Le Rayon sportif féminin (RSF) est un ancien mouvement sportif catholique réservé aux jeunes filles. Initié à Paris en 1919 par les Filles de la Charité, c'est aussi une des premières organisations fédérales concernant le sport féminin en France. Rapidement élargi à la demande de l'épiscopat aux autres congrégations religieuses et aux patronages paroissiaux, il revendique à la veille de la Seconde Guerre mondiale un effectif de gymnastes réparties sur tout le territoire national. À l'automne 1940, l'administration du secrétariat à l'éducation générale de l'État français dont est membre Marie-Thérèse Eyquem, une de ses plus grandes dirigeantes, lui impose le rattachement à la Fédération gymnastique et sportive des patronages de France dont il est déjà très proche. Cette fusion est pérennisée à la libération en 1945, ladite fédération prenant l'appellation de Fédération sportive de France dès 1947 puis celle de Fédération sportive et culturelle de France en 1968. Le sport féminin et en particulier la gymnastique assurent toujours l'essentiel des effectifs licenciés de cette dernière.

Histoire Comme pour les hommes, c'est dès la Restauration que les établissements d'éducation féminine des religieuses font une place de plus en plus large aux exercices physiques : dès 1843 le succès de l'ouvrage de Clias Callisthénie ou somascétique naturelle appropriée à l'éducation des jeunes filles en témoigne. La Troisième République facilite ensuite le développement de cette gymnastique qu'elle charge chez les garçons d'assurer la transition entre l'école et l'armée et chez les jeunes filles de . Les premières sociétés françaises de gymnastique féminine apparaissant dès 1899 à Paris et Valenciennes et une « Union française de gymnastique féminine » (UFGF) les fédère en 1912. En 1921 celle-ci fusionne avec les sections féminines de l'Union des sociétés françaises de sports athlétiques (USFSA) au sein de la Fédération féminine française de gymnastique et d'éducation physique (FFFGEP).

Le sport catholique féminin ne semble pas en reste. Dès 1902, soit 4 ans après avoir fondé sa nouvelle fédération des patronages masculins, le docteur Paul Michaux en personne et en tant que président de la « Commission centrale des patronages » publie ses propres recommandations sur la question dans le Bulletin des patronages. En Haute-Loire par exemple c'est dès 1911, soit bien avant la Première Guerre mondiale, qu'il fait son apparition à Saint-Just-Malmont avec la « Jeune garde rubanière ».

Cette guerre est un moment d'accélération pour le sport féminin français dont les représentantes sont accueillies au championnat de France d'athlétisme de l' en 1917. Une jeune fille particulièrement dynamique, Irène Popard, première diplômée féminine du cours supérieur d'éducation physique, a déjà introduit l'éducation physique dans le scoutisme féminin parisien alors que deux associations parisiennes, « Femina Sports » et « Académia », fondent une fédération : la Fédération des sociétés féminines sportives de France (FSFSF) déclarée officiellement le ; Alice Milliat en devient présidente l'année suivante. Le sport catholique féminin qui ne semble s'organiser qu'à partir de 1919 se structure ensuite rapidement pour devenir une des premières fédérations sportives féminines françaises et revendiquer à la veille de la Seconde Guerre mondiale un effectif de réparties sur tout le territoire national.

L'ère des Filles de la Charité (1919-1934) thumb|upright=0.8|alt=Portrait de Félix Mathey|Félix Mathey, champion d'athlétisme et directeur technique du

Après la guerre, les « bonnes sœurs » exclues du champ de l'enseignement n'ont toujours pas renoncé à la pratique des exercices pour les jeunes filles qui fréquentent leurs œuvres. La Chambre bleu horizon autorisant un regain d’activité aux congrégations, une fille de la charité, sœur Roussel, demande dès 1919 à la Fédération gymnastique et sportive des patronages de France (FGSPF) de lui fournir un moniteur pour ses Enfants de Marie du Raincy. Celle-ci lui délègue Félix Mathey, huit fois champion fédéral d'athlétisme, futur membre du « Conseil supérieur de l'éducation physique » et membre du « C.A. Rosaire », qui présente à la fois les garanties techniques et morales nécessaires. Ce sont les débuts de la Stella Raincéenne.

