Naxos (en grec ancien et moderne : ) est une île grecque de la mer Égée appartenant aux Cyclades. Elle est la plus grande et la plus haute île de l'archipel.
La cité naxienne (adjectif associé au nom Naxos dans l'Antiquité) fut puissante à l'époque archaïque et prospère durant l'Empire byzantin. Elle fut le centre du duché de Naxos, le dernier État latin à résister à l'avancée ottomane.
Préhistoire
Naxos fut habitée dès le quatrième millénaire av J.-C. Les premières traces d'occupation ont été découvertes dans la « grotte de Zeus », sur le mont ZasCultural Portal of the Aegean Archipelago Histoire. Sa population, nombreuse, était répartie dans de petits habitats, sur le côté abrupt et moins fertile, mais mieux défendable, de l'île (l'est et le sud), en contact avec l'archipel des petites Cyclades, comme à Panormos. Un des habitats les mieux connus est celui de Grotta, à côté de Náxos. Il a donné son nom à l'une des périodes de la civilisation cycladique, le Cycladique Ancien I (3200 - 2800) dite « Grotta-Pélos ». Il était de type proto-urbain avec des maisons carrées soigneusement construites. Une céramique très riche y a été découverte. De nombreuses nécropoles ont aussi été fouillées sur l'ensemble de l'île, livrant des vases en marbre et des poteries, des objets en métal et des « idoles cycladiques ».
Périodes minoenne et mycénienne Au cours du deuxième millénaire av J.-C., Naxos passa sous la domination crétoise, puis après 1400 av J.-C. sous la domination mycénienne. La population se déplaça vers le nord-ouest, vers la Grèce continentale, dans la direction du pouvoir. Grotta était alors une vaste cité et les cimetières d'Aplomata et Kamini furent utilisés tout au long de la périodeS. et K. Katsouros, Naxos, p. 24.. L'île, au croisement des routes commerciales de l'Égée, était prospère grâce à son marbre et à son émeri.
Siècles obscurs Les Ioniens arrivent sur l'île. Naxos est gouvernée par un roi. C'est une monarchie de type homérique. La période allant de à est très mal connue. L'île connaît une période de grande prospérité à partir du
Apogée durant les périodes géométrique et archaïque thumb|left|Sphinx des Naxiens à Delphes Selon Hérodote (Enquêtes, V, 28), Naxos surpassait alors « toutes les autres îles en prospérité ».
Aux av. J.-C., Naxos était une société oligarchique gouvernée par les riches familles des « Gras » qui résidaient sur la colline de Náxos et dans les villages au centre de l'île. L'île étendit sa puissance sur sa voisine Amorgós où elle contrôlait les cités d'Arkesini et Aighiali. Elle participa au mouvement de colonisation vers le milieu du en prêtant des navires à Chalcis qui envoyait des colons en Sicile. Le nom de Giardini-Naxos en porte encore le souvenir.
Naxos était alors en guerre continuelle avec sa voisine Paros et la ville de Milet en Asie Mineure. Très prospère, l'île devait sa puissance économique à son marbre (d'où la concurrence avec Paros) et à son émeri. Elle exprima sa puissance par une « politique d'Apollon », centrée sur Délos où elle construisit de nombreux bâtiments et où elle offrit la célèbre terrasse des lions. Elle se montra aussi à Delphes avec le sphinx des Naxiens. Elle installa le culte d'Apollon sur Amorgós et dans le sanctuaire béotien de Ptoïon. Ce dieu fut aussi alors associé au culte de Déméter sur le site naxiote d'Yria (ou Gyroulas), près de Sangrí (temple de Sangri). Et au même moment, la construction d'un grand temple dédié à Apollon commença sur l'îlot de Palatia dans le port de l'actuelle Chóra. Seule la grande porte monumentale subsiste de nos jours : elle constitue le principal symbole de NaxosS. et K. Katsouros, Naxos, p. 25.. thumb| Temple de Démeter à Sangrí Il semblerait que l'île ait aussi joué un rôle important dans l'architecture des temples antiques et dans le passage de constructions en granit à des constructions en marbre. Les deux architectes, sculpteurs et maçons naxiotes, Byzès et son fils Evergos, sont traditionnellement considérés comme les premiers à avoir réalisé des tuiles en marbre. Le temple de Dionysos à Iria, fouillé depuis 1986, est une étape importante du passage du granit au marbre pour la construction des temples.
