Les Arts et l'Amitié est l'une des plus anciennes loges maçonniques d'Aix-en-Provence. Elle est fondée tout d'abord sous le titre de le , elle est depuis l'origine de celui-ci affiliée au Grand Orient de France. Tout au long de ses 240 ans d'existence, elle est un exemple typique de l'évolution sociologique de la franc-maçonnerie française : modèle d'intégration des roturiers sous l'Ancien Régime, en ébullition sous la Révolution avant d'être mise en sommeil par celle-ci, soumise sous le Premier Empire, elle renaît après le choc de la Restauration puis s'épanouit sous le Second Empire avant de vivre difficilement la période transitoire préalable à la Troisième République.
Historique « L'Étroite Persévérance » avant l'« Amitié » Bien que des auteurs anciens aient écrit que les activités maçonniques à Aix-en-Provence remonteraient à 1754Voir par exemple: « La franc-maçonnerie en France des origines à 1815 », BORD Gustave, SLATKINE, Genève-Paris, 1985, réimpression de l’édition de Paris, 1908., la plus ancienne des loges connues attestées dans cette ville est l'« Étroite Persévérance » fondée le par la loge « La Prudence » sise à Marseille et rattachée à la Grande Loge de France. Le , l'« Étroite Persévérance » deviendra loge capitulaireOn appelle « loge capitulaire », une loge maçonnique qui pratique les hauts grades maçonniques jusqu'à celui de « Chevalier Rose-Croix ».. Puis un second atelier est créé à Aix-en-Provence le : les « Amis réunis ». Le les deux ateliers se réunissent et forment l'« Étroite Persévérance des amis réunis », toujours rangée sous la bannière de « La Prudence ».
Le « La Prudence » fusionna avec la Mère Loge écossaise de Marseille, Saint Jean d'Écosse de Marseille, dont elle reconnut la suprématie entraînant derrière elle les loges qu'elle avait fondées et notamment celle d'Aix-en-Provence à laquelle on accorda le titre de fille aînée. Saint Jean d'Écosse de Marseille, qui affirmait avoir été fondée le Cette revendication est jugée douteuse par les historiens, voir l'article Saint Jean d'Écosse de Marseille., s'était proclamée « loge mère » de son propre rite maçonnique. Le rattachement à cette loge-mère ne fut pas du goût de tous les membres et certains créèrent en conséquence « Les Amateurs de la vertu » qui prirent en 1771 le nom de la « Douce Harmonie ». Cette dernière ayant suspendu ses travaux, des frères s'adressèrent à l'« Amitié », de Bordeaux, créée le par la Grande Loge de France, pour obtenir des constitutions. Ainsi naquit le l'« Amitié »Derobert-Ratel 1987, .. Après sa création la loge l' sera absorbée dès le par l'. Puis, un nouvel atelier, , procédera à un premier réveil de la loge initiale le ..
Révolution et Empire La Révolution amènera après une période d'effervescence la fermeture des trois loges aixoises d'alors, l' qui renaîtra plus tard sous le nom des , l' et la . Sous l'Empire un nouvel atelier, dénommé tout d'abord l'« Intimité » puis les « Préjugés Vaincus », reprendra le flambeau et le nom de l'« Amitié » le . Parallèlement, une nouvelle loge, essentiellement composée de militaires, sera créée le . C'est elle qui portera pour la première fois l'appellation des « Arts et l'Amitié ».
Restauration La Restauration qui avait dans un premier temps entraîné nouvelle fermeture des ateliers maçonniques, verra l '« Étroite Persévérance » devenir les « Amis de la bienfaisance » en 1825, suivie du réveil et de la fusion de l'« Amitié et des Arts » et de l'« Amitié » le . Celle-là rejoignant celle-ci le , transformant alors les "Arts et l'Amitié" en loge capitulaire. Une période d'interruption des travaux étant survenue à la fin de la période de la Restauration, la loge ouvre à nouveau le . Et un tableau des membres de l'atelier est établi le .
