Une allumette est une petite tige de bois (généralement du peuplier, parfois du saule), de carton ou de chiffon, destinée à créer une flamme par friction avec son extrémité enduite d'un produit chimique inflammable, après quoi elle n'est plus utilisable.

Le mot « allumette » date des environs de l'an 1200 pour désigner une petite bûche destinée à faire prendre le feu.

Les allumettes sont vendues généralement en nombre, conditionnées en boîtes ou en pochettes de carton.

Historique Origines center|Allumage d'une allumette au ralenti Les allumettes datent de l'Antiquité. vignette|alt=Port en étain sur piedouche.|Porte-fidibus, étain, XIXe s. .

Il a été retrouvé, à Saintes, datés du , de petits bâtonnets de bois carbonisés à une extrémitéNima Saedlou, Monique Dupéron, Utilisation de résineux dans l’artisanat du bois en Gaule romaine. On ne sait pas si ces « allumettes » ont simplement servi à transporter une flamme, à éclairer, ou si elles ont participé à la production de feu.

En revanche, en Chine est attesté dès le , l'existence de bâtonnets de pin imprégnés de soufre, qui auraient eu cet usage..

Contrairement aux allumettes actuelles, ces allumettes au soufre ne peuvent s'enflammer que secondairement, au contact d'une braise préalablement obtenue par les moyens classiques (briquet d'acier, par exemple, déjà connu des Romains).

Au Moyen Âge, les allumettes étaient faites de roseau et fortement soufrées.

L'utilisation d'allumettes soufrées à une ou deux extrémités est décrite au dans un poème de Saint-Amant (1594-1661) :

Ce passage décrit le problème d'arriver dans le noir complet au sortir d'un cauchemar, à battre le briquet (nommé fusil avant le ), allumer l'amadou, allumer l'allumette au soufre (qui brûle avec une flamme bleue) pour pouvoir enfin allumer une bougie.

Ce n'est qu'au début du (de 1805 à 1831) que l'on verra pour la première fois une allumette produire une flamme en un seul temps, par réaction chimique ou par frottement. La boîte avec frottoir naît à cette époque, en 1830.

Progrès au vignette|droite|Thermographie d'une allumette en combustion.. L'allumette moderne a été inventée en 1805 par Jean-Joseph-Louis Chancel, assistant du professeur Louis Jacques Thénard à ParisSur Jean Joseph Louis Chancel, inventeur des allumettes ou briquets oxygénés. Le mélange inflammable contenait du chlorate de potassium, du soufre, du sucre et du caoutchouc. Il s'enflammait lorsqu'il était plongé dans un petit flacon d'amiante rempli d'acide sulfurique concentré.. Cette sorte d'allumette, aussi onéreuse que dangereuse, ne rencontra pas un grand succès.

La première allumette inflammable par friction est l'invention du chimiste anglais John Walker le .. Il reprit des travaux infructueux menés par Robert Boyle, en 1680, sur l'utilisation du phosphore et du soufre. Walker mit au point un mélange de trisulfure d'antimoine, de chlorate de potassium, gomme et d'amidon, qui pouvait s'enflammer en frottant sur une surface rugueuse composée d'une pâte à base de phosphore amorphe et de peroxyde de manganèseCollina-Girard, , . Les premières allumettes, brevetées par Samuel Jones, furent commercialisées sous le nom de lucifers. Elles présentaient d'importants défauts, la flamme étant instable et la réaction trop violente. De plus, l'odeur qu'elles produisaient était désagréable.

Le Hongrois (1817-1895) invente l'allumette moderne non explosive en 1836, substituant le dioxyde de plomb au chlorate de potasse, évitant ainsi les explosions violentes...