Vers 540 av. J.-C., des désordres politiques amenèrent à une révolte populaire contre les « Gras ». Un noble, Lygdamis, en profita pour créer une tyrannie avec l'aide du tyran d'Athènes Pisistrate. Il fut chassé du pouvoir par les Lacédémoniens vers 524 av. J.-C. qui instaurèrent une oligarchieHérodote, L'Enquête, I, 64.S. et K. Katsouros, Naxos, p. 26..
Périodes classique et hellénistique thumb|Tour hellénistique L'oligarchie sous protectorat spartiate dura peu et ce fut une république qui repoussa le siège mené par le tyran de Milet, alors aidé par les Perses, Aristagoras, en 506 av J.-C.. Des « gras » exilés s'étaient réfugiés à Milet. Ils demandèrent à Aristagoras, qui était de leurs amis, de les aider à reprendre le pouvoir dans leur cité. Cependant, Aristagoras hésitait devant la puissance navale et militaire (qu'il évaluait à hommes) de l'île. Il se tourna donc vers Artaphernès gouverneur de Sardes qui équipa deux-cents trières avec l'accord de Darius. Le commandement de la flotte fut confié à Mégabate. Une dissension survint entre Aristagoras et Mégabate, aussi ce dernier fit-il prévenir les Naxiens. Ceux-ci organisèrent alors leur défense, faisant entrer autant de réserves possibles dans la forteresse. Les Perses, les hommes d'Aristagoras et les « gras » exilés y mirent un siège qui dura quatre mois, mais échoua. Avant de se retirer, les Perses construisirent une forteresse qu'ils donnèrent aux exilésHérodote, L'Enquête, V, 30-34..
En 490 av J.-C., pendant la première guerre médique, les Perses menés par le général Datis s'emparèrent de l'île, sans que les Naxiens ne se soient défendus. La majeure partie avait fui dans la montagne. Les habitants qui n'avaient pas pu fuir furent réduits en esclavage. La ville et les temples furent incendiés. L'île entra dans l'orbite perse. Les Naxiens firent cependant défection et participèrent à la bataille de Salamine en apportant quatre trières aux Grecs. Des Naxiens furent ensuite présents à la bataille de Platées. Le nom de la cité est sur le trépied offert à DelphesHérodote, L'Enquête, VI, 95 et VIII, 46..
Après la victoire, l'île fit partie de la ligue de Délos. Très vite, elle s'insurgea contre l'impérialisme athénien : en 468 av J.-C., Naxos fit défection avec sa flotte. Elle fut alors assiégée et asservie par Athènes, dit Thucydide, « contrairement à la règle » (I, 98, 4). Les Athéniens envoyèrent par la suite des clérouques (colons) dans l'île, 500 par exemple après l'exil de Thucydide, l'adversaire de Périclès, en 443 av J.-C..
Naxos appartint à la Ligue des Nésiotes puis passa sous domination des Ptolémées puis des Macédoniens puis de Rhodes avant d'entrer dans l'orbite de Rome. En 41 av J.-C., l'île fut intégrée dans la province romaine des îles dont la capitale était Rhodes.
Période byzantine La tradition locale veut que l'île ait été évangélisée depuis Patmos par des disciples de Saint Jean l'Évangéliste, des proches de Polycarpe de Smyrne. Les premiers évêques avérés de l'île furent Auxentius qui fut présent au concile de Sardica en 347 et Varachos, présent au concile de Chalcédoine en 451G. Mastoropoulos, op. cit., p. 20-23..