Le Second Empire : une ère de prospérité Dans la préface de l'ouvrage de Christiane Derobert-Ratel Les Arts et l'Amitié et le rayonnement maçonnique dans la société aixoise de 1848 à 1871, le professeur Bruno Étienne rappelle tout d'abord que, à l'époque, trois cents maçons sont présents dans la ville d[Aix-en-Provence sur une population totale de habitants, soit 1 % de l'ensemble, tous âges et sexes confondus. Ainsi, les frères sont-ils naturellement présents dans toutes les instances sociales. Et Étienne de relever que l'« on passe de la sociabilité à la socialité puis à la politique par les loges ». Loge au sein de laquelle les francs-maçons pratiquent peu l'ésotérisme, qui ne deviendra à la mode que plus tardivement et principalement après la Seconde Guerre mondiale. En effet, privés de liberté de réunion affirmée ou du droit d'association, les frères ne font pas encore de l'introspection une de leurs priorités. En revanche, est d'autant plus importante la vie sociale de ces mêmes francs-maçons participant activement aux bals, fêtes et cérémonies de la ville. C'est par conséquent sous le régime fort du Second Empire, tout au moins durant sa première décennie, que les « Arts et l'Amitié », et par là-même, la franc-maçonnerie aixoise, connaîtront l'une de leurs plus grandes ères de prospérité. L'atelier sera dirigé en 1867 par le frère Bremond, en 1868 par Milhaud, en 1869 par Bremond à nouveau et en 1870 par de Séranon. E.Bremond, avocat, soutiendra fortement la nouvelle tendance démocratique et anticléricale qui succède au premier siècle d'histoire de la loge. Sera également Orateur à cette époque Jules Crémieu, fils de Louis Crémieu, professeur à la faculté de Droit d'Aix-en-Provence, lui-même bâtonnier de l'Ordre des avocats de 1866 à 1868.
La Troisième République: déboires et renouveau de la Loge
En 1870, les frères interrompent leurs travaux du fait de la guerre. Ceux-ci recommenceront dès le mois d' sous le titre provisoire de "la Concorde en instance" avant la reprise du nom des "Arts et l'Amitié". Une mise en sommeil sera ordonnée par le Grand Orient de France le pour irrégularité, la loge ayant en effet cessé de correspondre avec le pouvoir central. Le Conseil de l'Ordre de l'obédience la relèvera de cette irrégularité en sa séance du .
Affluent alors plusieurs professeurs de l'école normale, du lycée, de l'école des Arts et Métiers devenue École nationale supérieure d'arts et métiers, des magistrats dont deux avocats généraux à la cour d'appel, le commissaire central de police, le maire d'Aix-en-Provence Benjamin Abram. La loge des "Arts et l'Amitié" reprendra son rôle central dans la vie politique, intellectuelle et philosophique de la Ville d'Aix-en-Provence. Un bel exemple en est encore fourni par Jules Sauteron de Seranon qui fréquentera de nombreuses années la loge cumulant les titres et fonctions d’avocat, de bâtonnier, d’académicien, d’officier municipal et de vénérable.
Début du
De 1906 à 1940, la loge est dirigée par le même professeur de mathématiques et intendant de l'école normale de garçons, M. Richaud, dont le cinquantenaire maçonnique est célébré en 1945. Cette stabilité est due à un épisode tragi-comique de l'histoire de la Loge. En 1890 l'atelier initie un jeune avocat, ambitieux et sans scrupules, Gabriel Baron, fils d'un riche banquier de Cannes qui brigue le mandat de député de Victor Leydet. Celui-ci, en 1897, aux fins de s'attirer les voix de la réaction dont il aura besoin pour être élu, donne sa démission de la franc-maçonnerie en faisant passer sa lettre par le canal de l'archevêché d'Aix-en-Provence à Monseigneur Gouthe-Soulard. Baron deviendra maire d'Aix-en-Provence de 1896 à 1897 et député de 1897 à 1898. La maçonnerie aixoise fait tous les frais du scandale sans précédent qui en résulte. La loge, discréditée, est mise en sommeil en 1895 avant son réveil le sous le vénéralat de Richaud, succédant à Ferrières. Ce frère est le premier membre de l'atelier à faire partie du Grand Collège des rites que préside bien plus tard un autre maçon des Arts et l'Amitié, Jean Mourgues.