En 1831, le Français Charles Sauria ajouta du phosphore blanc afin d'atténuer l'odeur. Ces nouvelles allumettes, qui devaient être conservées dans une boîte hermétique, gagnèrent en popularité. L'Allemand Jakob Friedrich Kammerer fut à l'origine de leur production industrielle en 1832. Malheureusement, ceux qui travaillaient à leur fabrication furent atteints par des maladies osseuses, en particulier au niveau des mâchoires (nécrose phosphorée de la mâchoire)Lire ici, : A. Chevalier, Mémoire sur les allumettes chimiques préparées avec le phosphore ordinaire, BNF Gallica, liées à l'exposition au phosphore blanc. Après une campagne dénonçant ces pratiques« La fabrication des allumettes chimiques date de 1833, époque où l’on a trouvé le moyen de fixer le phosphore sur le bois. Depuis 1845, elle s’est rapidement développée en Angleterre, où des quartiers les plus populeux de Londres elle s’est ensuite répandue à Manchester, Birmingham, Liverpool, Bristol, Norwich, Newcastle, Glasgow, accompagnée partout de cette maladie des mâchoires qu’un médecin de Vienne déclarait déjà en 1845 être spéciale aux faiseurs d’allumettes chimiques.

La moitié des travailleurs sont des enfants au‑dessous de et des adolescents au‑dessous de 18. Cette industrie est tellement insalubre et répugnante, et par cela même tellement décriée, qu’il n’y a que la partie la plus misérable de la classe ouvrière qui lui fournisse des enfants, « des enfants déguenillés, à moitié morts de faim et corrompus. » Parmi les témoins que le commissaire White entendit (1863), il y en avait deux cent soixante‑dix au‑dessous de , quarante au-dessous de 10, douze de et cinq de seulement. La journée de travail varie entre douze, quatorze et quinze heures ; on travaille la nuit ; les repas irréguliers se prennent la plupart du temps dans le local de la fabrique empoisonné par le phosphore. — Dante trouverait les tortures de son enfer dépassées par celles de ces manufactures. » Karl Marx, Le Capital I, qui menaient à des infirmités graves, défigurantes et parfois mortelles, une convention internationale sur l'interdiction de l'emploi du phosphore blanc (jaune) dans l'industrie des allumettes, signée à Berne le , et suivie d'actions législatives, contraignit l'industrie à changer de méthode et à protéger les ouvriers.

Allumette de sécurité vignette|gauche|Allumettes de sécurité. alt=Friction d'une allumette sur le grattoir d'une boîte d'allumettes.|vignette|Friction d'une allumette sur le grattoir d'une boîte d'allumettes. L'allumette de sécurité, encore appelée « allumette suédoise » en raison de la nationalité suédoise de son inventeur Gustaf Erik Pasch, date de 1844. La «sécurité» provient du fait qu'elle nécessite un grattoir spécial, dont les éléments chimiques interagissent avec ceux de l'extrémité de l'allumette pour s'enflammer. Le grattoir est composé de poudre de verre et de phosphore rouge, tandis que l'extrémité de l'allumette est enduite de sulfure d’antimoine, de dioxyde de manganèse et de chlorate de potassium. La chaleur engendrée par le frottement transforme le phosphore rouge en phosphore blanc, qui à son tour contribue à l'inflammation de l'allumette.

Monopole d'État en France pendant

En France, la taxe sur les allumettes mise en place par une loi de 1871, qui devait améliorer les finances publiques nationales éprouvées par la guerre franco-prussienne de 1870, s'étant avérée d'un rendement trop faible, la fabrication et l'importation des allumettes ont été déclarées monopole de l'État par la loi du ..http://www.didiermorandi.fr/L2/Loi_2_aout_1872_allumettes.pdf.

D'un tissu artisanal, le secteur est donc rapidement passé à une organisation industrielle unitaire, le monopole étant affermé à la Société Générale des Allumettes Chimiques. En 1935, il est pris en charge par le Service d'exploitation industrielle des tabacs et des allumettes, qui devient en 1980 une société anonyme, la SEITA, privatisée en 1995, aujourd'hui fusionnée dans Altadis.

Le monopole fut aménagé par la loi du , autorisant l'importation d'allumettes en provenance d’États membres de la Communauté européenneContributions indirectes et monopoles fiscaux, Stéphane Lavigne, Que sais-je?, PUF 1991.. Après plusieurs recommandations de la Commission européenne entre 1969 et 1987Historique de Flamup, branche allumette de la SEITA., le monopole de fabrication et d'importation fut levé en 1995, à l'occasion de la privatisation de la SEITACode général des impôts article 576.