Vers le milieu du , en raison des raids arabes, le centre de gravité de l'île quitta les bords de mer pour le plateau de Traghéa et les abords de la forteresse d'Apalyrou. Il y resta jusqu'au . Les églises se multiplièrent et la vallée de Sangrí est considérée comme un petit MistraS. et K. Katsouros, Naxos, p. 27..
Au , alors qu'ils occupaient la Crète, les Arabes avaient aussi soumis Naxos qui devait payer un tribut. L'île leur servait même de relais et de lieu de ravitaillement lors de leurs raids à travers l'Égée. La reconquête de la Crète par Nicéphore Phocas amena un siècle et demi de paix et de prospérité dans l'Égée. Naxos connut alors son apogée à l'époque byzantine : restructuration de la basilique paléo-chrétienne de Protothronos, construction de la cathédrale d'Aghios Mamas par exemple.
Naxos fut un évêché suffragant de Rhodes jusqu'en 1083, date à laquelle l'empereur Alexis Comnène l'associa avec sa voisine Paros, pour former l'archevêché de Paronaxia.
Au , deux nobles de Constantinople dominaient l'île : un Nikitas, avant 1080 et un Ioannis.
Duché de Naxos
Conquête et dynastie Sanudi thumb|200px|La tour « vénitienne » d'Agia, dans la campagne naxiote, ayant appartenu à la famille Kókkos au Site de la municipalité de Drymalia. En 1204, la Croisade s'empara de Constantinople, et les vainqueurs se partagèrent l'Empire byzantin. La souveraineté nominale sur les Cyclades échut aux Vénitiens. Ces derniers, ne pouvant faire face aux dépenses d'une nouvelle expédition, annoncèrent qu'ils laisseraient la gestion des îles à qui serait capable de s'en emparer pour eux. De nombreux aventuriers armèrent alors des flottes à leurs frais, dont Marco Sanudo, neveu du Doge Enrico Dandolo. Il s'empara sans coup férir de Naxos en 1205 et en 1207, il contrôlait les Cyclades avec ses compagnons et parents. Il fonda le duché de Naxos, autour de l'île éponyme qui contrôlait alors aussi Paros, Antiparos, Milos, Siphnos, Kythnos et Syros. Les Ducs de Naxos devinrent vassaux de l'empereur latin de Constantinople en 1210. Ils imposèrent le système féodal occidental sur les îles qu'ils dominaient. Dans les Cyclades, Sanudo était le suzerain et les autres seigneurs « francs » (comme on appelait tout ce qui venait d'Occident à l'époque) ses vassaux. Venise ne profitait donc pas directement de cette conquête, même si le duché dépendait nominalement d'elle et qu'il avait été stipulé qu'il ne pouvait être transmis qu'à un Vénitien. Cependant, la République y avait trouvé avantage : l'Archipel avait été débarrassé de ses pirates, mais aussi des Génois et la route commerciale vers Constantinople était sécurisée. Les habitats redescendirent vers les côtes et y furent fortifiés par les seigneurs latins. Marco Sanudo changea ainsi le visage de Naxos en faisant redescendre la population vers le littoral. Il fit en effet construire une nouvelle capitaleNáxos, aussi appelée Chóra., au bord de la mer, sur le site de la ville antique abandonnée. Sur l'ancienne acropole antique, une forteresse, le kastro, fut construite. Elle englobait dans un mur d'enceinte complété de tours le palais ducal, avec un donjon et une chapelle ducale en style gothique (aujourd'hui disparue), les résidences des familles latines et la cathédrale catholique, dédiée à l'Annonciation. Les Grecs s'installèrent entre le kastro et le port, dans les faubourgs de Bourgou et NéochorioJean Longnon, L'Empire latin de Constantinople., p.91Stéphane Yerasimos, « Introduction », p.9-10.Charles A. Frazee, The Island Princes of Greece., p. 20-21.J.K. Fotheringham, p. 70-72.. thumb|La tour « Glezos » ou « Crispi », une des dernières tours du kastro de Chora.