À cette même époque, l'atelier comprend parmi ses membres Eliacin Naquet, frère d'Alfred Naquet auteur de la loi du rétablissant le divorce.Eliacin est né le à Carpentras d'une famille judéo-comtadine. Étudiant en droit en 1863 à Aix-en-Provence, il est reçu apprenti à la Loge le , il y côtoie son cousin germain Jules-Salomon Crémieu alors Orateur des Arts, et Benjamin Abram étudiant en droit également et futur Maire d'Aix-en-Provence de 1888 à 1896.
La carrière du frère E. Naquet se poursuivra par sa nomination le comme chargé de cours à la faculté d'Aix-en-Provence, son élection comme Officier municipal en 1878, réélu en 1881, et celle de conseiller général du Vaucluse dans le canton de Cadenet. Il s'attache au développement de la laïcité de l'enseignement pour permettre l'enracinement de la République, et participe à l'amélioration des conditions d'incarcération des jeunes mineurs. Il sera victime de violentes attaques antirépublicaines et antisémites : La France juive d'édouard Drumont déplore que . Celui-ci se tournera notamment vers les activités agricoles et vinicoles dans sa propriété de Château Lacombe, aujourd'hui d'appellation d'origine contrôlée (AOC), côtes-de-provence.
Après son réveil, l'atelier est doté d'un règlement intérieur en bonne et due forme puisque adopté par les Arts et l'Amitié lors de la tenue du et homologué par le Conseil de l'Ordre dans sa séance du .Par décision extraordinaire en date du faisant suite au séisme de 1909 en Provence, en présence de la catastrophe qui a désolé à la région, la loge s'associant au deuil public décide: de supprimer sa fête solsticiale du dimanche 20 courant, de supprimer la tenue du même jour, d'affecter aux victimes du sinistre une somme de cent francs prise au trésor de l'atelier, ainsi que le montant total des médailles de banquet souscrites par les membres de l'atelier.
En 1914, la guerre interrompt les travaux qui reprennent en 1919 dans la chapelle désaffectée de Sainte-Marthe.
De la dernière clôture des travaux en 1940 à la réouverture de 1944
Le se tient la première réunion d'après-guerre sous la direction de Coste, anciennement premier surveillant et futur vénérable, Richaud étant décédé en juin de la même année. De nombreux frères se sont, durant la fermeture des travaux, illustrés dans la Résistance. Ainsi, Arène et Raboisson, médecins militaires, Gardiol, Dusser, Savine, ancien et futur maire de Gardanne, Remondin, l'instituteur révoqué Pascal, Corradi, maire de Septèmes-les-Vallons, Granger, et le professeur Palanque. Également, participent à la Libération, Félix Gouin, Henry Malacrida, Pierre Guindon honoré d'un rond-point par la Ville, et Roger Lerda. Lors de la première tenue le sont honorés Gaston Weil, Maurice Plantier, compagnon de la LibérationCompagnon de, Résistance Intérieure, décret du 20 janvier 1946« 1061 COMPAGNONS, Histoire des Compagnons de Jean-Christophe NOTIN, Librairie Académique Perrin, , )., ancien adjoint de Max Juvenal dont une avenue porte le nom, avocat, futur président du conseil général, futur bâtonnier de l'ordre des avocats.
Fête du bicentenaire (1772-1972) Le dimanche est célébré le bicentenaire des Arts et l'Amitié avec notamment le discours prononcé par Léonce Corriol, vénérable d'honneur, ayant lui-même dirigé la loge de 1959 à 1961, et la préface de l'autre vénérable d'honneur Jullien à la plaquette édité à cette occasion. L'histoire de la loge se poursuit jusqu'à nos jours avec de nombreux essaimages donnant lieu à la création des ateliers qui composent le paysage maçonnique aixois actuel, tant au sein du Grand Orient que dans d'autres obédiences, comme Le Droit humain. Ainsi sont notamment issues de la loge mère « Aurore », « Arc-en-Ciel » et des petites-filles telles « Règle et Liberté » ou « Aquae Sextiae ».
Louis Philibert membre de la loge, né le et décédé le , était alors député d'Aix-en-Provence avant de devenir sénateur. Il fut élu conseiller général des Bouches-du-Rhône avant d'en devenir le président.
Un véritable cadavre dans le cabinet de réflexion