La basilique Notre-Dame de Fourvière surplombe la ville de Lyon au sommet de la colline de Fourvière depuis la fin du .

Elle est construite à peu près sur l'emplacement de l'ancien forum de Trajan, . Sur cet emplacement est institué au milieu du Moyen Âge un culte à saint Thomas de Cantorbéry puis, rapidement, à la Vierge Marie. Ce double culte se concrétise avec la construction à partir de 1630 d'un lieu de dévotion, la chapelle Saint-Thomas de Lyon. À la suite d'un vœu prononcé en 1642 par les échevins de Lyon pour éloigner une épidémie de peste de la ville, un pèlerinage annuel se constitue. Au , à l'initiative du cardinal Louis-Jacques-Maurice de Bonald, une statue dorée de Marie est érigée sur le clocher de la chapelle, qui est rehaussé et renforcé à cette occasion.

En parallèle, la proposition de construire une basilique, à la fois pour accueillir des visiteurs de plus en plus nombreux et en remerciement pour la protection de Lyon durant la guerre franco-allemande de 1870 est acceptée ; son édification débute en 1872.

L'architecture de la basilique, de style néo-byzantin, est l'œuvre de Pierre Bossan, lequel, obligé de superviser le chantier de loin pour raisons de santé, délègue une grande partie de l'exécution de l'œuvre à Louis Sainte-Marie Perrin. L'architecture très particulière de l'édifice lui vaut de nombreux admirateurs, mais aussi de très vives critiques.

Propriété de la commission de Fourvière et non de l'archevêché depuis sa fondation, la basilique n'est donc pas concernée par la loi de 1905 et reste propriété privée, notamment grâce à la diplomatie du maire Édouard Herriot, moins anticlérical que son prédécesseur Jean-Victor Augagneur. Néanmoins, malgré ce statut, la basilique obtient à la fin du une reconnaissance officielle de son statut de monument lyonnais. L'édifice est inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques le ; puis il est reconnu d'utilité publique le , juste avant son inscription au patrimoine mondial le de la même année, au titre du site historique de Lyon. Enfin, le , il est classé monument historique.

La basilique constitue un des repères les plus visibles de l'agglomération, et un des symboles de la ville de Lyon. Elle donne à Lyon son statut de « ville mariale ». Environ deux millions de pèlerins et de touristes sont accueillis chaque année dans la basilique. Le complexe basilical comprend non seulement l'édifice, la chapelle Saint-Thomas et la statue, mais aussi l'esplanade panoramique et le jardin du Rosaire.

Historique Avant la basilique : la chapelle Saint-Thomas

vignette|gauche|La chapelle de Fourvière au début du .|alt=Aquarelle représentant une petite église.

Un édifice médiéval En 1168, sur les ruines du forum romain, une chapelle est construite à Fourvière par Olivier de Chavannes, un chanoine de Saint-Jean. La petite chapelle, édifiée , est dédiée tout d'abord à saint Thomas puis à la Vierge. Elle est richement dotée, et confiée au chapitre de Saint-Jean qui la dessert. L'archevêque Jean Belles-mains la dote en 1192 d'un chapitre propre, comptant quatre chanoines. ; cette générosité lui permet également d'avoir les mains libres pour le chantier de la primatiale..

Le vœu des échevins de 1643

Au , Lyon est frappée plusieurs fois par des épidémies de peste, notamment en 1628 (la plus dévastatrice), 1631, 1637, 1639 et 1642. Face à ce fléau, les échevins du consulat font appel à la Vierge, probablement à l'inspiration du prévôt des marchands Alexandre de Mascrany. Le , un vœu est décidé : une procession à Notre-Dame aura lieu deux jours plus tard vers Fourvière, afin d'implorer la délivrance de la peste. Ce pèlerinage ayant eu lieu, il est choisi de le perpétuer annuellement. Le , un vote de la même assemblée voue la ville entière à Marie, et entérine un pèlerinage annuel, placé le , jour de la Nativité de Marie..

