alors la discipline.
Le développement du championnat est renforcé par l’arrivée de joueurs issus du rugby à XV, séduits par le professionnalisme. Sous l’impulsion de Jean Galia, de nombreux internationaux rejoignent le XIII, parmi lesquels Roger Claudel, Raoul Bonamy, Jean Duhau, Georges Caussarieu, Robert Samatan, Ernest Camo, Léopold Servole, Max Rousié, Charles Petit, Marius Guiral, Antonin Barbazanges et Joseph Griffard. Ils sont rejoints par de nouveaux internationaux tels que Frantz Sahuc, René Arotça, Guy Vassal, Joseph Desclaux et Félix Bergèse, voire par de jeunes espoirs du XV comme Jean Dauger. Cette vague de signatures donne au championnat un niveau de jeu élevé et une légitimité immédiate face à son homologue à XV.
À la fin des années 1930, le rugby à XIII s’impose comme une discipline en plein essor, surtout dans le sud de la France, où ses clubs attirent des foules considérables et bénéficient d’une large couverture médiatique. Cependant, le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale en 1939 interrompt brutalement cette dynamique. La mobilisation générale désorganise les clubs et met fin aux compétitions, stoppant net la première grande période de développement du championnat de France de rugby à XIII.
1940-1944 - interdiction du rugby à XIII par Vichy
À la veille de la Seconde Guerre mondiale, le rugby à XIII est en plein essor en France, risquant de déstabiliser le rugby à XV. En effet, la Ligue française de rugby à XIII compte plus de 200 clubs et son championnat professionnel regroupe 14 équipes, menaçant l’hégémonie du rugby à XV. Cette croissance rapide inquiète la fédération quinziste, qui trouve dans le nouveau régime de Vichy un allié pour stopper l’expansion du XIII.
Dès , les clubs treizistes reçoivent l’ordre de se transformer en clubs de rugby à XV ou de disparaître. La Charte des sports du , publiée le , interdit aux fédérations de gérer des clubs professionnels. En , la pratique du rugby à XIII est bannie dans les établissements scolaires, collèges, lycées et universités. Peu à peu, la Ligue française de rugby à XIII est privée de toute assise : ses clubs n’ont plus d’existence légale, et l’organisation est réduite à une coquille vide.
La mesure décisive intervient le , lorsque le maréchal Philippe Pétain signe le décret portant dissolution de la Ligue française de rugby à XIII.. Publié au Journal officiel du , ce texte interdit officiellement la pratique du rugby à XIII et transfère le patrimoine de la fédération au Comité national des sports pour liquidation. Les biens mobiliers, et immobiliers, sont saisis, et les stades autrefois dédiés au XIII sont désormais utilisés par des clubs de rugby à XV, parfois dirigés par les mêmes personnalités locales.
L’interdiction du rugby à XIII s’inscrit dans la volonté du régime de Vichy de bannir le professionnalisme sportif dans le cadre de la « Révolution nationale ». Elle bénéficie du soutien actif de plusieurs responsables liés au rugby à XV, tels que Jean Borotra, Jean Ybarnégaray, Joseph Pascot, Paul Voivenel, Albert Ginesty ou André Haon, qui occupent des positions d’influence dans les instances sportives du régime. Cette collusion contribue à effacer le XIII du paysage sportif français entre 1940 et 1944. Bien plus tard, en 2013, L’Équipe magazine qualifiera cette interdiction d’« un des plus grands scandales du sport français »L'Équipe magazine, Jean-Christophe Collin, Boulogne-Billancourt, 28 fév. 1946-, quotidien .
1944-1960 - Reconstruction et âge d'or
Palmarès (1945-1960) 1944-1945 : AS Carcassonne 1945-1946 : AS Carcassonne 1946-1947 : RC Roanne 1947-1948 : RC Roanne 1948-1949 : RC Marseille XIII 1949-1950 : AS Carcassonne 1950-1951 : US Lyon-Villeurbanne 1951-1952 : AS Carcassonne 1952-1953 : AS Carcassonne 1953-1954 : Bordeaux XIII 1954-1955 : US Lyon-Villeurbanne 1955-1956 : RC Albigeois 1956-1957 : XIII Catalan 1957-1958 : RC Albigeois 1958-1959 : US Villeneuve 1959-1960 : RC Roanne
À la Libération, le rugby à XIII renaît officiellement après quatre années d’interdiction sous le régime de Vichy. La fédération est rétablie, mais sans récupérer les biens confisqués entre 1940 et 1944, ce qui oblige les clubs à repartir presque de zéro, avec peu de moyens financiers et matériels. Malgré ces difficultés, la discipline retrouve rapidement sa vitalité, avec le retour d’équipes historiques comme le XIII Catalan, Villeneuve, Albi, Roanne ou Bordeaux, et l’apparition de nouvelles structures ambitieuses comme Marseille XIII.
La première finale d’après-guerre a lieu en et marque symboliquement le retour du championnat. Devant une foule enthousiaste, l’AS Carcassonne s’impose de justesse face au Toulouse Olympique XIII (13-12), inaugurant une décennie où le XIII reprend sa place dans le paysage sportif du sud de la France. Dans les années suivantes, la compétition gagne en popularité, attirant des affluences considérables, parfois supérieures à spectateurs pour une finale.
Les années 1950 constituent l’« âge d’or » du rugby à XIII français. Plusieurs clubs dominent la scène nationale : l’AS Carcassonne, le XIII Catalan, le RC Albi XIII, le Villeneuve XIII, mais aussi le Lyon-Villeurbanne XIII, le Marseille XIII et le Bordeaux XIII, qui connaissent tous des périodes de succès. La Coupe de France Lord Derby complète le championnat et suscite un engouement similaire. Ce dynamisme sportif s’accompagne de la présence de joueurs emblématiques qui marquent l’histoire du jeu.