Il prend en charge dès l’année suivante une seconde société parisienne, la « Tour d'Auvergne » et d'autres associations émergent rapidement : le « Chardonnet », les « Libellules de Saint-Mandé », les « Fauvettes montmartroises », les « Libellules de Clamart », les « Marines de Saint-Roch ». Dès 1920, le congrès de la se saisit de la question du sport féminin sans lui apporter de réponse. Des fêtes annuelles regroupent chaque année au Raincy les sociétés parisiennes, tandis que la hiérarchie religieuse soutient la généralisation des sections sportives dans les patronages féminins afin de préserver les jeunes chrétiennes des mœurs libérales qu'elle suppute dans les sociétés laïques. En 1926, le congrès de la fait état d'une « Fédération d'éducation physique féminine » qui a fondé une union régionale d'Île-de-France dont un vice-président fédéral, le , assure le suivi.

Cependant, dès 1928, le contrôle à nouveau la situation, grâce à l'action énergique de sœur BouvierSœur Bouvier a laissé son nom à une rue du arrondissement de Lyon.. L'écusson du est présenté au concours de Lyon l'année suivante par le futur cardinal Gerlier, apôtre du catholicisme social, en personne. Grâce au dynamisme des filles de saint Vincent de Paul, l'éducation physique et le sport bénéficient des grâces représentées par les rayons qui s'échappent des mains de la Vierge sur la médaille miraculeuse du 140 de la rue du Bac où les responsables du tiennent leurs réunions. Le succès va croissant et on dénombre 80 sociétés en région parisienne lorsque le est déclaré en 1931 sous ce nom qu'il porte déjà depuis quelques années. La même année, lors du concours d'Ivry, le drapeau du est béni par le chanoine Pasteau.

L'élargissement du Rayon sportif féminin (1934-1940) Ce développement du qui répond au souhait du pape Pie XI ne laisse pas l'Église de France indifférente. Aussi quand il déclare le : , l'archevêque de Paris demande aussi aux Filles de la Charité d'ouvrir leur œuvre aux patronages des paroisses et à ceux qui dépendent d'autres ordres religieux. Sa croissance s'accélérant, le commence à retenir aussi l'intérêt des pouvoirs publics. Lors du festival de 1936 qui accueille de nombreuses sociétés venues de la province, c'est le ministre de la Santé publique lui-même qui remercie les Filles de la Charité . La collaboration avec la est alors très étroite au sein des trois commissions techniques (éducation physique, jeux et sports et celle de l'enseignement libre qui assure la formation initiale et continue des cadres scolaires) et de nombreux moniteurs siègent dans l'une ou l'autre. Une des conséquences en est l'adoption en 1937 du certificat médical préalable à la pratique sportive, déjà en vigueur depuis sept ans chez les masculins à l'initiative du docteur Récamier.

thumb|upright=0.8|Marie-Thérèse Eyquem est à l'origine du développement du |alt=Portrait de Marie Thérèse Eyquem

Au début du Front populaire, sous l'égide des évêques Roger Beaussart et Stanislas Courbe, le troque officiellementSans cesser toutefois de continuer à utiliser usuellement l'appellation « Rayon » dont la référence perdure encore après la Libération au sein de la Fédération sportive de France pour désigner « les féminines ». son sigle pour celui de « Fédération nationale d'éducation physique féminine »(FNEPF). Le paraît le premier numéro du journal, Le rayon sportif féminin, nouveau bulletin de la qui coupe le cordon ombilical avec les Filles de la Charité en quittant la protection de la maison-mère du 140 rue du Bac à Paris pour le 19 de la rue de Varenne et des unions diocésaines jusqu'ici indépendantes, telle l'« Union Jeanne d'Arc du Lyonnais », s'affilient. La direction, laïcisée, calque son organisation sur celle de la : comité centralL'instance décisionnaire de la fédération se nomme comité central avant de devenir comité directeur. et comité technique à Paris, comités diocésains en province. Le premier comité central regroupe autour de sa présidente, , l'ensemble des mouvements de jeunesse féminins et Armand Thibaudeau lui-même y représente la .