Les remaniements de la chapelle au vignette|La Vierge noire. La chapelle est remaniée aux . Les murs des deux nefs se couvrent d'ex-voto peints sur toile. Une statue de la vierge qui porte dans ses bras l'enfant Jésus, est installée sur le maître-autel. Cette statue sculptée en bois de poirier qui s'assombrit par des agents extérieurs (humidité, enfouissement temporaire pendant la Révolution), fait l'objet d'un culte de la Vierge noire connue localement sous le nom de Notre-Dame de Bon Conseil.

La statue de Marie vignette|redresse|Plans et élévations du clocher rehaussé surmonté de la statue de Marie.|alt=Plans et élévations dessinés au crayon d'un clocher surmonté d'une statue de Marie. vignette|redresse|gauche|Vierge (1852), Lyon, basilique Notre-Dame de Fourvière.

Au milieu du , l'église de Fourvière menace de tomber en ruine. Des constatations faites par André Flachéron révèlent en particulier l'état de vétusté du vieux clocher. Le remplacement de cet édifice est confié à l'architecte diocésain Alphonse-Constance Duboys, et commence au mois d'. Ce clocher à base carrée conserve un premier étage médiéval, surmonté de deux étages datant de 1849 ; le troisième étage est de plan octogonal, et se termine par une coupole.

Sur cette dernière est placée en 1852 une statue de la Vierge réalisée par Joseph-Hugues Fabisch.., dont la construction a été autorisée en 1851 par le cardinal Louis-Jacques-Maurice de Bonald. C'est une statue de et de plus de , située à plus de d'altitude. Ses mensurations sont volontairement disproportionnées (mains et visage trop grands par rapport à son corps), afin d'apparaître idéalement lorsqu'on la regarde d'en bas« La Vierge disproportionnée des toits de Fourvière », Inside Lyon, .

L'inauguration, en souvenir du vœu des échevins, est prévue pour le , mais les intempéries frappant le nord-est de la France provoquent une inondation de la Saône et un retard de la livraison de la statue. La fête est repoussée au , date (alors non officiellement approuvée) de la fête de l'Immaculée Conception, dogme qui sera proclamé deux ans plus tard par . À cause du mauvais temps de début décembre, un report au du mois est envisagé ; mais le ciel se dégage au cours de l'après-midi du . En signe de piété, les Lyonnais allument des lumignons et les posent sur les appuis de fenêtre : c'est la naissance de la fête des Lumières..

La décision de bâtir un sanctuaire Le gel initial de tout projet Au milieu du , les pèlerins venant de plus en plus nombreux à Fourvière qui bénéficie alors d'une affluence de dons en nature ou d'aumônes, le projet d'agrandissement du sanctuaire prend corps. Le renouveau des pèlerinages dans le contexte de recharge sacrale, favorisé par la piété populaire et l'imagerie pieuse de La Guillotière à Lyon. sous ses différentes formes (lithographies, photographies, statues, tableaux…), est tel que le pèlerinage à Fourvière est plus important que celui à Marseille (le chiffre d' de pèlerins annuels est avancé en 1858 par l'abbé Bouillard, auteur d'une monographie sur Notre-Dame de Fourvière).

Pour acheter les terrains nécessaires, Louis-Jacques-Maurice de Bonald crée en 1850 la commission de Fourvière, association de laïques catholiques. Son premier but n'est pas la construction d'un nouvel édifice, mais au contraire la sanctuarisation de la colline dans son état d'alors. Les objectifs qui lui sont confiés (lettre de l'archevêque au clergé, le ) sont de dégager la chapelle de , d'..

L'évolution personnelle de Pierre Bossan

vignette|redresse=0.8|gauche|Pierre Bossan.|alt=Photographie en noir et blanc d'un homme barbu posant debout, la main gauche sur le ventre.

