Le diamant bleu de la Couronne de France, aussi appelé Bleu de France ou Bleu de Tavernier, est un grand diamant bleu acheté par Louis XIV à Jean-Baptiste Tavernier, ce dernier l'ayant rapporté d’Inde en 1668. Louis XIV le fait tailler par Jean Pittan et Louis XV l'inclut dans l’insigne de l’ordre de la Toison d'or.
Volé en 1792, sa trace est perdue jusqu'en 2007, date à laquelle François Farges découvre accidentellement le modèle en plomb de ce diamant. Des recherches historiques démontrent alors que ce diamant de la Couronne a été retaillé pour devenir le diamant Hope, apparu en Angleterre quelques jours seulement après la prescription du vol, ce qui prouve l'intention de recel.
Il reste le plus gros diamant bleu jamais découvert à ce jour, même après la découverte des importants gisements d’Afrique, de Sibérie, d’Australie, du Brésil et du Canada.
Histoire Sa découverte en Inde thumb|Gravure des mémoires de Tavernier, montrant le grand diamant bleu ramené des Indes, dessiné sous trois angles. Dans les années 1668, le voyageur Jean-Baptiste Tavernier revient du sultanat de Golconde (maintenant une cité-forteresse en ruines près de la localité actuelle d’Hyderabad, dans l’État indien de Telangana) avec une série de très beaux diamants.. Le plus grand de ces diamants acheté vers 1650 pesait 112 et 3/16 carats de l’époque, soit 115,16 carats métriques modernes (poids brut, avant taille). Il s’agissait à l’époque du plus grand diamant bleu connu, également connu sous le nom de « diamant bleu de Tavernier ». La légende de malédiction du diamant rapportée par Tavernier est probablement créée par le propriétaire de la mine pour dissuader les voleurs de vouloir le dérober et enjolivée par la suite par les joailliers qui lui inventent toute une mythologie pour augmenter sa cote de vente. Cette légende veut que la pierre ait été volée sur une statue de la déesse Sitâ (ou sur le front d'une statue en or du dieu Vishnou selon une autre version) : le voleur s'étant laissé enfermer dans le temple pour le dérober pendant la nuit, mais au matin, à la réouverture des portes de bronze, alors qu'il s'apprête à s'enfuir, il est frappé par la foudre au seuil même du templeFranck Ferrand, « La malédiction du diamant bleu » dans l'émission Au cœur de l'histoire, 27 avril 2011. Malgré le fait qu’il est écrit que le diamant semble avoir été extrait dans les années 1610 de la (ou Gani en Télougou) près de Golconde, on n’en a aucune preuve. Le diamant avait été repoli suivant l’usage indien de l’époque, c’est-à-dire suivant les faces naturelles de cristallisation et de clivage du diamant. On cherchait à garder la gemme la plus grosse possible, aux dépens de la brillance. Tavernier acquit ce diamant bleu d'autant plus facilement qu'à l'époque moghole, les joailliers utilisaient des pierres aux couleurs de l'Islam, à savoir le rouge, le vert et le blanc, la couleur bleue étant jugée maléfiqueThierry Piantanida et Stéphane Bégoin, documentaire À la poursuite du diamant bleu, 2011.