L'osmose avec la fédération masculine est encore plus sensible au niveau des comités diocésains qui comportent de nombreux membres de l'union départementale du département concerné. Les compétitions se multiplient en province. Le , lors du premier concours du Rayon à Alger, les « Violettes de Saint-Vincent » remportent le drapeau béni à cette occasion par Augustin-Fernand Leynaud, archevêque d'Alger et les 18 et lors du premier concours du Rayon en Normandie, placé sous la direction de Félix Mathey, le drapeau régional revient à l'« Étoile marine de Fécamp » et le fanion des cadettes aux « Écureuils de Rouen ». La presse relève à cette occasion que deux monitrices ont obtenu le diplôme d'état d'éducation physique dont la major, de Rouen. En 1939, cinquante-trois de ces comités organisent chacun un festival annuel de gymnastique pour les 650 associations affiliées. Paris à lui seul assure 10 % des effectifs mais Lyon et Bordeaux sont également bien représentés.

Le basket-ball connaît aussi une expansion remarquable : 40 équipes recensées dès 1937 pour la seule région parisienne. Cependant le phénomène est national et après guerre de nombreuses équipes masculines des "patros" se développent au sein d'associations créées initialement au Rayon comme en témoignent encore le nombre de celles qui restent dédiées à Jeanne d'Arc. Une jeune secrétaire permanente, Marie-Thérèse Eyquem, est l'élément moteur de ce développement. Elle devient une personnalité majeure du sport féminin puis du paysage politique français.

Un mariage forcé qui se termine plutôt bien (1940-1945) thumb|upright=0.8|Eugénie Duisit, grand témoin du au sein de la |alt=Portrait d'Eugénie Duisit

Le , une ordonnance du nouvel État français oblige chaque fédération féminine à s’affilier à une fédération masculine. L'Église se trouve alors contrainte d'accepter une mixité qu'elle a toujours réprouvée et le s'affilie à la selon le protocole suivant : fusion des comités centraux mais indépendance des directions techniques. L'Occupation de la moitié de la France oblige la à se scinder en deux : le secrétaire général Armand Thibaudeau reste à Paris en zone occupée et délègue la zone libre à un cadre du déjà à Lyon, Eugénie Duisit. En celle-ci passe en Algérie pour rejoindre l’armée de la France libre et s'illustre pendant la campagne d'Italie. La délégation lyonnaise n'est supprimée que le .

Pendant ce temps, Marie-Thérèse Eyquem poursuit sa carrière administrative à Vichy auprès de Jean Borotra puis Joseph Pascot. Cette position privilégiée lui permet de faciliter le fonctionnement du . Son expérience et sa position d'adjointe d'Armand Thibaudeau au sein de la lui permettent aussi de se distinguer en organisant, avec l'assistance d'Olga Batany monitrice générale du puis de la , de grandes manifestations de masse comme la fête de Coubertin et celle de la sportive. La politique d'éducation générale de Vichy oblige tous les mouvements de la jeunesse chrétienne à pratiquer l'éducation physique. Cette pratique étant conditionnée à l'affiliation à un organisme reconnu, beaucoup de mouvements affluent à la ce qui exige quelques adaptations de structures. Ainsi en 1941, la qui possède déjà une commission scolaire masculine, l'Union générale sportive de l'enseignement libre (UGSEL), doit créer une « Union générale sportive de l'enseignement libre » placée sous la direction de mère Sainte-Monique pour faire face à la demande d'encadrement. Les grands rassemblements fédéraux reprennent rapidement comme à la Croix de Berny le .