Pierre Bossan, de son côté, connaît à ses débuts des succès en architecture. Tailleur de pierre sous la conduite de son père, puis élève d'Antoine-Marie Chenavard, il brille dans ses études. La mort de son père, le , l'oblige à quitter Paris pour revenir travailler à Lyon et y nourrir sa famille. Rapidement, il se fait un nom dans l'architecture religieuse, et travaille en particulier sur le grand chantier de restauration de la primatiale, dans laquelle il est nommé architecte en 1840. Mais, en 1845, convaincu par son frère Joseph, il investit dans une société financière exploitant l'éclairage au gaz, et délaisse le chantier de restauration de Saint-Jean, qui est pris entièrement en charge par Tony Desjardins. Joseph Bossan, ingénieur des mines, obtient à son frère l'adjudication de l'usine d'Alès ; ce dernier en néglige le chantier, et la société fait faillite en . En , les créanciers de l'architecte le poussent à la fuite en Italie, où, sauf à de rares reprises, il demeure jusqu'au début des années 1850. Cette période est particulièrement difficile pour lui : d'abord, son frère Joseph, présent avec lui à Palerme durant la Révolution sicilienne et le siège de la ville, y meurt dans les bras de Pierre, d'une épidémie. Ensuite, la mère de l'architecte meurt à son tour, en 1850. Lui-même finit par rentrer à Lyon, où il ouvre une agence d'architecture et vit très modestement. Le , est par ailleurs née Marie-Eugénie Mauchand, qui est suivant toute vraisemblance sa fille illégitime. Si ce secret venait à se savoir, l'architecte devra renoncer à sa carrière de constructeur d'églises. Aussi la mère de l'enfant, Marguerite-Henriette Mauchand, choisit-elle de se marier avec Jean-François Guépratte, afin de ne pas discréditer Bossan..

Vers le , Pierre Bossan vit une conversion radicale le jour de sa rencontre avec le curé d'Ars. Trois semaines plus tôt, le , le maître d'œuvre de l'agrandissement de la petite église Saint-Thomas, Alphonse Duboys, meurt soudainement à vingt-huit ans. De nombreux amis de Bossan, profitant de l'occasion, tentent de faire pression sur le cardinal Louis-Jacques-Maurice de Bonald pour l'inciter à construire la basilique sur la colline..

Le projet d'une basilique vignette|La première représentation du projet de basilique, en 1856.|alt=Gravure en noir et blanc de la basilique, plus petite qu'aujourd'hui (le clocher de Marie la domine). vignette|gauche|Proposition non réalisée de clocher surélevé, en façade nord, pour la statue de Marie.|alt=Gravure en noir et blanc de la façade nord, couplée à un haut clocher servant de piédestal à la statue.

vignette|gauche|Avant-projet de N[otre-]D[ame] de Fourvière approuvé par son Em. le cardinal de Bonald : [vue perspective du chevet, plan

Le , une seconde commission de Fourvière est créée, ayant pour sa part comme but d'aménager . Cependant, ce n'est qu'en 1866 que la Commission et les autorités ecclésiastiques s'accordent sur un projet non pas d'agrandissement mais de construction, d'une nouvelle église. Pierre Bossan est autorisé par la Commission à dévoiler, le , une vue de la future basilique, dont les plans ont été esquissés avant 1850 et peu à peu retravaillés, notamment après que l'architecte a découvert l'architecture sicilienne. Cette publication, qui rapporte à Pierre Bossan deux cents francs, et dont l'échelle a été faussée pour que la statue de Marie domine la basilique, suscite une réaction mitigée, d'autant que le coût prévu de l'édifice s'élève à deux millions de francs. Néanmoins, le , la commission approuve le projet ; de manière plus inattendue, le cardinal de Bonald également. Enfin, même si son accord n'est pas indispensable, le préfet et maire de Lyon, Claude-Marius Vaïsse, est également élogieux vis-à-vis du projet..