Otto Braun est un homme politique allemand de la république de Weimar, membre du Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD), né le à Königsberg en Prusse orientale et mort le à Locarno en Suisse où il s'était exilé.

Il fut, de 1920 à 1932 presque sans discontinuer ministre-président de Prusse, le plus grand des Länder allemands de l'époque, jusqu’à être destitué en 1932 lors du "coup de Prusse" organisé par le chancelier Franz von Papen. Otto Braun tentât de s'opposer à cette action illégale par des mesures juridiques, mais sans effet significatif malgré un procès gagné devant le tribunal du Reich.

À sa tête, Otto Braun tentât de faire de l'État libre de Prusse, un « bastion républicain » au sein de la République de Weimar. Parfois surnommé le « Tsar rouge de Prusse » ou le « dernier roi de Prusse », il mena une politique de réforme qui fut controversée, mais qui resta toujours dans le cadre de la légalité. Avec l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler, la politique de réforme de Braun fut rapidement et profondément révisée, et Braun dut s'exiler.

Biographie Braun était le fils d'un artisan qui connut la déchéance sociale, passant de maître cordonnier indépendant à garde-barrière. Après une courte scolarité, Otto Braun suivit un apprentissage d'imprimeur. C'était un personnage impressionnant de près d'un mètre quatre-vingt-dix et large de corps. Volontaire, il était doté d'un talent d'organisateur et d'une capacité remarquable de meneur d'équipes. Cependant, en tant qu'orateur et acteur il était largement inférieur aux autres hommes politiques de la République de Weimar. Braun, qui pensait et abordait les problèmes de manière objective et pragmatique, manquait à la fois d'habileté rhétorique et de la capacité à entraîner un auditoire. Malgré le pragmatisme de sa politique, il s'est toujours laissé guider par sa profonde conviction humaniste du droit des hommes à la liberté et à l'égalité.

Peu d'informations nous sont parvenues sur sa femme Emilie, née Podzius. Il l'a rencontrée dans les années 1890 lors d'une réunion du parti où il était orateur, et ils se marièrent à Königsberg le . Emilie était discrète et repliée sur elle-même. Pendant la période où Braun était ministre-président, elle n'est jamais apparue en public. Elle était également amie avec Käthe Kollwitz. En 1927, Emilie étant atteinte d'une maladie incurable, la vie du couple se limita en grande partie à sa maison. Selon des témoins oculaires, Braun s'est occupé de sa femme avec dévouement, et sa fuite en Suisse en 1933 semble avoir été principalement motivée par son inquiétude pour Emilie. Son seul enfant, Erich, est mort de la diphtérie en 1915 à l'âge de 21 ans durant la Première Guerre mondiale alors qu'il était volontaire de guerre. Cette perte a profondément affecté Braun.

Otto Braun aimait et allait souvent à la chasse, ce qui lui valut quelques attaques personnelles. On lui a reproché à droite de ne pas chasser dans les règles de l'art et à gauche de pratiquer un hobby aristocratique.

Braun s'engage très tôt dans la social-démocratie. Influencé par l'anarcho-syndicalisme, il fait d'abord partie de l'aile gauche du parti. A l'âge de vingt ans, il publie presque seul un journal et fut à cette époque la principale figure organisationnelle du SPD en Prusse orientale. Il passa la majeure partie de sa vie en tant que politicien professionnel, d'abord comme député, puis comme ministre et enfin comme ministre-président. Après la prise du pouvoir par les nationaux-socialistes, Braun se réfugie en Suisse le , où il rédige en 1940 ses mémoires. Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, il reste en exil en Suisse ou il restera jusqu'à la fin de sa vie. Il continua à assister aux congrès du SPD, mais se tint sinon à l'écart de la vie politique. Bien qu'il ait souvent été décrit comme un homme dur et ne faisant pas de place aux sentiments, ses amis proches et ses connaissances le considéraient comme très sentimental et guidé par de profondes convictions humanistes.