Marché parallèle Parallèlement à ce monopole se met en place, notamment en milieu rural, un marché illégal relevant de la contrebande. Ces allumettes de contrebande restaient fabriquées à base de phosphore, sable, colle et chlorate de manière très artisanaleBarbizier : almanach populaire comtois, 1948La saga du Haut-Gué : Champlitte Montsaugeon - Jean-Christophe Demard, René Nuffer - Paris : ERTI Éditeur, 1987 .

Allumettes contemporaines

Allumettes-tempête

Les allumettes-tempête peuvent être enflammées au dehors, même par très grand vent. Elles sont très appréciées des marins et des campeurs mais aussi des pisteurs secouristes. La tête inflammable, très reconnaissable, est beaucoup plus volumineuse que celle des allumettes classiques. Elles sont également très résistantes à l'humidité Site du fabricant italien Technomatch.

Allumettes traitées contre l'humidité Ces allumettes sont moins chères que les précédentes ; elles sont conçues pour résister à l'humidité, mais elles ne s'allument pas en plein vent.

Allumettes en boîtes étanches Des boîtes étanches à vis permettent de conserver les allumettes au sec par tout temps et même en immersion. On peut les garnir d'allumettes spéciales ou ordinaires.

Allumettes par pays Belgique Union Match est une compagnie allumettière belge.

Italie Les allumettes de cire (fiammiferi cerini) sont de minuscules allumettes de papier de cellulose pure paraffinée, ayant un aspect de mini-cierge de cire. Très populaires, peu encombrantes et résistant bien à l'humidité, elles demandent une certaine dextérité pour être allumées sans se plier : il faut les pincer entre les deux ongles du pouce et de l'index, très près de la partie inflammable. Les boîtes sont en carton décoré à glissière, avec un rabat empêchant la chute accidentelle des allumettes et parfois même un élastique permettant la fermeture automatique du tiroir..

Collection vignette|redresse|left|alt=cône tronqué en faïence rainurée fixé à une soucoupe|Pyrogène et support pour allumettes, ca 1915 vignette|redresse=0.8|Collection d'allumettes américaines. vignette|redresse=0.8|Allumettes Supersonique (1985-1986 CONCORDE).

La collection des boîtes d'allumettes porte le nom de philuménie. Elle est pratiquée de longue date par d'infatigables chercheurs, évoqués par Anatole France, Le Crime de Sylvestre Bonnard, membre de l'InstitutLire ici, : Anatole France, Le Crime de Sylvestre Bonnard, membre de l'Institut, BNF Gallica.

La plus ancienne boîte d'allumettes française connue, « Pyrogènes », très joliment ornée, est conservée à la Bibliothèque nationale.

Les grattoirs en faïence, dits aussi pyrogènes, sont également des objets de collection.

Références culturelles

Littérature La Petite Fille aux allumettes, conte de Hans Christian Andersen écrit en 1845. Les Allumettes suédoises, roman de Robert Sabatier publié en 1969.

Cinéma La Fille aux allumettes, film finlandais de 1990 réalisé par Aki Kaurismäki.

Musique Stone et Charden : La chanson Le prix des allumettes parue en 45 tours en 1972 et écrite par Eric Charden et Yves Dessca. The Beatles : le batteur Ringo Starr tape du doigt sur un paquet d'allumettes de bois comme instrument de percussion sur la chanson I'm Looking Through You enregistrée en 1965.

Mathématiques Géométrie gauche|vignette|Construction d'un carré de sommet A et passant par un point B donnée à l'aide d'allumettes. Les figures géométriques constructibles avec des allumettes sont exactement celles qui sont constructibles à la règle et au compas. : vidéo courte montrant comment construire le milieu d'un segment..

Théorie des graphes Les allumettes ont donné le nom d'un type particulier de graphe : le graphe allumette défini comme étant à la fois un graphe distance-unité et planaire. En effet un tel graphe peut être représenté physiquement au moyen d'allumettes de mêmes longueurs ne se croisant pas.

Art en allumettes Œuvres en deux dimensions