La retaille du diamant indien thumb|upright=0.8|La taille du diamant bleu rappelle le symbolisme de Louis XIV (ici habillé en Apollon) voulu à Versailles : présence d’un soleil de facettes arrières de symétrie 7 : on y voit le culte d’Apollon (chiffre 7), le roi-soleil de droit divin (chiffre 7) brillant dans le ciel bleu (du diamant). En , Tavernier revint en France avec plus de diamants de toute taille, dont le grand diamant bleu foncé et deux autres d’un bleu plus clair. En 1669, Tavernier vendit le diamant bleu à très bon prix ( — soit l'équivalent de d'or pur — car un diamant coloré était jugé imparfait à cette époque) à Louis XIV qui lui acheta les 47 plus gros diamants pour une somme équivalente à une tonne d'or pur. Louis XIV fut en effet éduqué à la gemmologie par Mazarin qui possédait une collection importante de pierres précieuses (notamment des topazes). L'historien Richard W. Wise soutient quant à lui que le prix réel de la pierre était de et que Tavernier la céda pour en échange d'un titre de noblesse acquis auprès du contrôleur général des finances Jean-Baptiste Colbert (le titre étant évalué à livres à l'époque).. Le roi l'exposa d'abord dans son cabinet de curiosité du château de Saint-Germain-en-Laye, puis ordonna en 1671 que la gemme fût retaillée dans le goût occidental de l’époque, c’est-à-dire pour améliorer sa brillance. La lourde responsabilité de la taille du diamant bleu de Tavernier incomba à Jean Pittan, le joaillier de la cour qui mit deux ans pour mettre au point le dessin définitif et deux autres années pour exécuter la tailleB. Morel, Les Joyaux de la Couronne de France, Fonds Mercator, 1988.. Jean Pittan a certainement proposé un dessin exceptionnel pour convaincre le roi et Colbert de financer la taille à un prix équivalent à un dixième environ du prix d’achat du diamant de Tavernier. Finalement, le diamant de Tavernier était retaillé sous une forme triangulaire selon une taille dite en « rose de Paris ». Selon l'historien Bernard Morel, le nouveau diamant aurait été appelé par Colbert le « diamant bleu de la Couronne de France ». Il pesait 69 ± 0,02 carats. Ce diamant était un chef-d’œuvre de travail lapidaire, dû notamment à ses 72 facettes, à sa double symétrie impaire (d’ordre 3 et 7) et la perfection de sa taille. Le diamant était serti dans une sorte de broche que le roi portait à son foulard (« cravate ») lors des fêtes.
La Toison d'or de la parure de couleur de Louis XV thumb|upright=0.7|La Toison d’or de la parure de couleur (dessin par Lucien Hirtz pour Germain Bapst, 1889) montrant le diamant bleu de la Couronne (en bas), seule source connue jusqu’en 2007 de ce diamant mythique. Pendant le règne de Louis XV, le diamant est délaissé jusqu'en 1749, le roi préférant sertir sa couronne de diamants incolores.
Il revient en grâce lorsque le roi est fait chevalier de l'Ordre de la Toison d'or. En 1749 à cette occasion, Louis XV demanda au joaillier Pierre-André Jacquemin (1720-1773) d’inclure le diamant bleu dans l’insigne de l’ordre de la Toison d’Or de la parure de couleur du roi. Louis XV possédait un certain nombre d’insignes de la Toison d’Or, mais deux étaient particulièrement magnifiques. La Toison dite de la « parure blanche » est composée de quatre grands diamants (dont le très beau second Mazarin de 25,37 carats) et de nombreux autres plus petits (175 ainsi que 80 rubis ; le tout évalué en 1791 à livres). Quant à la Toison de la parure de couleur, elle présentait un feu d’artifice de grandes gemmes de couleur (jaune mais aussi bleu, blanc et rouge). M. Horovitz possède deux gravures de cette deuxième Toison dans lesquelles le dessin du diamant bleu est approximatif) qui semblent avoir été proposées par Jacquemin au souverain, dont une avec le diamant bleu. La version finale de la Toison d’Or de la parure de couleur contenant le diamant bleu est surtout connue par le moule en plomb que réalisa probablement Jacquemin après avoir fabriqué le joyau. C’est ce plomb que Germain Bapst (1853-1921) fera publierG. Bapst, Histoire des Joyaux de la Couronne de France, Hachette, 1889.. Malgré diverses recherches, cet objet majeur n’a pas encore été retrouvé. Cet insigne magnifique, chef-d’œuvre absolu de l’orfèvrerie rococo, comprenait le superbe diamant bleu qui, selon cette tradition chevaleresque, « protège » la toison d’or proprement dite (et ses 112 diamants peints en jaune) des flammes (serties de 84 diamants peints en rouge) crachées par un dragon taillé dans une spinelle de 107,88 carats nommée Côte de Bretagne. Cette pierre, retaillée ainsi pour cette occasion par Jacques Guay (1711-1793) est visible au Louvre, seul vestige de cet insigne. Le grand brillant « Bazu » de 32,62 carats et d’une « eau un peu céleste »J.-M. Bion, F.-P. Delattre, C.-G.-F. Christin, Inventaire des diamants de la couronne, perles, pierreries, tableaux, pierres gravées, et autres monumens des arts & des sciences existants au garde-meuble […], Imprimerie nationale, 1791., trois « topazes d’Orient » (saphirs jaunes), quatre diamants en forme de brillants de 4-5 carats et la bagatelle de 282 diamants décorent la queue et les ailes du dragon ainsi que les deux palmes qui entourent le dragon sans oublier les deux bélières de l’insigne. L’insigne avait été évalué à plus de trois millions de livres durant la Révolution, rien que pour les gemmes.