Pendant la République de Weimar, Braun fit partie de l'organisation de lutte pour la défense de la République Reichsbanner Schwarz-Rot-Gold.

Au SPD La carrière de Braun fut assez typique de celle de nombreux fonctionnaires du SPD sous la République de Weimar.

Braun s'engage illégalement au SPD alors interdit par les lois antisocialistes à 16 ans. Il devint président de l'association électorale ouvrière de Königsberg et plus tard producteur, rédacteur et imprimeur de différents magazines sociaux-démocrates. Dans une région où plusieurs tentatives du SPD d'établir un journal de parti s'étaient soldées par des échecs, Braun fonda un journal à succès, sans capital de départ, avec un soutien minimal de la direction du parti et dans des conditions de distribution qui semblaient aventureuses dans une région rurale dominée par la grande agriculture.

À cette époque, il était en contact avec les ouvriers agricoles de Prusse orientale et devint ainsi un expert en politique agricole au sein du parti ainsi qu'un adversaire à vie des « Landjunker » de l'Est de l'Allemagne.Dans son ouvrage ultérieur Das ostelbische Landproletariat und die Sozialdemokratie, il écrit« La population rurale de l'Est de l'Elbe, exploitée et privée de ses droits, est donc le socle sur lequel repose en grande partie le pouvoir de la junquerie de l'Est de l'Elbe et sur lequel elle mène sa politique de pillage affamant et privant le peuple de ses droits.

Mais ce socle peut pourrir dans la mesure où les principes sociaux-démocrates peuvent se propager parmi les groupes de population qui la composent.»En 1892, Braun est condamné à deux mois de prison pour lèse-majesté. En Braun est arrêté et en 1904, une procédure pour haute trahison est engagée contre lui et huit autres sociaux-démocrates. Les accusateurs lui reprochent d'avoir importé en Russie des écrits anarchistes et appelant au renversement du tsar. Braun passa plus de cinq mois en détention préventive. Lors du procès de la société secrète de Königsberg, Braun fut défendu par Hugo Haase, qui révéla à cette occasion la collaboration de la police prussienne avec les services secrets russes Okhrana. Les preuves furent considérées comme non valables par le tribunal. De plus, à cette époque, la haute trahison envers des monarques étrangers n'était punissable en Allemagne que si un accord de réciprocité avait été conclu avec le pays concerné ce qui n'était pas le cas avec la Russie. Braun fut donc acquitté.

En 1898, il devint président du SPD de Prusse orientale, et en 1905, il occupa son premier poste au sein du parti au niveau du Reich en tant que membre de la commission de contrôle. En 1911, Braun devint caissier principal du comité directeur du SPD, dont il fait partie jusqu'en 1917. En 1913, il obtient un mandat à la Chambre des députés de Prusse. Bien qu'appartenant au départ à l'aile gauche du parti, il ne faisait pas partie du même monde que les spartakistes et les communistes. Il trouvait leur argumentation trop éloignée du monde, trop théorique et trop peu orientée vers des objectifs réalisables et pratiques.

Il critiquait Rosa Luxemburg pour sa « ses manières odieuses de maitresse d’école ».

Pendant la Première Guerre mondiale, il reste du côté du Parti social-démocrate majoritaire d'Allemagne (MSPD) et soutient la politique dite de paix civile du parti qui avait pour but d'éviter les conflits politiques internes en Allemagne pendant la guerre.

En 1917, il participe à l'organisation de la grève de janvier et, en 1918, il devient membre du conseil des ouvriers et des soldats de Berlin pour le MSPD. Braun, qui tenait à la fiabilité et à l'efficacité, ne fut pas heureux au sein du conseil, les majorités y étant souvent changeantes, la composition du personnel dépendant fortement du hasard, et les discussions ne portant souvent pas sur des questions pratiques mais se perdant dans des débats idéologiques. De cette période, il garda toute sa vie une aversion pour « le désordre des conseils ».

En 1919/1920, Braun fait partie de l'Assemblée nationale de Weimar.

De 1920 à 1933, il est membre du Reichstag allemand. En raison des conflits d'intérêts entre le Reich et la Prusse et du caractère souvent entreprenant et non conventionnel de Braun, une distance se crée entre lui et la direction du SPD. Alors que Braun, en tant que pragmatique, favorisait en Prusse les intérêts de la coalition SPD/DDP/Zentrum, pour la direction du parti les intérêts du SPD devaient passer naturellement être prioritaires. Après la réunification avec le Parti social-démocrate indépendant d'Allemagne (USPD) les conflits se multiplièrent. Les rivalités personnelles, notamment entre les deux figures de proue Braun et Otto Wels, continuèrent à détériorer le climat, Braun reprochant à la direction du SPD d'agir de manière irresponsable, celle-ci affirmant que Braun se comportait de manière irréfléchie envers le parti et manquait de respect pour les principes sociaux-démocrates.

La rupture a lieu lorsque Braun inaugure à Berlin à la fin des années 1920 la Neue Wache restaurée comme mémorial de la Première Guerre mondiale. Alors que la droite refusait d'honorer le mémorial d'un « traître à la patrie », le rejet unanime de la gauche politique et de la social-démocratie affecta profondément Braun, personnellement touché par la mort de son fils.

Au gouvernement de Prusse vignette|Otto Braun en tant que membre de l'Assemblée nationale de Weimar, 1919. Otto Braun était déjà membre de la Chambre des représentants de Prusse sous l'Empire. En 1918, il devient ministre de l'agriculture du Land sous Paul Hirsch. Braun s'opposa alors au démantèlement de la Prusse qu'il percevait comme un havre d'ordre démocratique en Allemagne. Il craignait en outre que le démantèlement de la Prusse, qui représentait environ les deux tiers du territoire de l'Empire allemand mais dont la composition était très hétérogène, ne renforce les revendications d'annexion des puissances victorieuses.

En tant que ministre de l'Agriculture, il tenta une réforme agraire qui devait avant tout priver les puissants propriétaires terriens à l'est de l'Elbe de leur pouvoir. Il voulut mettre en place une politique de colonisation qui devait installer d'anciens soldats sur des terres en friche : ainsi, les soldats auraient eux-mêmes trouvé un emploi civil, et en même temps la situation alimentaire tendue dans le Reich se serait améliorée. La résistance acharnée des grands agronomes, l'attitude hésitante de Hirsch et la situation juridique contraire aux plans de Braun firent largement échouer les plans.

Lorsque les exigences des Alliés pour le traité de Versailles furent connues le , l'indignation de l'opinion publique et des dirigeants politiques ne connut aucune limite. Le , Otto Braun déclara à Lyck :« Jamais dans l'histoire du monde on n'a commis une escroquerie aussi éhontée contre un peuple qu'ici. ... Le gouvernement de l’État prussien et le gouvernement du Reich, en accord avec l'ensemble des représentants du peuple, ont adopté le point de vue selon lequel ce traité est de nature à conduire le peuple allemand à un esclavage permanent, et qu'il est donc pour nous totalement inacceptable et ne doit pas être signé ».

- Otto Braun

Ministre-président Braun a été ministre-président de Prusse de à , de à et d' à . Ironiquement, il ne devint ministre-président que parce que ses adversaires le trouvaient plus dangereux en tant que ministre de l'Agriculture et ils influencèrent en conséquence les autres partis de la coalition. Il était ainsi l'homme le plus puissant de l'État fédéral le plus grand et le plus peuplé de la République de Weimar. Hormis de brèves interruptions dues à l'instabilité politique de la République, il occupa ce poste pendant douze ans, jusqu'au coup d'État de 1932.