En 1783, le Bleu de France apparaît dans l'inventaire des bijoux de la Couronne remis à la garde du grand maître de la Garde-robe du roi: le duc de Liancourt. L'inventaire parle d'un « très grand diamant brillant bleu, ayant beaucoup de dessous, forme en coeur, d'eau vive et nette, désigné par l'inventaire de 1691, pesant 67 carats 1/8. Lequel a été retaillé depuis et est estimé 1 000 000 de livres ». Le fabuleux diamant est classé parmi les pierres qui ornent l'insigne de la Toison d'or de Louis XVJean-Charles Daumy, François XII de La Rochefoucauld-Liancourt. L'imaginaire nobiliaire dans la vie quotidienne d'un grand seigneur éclairé, Paris, Editions de l'Epargne, 2019, p. 40-41. En 1787 le physicien de l’Académie Mathurin Jacques Brisson est le premier à mesurer précisément le diamant bleu (dimensions, poids)M.J. Brisson, Pesanteur spécifique des corps, Imprimerie Royale, 1787. lire en ligne, p. 63.
Le vol de 1792 La Toison d’Or et son grand diamant bleu furent volés à l’hôtel du Garde-Meuble entre les 11 et . La très grande majorité des joyaux de la Couronne qui y étaient exposés ont été dérobés ( pierres précieuses soit l'équivalent de sept tonnes d'or, de bijoux, orfèvrerie et pierreries) pendant cinq nuits par une trentaine de voleurs qui, bien renseignés, ne fracturent que les armoires principales qui contiennent les œuvres majeures de la réserve du plus grand trésor du monde de l'époque avec celui du Grand Moghol, ce qui constitue le « casse du millénaire »Franck Ferrand, « le casse du millénaire » dans Sans l'ombre d'un doute, 4 décembre 2011. La publication et la diffusion de l’inventaire en 1791, lors du recensement des biens de la Couronne de France par la Convention Nationale, a ainsi fourni de précieux renseignements publics sur la composition de ce trésor. Le vol a eu lieu à la faveur d'une période troublée, la France étant envahie, le roi Louis XVI destitué et emprisonné, et la ville de Paris en proie à une agitation considérable. Si la majorité des gemmes royales furent récupérées (dont les diamants Sancy et Régent), les plus grands insignes royaux de chevalerie (les joyaux de la Toison d’Or et Saint-Esprit) ainsi que de nombreux objets majeurs (épée de diamant de Louis XVI, la « chapelle de Richelieu », etc.) disparurent définitivementPour la Science, « La poursuite du diamant bleu », 398, décembre 2010.. Certains des voleurs arrêtés sur dénonciation sont guillotinés sur le lieu même de leur forfait, place de la Révolution.
La parure est retrouvée auprès des voleurs en 1795 mais reperdue peu de temps après. Les érudits du retracent son parcours : un marchand ambulant, habitué des foires, du nom de Cadet GuillotNom mentionné sur les Actes du procès de 1797 des voleurs de 1792, déposés aux Archives nationales : dénoncé par un de ses complices, il est arrêté en possession de la seconde grande gemme de la Toison d’or, le dragon en spinelle de 107 carats. passe en Angleterre d'où la pierre serait soit restée cachée à Londres, soit partie pour Constantinople. Selon toute vraisemblance, le diamant bleu aurait alors été obtenu auprès dudit Guillot par le banquier et collectionneur Thomas Hope.
Origines obscures du diamant Hope
thumb|right|upright=1|Le diamant Hope (en bleu clair) s’insère parfaitement dans le modèle en plomb du diamant bleu du Muséum (en filigrane, environ 31 x 26 mm). Retaillé à la hâte, le diamant perdit pour toujours sa magnifique taille et sa masse et tout son art baroque.